PREFACE
DE LA SIXIÈME ÉDITION (conforme à la cinquième)
Dans ses deux premières éditions, ce livre, s'a- Iressant aux prêtres seuls, s'abstenait, comme il convient, de toute explication inutile à ceux qui savent. Depuis lors, déterminé par les influences les plus respectables à le présenter aux simples fidèles, nous avions le devoir de le leur rendre accessible. Fallait-il, dans ce but, s'arrêter à moitié route dans l'ascension vers les sommets trop ardus de la théologie, et ne pas pousser nos analyses psychologiques jusqu'au fond du sujet; en d'autres termes, étions-nous contraint à donner une œuvre amoindrie? Nous ne l'avons pas cru. Au lieu d'abaisser la doctrine, ne vaut-il pas mieux hausser le lecteur. Les notions qui lui manquent, nous les lui fournirons; les points obscurs, nous les éclairerons; et, en multipliant les applications, d'ailleurs si favorables à la pratique, nous rendrons plus familiers les principes mêmes qui les coD^i-^nnent : en un mot, nous développerons.
Or, développer ne veut pas dire : ajouter des formes nouvelles. C'est plus que cela; c'est faire sortir d'une notion générale des vérités secondaires qui s'y trouvaient enfermées ; c'est don-
6 préfàck
ner à des germes Texpansion des tiges, des feuilles et des fleurs ; c'est mettre la lumière en évidence pour qu'elle répande au loin ses rayons.
Nous ferons aussi plus large la part du sentiment : le sentiment éveille, stimule, exalte toute activité. Il fait plus qu'émouvoir ; et dans l'essor qu'il donne aux facultés, il porte l'intelligence elle-même et plus loin et plus haut.
Or, de tous ces éclaircissements, de toutes ces applications, de tous ces développements surgissaient à nos yeux des vues nouvelles. L'horizon de l'humilité s'étendait de toutes parts, embrassant le monde entier de l'ordre surnaturel. Son influence se faisait sentir sur tous les sentiers du devoir, au fond de chacun de nos actes, à la base comme au sommet de toutes les vertus, remplissant la vie chrétienne depuis son apparition rudimentaire avec l'état de grâce, jusqu'à ses plus beaux épanouissements dans la perfection.
Faut-il l'avouer, nous nous sommes laissé entraîner sans trop de résistance à tous ces appels de la terre et du ciel ; et ce livre, qui ne devait être qu'un exercice d'humilité, s'est fait en quelque sorte le formateur de la piété prise dans son ensemble. Ne le regrettons pas, car la piété trouve dans cette vertu son meilleur guide, son stimulant le plus actif, son inspiration la plus touchante et, au besoin, le supplément de toutes tes persistantes misères.