DE L'IMMORTALITÉ DE L’AME
Ay a en était qui peut nous fournir une preuve expérimental et touta directe de l’anéantissement possible de l’âme individuelle, — c'est le sommeil. Par suite d’un ralentissement de la circulation et de la diminution de l’afflux sanguin dans le cerveau, l’activité fonctionnelle de l'organe de la pensée, qui r& clame une grande énergie dans l’action réciproque de l'oxygène du sang sur la substance cérébrale, est troublée au point que les manifestations de l’âme ou de la conscience sont complètement suspendues pour un certain temps — exactement comme le sang s'arrête quand le cœur cesse de battre, où comme son oxygénation se suspend quand les poumons ne fonctionnent ps. Le corps seul continue de vivre, plongé dans un état analogue à celui de ces aflimaux auxquels Flourens avait enlevé les hémisphères cérébraux. Au réveil, c'est à dire quand reparaissent dans le cerveau les phénomènes de circulation et d’oxydation normale, l’âme soustraite en quelque sorte à l'existence l’instant d’avant, se retrouve exactement telle qu'elle était au moment où elle s’est anéantie par l’assoupissement; ce long intervalle n’a pas existé pour elle, et, à vrai dire, elle se trouvait dans un état de mort intellectuelle.
Ce rapport caractéristique est tellement frappant, que l’on a de tout temps comparé le sommeil et la mort et qu’on les a nommés frère et sœur. « La mort est comme le sommeil, dit Byron, et le sommeil ferme nos paupières ». Pendant la Révolution française, le fameux Chaumette fit élever des statues du sommeil dans les cimetières, sur les portes desquels on grava, par son ordre, cette inscription : « La mort est un sommeil éternel ». Andrea, auteur d’une ancienne « Descriptio reipublicæ christianopolitanæ » de l’année 1619, s'exprime ainsi : « Cette république seule ne connaft pas la mort, et pourtant ses citoyens sont très familiers avec elle : seulement, ils l’appellent sommeil. » .
On a cru, il est vrai, pouvoir réfater cette argumentation en alléguent les phénomènes des songes el en prétendant que ces derniers prouvent la persistance de l’aclivit& de l'âme pendant le sommeil, quoique à un degré beaucoup moindre. Cette objection repose sur une erreur de fait, l’état d’une personne qui rêve n'étant pas le sommeil proprement dit, mais bien une situation transitoire entre le sommeil et la veille, où les gens sont à demi éveillés. Les hommes tout à fait bien portants ne connaissent pas cette transition ; en sait, que d'ordinaire ils ne rövent pas, Aussi
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les rêves sont-ils considérés actuellement d’une façon générale, et au point de vue médical, comme l'effet d'un état patho'ogique ou morbide. Il n’y a pas de songes dans le sommeil proiond; tout à fait normal ; l'homme plongé dans un pareil état et qui en est tiré soudainement, se trouve pendant quelque temps si peu maître de ses esprits que la loi considère cette période d’assoupissement comme une condition d’irresponsabilite. À. Maury a conclu d'observations intéressantes faites sur sa propre personne, que le rêve est presque toujours le résultat d’une perturbation ou d’une modification survenue dans quelque partie ds l'organisme avec réaction sur le cerveau. Pendant le rêve, l’homme est dans la situation d’un aliéné.
Certains états morbides démontrent mieux encore que le sommeil la possibilité de l’anéantissement temporaire de l’âme ou de l'esprit. Il y a des troubles de l’activité cérébrale par suite de blessures, de commotion, de catalepsie, de coups de foudre, etc., qui produisent une perte de connaissance complète et suppriment toutes les manifestations de la vie intellectuelle et morale. De pareilse‘tats peuvent, selon les circonstances, se prolonger durant des semaines et des mois. Quand ces malades guérissent, on constate qu'ils n'ont gardé aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant ce temps, et que la vie intellectuelle reprend pour eux en se rattachant au moment précis où ils ont perdu connaissance : ils étaient morts en quelque sorte, et c’est pour eux comme une seconde naissance. Que si, au lieu de la guérison, la mort survient, le moment de la catastrophe passe tout à fait inaperçu pour le malade : il était mort déjà, comme individu, comme étre intelligent au moment où la lésion était intervenue pour suspendre l’activité intellectuelle du cerveau. Il serait difficile, impossible même pour ceux qui admettent l'existence de l’âme à l’état d’entité distincte et immortelle, d'expliquer le rapport de «es phénomènes entre eux, de formuler même une théorie quelque peu . fondée pour nous apprendre où se trouvait pendant ce temps cette . entité « âme », ce « Moi » conscient, dont les métaphysiciens savent si bien jouer. Ou bien il faudrait admettre, conformément aux idées superstitieuses des siècles passés, que lâme, sous la forme peut-être d’un petitanimal, quitte momentanément le corps passé à l’état de cadavre, pour aller se promener dans des régions inconnues, dans le ciel, l'enfer, etc., et revenir ensuite dans sa demeure habituelle. Geile paraît encore plus frappant lorsqu'on se