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LA RENAISSANCE DE PARIS SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII

i Sortie des guerres religieuses, la Frauce de Henri IV semble, au dire d'un contemporain, « ressusciter et revenir en convalescence ». De cette renaissance, Paris ne peut manquer de bénéficier grandement. « Si vous revenez à Paris d'ici à deux ans — écrit Malherbe à un ami en 1608 — vous ne le connoistrez plus ». Le nom de Henri IV est attaché à cette renaissance de Paris; ajoutons-y, audessous, les noms de Sully et du prévôt des marchands, François Miron.

Les travaux du Pont-Neuf, interrompus durant les troubles de la Ligue, sont repris, et le 20 juin 1603, rapporte un chroniqueur contemporain, « le roy passa du quay des Augustins au Louvre, par-dessus le Pont-Neuf qui n'estoit pas encores trop asseuré ». C'est le premier pont qui ait été construit pour relier directement l'une à l'autre la rive droite et la rive gauche : il se trouvait toutefois appuyé, vers son milieu, sur des îlots qu'alors on avait soudés au sol de l'île de la Cité. Le premier aussi, il se présente fibre de maisons : ce qui les remplace, c'est,

de chaque côté, une chaussée surélevée formant trottoir à l'usage des piétons et bordant la partie médiane du pont destinée aux voitures et aux cavaliers. Tout au long, court « un haut acoudoir... pour voir la rivière ». Enfin, des demi-lunes, que l'on avait projeté de garnir des statues des rois, se succèdent de distance en distance, sorte de balcons dominant le fleuve. C'est la première fois que, dans une voie de Paris, la circulation des piétons se trouve établie à part de celle des voitures et des cavaliers, par le moyeu des trottoirs, la première fois par conséquent que la flânerie dans la rue s'offre vraiment au Parisien. Ajoutez les autres attractions du lieu : la statue équestre de Henri IV, œuvre de Jean de- Bologne et de Pierre Tacca, érigée, en 1614, à la pointe de l'île sur le pont et qui fut la première statue élevée sur une place de Paris; puis, du même côté et à la deuxième arche vers le Louvre, une pompe que Henri IV a fait établir par son maître fontainier et artificier, Jean Lintlaèr, pour amener l'eau de la Seine du côté du Louvre et des Tuileries. Cette pompe se présente, sur le pont, sous la forme d'un joli pavillon dont la façade est ornée d'un bas-relief figurant la Samaritaine qui, par le moyen d'une petite cascade, verse de l'eau au Christ; au-dessus est « une industrieuse horloge » flamande, avec défilé mécanique de personnages et de scènes et petit clocheteur ou jacquemard frappant la cloche des heures. Aux abords du Cheval de bronze et de la Samaritaine (car c'est ainsi qu'on appelle la statue de Henri IV et la pompe) viendra tout naturellement se fixer la flânerie parisienne.

L'aspect des lieux se complète par la place Dauphine^

FORMATION l'T IVOI-UTION DE PARIS

C'est en 1609, nous apprend un chroniqueur de ce temps, que cette place fut commencée : « le roy (Henri IV), s' estant transporté luy-même, en a donné le plan ». La place, se trouvant à la pointe de l'île de la Cité, affecte la forme triangulaire. Les constructions qui la bordent sont à double façade semblable : l'une sur la place, l'autre à

/.(■ Pont-Xcuf, la place et Ij rue Dauphine. (Par Claude Chastillon, début du xvii' sièi

l'extérieur et offrent trois étages avec rez-de-chaussée à arcade. Elles se continuent, à l'est, autour du Palais.par la rue de Harlay et l'extrémité orientale des quais de l'Horloge et des Orfèvres. Les deux quais datent de ce temps. Sur la rive gauche, la ligne du Pont-Neuf se trouve prolongée par la rue Dauphine, large de dix mètres et conduite « en droit fil ». Henri IV, à qui est due cette rue, aurait voulu que les propriétaires y « fissent le devant de leurs maisons toutes d'un mesme ordre, car cela seroit

d'un bel ornement de voir, au bout dudict pont, ceste rue tout d'une mesine façade », éerit-il à Sully en 1607. Au point d'aboutissement de la rue au rempart, une nouvelle porte, la porte Dauphine, fut ménagée et l'on conçut la continuation de cette voie au delà, « pour aller d'un droict allignement... joindre les autres rues du fau-

La place Royale.

iPar Claude Chastillon, début du xvir siècle.

bourg Saint-Germain ». Du même temps datent les rues Christine et d'Anjou occupant, comme partie de la précédente, les terrains de l'hôtel Saint-Denis, sis prés des Augustins et mis en adjudication.

Ce qui précède explique pourquoi le Pont-Neuf et ses abords devaient être un centre de vie parisienne. C'est là qu'au xvrie et encore au xvme siècles se trouve le cœur de cette vie populaire sortie si intense des agitations de la Ligue. L,à, chanteurs des rues, gueux, nou-

vellistes, colporteurs de livres, charlatans, montreurs de marionnettes, portefaix, gens de petits métiers divers, oisifs de toutes sortes viennent ou s'installent comme en un endroit de prédilection. Fait particulier : de la flânerie sur le Pont-Neuf, en présence du magnifique panorama de Paris, il se dégage, au xviie siècle, le sens de la beauté de cette ville.

Observons que le Pont-Neuf fut le premier pont eons-

La place de France.

Par Claude Chastillon, début du xyii" siècle.)

truit à Paris dans la note d'art classique. Tous les autres ponts, avec leurs bordures de maisons, dérivaient de l'art «lu moyen âge. Semblablement, la statue de Henri IV constitue une nouveauté d'art classique; cette nouveauté nous vint d'Italie. Il convient aussi de remarquer, au point de vue de la décoration de la rue parisienne par la statue, que seuls alors les rois recevaient cette forme d'hommage. Au moyen âge, les statues qu'on apercevait dans la rue ne se présentaient pas à l'état isolé : l'habitude était de les rattacher à un édifiée, telles celles de

Charles V et de sa femme, Jeanne de Bourbon, aux portes des Célestins et du I/Ouvre.

Dans une autre partie de Paris, à l'est, Henri IV fit effectuer ou conçut des travaux de transformation non moins importants. Par un acte en date de 1605, il créa la place Royale (actuellement place des Vosges) sur l'emplacement de l'ancien domaine des Tournelles qui, tout proche des remparts et n'ayant pas reçu l'affecta-

U ancienne place de Grève.* (Aujourd'hui place de l'Hôtel-de-Ville.)

tion ordonnée par Charles IX, servait notamment de marché aux chevaux. L,e roi veut que cette place serve à l'établissement de manufactures de soie avec logements pour ouvriers et aussi de « proumenoir » ou lieu de promenade pour les habitants de Paris, qui « sont fort pressez en leurs maisons, à cause de la multitude du peuple qui y afflue de tous costez »; il l'imagine comme un endroit commode « aux jours de resjouissances, lorsqu'il se faict de grandes assemblées ». Il la veut, sur les trois côtés regardant le « logis des manufactures », enca-

FORMATION F.T r.VOMJTION DR PARIS

drée de pavillons « ayant la muraille de devant de pierre de taille et de brique, ouverte en arcades et des galleryes en dessoubs, avec des boutiques », et « tous bastiz d'une mesme eiméttrie, pour la décoration ». C'est là connue une adaptation à Paris des idées de l'antiquité sur les places où, rapporte Vitruve, l'on montrait au peuple les combats de gladiateurs et qui, pour cela, devaient être entourées de larges portiques sous lesquels le même auteur place les boutiques des changeurs. Or, si l'on en croit un document contemporain, Henri IV aurait songé à installer précisément en ce lieu le change ou la bourse. Quant aux antiques combats de gladiateurs et aux « resjouissances » prévues par le souverain, ne sont-ils pas représentés par le grand carrousel qui eut lieu en i'tj sur cette place et vint eu consacrer l'affectation à cet égard? Il n'est pas jusqu'à la forme carrée, qui est celle •le la place Royale, qui(n'aitJétéAégalement indiquée pal Vitrine.

Observons, d'autre part, que l'idée de « proumenoir » réalisée par la place Royale avait été formulée peu axant par la municipalité parisienne qui avait fait remarquer à Henri IV que, dans les « grandes 'villes, les rois et princes avoient de coustume de donner des lieux spatieux et places publiques, des porticques et pourmenoirs faietz et enrichis exprès pour recevoir les habitons et prendre leurs plaisirs ».

Cette place, fort admirée par les contemporains, regardée comme « la plus grande et la plus régulière place du monde » et comme « l'endroict le plus magnifique de tout Taris », devint un centre de vie mondaine très caractéristique du xvne siècle. La place Royale et ses parages,

LA RENAISSANCE DE PARIS KlT

autrement dit le Marais, sont intimement liés à l'existence de la haute société de cette époque.

Pour un lieu tout voisin, le même souverain avait conçu le projet d'une autre place à constructions également régulières et sensiblement du type de celles des places Royale et Dauphine : il s'agissait d'utiliser les terrains maraîchers provenant d'anciennes « coutures », du côté du boulevard actuel des Filles-du-Calvaire.

Le plan d'utilisation qui fut alors tracé comportait une place, non plus carrée ou triangulaire comme les précédentes, mais demi-circulaire. L-e demi-cercle de la place devait s'ouvrir sur le rempart. Un ensemble de rues rectilignes convergeait en éventail vers la place décorée du nom de place de France. Des halles et marchés, même un canal sous la forme du fossé de l'enceinte rendu navigable, étaient prévus pour cette « nouvelle ville » dont les rues devaient porter les noms des provinces de France. Ce projet ne put recevoir qu'un commencement d'exécution, par suite de la mort de Henri IV : seules quelques voies, qui portent encore aujourd'hui les noms de provinces qui leur étaient destinés, furent percées.

On le voit, c'est principalement sous la forme de places que se manifeste, à ce moment, à Paris, l'art urbain. Et ces places offrent un caractère bien différent de celles établies antérieurement. Alors que c'est en quelque sorte la fonction qui crée l'ancienne place, la place nouvelle du Paris classique dérive d'une idée d' embellissement indépendante des conditions de la vie urbaine ambiante. La place de Grève, populaire et marchande et que nous avons vue être la véritable place publique de Paris, avait tiré son origine et son développement du double voisi-

nage d'un port important et de l'hôtel de ville. Si des maisons à piliers lui faisaient, à certains endroits, une bordure de portiques, elle le devait à ce caractère même de place publique. Ailleurs, la place était naturellement née au confluent de plusieurs courants de circulation, telle la place Maubert, type par excellence de la placecarrefour. Ailleurs encore, elle constituait la dépendance naturelle, Yaîtr.e d'une église. Dans ces différents cas, elle ne nous apparaît aucunement faire partie intégrante d'un concept d'art urbain. Remarquez, au contraire, la place qui naît au début du xviie siècle : on peut la définir une suite de constructions uniformes et décoratives encadrant un espace libre qui se trouvait dépourvu d'utilisation urbaine.

Sans quitter l'est de Paris et sous le même règne, nous avons à mentionner l'aménagement au bord de la Seine, le long de l'Arsenal, du Mail que le jardin de l'Arsenal rattachait au Cours de la porte Saint-Antoine, vers le point d'aboutissement à Paris du chemin de Vinceniies et du faubourg Saint-Antoine. Ce Cours, avec ces dépendances, a constitué la grande promenade mondaine durant presque la première moitié du XVIIe siècle.

Nous savons qu'antérieurement se trouvait déjà, de ce côté et à l'endroit du grand boulevard « du coing de la rivière », le seul lieu servant de « pourmenoir » aux habitants de la ville, dans l'intérieur de cette dernière : ils y jouissaient tant « de l'aspect du dehors de la ville que de la proximité et beauté » du fleuve et y venaient aussi pour s'y baigner. Henri IV s'y rendait au bain, de même que ses sujets. Mais cette promenade n'était, en quelque sorte, qu'une promenade naturelle. L,a prome-

nade arrangée et à la mode ou le Cours, qui apparaît à Paris au début du xvne siècle, fait partie intégrante de la cité classique parvenue à un certain point de son développement.

En face, la petite île L,ouviers (réunie depuis à la rive droite et comprise approximativement entre le quai Henri IV et le boulevard Morland) bénéficiait de l'animation de ces lieux.

Une partie de l'Arsenal fut également construite sous ce règne, ainsi que l'hôpital Saint-L,ouis qui, au delà de l'enceinte, entre les portes du Temple et Saint- Martin, semblait former, dans ses murailles et par son étendue, une petite cité.

A l'ouest, les travaux du L,ouvre et des Tuileries constituent une autre partie de l'œuvre de Henri IV. Mais, à vrai dire, ce souverain se préoccupa surtout de la réunion du Louvre aux Tuileries et fit terminer, à cet effet, la Petite et la Grande Galerie. 1/ architecte Jacques Androuet Du Cerceau fils, outre qu'il acheva cette dernière du côté des Tuileries, compléta, du même côté, ce palais dont le pavillon de Flore date de 1608.

Alors finit l'histoire du Louvre de la Renaissance, dont les deux ailes occidentale et méridionale continuaient à voisiner avec les ailes septentrionale et orientale du vieux L/Ouvre.

Nous n'avons pas quitté la rive droite, qui est proprement la ville. Il convient toutefois de signaler, sur la rive gauche, l'hôtel que Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, se fit construire sur le bord de la Seine, un peu à l'ouest de l'enceinte. Cet hôtel était accompagné d'un jardin ouvert au public, qui le fréquentait beaucoup.

11(1 FORMATION 11 ÉVOLUTION l'L PARIS

Le parc, le cours ou les allées de lu reine Marguerite, comme on disait, disparut avec l'hôtel, peu après la mort de cette princesse survenue en 1615. Ifi terrain fut loti pour y bâtir des maisons; une partie en fut acquise par les l'etits-Augusthis fondés, par la même reine, à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'École des Beaux-Arts.

Le roi tient à faire disparaître les traces laissées dans

la ville par les « misères et guerres % de la Ligue; il Veut

ET la difformité » des maisons qui demeurent en ruines

et, à la date de 1609, prescrit à leurs propriétaires de

les rebâtir, au moins « les édifices étans sur les rues ».

Au^si bien, le souverain qui, au dire d'un document contemporain, « se délectoit aux bastimens », ne pouvait manquer d'exercer, dans le sens de la transformation classique de Paris, l'action puissante qui vient d'être

résumée. « Sitost qu'il fut maistre de Paris (poursuit le même document), on ne veid que maçons en besongne ». Ajoutons, comme se rattachant particulièrement à l'œuvre édilitaire de François Miron, la construction de la a magnifique porte » Saint-Bernard (un peu à l'est du débouché du pont de la Tournelle sur la rive gauche), la reconstruction de celle du Temple, l'installation d'une belle Conteine » devant le Palais, la remise en état d'autres, telle celle de la Croix du Tiroir (au coin des rues de l'Arbre-Sec et Saint-Honoré), l'aménagement delà 1 grande rue du Ponceau..., poux venir de la porte

Saint-Martin aux Halles b et large d'une dou/.aine de mètres, la réparation de ponts, de quais, de ports, d'abreuvoirs, le nettoiement des égOUtS, la construction de trois ponts de pierre le long du grand égOUt qui suivait le tracé de l'aucien bras septentrional de la Seine.

Sous le règne de Henri IV et sous celui de son fils et successeur, Louis XIII (161 0-1643), Paris se développe grandement. Dans les premières années du règne de ce dernier, il est constaté que « depuis la réduction de cette dicte ville en l'obéissance du roy »,s c'est-à-dire depuis 1594, elle est « beaucoup plus peuplée ». Aussi se

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L'île Saint-Louis.

■ D'après une gravure contemporaine du règne de Louis XIII. >

préoccupe-t-on d'y multiplier ce qu'on appelle les barrières des sergents, sortes de corps de garde disposés aux endroits les plus populeux et où les sergents à verge du Châtelet se tenaient pour prêter main-forte à la justice et « empescher les désordres, rébellions et émotions populaires ». A la date de 162 1, cinq nouvelles barrières sont créées; les endroits où elles sont placées peuvent servir à indiquer des points de développement urbain : « principal carrefour des marais du Temple », « carrefour Saint-Mar-

tin-des-Champs », « pointe Sahit-Eustache », « fauxbourg Saint-Germain-des-Prés », « bout du Pont-Neuf ». Les premières qui aient été créées à Paris remontent à l'année 1550; ou les voit établies à la porte Baudoyer (aux abords de la Grève), près de Saint-Jacques-aux-Pèlerins (rue Saint-Denis, au nord et près des Halles), au Petit- Châtelet (débouché du Petit- Pont sur la rive gauche), au bout du pont Saint-Michel sur la rive gauche et à la place Maubert

Ce développement a frappé les contemporains. Sous le règne de Douis XIII, écrit l'un d'eux, parlant de Taris, la plus grande et de la plus belle ville du royaume qu'elle étoit, elle est devenue, en vingt ans, la plus superbe ville du monde : jamais, en si peu de tems... ne s'y est fait tant d'hôtels et de maisons ». Le développement porte tant sur la ville que sur les faubourgs. A l'intérieur, les environs de la place Royale, « une bonne partie des Marais du Temple » reçoivent maisons et rues. « Au fauxbourg Saint-Honoré (continue le même auteur), à la Ville Neuve (vers le boulevard Bonne-Nouvelle actuel), dans le Marest..., tous quartiers puants ou abandonnés, nous avons vu dresser à la ligne quantité de rues longues, larges, droites. » Deux petites îles désertes se voient réunies et transformées en notre île Saint-Douis (sorte de ville neuve, du type du damier), avec ponts de communication : l'un, le pont de la Tournelle, avec la rive gauche, l'autre, le pont Marie, avec la rive droite. Ce dernier pont porte le nom du principal entrepreneur des travaux de l'île commencés en 1614 et terminés vers le milieu du XVIIe siècle.

A la date de 1631, est décidée la « closture et adjonction

à la ville de Paris des fauxbourgs Saint- Honoré, Montmartre et la Villeneufve (du côté du boulevard Bonne-Xottvelle) » et des travaux d'enceinte s'ensuivent qui sont la continuation de ceux entrepris au xvie siècle. La nouvelle enceinte affecte une forme naturellement différente de celle des précédentes, l'art de la défense des places s'étant transformé au cours des siècles : ce qui la caractérise, c'est le bastion ou boulevard, fortification à double face formant angle en avancée et qui, de distance en distance, se succède le long du rempart proprement dit. L'enceinte dite bastionnée part de la porte dénommée de la Conférence (à l'extrémité sud-ouest du jardin des Tuileries) datant originairement du xvie siècle, mais rebâtie entre 1631 et 1633, longe le bord occidental de ce jardin et atteint la porte Saint-Honoré construite à la même époque que la seconde porte de la Conférence et se trouvant vers le coin actuel des rues Royale et Saint-Honoré. Ici, l'enceinte, laissant en dehors l'endroit où s'élève présentement la Madeleine, se dirige vers l'est, en coupant les rues actuelles Duphot et Cambon, le long des jardins de l'hôtel de Vendôme et du « marché aux chevaux des samedys ». Puis, et en continuant à la repérer dans le Paris actuel, elle atteint, rue de la Michodière, un peu au nord de la place Gaillon, la porte Gaillon commencée vers 1645 et qui ne fut pas achevée. Elle s'étend non loin de la butte Saint- Roch qui nous apparaît couronnée de moulins à vent. Voici maintenant la porte Richelieu, dont la construction fut décidée en 1633 et qui se trouvait rue de Richelieu, à la hauteur de la Bourse. Ensuite, c'est la porte Montmartre que rencontre l'enceinte, porte qui date

également du règne de Louis XIII et s'élevait vers le débouché de la rue Feydeau sur la rue Montmartre. De ce point, l'enceinte parvenait à la porte Sainte-Anne, Poissonnière ou de la Poissonnerie, dont on commença la construction en 1646 et qui se trouvait à peu près au débouché de la rue de la Lune sur la rue Poissonnière. Nous sommes ici du côté de la butte d'immondices de Yilleneuve-sur-Gravois dont les habitations, détruites durant les guerres «le la Ligue, se reconstruisent alors, avec une chapelle mise sous l'invocation de Notre-Damede-Bonne-Nouvelle. A partir de ce point et jusqu'à la Bastille, la nouvelle enceinte emprunte le tracé de celle de Charles V, à laquelle elle ajoute ses bastions. Les portes qui suivent sont celles de Saint-Denis et de Saint-Martin, situées un peu au sud de celles que l'on voit de nos jours, la porte du Temple (vers le débouché de la rue Meslay sur la place de la République). Précédant la porte Saint- Antoine, la poterne du Pont-aux-Choux ou du Marais, datant de Henri IV et transformée, sous Louis XIV, en porte Saint-Louis, se rencontre vers le point de jonction de nos boulevards Beaumarchais et des Filles-du-Calvaire, près du couvent de ce dernier nom installé, en ces parages, aux environs de 1637.

Comme on le voit, l'enceinte bastionnée ou quatrième enceinte de la rive droite n'agrandit Paris que vers l'ouest. Cest «le ce côté que la ville va se développer le plus, et ce sont tout d'abord les faubourgs annexés qui bénéficient de ce développement. L'érection, en 1633, de l'église Saint- Roch en paroisse constitue, par exemple, un indice de cette < roissance, A la poussée vers l'ouest, il faut rattacher la plantation, par les soins de la reine-mère Marie

de Médicis, veuve de Henri IV, de la promenade dénommée pour cette raison Cours-la- Reine et qui deviendra la grande promenade à la mode du règne de Louis XIV, détrônant ainsi, au bénéfice de l'ouest de Paris, le Cours Saint- Antoine et le Mail.

Il nous est également loisible d'observer sur la rive gauche l'extension de Paris durant la première moitié du xvne siècle. Et cette extension, si elle peut être repérée au sud et à l'est, semble se dessiner particulièrement à l'ouest, au faubourg Saint-Germain et au Pré-aux- Clercs. Aussi est-il créé de ce côté, en 1642, un nouveau quartier dit de Saint-Germain-des-Prés et détaché de celui de Saint- André-des- Arts.

Quant à l'île de la Cité, sa partie occidentale dénommée île du Palais voit se poursuivre les travaux d'embellissement dus à l'établissement du Pont-Neuf et commencés par Henri IV. Vers l'extrémité orientale du quai des Orfèvres, depuis la poterne du Palais, à l'ouest, jusqu'au pont Saint-Michel, à l'est, une nouvelle rue se forme : la rue Neuve-Saint-Louis. Les maisons, au nombre de vingtsept, dont elle se compose du côté de la Seine et que Le Jay, président au Parlement, a été admis à bâtir en 1622, s'élèvent uniformes, sur une suite d'arcades en avancée dans le fleuve. La rangée opposée, datant de 1630 et due aux chanoines de la Sainte-Chapelle, est « de mesme forme et grandeur»; aussi la rue Neuve-Sainte-Anne qu'à cette dernière date Le Jay perce vers le Palais, dans un sens perpendiculaire à la précédente.

Une autre construction conçue en avancée sur la Seine est celle du quai de Gesvres, décidée en 1642 : ce quai doit être « porté sur arcades et pilliers posez d'ali-

né

FORMATION ET KVmiitION DE PARIS

gnement» depuis le pont Notre-Dame jusqu'au Pontau-Change, sur la rive droite.

De nouveaux ponts sont, à cette époque, établis. Réunie aux deux rives du fleuve par les ponts Marie et de la Tournelle, l'île Saint-Louis l'est, en outre, à l'île de la Cité, par un pont de bois jeté dans le prolongement des quais septentrionaux de la première de ces îles. Dans les mêmes parages, un pont de pierre est édifié entre l'Hôtel-Dieu, qui se trouvait construit en partie sur voûtes en bordure du petit bras de la Seine, immédiatement à l'ouest de Notre-Dame, et la rive gauche (1634) : il est dénommé pont de l'Hôtel-Dieu ou encore Pont-au- Double, parce que les piétons devaient payer, pour y passer, un doubla tournois. Dans la direction d'aval, un pont de bois vient remplacer (1632) le « bac des Thuilleries », qui a laissé son nom à la rue du Bac : construit par un entrepreneur du nom de Barbier, entre la rue dé Beaune et la Grande-Galerie, ce pont a porté différents noms : « pont neuf des Thuilleries », pont Barbier, pont Saint-Anne, à cause d'Anne d'Autriche, femme de Louis XIII, « pont rouge », parce qu'il était peint en rouge. ( ta y aménagea, au moment de sa construction, une pompe analogue à celle du Pont-Neuf; mais moins décorative. Un autre besoin de passage se faisait sentir du côté opposé de la ville, « au-dessus de l'Arsenal aux poudres », vers l'endroit où, beaucoup plus tard, s'élèvera le pont d'Austerlitz : on y passe alors en bateaux dont le service est fait par des « voituriers par eaue » et, vers i''4o, il est question d'y installer un bac.

Partout des hôtels, demeures princières, églises sont construits ou transformés selon le goût nouveau : leurs

lignes froides et correctes se trouvent en harmonie avec l'art géométral de la ville ou du jardin. La beauté réside dans l'ordre et^la^régularité.

L,e Louvre entre, à ce moment, dans une nouvelle phase de son histoire, la phase moderne, peut-on dire : en 1624, Louis XIII pose la première pierre de l'édifice

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Le Palais- Royal.

1 D'après une gravure du xvir siècle. 1

continué dans les proportions du carré actuel, par l'architecte Jacques Lemercier. Celui-ci construisit le pavillon de l'horloge ainsi que la partie de l'aile occidentale s' étendant au nord de ce pavillon et commença l'aile septentrionale. Il suivit les plans de Pierre Lescot, se bornant à les modifier sur quelques points en ce qui concerne le pavillon de l'horloge.

Presque vis-à-vis, au nord de la rue Saint-Honoré, le cardinal de Richelieu, le puissant ministre de Louis XIII,

loUMATION ET EVOLUTION DE PARIS

fit édifier par ce même Lemereier le Falais Cardinal (1636), puis le légua au roi, d'où le nom qu'il a gardé de Palais Royal. Après la mort de Louis XIII (1643), qui suivit de quelques mois celle de Richelieu, la régente Anne d'Autriche vint s'y installer avec Louis XIY qui, en E692, devait céder le Palais au duc d'Orléans, son frère et père du

Le Luxembourg:

iD'après une gravure du xvn siècle. >

futur régent sous Louis XV. Au Palais était joint, sur le derrière, un vaste jardin où la population pouvait venir se promener comme à celui des Tuileries et qui était immédiatement contigu aux maisons des rues voisines. Le cardinal avait fait percer, le long de son palais et du jardin, la rue de Richelieu qui allait jusqu'au rempart. Sur la rive gauche, c'est le palais du Luxembourg qui s'élève par les >oins (le la reine-mère, Marie de Médieis, hors de l'enceinte, uu peu au nord de la Chartreuse, sur le

bord du chemin de Vaugirard et vers un endroit où se trouvait une maison appartenant au duc de Luxembourg : d'où le nom. Les travaux commencèrent en 1615, sur les plans de l'architecte Salomon de Brosse. On l'appela aussi palais d'Orléans, parce que Marie de Médicis l'avait légué à son second fils Gaston, duc d'Orléans. Comme les

Le palais du Luxembourg et les Jardins sons Louis XIII.

palais des Tuileries et Royal, il était accompagné d'un jardin fréquenté par la population parisienne, particulièrement au temps de la foire Saint- Germain, toujours très courue et qui se tenait dans le voisinage.

Un quatrième jardin est le Jardin des plantes, institué en 1626, mais établi seulement quelques années après.

Indépendamment de ces palais, de nombreux hôtels virent alors le jour. Un auteur, qui écrit à la date de 1639,

I2H FORMATION BT BVOLOTIOM DB PARIS

en énumère une quinzaine dont la construction s'échelonne à dater du règne de Henri IV : l'hôtel de Sillery (rues Saint-Honoré et Saint-Thomas-du-Louvre), les hôtels de Clèves et d'Eu (« en la rue qui va du Louvre à la rue Sainct-Honoré »), l'hôtel de Bellegarde ou Séguier (du côté de la rue du Bouloi et de l'hôtel de Soissons), l'hôtel de Chevreuse (entre le Louvre et les Tuileries), le fameux hôtel de Rambouillet, centre de la société des Précieuses (même endroit), l'hôtel de Souvré (idem), l'hôtel de Créquy (entre Saint-C.ermaind'Auxerrois et le Louvre), l'hôtel de la Roche-Guyon (rue des Bons- Enfants), l'hôtel de Bellangreyille (derrière Saint-( jermaind'Auxerrois), L'hôtel de- Royaumont (près de Saint-Eustache), l'hôtel du Grand Prévôt (près de la Porte-Neuve, le long de La Grande-Galerie du Louvre), l'hôtel de Saint-Chaumont (près de la porte Saint-Denis), les hôtels de Sully et de Mayenne (rue Saint-Antoine), sans parler de ceux qui ont été reconstruits alors en notable partie et tels que l'hôtel de Schomberg (rue Saint-Honoré, au nord de Saint-Germain- L'Auxerrois), l'hôtel de Guise et ses voisins, les hôtels de Montmorency et de Lorraine, etc. Un hôtel mérite d'être cité à part, c'est celui de Nevers conçu, en face du Louvre (du côté de la Monnaie), avec des proportions et un luxe à rendre Henri IV jaloux; il ne fut, du reste, pas achevé et lit place, dans lr courant du xvn'' siècle, à l'hôtel (iuéné-

gaud. ( »n a pu remarquer que la plupart de ces hôtels avaient été construits, de même que celui du cardinal de Richelieu, dans le voisinage du Louvre. Il faut vous figurer, en ce qui concerne ces hôtels, de grandes demeures, avec de vastes pièces d'apparat, galeries de tableaux et autres, chapelle, amples écuries et offices, cours et jardins,

orangeries, bref, capables de « loger un train de cours ». L,e même développement se manifeste en ce qui a trait aux établissements ou ordres religieux. « Il y a vingt- deux ans ou environ (rapporte un bon bourgeois de Paris, qui écrivait en 1618), voyant ceste amplissime ville et ses fauxbourgs, avec un grand nombre de saincts lieux en ruyne, vous n'eussiez creu qu'elle se feust réparée comme elle

L'église Saint-Germain V Auxerrois.

est de présent ny tant de belles églises rebasties, augmentées et enrichies plus qu'elles ne f eurent oncques et en plus grande quantité. » Et un autre contemporain énumère, pour la rive gauche, une vingtaine d'établissements religieux et, pour la rive droite, une dizaine, fondés du temps de L,ouis XIII. Comme vous le remarquez, par rapport aux deux rives, si les hôtels prédominent de beaucoup sur la rive droite, ce sont les établissements religieux qui l'emportent sur la rive gauche.

Citons, rien que dans le faubourg Saint- Germain, une

dizaine de ces établissements nouveaux, sans parler de l'hôpital de la Charité fondé par Marie de Médicis et de celui des Incurables, ce dernier remontant à l'année 1635. Dans le faubourg Saint-Jacques, on compte sept autres fondations religieuses. Parmi ces dernières, mentionnons le monastère des Bénédictines du Val-de-Grâce fondé par Anne d'Autriche, en 1621; la première pierre de l'église, œuvre de François Mansard et de Jacques Femercier, fut posée en 1645. Dans le même faubourg, on peut également citer les Feuillantines (1622) et l'abbaye des religieuses cisterciennes de Port-Royal (1625), annexe de Porl-Royal-des-Champs. Ce sont surtout des couvents de femmes que nous voyous s'établir. Au faubourg Saint- Victor, se rattache plus particulièrement la création, à cette époque, d'hôpitaux de mendiants, tels que la Pitié, hospitalisation à laquelle fut donnée, en 165C, la dénomination d'Hôpital Général. Fa Salpêtrière, bâtie sous Fouis XIII pour la fabrication de la poudre (d'où son nom, et aussi celui qu'on lui donna alors de Petit Arsenal) , devint, à partir de 1656 et avec Bicêtre, l'une des maisons de l'Hôpital Général. Fa mendicité et le paupérisme, auxquels cette hospitalisation était destinée à obvier, furent mie véritable plaie pour le Paris de la première moitié environ du xvnc siècle.

Au nombre des nouveaux établissements religieux de la rive droite, citons les Oratoriens, qui prirent possession, tout proche du Fouvre, de l'hôtel du Bouchage, auquel ils ajoutèrent une église dont la première pierre fut posée en rÔ21 et qui eut comme architectes Métezeau et Jacques Lemercier; indiquons aussi les Dames de l'Assomption (1622, au coin des rues actuelles Saint-Honoré et Cam-

bon) , les Petits- Pères, avec leur église dédiée par L,ouis XIII à Notre-Dame des Victoires (1628- 1629) et reconstruite en 1656, les Dames de la Visitation (rue Saint- Antoine) , les Minimes de la place Royale, fondés par Marie de Médicis (1609), les Jésuites de la rue Saint- Antoine, dont l'église Saint-Douis, encore subsistante, construite sur les plans de religieux de cet ordre, dans le style dit jésuite, passe alors pourra voir mi portail qui « est l'une des merveilles de Paris ». De « magnifique portail »

de Saint- Gervais (comme l'on disait encore), œuvre de Salomon de Brosse, est du même temps.

On ne s'étonnera pas dès lors, en présence de ce développement religieux, de voir l'évêché de Paris, qui dépendait de l'archevêché de Sens, transformé en archevêché avec, comme suffragants, les évêchés de Chartres, de Meaux et d'Orléans, démembrés également de Sens (1622). Jean-François de Gondi fut le premier archevêque de Paris.

Semblable développement peut s'observer au point de vue industriel; des manufactures s'établissent : de

Le chemin de l'Hôpital Général.

(Gravure de J. Lagniet, xvii" siècle.)

l!'l FORMATION ET ÉVOLUTION DE PARIS

ta] lis à la Savonnerie (du côté de la place actuelle de l'Aima), de tapisseries (sur la rive gauche), de gl.i de soies, etc.

C'est aussi en ce temps que les eaux de Rimais furent amenées à Paris par le moyen de l'aqueduc d'Arcueil reconstruit, ce qui améliora de façon sensible l'approvisionnement ménager de la ville en eau. De nouvelles fontaines furent établies. Nous voyons qu'également à cette époque on se préoccupe de « voûter » des ègouts, sur lesquels on bâtit ensuite.

{/accroissement de Taris a amené la remise en vigueur des défenses de bâtir dans les faubourgs (1627-1638). Mais on peut penser que ces défenses furent assez vaines. Il y eut, du reste, des accommodements et on en vint à subordonner au point de vue fiscal ces mesures prohibitives. I.'édit du toisé, de 1644, prescrivit la destruction des nouvelles constructions ou le paiement d'une somme par toise carrée.

; Louis XIII vient de mourir, après avoir organisé la régence jusqu'à la majorité de son fils Louis XIV. La régente Anne d'Autriche et son premier ministre, le cardinal italien Mazarin, ne tardèrent pas à se trouver en présence de difficultés qui donnèrent naissance au mouvement dénommé la Fronde. La guerre à l'extérieur, les embarras financiers à l'intérieur, le désordre des affaires, les rivalités des princes et seigneurs constituaient, en temps de minorité royale, un milieu particulièrement favorable à l'agitation. Cette agitation vint du Parlement qui, join± aux trois autres Cours souveraines du royaume, voulut jouer un rôle de réformateur politique. Le 26 août 1648, la reine fit arrêter les principaux meneurs, parmi lesquels le conseiller au Parlement Broussel, qui était très populaire. Des barricades s'élevèrent et Broussel fut rendu à la foule qui lui fit un triomphe (28 août). Cependant le Parlement continuait ses assemblées. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, ^a Cour quitta Paris avec la pensée d'y rentrer victorieusement. Dès lors, c'est la lutte ouverte entre le roi d'une part, le Parlement et Paris de l'autre. Des princes, des seigneurs, de grandes dames, pour des

motifs dans lesquels n'entrait nullement la réformation de l'État, vinrent prendre le parti du Parlement. Une partie

de la France s'enflamma autour de Paris. Pour cette ville, l'année 1652 marque le point culminant de la lutte. L'anarchie y règne. Enfin le roi y fait sa rentrée (octobre 1652) suivi, en 1653, de Mazarin. Ce dernier, jusqu'à sa mort, survenue en 1661, est tout puissant. Sou palais, le palais Mazarin (Bibliothèque Nationale), est une demeure splendide. On lui doit aussi le Collège Mazarin ou des Quatre Nations (Institut) que, par son testament, il créa pour l'instruction de jeunes gens originaires de quatre régions nouvellement incorporées à la France. Le collège fut élevé, sur les plans de l'architecte Louis Le Yau, par François d'Orbay et Pierre Lambert, de 1662 à 1674.

L'époque du régime personnel de Louis XIV marque une nouvelle période dans l'histoire de Paris. Ce qui caractérise cette période, au point de vue de l'art urbain appliqué à notre ville, c'est l'administration de Colbert. Ce grand ministre eut, parmi ses fonctions et à dater de 1664, la surintendance des bâtiments dont dépendaient les h embellissements » de Paris. Il n'a pas tenu qu'à lui que Paris ne devînt alors la vraie capitale du inonde. Mais le roi se laissa entraîner à des constructions, hors de Paris, à Versailles notamment, qui est l'œuvre de Louis XIY et où il finit par s'installer, séparant ainsi, contrairement aux idées de Colbert, la Cour de la Ville.

Si les travaux du Louvre furent repris, ils n'eurent pas

toute l'ampleur qu'avait rêvée pour eux ce ministre, qui

résumait ses vues sur Paris en ces deux mots : « Gran-

• et magnificence ». Vers 1660, Louis Le Vau, suc-

cesseur de Lemercier, avait repris l'aile septentrionale commencée par ce dernier; à la date de 1664, il l'avait menée jusqu'à la moitié de sa longueur. Il s'était mis aussi à l'aile méridionale et l'avait terminée à cette date de 1664. Même les fondations avaient été faites poui tout ce qui restait à construire du quadrilatère du Louvre. C'est alors qu'intervint Colbert, qui arrêta les travaux et fit venir en France (1665) un artiste italien jouissant d'une réputation universelle : le Bernin, architecte du pape et auteur de la colonnade de Saint- Pierre de Rome. Cet artiste élabora, pour le Louvre, des plans auxquels on fit d'abord bon accueil, puis qui furent écartés. Claude Perrault, un médecin, le frère de l'auteur des Contes, fit enfin prévaloir, pour l'aile orientale, l'idée de la colonnade qui s'élève présentement et fut exécutée de 1667 à 1670; le fronton central ne fut, toutefois, terminé qu'en 1674. Il fallut dès lors harmoniser avec l'architecture de la colonnade les ailes méridionale et septentrionale. On fut ainsi amené à juxtaposer, sur le bord de l'eau, une façade à celle de Le Vau qui devint dès lors un simple mur de refend. Cependant, la mort de Colbert (1683) et l'importance grandissante de Versailles avaient fait négliger le Louvre qui, à la fin du règne de Louis XIV, se présentait sous la forme d'un édifice inachevé et à l'abandon.

Quant au palais des Tuileries, il fut alors remanié et terminé par les soins des architectes Le Vau et d'Orbay. On se préoccupa même d'élever, à l'extrémité du pavillon de Marsan qui venait d'être construit et dans la direction du Louvre, une galerie parallèle à celle du bord de l'eau; ce projet, toutefois, ne devait être exécuté

128 formation et kvolution de paris

qu'au xix° siècle. Aux Tuileries, on aménagea notamment une vaste salle de spectacle pour les besoins de la Cour. Le palais était précédé de cours, du côté du Louvre. A l'ouest, une rue le bordait, qu'un mur séparait du jardin «les Tuileries. Louis XIV lit changer cette disposition et transhumer le jardin : Le Nôtre fut chargé de ces travaux; il supprima la rue, étendit jusque devant le palais le jardin auquel il enleva sa physionomie du xvi'' siècle et le pourvut des deux terrasses parallèles dites des Feuillants (du côté de la rue de Rivoli) et du Bord de l'eau. Quoique jardin du palais du roi, il êtaif ouvert aux «honnestes gens» et fut, de tous les jardins de Taris, le plus fréquenté au xvir' siècle. Aux travaux de ce jardin, il est permis de rattacher la mise en état du quai limitrophe.

Le Louvre laissé en suspens est comme l'emblème du Taris de Colbert qui ne fut qu'ébauché, mais n'en demeure pas moins à la base de notre Taris moderne. Dans le plan conçu alors, le circuit de la ville se trouve délimité par un nouveau rempart aménagé en cours planté d'arbres, « pour une plus grande décoration de ladite ville et pour servir, dans toute son étendue, de promenade à BeS habitants ». Louis XIV, comme le disait Une inscription lapidaire rédigée à cette occasion, ayant reculé les bornes de son empire jusqu'au delà du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, agrandit également Taris, « selon la coutume antique », par ce rempart. C'est en 1670 que le roi prescrivit la transformation, à cet effet, de l'enceinte bastionnée, ce qui donna naissance à nos grands boulevard9 dont le tracé général était achevé à la lin du xvii0 siècle. Quant au cours du midi, il ne fut qu'ébau-

ché, alors, au delà de la vieille enceinte remontant à Philippe- Auguste. Ce cours, qui ne fut terminé que sous le second Empire, est représenté aujourd'hui par la ligne des boulevards des Invalides, Montparnasse, Port- Royal, Saint-Marcel et de l'Hôpital. Les tracés du xvne siècle comportaient, le long de tout ce circuit de Paris, une

Le jardin des Tuileries eu iù8o.

(D'après une gravure contemporaine.)

succession de places régulières, selon l'art du temps dérivé de l'art des jardins, qui ne furent point aménagées.

Cet encadrement de verdure pour Paris (car il ne doit point être élevé de maisons le long de cette promenade circulaire) s'allonge, à ses extrémités occidentale et orientale, par le moyen de nouvelles avenues, marquées dans l'axe est-ouest de Paris et prévues comme de majestueuses voies d'accès dans la capitale. Celles de l'ouest se rattachent à la fois aux Tuileries et à Versailles; celles de l'est

à la Bastille et au château de Vincennes. Ainsi, les deux anciens pôles ouest-est de Paris : Louvre-Tuileries, d'une paît, et Bastille, de l'autre, continuent à remplir leur rôle simplement agrandi.

C'est à L'embellissement du palais des Tuileries que se rapporte la création de ce qu'on appelle, à partir du début du xvme siècle, les Champs-Elysées et c'est à Colbert que revient le mérite de cette création (1667), comme aussi lui revient celui d'avoir songé à embellir la perspective de ces lieux, en élevant une pyramide sur le point culminant de « la grande advenue des Thuilleries » (notre future avenue des Champs-Elysées), à l'endroit où se, dresse aujourd'hui l'Arc de Triomphe de l'Étoile. Cette pyramide n'a du reste existé qu'à l'état de maquette ou de projet. Le Louvre et les Tuileries continuent ainsi, peut-on dire, leur étirement et celui de Paris vers l'ouest. Et c'est cette direction qui l'emporte; il suffit, pour s'en rendre compte, d'observer que le grand carrousel de 1612 s'est tenu sur la place Royale, taudis que celui de 1662 s'est déroulé dans le cadre du Louvre et des Tuileries, sur la place qui en a gardé le nom de place du Carrousel.

Dans une note écrite de sa main, Colbert se marque ainsi un programme : « Plants (c'est-à-dire plantations d'arbres) partout à continuer. Arc de Triomphe pour lesconquestes de terre. Observatoire pour les deux. Pyramide; difficulté à l'exécution. » Par ces trois dernières mentions, trois des quatre points cardinaux de Paris sont visés : la Pyramide est à l'ouest; l'Observatoire, qui a été construit, de 1667 à 1672, sur les plans de Claude Perrault, est au sud ; l'Arc de Triomphe répond en quelque sorte, à l'est, à la Pyramide. Cet Arc, destiné à commémorer

les victoires de Douis XIV, devait être élevé à l'extrémité du faubourg Saint- Antoine et en un lieu qui garda de l'entrée triomphale du roi et de sa femme Marie-Thérèse, en 1660, le nom de place du Trône. Des projets demandés pour cet Arc à L,e Vau, L-e Brun et Perrault, ce fut celui de ce dernier qui l'emporta. Les travaux, com-

Le projet de l'Arc de Triomphe de la place du Trône. (D'après une gravure du xvn" siècle.)

mencés en 1669, furent liés à l'établissement du cours de Vincennes, et des arbres vinrent dessiner le « pourtour de l'Arc de Triomphe » et de ce qui deviendra notre place de la Nation. Demeuré inachevé, cet Arc fut démoli au commencement du règne de Douis XV.

D'autres arcs de triomphe viennent décorer, dans le même temps, le débouché, sur les boulevards, des deux grandes voies nord- sud de Paris : ce sont les portes actuelles Saint-Denis et Saint-Martin, œuvre des archi-

FORMATION 11 BVOL1 uns DH PARIS

testes François Blondel pour la première (1672) et Pierre Bullet pour la seconde (1674). II faut ajouter, dans le même ordre d'idées, les portes décoratives de l'est de Paris : sur la rive droite, la porte Saint-Antoine du XVIe siècle, agrandie en 1672 par Blondel; en face, sur le quai de la rive gauche (vers le débouché du pont Sully

La place des Victoires.

D'après une gravure du jcvn* siècle.)

actuel), la porte Saint-Bernard (1O70). Ainsi se parc « la Ville dont les portes, écrit l'architecte contemporain I.epautre, sont si magnifiques que chacune est un arc de triomphe, la sculpture n'ayant pour sujet que les conquêtes de Louis le Grand ».

L'idée maîtresse «le Colbejt, en fait d'art urbain, de faire « triompher » son roi à Taris, a reçu un important complément d'exécution, étranger à ce ministre et sous la forme de deux places à noms significatifs : la place

des Victoires et la place des Conquêtes ou Louis-le-Grajid (place Vendôme) . La première tire son origine de la statue qu'au lendemain de la paix triomphale de Nimègue (1678) , le maréchal de La Feuillade projeta d'élever au roi. Cette statue, pédestre et œuvre de Martin Desjardins, fut entourée d'une place de forme circulaire, dessinée par Jules-

La place Vendôme.

(D'après une gravure du début du xvin0 siècle.

Hardouin Mansart : statue et place (cette dernière autour de laquelle on commençait seulement à bâtir) furent inaugurées en 1686. Ce fut Louvois, devenu surintendant des bâtiments après la mort, survenue en 1683, de Colbert qui, avec Mansart, incita Louis XIV à se rendre propriétaire de l'hôtel de Vendôme, en vue de l'aménagement d'une nouvelle place qui devait renfermer aussi la statue du souverain. Pour rendre la place plus grande, on déplaça les religieuses Capucines qui avaient en cet

endroit leur couvent. Après des destinées diverses dans les travaux et la conception, la « place (dit le roi) que nous voulons être appelée la Place de nos Conquêtes... ornée, à l'entour, de bâtiments d'une même symétrie et décoration extérieure » reçut, sur les plans de Jules- Hardouin Mansart, la forme octogonale et décorative que nous lui connaissons. Quant à la statue, ce fut une représentation de Louis X1Y à cheval, œuvre de François Girardon; l'inauguration en eut lieu en 1699.

A ces deux places se rattache, on le voit, un rôle de la statue que nous n'avions pas encore observé et qui se poursuivra au xvme siècle. Ici, la statue engendre la place ou fait partie intégrante de sa conception; la place devient dés lors un monument à la gloire du roi au même titre que la statue.

La création de la place Vendôme d'une part, l'aménagement du cours ou de la promenade des boulevards, de l'autre, déterminèrent de ce côté de la rive droite tout un développement de Paris. En 1700, le roi ordonne le percement de la rue des Capucines, lui 1703, c'est la continuation, jusqu'au boulevard, de la rue Louis-le- Grand, commencée eu 1701. En 1704, il est prescrit d'établir une rue « dans la grande allée du milieu du cours, depuis la grande rue de Richelieu jusqu'à l'endroit où se termine la nouvelle rue de Louis-le-Grand sur le cours » : c'est notre boulevard des Italiens.

D'autres nus s'étaient déjà formées dans cette partie occidentale de Paris. ( >n avait commencé à aplanir la butte Saint-Roch (au nord de l'église de ce nom) dont douze nouvelles rues étaient venues déloger des moulins à vent (1667- 1677). Un peu à l'est, la construction du

Palais- Royal avec son vaste jardin, jointe à celle de l'enceinte bastionnée qui avait élargi Paris, avait suscité tout un développement urbain auquel vint plus tard aider encore l'aménagement de la place des Victoires. A l'ancienne rue des Petits-Champs s'était rattachée, vers la fin du règne de Louis XIII, une nouvelle voie : la rue Neuve-des-Petits-Champs, et un groupe d'hôtels s'étaient établis le long de cette dernière, parmi lesquels l'hôtel de la Vrillière (Banque de France). Le Palais Mazarin, qui semblait continuer au nord le Palais- Royal, agit aussi à son tour comme un aimant, au point de vue de la transformation urbaine de cette région où nous savons, d'autre part, que Colbert avait son hôtel, séparé du Palais Mazarin par une rue qui apparaît vers le milieu du xvne siècle : la rue Vivien (rue Vivienne) tirant son nom d'un propriétaire de ce nom. En 1683, Louis XIV permit à Colbert de faire ouvrir une rue « sur les... places à lui appartenantes, laquelle sera nommée la rue Mazarin..., pour communiquer de la rue Vivien dans celle de Richelieu » : c'est la rue Colbert actuelle. La rue des Fossés-Montmartre (partie occidentale de la rue d'Aboukir), qui avait emprunté son nom aux fossés de la troisième enceinte supprimée à la suite de la construction de la quatrième, se peuple de demeures de financiers.

Si nous envisageons maintenant la Seine et ses bords immédiats, nous relèverons, à la date de 1673, la construction du quai Peletier ou Le Peletier, du nom d'un prévôt des marchands de ce temps. Ce quai fut établi entre le pont Notre-Dame et la Grève, du côté des tanneries et teintureries; l'acte qui se rapporte à sa création

196 FORMATION ET KVOU'TK '\ l»K PAKIS

dit qu'il « doit contribuer à la salubrité de la ville, au dégagement du pont Notre-Dame et à la communication du quartier Saint-Antoine » avec le « château du Louvre et faire une des plus grandes commodités et beautés de Paris ».

Un nouveau pont, le pont Royal, entre la rue du Bac et le pavillon de Flore, vient remplacer, en 1685, le pont de bois des Tuileries emporté par les eaux; dès le milieu du siècle, on avait songé à rétablissement, dans ces parages, d'un pont de pierre. Efl I67O, on avait pourvu le pont Notre-Dame de deux pompes destinées à élever l'eau de la Seine pour la répartir ensuite dans différents endroits de Paris.

Sur la rivegauche, près de la porte Saint-Bernard, le roi autorise (1656) l'établissement de la Halle-aux-Vins destinée à abriter le vin (|ue les marchands étaient auparavant obligés de vendre sur leurs bateaux. Kn io(>>, permission est accordée par le souverain au maréchal de Bellefonds et au sieur du Pertuis d'aménager, à leurs frais, deux ports destinés au déchargement et à la vente des grains, bois, etc. : l'un entre le pont de la Tournelle ei la porte Saint-Bernard et qui sera dénommé le port de Bel» Kfonds; l'autre immédiatement à l'est de la porte Saiut- Bernard et qu'on appellera le port de Pertuis. A titre d'indemnité, le terrain occupé par le fossé et la cont "escarpe, entre les portes Saint-Bernard et Saint- Victor, est octroyé aux sieurs de Bellefonds et de Pertuis, avec faculté d'y faire « bastir maisons et édifices pour l'usage des marchands » ou autres. C'est l'origine de la rue des Fossés-Saint-Bernard. En 1672, l'autorisation royale a été donnée de démolir les portes Saint-Germain et de Bussy,

d'élargir la rue des Cordeliers et de prolonger la rue Saint- Audré-des-Arts vers l'ouest. En 1684 et 1685, les portes Saint-Michel, Saint-Jacques, Saint-Marcel, Saint-Victor furent abattues et cette mesure s'explique quand on considère combien le rempart, qui datait, dans son tracé,

Les ports de Grève, le quai Peletier, le pont Notre-Dame

et l'île de ta Cité.

(D'après une gravure du xvti" sKclc.

du début du xme siècle, était loin de correspondre à l'étendue du Paris de cette rive.

C'est à l'ouest qu'au temps de Louis XIV nous constatons la transformation la plus sensible de cette rive comme de la rive droite. Des travaux d'embellissement furent conçus ou exécutés de ce côté, qu'il faut, pour les embrasser dans leur ensemble, rattacher aux trois points suivants : le cours ou boulevard du midi, les quais, les Invalides. Il s'agissait, en somme, de faire, sur

la rive gauche, comme embellissement urbain, un pendant à la région du Louvre, des Tuileries et des Champs-Elysées. On commence, en 1655, par l'établissement d'un quai, depuis le Pont-Neuf jusqu'à la porte de Nesle (quai Conti), et dont le prolongement jusqu'à la rue des Petits-Augustins (rue Bonaparte) est prescrit en 1662. Puis, en 1069, le roi décide de construire le quai Malaquais, qui fut établi depuis le collège des Quatre-Nations (Institut), autre élément de la transformation de ces lieux, jusqu'au pont Rouge (au droit de la rue de Beaune). En 1704, semblable décision est prise pour le quai de la Grenouillère qu'un acte de 1707 baptise du nom de quai d'Orsay : ce quai aura vingt mètres environ de largeur et sera « revestu... de pierres de taille, avec un trotoir de neuf pieds de largeur (près de trois mètres), le long du parapet, pour le passage des gens de pied », avec aussi « des rampes en glacis descendant au bord de la rivière, pour les abbreuvoirs et l'enlèvement des marchandises déchargées sur le port »; il sera, en un mot, semblable au quai Malaquais qu'il continuera depuis le pont Royal jusqu'en face de ce qui est aujourd'hui la place de la Concorde. Les maisons qui seront construites sur le quai d'( )rsay, « à l'aspect des Thuileries », ne pourront l'être que suivant un plan préalablement approuvé par le roi, et « celles qui seront basties entre les rues de Poitiers et de Bourgogne ne le pourront estre qu'en observant les terrasses au-devant dudit quay ». Ainsi, voilà des constructions liées à des terrasses et subordonnées à une idée générale d'embellissement. De fait, nous voyons, dans les premières années du règne de Louis XV, que des chantiers de bois qui

occupaient la Grenouillère ont disparu, pour laisser la place à « plusieurs hôtels convenables, à l'aspect de notre palais et de notre jardin des Tuileries », dit le roi.

L'Hôtel royal des Invalides date de 1670. A cette époque, Louis XIV décida la construction, à l'extrémité du faubourg Saint-Germain, d'« un hostel royal, d'une

Les Invalides.

iD'après une gravure de l'époque. 1

grandeur et espace capable d'y recevoir et loger tous les officiers et soldats, tant estropiez que vieux ». La première pierre de l'Hôtel fut posée cette année même. En 1671, l'église fut commencée sur les plans de Libéral Bruant et terminée en 1679; le dôme, œuvre de Jules- Hardouin Mansart, fut achevé en 1706. Or à l'Hôtel se rattachaient des avenues, et le tout forme une conception d'art urbain d'autant plus intéressante à observer qu'on opérait sur un vaste terrain disponible. Ces ave-

l'ilt FORMATION ET ÉVOLUTION DE PAUIS

nues convergentes, avec rond-point et demi-lune, comportent une allée d'environ trente mètres de largeur, escortée, de chaque côté, d'une contre-allée large de près de douze mètres. Elles se voient reliées au cours de la rive gauche. Le cours, de ce côté, « doit faire un accompagnement aux avenues de l'Hostel royal des InValidi il sera conçu, au midi, «en point de yeue au portail de l'église de l'Hostel des Invalides » (avenue de Breteuil) et longera les bâtiments de l'Hôtel pour aboutir, au nord, au quai d'Orsay (boulevard des Invalides). Même, au début du XVIII'' siècle, on projette, devant L'église des Invalides, la construction d'une colonnade analogue à celle de la place Saint-Pierre de Rome. Parallèlement au boulevard des Invalides, on prévoit la rue de Bourgogne qui « aura pour point de veue le nouveau cours près la porte Saint-Honoré », c'est-àdire les Champs- Klysées. C'est là, pour le «quartier Saint- Germain », dit un document contemporain, un embellissement analogue à celui qui a été effectué « pour le quartier de Louis-le-Grand et des Capucines».

On remarquera que la ligne d'embellissement et d'es- 1 laces libres formée du Louvre, des Tuileries et des Champs- Elysées, jointe à la conception d'embellissement des bords de la rive gauche situés vis-à-vis, n'était pas destinée à faciliter les communications du nord au midi de Paris et ne pouvait que s'ajouter à l'obstacle du fleuve pour écarter l'une de l'autre les deux rives.

Il n'est pas jusqu'à la Seine elle-même que l'on n'ait voulu a embellir », en la parant (1676), en cet endroit, de cygnes, hôtes d'un îlot allongé réuni depuis au Gros- Caillou et qui avait pris d'eux le nom d'île des Cygnes.

La perspective monumentale et le dégagement sont au nombre des caractéristiques de l'art urbain de cette époque. Les places aménagées devant l'église de la Sorbonne (dont la construction, 1635-1642, est due à Richelieu) et devant le Palais- Royal sont, à cet égard, des exemples datant du milieu environ du siècle. Citons postérieurement et au point de vue de la perspective, le collège des Quatre-Nations construit dans l'axe nord-sud du quadrilatère du L/Ouvre. Enfin, en ce qui concerne les dégagements, n'est-ce pas une véritable trouée dans le vieux Paris, qu'on envisageait avec le tracé d'une grande place devant la façade orientale du Louvre et ne trouvons-nous point la même préoccupation d'espace libre à ménager dans la pensée qu'aurait eue Colbert d'établir une autre vaste place, à l'endroit où s'élevait l'hôtel de Soissons (près des Halles) ? Outre les statues, les fontaines intervenaient dans les projets de décoration de semblables espaces. Et dans la fontaine monumentale, c'est encore l'apothéose du roi que l'on vise. Bien plus, « il y a une infinité de bustes du grand monarque placés dans tous les coins des rues par les gens du commun », écrit un Anglais qui visita Paris à la fin du XVIIe siècle. Vers l'absolue souveraineté de Louis XIV, la Ville, comme la Cour, s'incline.

Laissant de côté les élargissements de voies effectués alors tant sur la rive gauche que sur la rive droite, aussi l'augmentation du nombre des fontaines publiques, nous ne pouvons toutefois omettre de relever l'établissement, sous ce règne, des premières casernes qui aient existé à Paris. Auparavant, les soldats logeaient chez l'habitant. En 1659, le roi ordonna à la Ville d'acquérir une halle

qui se trouvait vers le débouché du pont Rouge sur la rive gauche, pour y aménager un hôtel à l'usage des mousquetaires logés au faubourg Saint-Germain; les travaux furent terminés en 1071. Cet hôtel servit au logement de la première compagnie, communément appelée Mousquetaires Gris. Quant à la seconde compagnie, distinguée sous Le nom de Mousquetaires Noirs, son logement incombait aux habitants d'un autre faubourg : le faubourg Saint-Antoine. Le roi traita, en 1699, avec la Ville, pour que cette dernière fît à la fois la place Vendôme et, au Eaubourg Saint-Antoine, un hôtel pour les mousquetaires noirs. Cet hôtel fut terminé en 1701. En ce qui concerne les gardes françaises et suisses, la Ville avait été également chargée, en 1692, de leur construire des casernes dans les faubourgs, mais l'affaire n'eut pas de suite.

Il n'est pas moins utile de marquer le développement des manufactures dû à Colbert. La manufacture des Gobelins, dirigée par Le Brun, reçut son organisation en 1667. C'est la grande manufacture royale, car, dans l'industrie, comme dans l'art urbain, comme aussi dans l'art en général et les lettres, tout gravite autour du Roi- Soleil. Les académies qui viennent alors s'ajouter à l'Académie française datant du règne précédent, disciplinentà Taris la pensée française.

L'Académie royale de musique créée, joue l'opéra dans une salle du Palais- Royal, tandis que la Comédie-Française, après des destinées diverses, s'établit (1688) rue des Fossés-Saint-Germain (actuellement rue de l'Ancienne-Comédie), dans un théâtre spécialement construit pour elle par l'architecte d'Orbay.

La défaite de la Fronde fut naturellement suivie d'ef.

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forts de la part du pouvoir royal pour asseoir, dans le calme et l'ordre, l'autorité du souverain à Paris. Ces efforts se manifestèrent surtout à dater du moment où Louis XIV gouverna lui-même. « Nostre bonne ville de Paris — dit-il, en 1667 — estant la capitale de nos Estats. . . . doit servir d'exemple à toutes les autres villes de nostre royaume. » C'est pourquoi, à cette dernière date, il en réglemente le

régime de la ^^^^m^^^Êf^ / '■■ police, en instituant, à côté du lieutenant civil du prévôt de Paris, un lieutenant de police, prédécesseur de notre préfet de police. Ce nouveau fonction-

Une visite de Colbert aux Gobeliiis.

■ D'après une gravure de Sébastien Le Clerc, xvne siècle. 1

naire aura a

connaître « de la sûreté de la ville, prévosté et vicomte de Paris, du port d'armes prohibées par les ordonnances, du nettoyement des rues », de l'exercice des métiers, de l'approvisionnement de la ville. Il « donnera les ordres nécessaires en cas d'incendie ou d'inondation », aura la visite « des hostelleries, auberges, maisons garnies, brelans (maisons de jeu), tabacs (maisons où l'on vient fumer) et lieux mal famez », se préoccupera des « assemblées illicites », surveillera les imprimeurs et les colporteurs, se saisira' de tous délinquants. Son

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siège est, comme celui du lieutenant civil, au Chàtelet : il y entendra le rapport des commissaires de quartiers et y jugera en matière de police. Le premier lieutenant de policé lut La Reynie. On lui doit un meilleur entretien des rues, leur éclairage par îles lanternes, ainsi qu'une plus grande sécurité.

1 >u xyii'' siècle également datent les « carrosses delouage d qu'on appelait déjà fiacres. Biaisé Pascal et le duc de Roànnes imaginèrent même le « carrosse public », à cinq sols la place, ou omnibus (1662). Mais l'entreprise dura très peu de temps et ne sera reprise qu'en 1828.

L'agrandissement de la ville amena une augmentation du nombre des quartiers, qui furent portés de 16 à 20. Un arrêt du 14 février 1702 en régla la répartition; les vingt quartiers pOUI la ville et les faubourgs sont les

suivants : Cité, (y compris les îles Louviers et Notre-Dame ou Saint-Louis), Saint-Jacques-de-la-Boucherie, Sainte- Opportune, Louvre ou Saint-Germain-l'Auxerrois, Palais- Royal (ce quartier va, à l'ouest, jusqu'à l'extrémité occidentale des faubourgs Saint-Honoré et du Roule), Montmartre. Saint-Kustache, Halles, Saint- Denis, Saint-Martin, Grève, Saint-Paul ou la Mortellerie, Saintc-Avoye ou la Verrerie, Temple ou Marais, Saint-Antoine, place Mau-

bert (avec les faubourgs de l'est de la rive gauche, jusqu'au faubourg Saint-Marcel), Saint-P.eiioit (à l'ouest de celui de la place Maubert), Saint-André-des-Arts, Luxembourg et Saint-Germain-des-Prés.

Les défenses faites sous Louis XIII de bâtir au delà de bornes qui avaient été plantées à cet effet n'avaient pas plus été observées que celles du xvi1' siècle. La ville grandissante faisait la tache d'huile. Les défenses furent

donc renouvelées sous Louis XIV, qui prescrivit, en 1672, la pose, autour de Paris, de nouvelles bornes au delà desquelles il était interdit de bâtir. Mais on ne pouvait empêcher la croissance d'une ville devenue la capitale de la monarchie unifiée de Louis le Grand.

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