‹ Formation et évolution de ParisChapitre 10 sur 13 · A CETTE VILLE · texte numérisé non relu

A CETTE VILLE

L,e récit qui précède fait assez sentir le besoin de relèvement matériel qu'avait Paris. Malheureusement, Charles VII, l'ancien roi de Bourges, et ses successeurs du XVe siècle préféreront au séjour de Paris celui de la région de la I<oire, et cette ville aura besoin de compter avant tout sur elle-même. A la vérité, sa vitalité demeure très grande : elle n'a jamais cessé d'être, au milieu de ses pires malheurs, une capitale intellectuelle et un centre artistique. Certes, elle n'a pu poursuivre son extension : pendant toutes ces années de guerres, elle a été, derrière ses remparts, comme emmurée. Mais elle n'a point perdu ou a vite reconquis son prestige, car un voyageur étranger en parle, au milieu du XVe siècle, comme de la ville « la plus belle qu'il y ait, de nos jours, dans l'univers ». Il en admire les palais et hôtels « embellis chacun d'une manière différente », le Palais, non seulement destiné « aux affaires publiques » et judiciaires, mais encore centre commercial notamment

pour ce que nous appelons l'article de Paris (le caractère commercial de ce lieu remonte au moins au siècle précédent), l'Université avec tant de maîtres éminents et les « maisons d'étude que l'on nomme collèges »; il mentionne « les artisans qui remplissent la ville et qui sont si habiles qu'on n'en trouverait pas de meilleurs »; il est frappé de l'animation de la ville dont il n'oublie même pas les femmes a vêtues avec tant de coquetterie et si enjouées a.

Des lieux de particulière animation, en dehors du Palais et de ses abords, se dégagent des documents de l'époque. La rue Saint-Antoine a gagné en importance par le voisinage dn b château vulgairement dénommé la Bastille de Saint-Antoine tt, ainsi que des hôtels Saint-Paul et des Tournelles. Vers l'ouest, la place de Grève s'est, pour ainsi dire, aeerue de toute la vie tumultueuse de ces temps, comme la Grande-Boucherie, près du Grand -Châtelet, s'est vue devenir, pendant quelque temps, un centre pour Paris. Ajoutez, un peu au nord, les Halles. Faites état du rôle politique que viennent de jouer, durant des années, les gens de métier particulièrement nombreux sur ces bords de Seine où se rencontrent, d'autre part, ces ports : la Grève (pour le bois, le charbon, le vin, les grains, le foin), la Saunerie (près du Châtelet; pour le sel), l'École Saint-Germain (pour le bois venant du pays d'aval). Un autre point vital est, sur la rive gauche. la place Haubert avec la Bûcherie et la Poissonnerie du Petit-Pont, l'ans la direction nord-sud, la Grand' Rue Saint-Denis nous apparaît comme la voie triomphale des souverains entrant à Paris et, au xvie siècle, on en qualifiera la porte de porte royale; de ce côté se dessine aussi

(et cela dès le XIVe siècle) le chemin des poissonniers ou « chasseurs de marée » (origine de la rue et du faubourg

Lne procession sur la place de G?-ève, devant la maison aux piliers.

(D'après une miniature du milieu environ du xv siècle.)

Poissonnière) venant vendre à Paris leur poisson ou marée.

A l'extrême fin du xve siècle (1499), l'écroulement du

i J FORMATION ET EVOLUTION DE PARIS

pont Notre-Dame, « porté sur pieulx de bois et craque] avoit 65 maisons », a dépassé, au point de vue de Paris, les proportions d'un simple fait-divers. Le pont, reconstruit en pierre, en 1500 et dans les années suivantes, le fut sous une forme qui compte dans l'histoire de l'art urbain appliqué à cette ville. Représentez-vous, en bordure de la chaussée reposant sur six arches, une douille rangée de 34 maisons chacune, toutes semblables et bâties de briques avec chaînes de pierres de taille; elles se terminent en pignon et ont leur rez-dechaussée formé d'arcades pour boutiques. Ces maisons sont distinguées par le moyen de numéros : les nos I à 14 pour le côté d'amont et 35 à 68 pour le côté d'aval. C'est la plus ancienne trace connue, pour Taris, du numérotage des maisons; le système demeura, du reste, localisé en cet endroit. Aux quatre coins du pont, s'élèvent des tourelles. Ce pont, l'objet de l'universelle admiration,

ne tarda pas à former ce qu'on appelait « la plus belle rue de Paris ». Ajoutez qu'au dire d'un texte officiel de L'époque, c'était a le plus grant et le plus fréquenté passaige de ladite ville ». .Sa reconstruction eut une répercussion dans le voisinage : c'est ainsi qu'on dut surélever et élargir la rue lui servant de débouché dans la Cité, pour qu'elle fût de mêmes niveau et largeur (1507); de plus, la municipalité fut invitée à réédifier « d'une mesme hauteur et forme » les façades des maisons démolies à cet effet.

I.a rigoureuse symétrie des maisons du nouveau pont Notre-Dame, le rez-de-chaussée formé d'une succession d'arcades, enfin le mariage de la brique avec la pierre constituent des caractéristiques que nous retrouverons

dans des ensembles de constructions postérieurs, marquant précisément, pour Paris, la première période de Y art urbain classique,

L/art urbain a, en effet, comme toute autre forme d'art, sa période classique, qui date, en ce qui concerne les applications de cet art à Paris, de l'aurore du xvie siècle et procède de la double inspiration italienne et antique. L/art classique, appliqué à une ville, se trouve essentiellement caractérisé, d'une part par la rue large et droite, d'autre part par les ensembles de constructions régulières et symétriques .

iÉiiiMlèiâiëîâl

Le pont Notre-Dame.

^D'après J. A. Du Cerceau, xvr siècle.

Or, c'est avec le xvie siècle qu'apparaît nettement, en ce qui a trait à Paris, cette double conception , et son apparition coïncide avec le moment où le roi se décide, sinon à se fixer à Paris, au moins à y demeurer plus souvent. En 1528, François Pr informe la municipalité parisienne de son intention de « dorénavant » séjourner en sa « bonne ville et cité de Paris et alentour plus qu'en aultre lieu du royaulme » et de « faire réparer et mettre en ordre », à cet effet, le château du Louvre, qui est « le lieu le plus commode et à propos pour nous loger », dit le souverain. Pour cela, il veut « faire clorre la place estant devant icelluy », c'est-àdire devant la façade regardant la Seine et où se trouve l'entrée principale de ce château. Mais comme par cette place « passent les chevaulx tirans la marchandise qui

, i FORMATION F.T ÉVOLUTION PE PARIS

monte », le roi est amené à ordonner d'établir, en cet endroit, pour remplacer ce lieu de passage, un chemin, le long de l'eau : ce fut un « beau » quai, avec murs d'appui, large d'une quarantaine de mètres et s'étendant depuis le Châtelet environ jusqu'à la limite de l'enceinte du xiv siècle, où, à côté de la Tour de Bois de cette enceinte, on aménagea, pour sortir de Paris, la Porte Neuve (vers le débouché du pont actuel des Saints- Pères). Un document postérieur en souligne l'importance et nous le montre qui « sert de grand chemin du Louvre au Pallays » (Palais de Justice). Ce chemin devait, en outre, permettre au roi de se rendre plus facilement du côté de Boulogne où, en 1528, il avait entrepris, près du couvent des religieuses de Longchamp, la construction d' « un chasteau et lieu de plaisance » nommé Madrid, parce qu'il était semblable à ce château d'Espagne habité par François Ier, durant sa captivité. Une autre conséquence de la clôture de la place sise devant la façade méridionale du Louvre fut de faire de l'entrée secondaire qui se trouvait au centre de la façade orientale l'entrée principale de ce château; dès lors, François Ier est conduit à concevoir la « petite rue nommée la rue d'Autriche..., où il y a plusieurs petits porches et méchantes maisons » et qui longe cette dernière façade, comme devant être « belle, large et droicte ». Ce changement d'orientation dans l'axe principal du Louvre était destiné à entraîner aussi l'établissement d'une voie diriers l'est.

Le Louvre, en reprenant son caractère de résidence royale, va, dès lors, jouer de nouveau un rôle capital dans le développement de Paris vers l'ouest. Cette

même année 1528, François Ier fait démolir le donjon central du vieux Louvre, en attendant que, vers la fin de son règne, il fasse commencer, par l'architecte Pierre Lescot, les travaux du Louvre de la Renaissance.

La prédominance de l'ouest de Paris se dessine sous ce règne : dès 1516, le roi abandonne à l'un de ses officiers l'ancienne résidence royale de Saint-Paul qualifiée de « grand hostel fort vague et ruyneux ». En 1519, autre constatation non moins significative : le roi oppose au séjour des Tourn elles, humide, et que le voisinage d'égouts découverts contribue encore à rendre malsain et désagréable, celui du faubourg Saint-Honoré, sur le bord de la Seine et qui est « en bel air et belle situation »; aussi acquiert-il, en ce dernier Heu où se succèdent des tuileries, une propriété pour sa mère, dont la santé s'accommodait mal de la résidence à l'hôtel des Tournelles. L'un des avantages du quai indiqué plus haut est, aux yeux de François Ier, de permettre de a passer du Louvre aux Tuilleries ».

« Tout le temps du règne dudit seigneur roy (François Ier), assure un contemporain, on ne cessa de bastir dedans Paris. » C'est le temps où de grandes propriétés commencent à faire place à des rues. Un document de l'époque signale « plusieurs grandes maisons tout ouvertes, qui sont en ruyne et en décadence, ezquelles il n'y a aucuns demourans..., comme l'hostel la royne, la maison de Rouen, l'hostel de Xevers et autres ». Cet état appelle un changement. Avec les hôtels, disparaîtront leurs jardins, tels les « jardins du Beautreillis assis... rue S. Anthoine ». Paris va tendre ainsi à revêtir sa physionomie moderne. "En 1543, François Ier aliène une partie du

domaine royal à Paris et en prescrit le lotissement, pour y faire rues et maisons rendues nécessaires par une « multitude de peuple qui... afflue » dans la capitale et, ne pouvant se loger, faute de place, dans l'intérieur de la ville, construit aux alentours. Cette aliénation porte sur les hôtels de Bourgogne, d'Artois, de Flandre, d'Ktampes, du Petit-Bourbon, de Tancarville, l'hôtel de la reine près Saint-Paul et divers maisons et terrains, tous lieux jugés « inutiles » et « en ruine ou décadence ». Ces lieux furent aussitôt lotis et mis aux enchères, « selon les pourtraits et figures » « attachez, sur tableaux de bois », aux portes de ces hôtels et en différents endroits publics. D'autres anciens hôtels féodaux disparaissent pour faire place à d' « autres excellens bastimens t'ait/, à la romanesque (pour romaine), à la greque et à la moderne », écrit un auteur de ce temps faisant allusion à l'art nouveau dérivé de l'antique, et qui ajoute qu'il est impossible de « lesnombrer », «et aussi que, tous les jours, on en édifie de nouveaux, tellement -(pi 'il semble que Paris ne sera jamais achevé ». On donne aussi à bâtir, rapporte Le même écrivain, une partie de la Culture Sainte-Catherinedu-Val-des-Escoliers et de celle du Temple, sans parler d'autres lieux.

1 >< a nus se percent selon un plan bien arrêté, telles celles dont François Ier a prescrit l'ouverture aux Halles (I543)- On se préoccupe de la « décoration » de la ville. Par deux actes, l'un d'avril 1533 et l'autre du 6 août 1534, le roi ordonne à la municipalité parisienne et cela en vue de l'embellissement de la ville, de faire démolir toutes les portes encore subsistantes des anciens remparts de la rive droite et de mettre les rues à l'ali-

gnement. L,a préoccupation de la décoration urbaine se fait jour dans une autre circonstance. Un certain nombre de maisons à Paris étaient autrefois grevées de rentes non rachetables, qui pesaient si lourdement sur les propriétaires de ces immeubles qu'ils avaient avantage à abandonner purement et simplement leurs maisons plutôt que de les entretenir. Il en résultait, pour ces maisons, un état de ruine ou de délabrement qui nuisait fort à l'aspect de Paris. François Ier, par un édit d'octobre 1539, tenta de remédier à cette situation, en décidant que toute rente pourrait dorénavant être rachetée. Il convient d'ajouter à ces considérations le commencement de la construction de l'hôtel de ville sur les plans de Dominique de Cortone, dit le Boccador (pose de la première pierre en 1533), l'agrandissement de l'Hôtel- Dieu par les soins du chancelier Antoine Duprat (1532), la construction de l'église actuelle de Saint-Eustache (première pierre en 1532), de Saint-Etienne-du- Mont (terminée seulement, comme Saint-Eustache, au xvne siècle) , celle de la Tour actuellement subsistante de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (1508-1522), sans citer d'autres églises qui furent, dans le même temps, l'objet de divers travaux, ni les nouveaux hôtels comme ceux de Fécamp et de Guise (ce dernier à l'endroit occupé par les Archives nationales). L,es reconstructions d'églises sont un indice d'accroissement de la population. N'apprenons-nous pas, par un document de la fin du xve siècle, que la « grande multitude du peuple estant de présent en la paroisse » de Saint-Étienne-du-Mont ne peut « entrer en ladite église Saint- Etienne » parce que cette église est « trop petite »?

T'n autre signe des temps nouveaux, au point de vue de la décoration urbaine, est la remarque faite à François Ier par les habitants de la rue Saint-Martin, qui observent que si l'on démolissait la fausse porte de ce nom qui n'est pas dans l'alignement, toute la rue aurait la même largeur et que « l'on verroit depuis Sainct- Severin jusques aux murailles et boujevertz » de la rive droite; ce qui serait, ajoutent-ils, « fort tryumphant et honnorable en ladite ville ». Voilà l'idée classique de la voie droite triomphale mise en avant.

1 ('autre part, la municipalité, de 1527 à 1530, établit, de Belleville à Paris, pour la conduite d'eau de source dans les fontaines de la ville, des voûtes souterraines « de pierre de taille, en manière qu'on pouvoit aisément aller par dedans, pour mettre... les... tuyaulx ». V\\ auteur, au milieu du XVIe siècle, énumère seize fontaines à Paris. Il n'en restait pas moins que la moitié des habitants étaient contraints d'user de l'eau de Seine. Quant aux égouts, ils demeurent à ciel ouvert et stagnants, loyers permanents d'infection. Le roi, à la date de 1550, voudrait les voir pourvus de la pente nécessaire pour se déverser, soit directement dans le fleuve, soit dans les lossés de l'enceinte dans lesquels on canaliserait partie du cours de la Seine.

I.' x tension des faubourgs de Paris, à la même époque, e^t un autre signe du développement de la ville Cette extension se marque à la fois sur la rive gauche et sur la rive droite.

I.- malheur des temps antérieurs avait « ruyné et réduit eu terre labourable » le bourg ou faubourg Saint- Gerin.iin-des-Prés et amené à condamner les portes de

Bucy (vers le carrefour actuel de ce nom) et de Nesle (vers l'Institut). Mais François Ier, « voyant son peuple de Paris... tellement... multiplié » et jugeant le lieu en question « fort sain, commode et bien aéré », prescrivit, « pour donner occasion d'y habiter », d'ouvrir la porte de Bucy (1539). Cette ouverture, jointe au projet conçu par le même roi de faire semblablement ouvrir la poterne de Nesle, détermina « plusieurs notables personnages » : gens du Parlement, du Grand Conseil, d'église, officiers du roi, etc., à bâtir, en ces parages, « plusieurs belles maisons ». Ce faubourg devint ainsi « l'ung des plus beaulx », et l'ouverture de la poterne de Nesle (1550) vint encore le développer. L,a population qui l'habitait désirait, à cette dernière date, être reliée au L,ouvre par un « pont traversant la rivière depuis le costé de Nesle » et demandait en outre, « près la Tour de Nesle, ung port, pour y arriver toutes sortes de marchandises, pour la fourniture... des habitans ». A l'établissement de ce port, la municipalité s'opposa, parce qu'il aurait détourné de ce côté le commerce parisien avec la mer, qui se faisait par le port de Saint-Germain-l'Auxerrois situé « au cueur de ladite ville, près des Halles, rue Sainct-Denis et autres, les plus marchandes de la ville », et aussi parce qu'il ne convenait pas d'avantager, au détriment de la ville, les faubourgs originairement conçus comme de simples lieux à hôtelleries destinées à ceux qui arrivaient après la fermeture des portes. Ainsi se marque l'opposition d'intérêts entre la ville et ses faubourgs agrandis.

Il n'y a pas, en effet, que le faubourg Saint-Germain qui se soit accru, mais aussi ceux de Saint- Victor, « depuis Coppeaux (Jardin des Plantes) jusques à Saint-Marceau

lOUMATION Ll ÉVOLUTION \<L I

(carrefour des Gobelins) », de Saint-Jac* -int-

Michel, « tellement qu'ilz sont augmentez de moitié», écrit un contemporain. i Autant en a esté fait, continuet-il, aux faulxbor t-Denys, sur la montaigne et

rie (on dépôt d'immondices) du grand moulin, qu'on appelle à présent (et en raison de ce peuplement) la Villeneuve (boulevard actuel de Bonne-Nouvelle) »; sem* blablement, i à la porte Montmartre, et généralement en tous les faulxbourgz de Paris » que des rues relient même l'un à l'autre, de sorte que l'ensemble formé par toutes tes nouvelles constructions est l'équivalent « d'une bien grand'ville ».

Tant est grand le nombre des bâtiments qui se sont élevés, durant les vingt dernières années du règne de François I,r 11527-1547;, dans les faubourgs de la Ville et de l'Université, où ne cessent «l'aller habiter 1 une multitui': ingéra et autres gens de unîtes sortes

el qu alite/. -, que le roi Henri II, à la date de novembre 1548, détend d'y bâtir dorénavant : il redoute qu'un afflux de population ne s'y produise au détriment autres localités du royaume, et cela en raison de certains pu particulièrement d'ordre commercial ou industriel, dont on jouit dans ces faubourgs offrant, au surplus, par les tavernes, jeux et maisons mal famées qui y abondent, mille tentations à la jeunesse oisive; en lin il craint qu'un pareil aftlux n'entraîne, au point de

vue des approvisionnements, de graves inconvénients de nature économique. «Jn n'un continue pas moins à bâtir,

tate, en 1554, le roi qui renouvelle ses défense

tout un grand projet urbain s'est greffé sur le développent des faubourgs de l'Université dont le souverain,

LES ORIGINES DU PARIS MObE 51

à la date de 1550, a demandé à la municipalité le rattachement au Paris de la rive gauche par l'établi- -. d'une nouvelle enceinte annulant celle de Philippe- Auguste. Il s'agit, en outre, de percement et d'alignement de voies et de l'aménagement « de marchez et places publiques » dans ce nouveau Paris, projeté «selon certain pourtraict et devis idit le roi: que nous en avons faict dresser au plus près de 1: Le projet n'eut pas de suite.

Par contre, sur la rive droite, de nouvelles fortifications commencèrent à embrasser un plus grand Paris. On y fut amené par la crainte des ennemis menaçant la ville de ce côté. En 15 12, l'attention, au point de vue défensif, avait été attirée sur les buttes d'immondices qui, égrenées le long des fossés, autour et en dehors de la ville (comme il sied à des voiries), constituaient des élévations d'où l'ennemi pouvait dominer avantageusement le rempart. On y revint en 1525, date à laquelle d'ingénié - idées furent émises sur la défense de Paris dont le pivot serait Saint-Denis fortifié. On s'était demandé aus.-: pour défendre la ville du côté de l'ennemi, c'est-à-dire de la rive droite, on ne détruirait pas purement et simplement les faubourgs de ce côté. On préféra les englober dans un système de fortifications destiné à reporter le Paris de la rive droite au delà des limites de l'enceinte datant du xive siècle. Les nouveaux fossés furent entrepris vers l'extrémité du faubourg Saint-Honoré. Il y fut travaillé aussi sur d'autres points de la rive droite i gulièrement. Avec ce nouveau rempart apparaît un type de porte de ville emprunté à la donnée classique : . l'entrée triomphale. Il s'agit de la porte Saint- Antoine,

3jj FORMATION KT EVOLUTION DE PARIS

qui a, en effet, « sen y d'arc de triomphe à une entrée

du roy Henri II et... i, dans la face du dehors, des

figures de fleuves en bas-relief faites de la main de l'illustre Jean Goujon ».

Il n'est pas inutile de mentionner qu'au lotissement du terrain de l'hôtel de Bourgogne signalé plus haut, se rattache la première manifestation du théâtre dans sis Uens avec l'art urbain appliqué à Paris. On sait la place exceptionnelle que le théâtre a tenue dans la vie de Paris, intervenant même, à la manière du théâtre antique, comme élément dans la conception de la ville. Or, dès C548, on envisage la construction d'une salle dfl spectacle. La confrérie de la Passion, qui avait été fondée en l'église de la Trinité (rue Saint-Denis) et jouissait à Paris du monopole de représenter « jeux ou mystères », ayant du évacuer la salle qu'elle occupait à cet effet à la Trinité, acquit alors de l'un des adjudicataires de l'hôtel de Bourgogne, une part de cet hôtel, à la charge d'y 1 édifier de neuf une grande salle et autres édifices et bastimeiis pour le service de la confrérie..., en laquelle grande salle y aura plusieurs loges » dont une sera réservée au vendeur et à sa famille. Il ne s'agit ici que d'élever

purement et simplement un théâtre, mais, au xvme siècle, nous verrons tout un embellissement urbain lié à la notion

de théâtre.

I.' règne de François P'r (1515-1547) est marquant, dans l'histoire de Paris, non seulement pour la raison matérielle des développements que prit alors la ville, mais encore au point de vue moral. Ce roi est qualifié par ses temporains de « restaurateur des bonnes artz et lettres ». \'n auteur du milieu du XVIe siècle constate

combien il est aisé de s'instruire, depuis que le « grand roy François Ier », dit-il, « nous a tiré, comme d'un tumbeau, les sciences, les arts, les lettres et bonnes disciplines ». Il en résulta, pour Paris, un développement intellectuel et artistique caractéristique de ce qu'il est convenu d'appeler la Renaissance. C'est à François Ier que revient le mérite de la création du Collège de France. D'autre part, sous son règne, une autre forme d'émancipation intellectuelle se manifeste à Paris : le protestantisme s'introduit alors dans cette ville, malgré les efforts violents du souverain pour l'extirper. En janvier 1525, « y eust — rapporte un chroniqueur contemporain — esmeutte au Cardinal-le-Moyne, à cause d'aucuns leutériens qui y estoient; et pulluloit fort la mauvaise doctrine ». En 1528, un fait-divers frappa très vivement la population parisienne : une statue de la Vierge portant l'Enfant Jésus, qui s'élevait à un coin de rue (ainsi qu'il se rencontrait, à Paris, un certain nombre de statues pieuses), derrière le petit Saint- Antoine (rue du Roi-de-Sicile), fut trouvée un matin, mutilée. « On ne faisoit doubte que ce n'eust esté quelzques luthériens, lesquelz, pour ce temps, régnoient fort et faisoient beaucoup de mal et peine aux gens de bien tenant la vraye foy de Saincte- Église. » Les jours qui suivirent, des processions eurent heu auxquelles prit part l'Université, « et estoit la rue tendue et un beau ciel tendu dessus icelle image (la statue mutilée) ». Le roi lui-même y alla, « teste nue, tenant un cierge de cire blanche à la main », et remplaça cette statue par une autre toute d'argent. « Puis, ce faict, trompettes, clérons et hautzbois commencèrent à sonner fort mélodieusement. » En 1530, un fait du même genre se produisit :

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des coups de couteau furent donnés à des images pieuses a peinctes... contre une maison... faisant le coing de la rue Aubry-le-Boucher ». A cette occasion, fut défendu, « à son de trompe, par les carrefours, que l'on ne blasphémast plus Nostre-Seigneur, sur peine d'avoir la langue percée ». Il fut aussi publié que quiconque recèlerait des luthériens, serait brûlé. En 1534, des placards furent affichés dans les rues contre le Saint Sacrement. Il s'ensuivit, de nouveau, des processions générales, et un certain nombre de protestants furent brûlés vifs en divers lieux : à la Croix du Tiroir (au coin de la rue de l'Arbre- Sec et de la rue Saint-Honoré), aux Halles, au cimetière Saint-Jean-en-Grève, à la place Maubert, sur la place sise au bout du pont Saint-Michel (rive gauche), devant le Temple, etc. Auparavant, ils devaient faire amende honorable, généralement devant l'église Notre-Dame, « en un tombereau, tenans chacun une torche ardante en la main ». Si « horrible » fut la « justice » du roi contre les protestants que le pape dut intervenir en leur faveur. Le protestantisme se répandait à la fois parmi les gens de robe et d'église et les commerçants. Mais il pénétrait peu dans le bas peuple, Les protestants, brûlés en 1535, sont presque tous des gens de négoce : « riche drappier », imprimeur, maçon, libraire, enlumineur, « fruictier des Halles, riche homme », mercier du Palais, cordonnier, etc. Soi\ante-trci/.c protestants qui s'étaient enfuis de Paris fuient sommés de comparaître dans les trois jours, sous peine d'être condamnés au feu par contumace; parmi eux, se trouvait le célèbre poète Clément Marot. Les protestants, au milieu du siècle, se étaient répandus dans les divers quartiers de Paris. Le faubourg Saint-Germain

en renfermait assez pour être qualifié de « petite Genève ».

Vers le milieu du xvre siècle, les Jésuites s'établissent à Paris, non sans l'opposition du Parlement, de l'Université et de l'évêque de cette ville et ouvrent (1564) un collège : le collège de Clermont (lycée Louis- le-Grand).

Aussi longtemps que n'éclatèrent pas dans son sein les guerres de religion, Paris vit se poursuivre son développement normal. D'un recensement effectué au milieu du xvie siècle, il ressort que Paris, dans les limites de son enceinte, renfermait environ 10,000 maisons, sans compter les églises, chapelles, collèges, chapitres et communautés « et beaucoup d'autres lieux du domaine du roy ». Il avait onze halles, cinq ponts : le pont Notre- Dame, le Pont-au-Change doublé, en quelque sorte, à l'ouest, par le Pont-aux-Meuniers, le Petit-Pont et le pont Saint- Michel. Ses portes étaient au nombre de sept sur la rive gauche : Nesle, Bucy, Saint- Germain, Saint- Michel, Saint- Jacques, Saint-Marcel, Saint- Victor, et de même nombre sur la rive droite : Saint- Antoine, Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, Montmartre, Saint-Honoré et la porte Neuve. « Mais, rapporte un auteur de la seconde moitié du xvie siècle, il n'y en a aucune qu'on puisse appeler forte, excepté celle de Saint-Antoine, qui est défendue par le château de la Bastille et celle du Louvre (ou porte Neuve), que protège le château royal. » Ce sont là les deux points extrêmes de l'axe est-ouest de Paris. Au delà s'étendaient dix faubourgs, dont cinq sur chaque rive : Saint-Germain, Saint-Michel, Saint- Jacques, Saint-Marcel, Saint-Victor, Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, Montmartre et Saint-Honoré.

« En ladite ville de Paris, y a (rapporte un chroniqueur

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du XVIe siècle) seize quartiers où, de toute ancienneté, y furent créez et ordonnez, par les prévost et eschevins de la ville, seize quartenyers, pour avoir le regard sur chascun quartier de ladite ville. » Cette division en quartiers remonte à une époque que nous ne saurions préciser; en tout cas, la plus ancienne mention que l'on ait des quartiniers est contemporaine du milieu du xive siècle.

Une place à part, dans l'histoire de l'art urbain de ce temps, revient à mie grandiose conception qui a présidé à l'édification du palais du souverain. Dès le début du règne de Henri II, à la reconstruction pure et simple de l'aile occidentale du vieux Louvre prescrite par François Ier en 1546, l'architecte Pierre Lescot substitua un plan d'ensemble (pli faisait du palais du souverain une ligne capitale d'embellissement de Paris. Ce plan comportait, pour le roi, une double résidence réunie par des galeries et formée, d'une part, du Louvre entièrement rebâti, et, d'autre part, d'une demeure de plaisance à aménager, à l'ouest, au lieu dit les Tuileries, où François Ier avait acquis une propriété pour sa mère, Louise de vSavoie; un vaste jardin «levait en outre prolonger vers l'otleat l'habitation des Tuileries, L'exécution de ce plan, entreprise aussitôt, ne fut terminée que dans le courant du xix(' siècle, lié projet dont il s'agit donnait au Louvre, reconstruit sur son ancien emplacement, la forme d'un quadrilatère, mais on en prévoyait les dimensions en longueur doublées par rapport à celles du château du moyen âge. Kn 1556, l'aile occidentale, dans la longueur de celle du vieux Louvre, était achevée, de même «pie le gros pavillon de l'angle sud-ouest, dénommé

Pavillon du Roi. Au moment de la mort de Henri II (1559), on travaillait à la partie de l'aile méridionale la plus rapprochée de l'aile occidentale. Continuée sous Charles IX, l'aile méridionale rejoignit, sous Henri III, l'aile orientale qui, avec l'aile septentrionale, constituèrent les deux seules parties du vieux L-ouvre demeurées debout. A ce point des travaux, le Couvre était donc exactement mi-partie moyen âge et mi-partie Renaissance. Cependant, en 1564, Catherine de Médicis avait fait commencer le palais des Tuileries, dans la donnée générale du projet de L-escot, mais sur les plans d'un autre architecte, Philibert de l'Orme. Ce dernier, mort en 1570, édifia le pavillon central et les deux ailes adjacentes; Bullant, qui lui succéda, se mit à élever les deux pavillons qui flanquaient ces ailes. L-a construction du palais des Tuileries amena à commencer, vers 1566, les travaux de la Petite et de la Grande Galerie destinées à rattacher, sur le bord de l'eau, le Louvre aux Tuileries. Quant à Pierre L,escot, il demeura l'architecte du Louvre jusqu'à sa mort survenue en 1578; il fut alors remplacé par Baptiste Androuet Du Cerceau.

En 1547, les grandes eaux amenèrent la destruction de maisons bâties sur le pont Saint- Michel. « Depuis (rapporte un auteur, à la date de 1550) on a refait ledit pont tout de neuf, et dessus ont esté basties de très belles maisons égales en haulteur et massonnées... de briques ». On reconnaît à la fois la symétrie et le genre de construction signalés plus haut à propos du pont Notre-Dame. C'est également sous le règne de Henri II (1547-1559) que l'Arsenal a pris forme, peut-on dire : derrière les Célestius, raconte l'auteur précédemment cité, « le roy Henry second

a fait faire deux grandes et spacieuses loges en forme de halles, en l'une desquelles on fond et forge les pièces d'artillerie », tandis que l'autre sert à les abriter; il fit en même temps construire des logis pour les officiers et ouvriers. A la date de 1557, il restait à construire le « grand portail » de « l'arcenac du roy ». Un incendie, survenu en 1563, détruisit une partie de l'Arsenal, mais OD ne tarda pas à remettre en état cet édifice. De l'année 1550 date l'admirable fontaine des Innocents, sculptée par Jean Goujon, « où sont représentées au naturel les nymphes et dieux poétiques ». La même année, « fut commencé à bastir le quay au long de la rivière de Seine, depuis le port au foin (à l'est de l'hôtel de ville) jusques en Grève », et, aux Halles, a furent dressez, bastis et continuez excellents édifices, hostels et maisons somptueuses par les bourgeois preneurs des vieilles places et ruines ». Dans un ordre d'idées semblable, en 1568, fut terminé le Marché Neuf, se trouvant dans la Cité, à l'est du pont Saint-Michel. On y remarquait, comme une chose à noter, « des lattrines... pour la commodité des passans ».

Peu avant, en 1504, le roi Charles IX a aliéné l'hôtel des Tournelles dont le terrain est destiné à être loti pour être transformé en un quartier à rues symétriques et m 1 droictes lignes •> et à « maisons uniformes... si possible » : les places seront à « bâtir dedans deux ans, selon le... portrait et devis qui en aura été fait ». Cependant la reine mère, Catherine de Médieis, en raison d'une crainte superstitieuse, suspend la construction des Tuileries (vers 1572) et se livre à celle de l'hôtel de Soissons (Halle-au-Blé). En 1578, le roi Henri III, répon-

dant au désir manifesté, au milieu du siècle, par la population du faubourg Saint-Germain, pose la première pierre du Pont-Neuf. L'année précédente, le chancelier de France, René de Birague, avait doté Paris d'une nouvelle fontaine : celle de Birague (devant l'église actuelle Saint-Paul-Saint-Iyouis) .

De nouveaux ordres religieux s'installent à Paris : citons, sous Henri III, les Capucins et les Feuillants (du côté de la rue actuelle de Castiglione), proche de ce « beau jardin » des Tuileries que Catherine de Médicis a fait aménager sur le plan des jardins italiens et « où les arbres et les plantes sont distribués dans un ordre admirable », écrit un auteur, vers 1580.

A cette dernière date, Paris nous est représenté, par cet auteur, comme une ville considérable, pleine d'animation et de ressources. Il nous la montre avec son nouveau rempart inachevé et dû au roi Henri II, construction « superbe et vraiment royale » comprise entre l'Arsenal et la porte Saint-Martin; trois « boulevards » sont achevés, « si grands que chacun tiendrait 3.000 fantassins et 560 cavaliers ». D'autres constructions, grandioses et demeurées également en suspens, sont d'abord le L-ouvre « dont la majestueuse architecture, si jamais elle était achevée, en ferait un des plus beaux édifices du monde. Henri II y mit la main, mais il n'y en a qu'un quart de construit. » Ajoutons-y « la bâtisse magnifique des Tuileries », « destinée à servir de maison de plaisance pour les princes ». Des écuries s'y trouvent, qui " « ressemblent à un palais somptueux ». Occupant toute la partie occidentale de l'île de la Cité, l'ancien palais des rois sert, à la fois, de palais de justice, de bourse et de

'.Ml FORMATION KT ÉVOLUTION DE PARIS

lieu de commerce et de promenade très fréquenté : « dans les corridors, qui sont couverts, il y a une immense quantité de boutiques... et l'on y rencontre toujours une foule de cavaliers et de dames, le roi et la cour même; les uns y viennent pour leur amusement, les autres pour leurs affaires ». C'est la grande promenade couverte à la mode; elle partage la vogue avec une autre grande promenade couverte, cette dernière temporaire : la foire Saint-Germain, qui se tient à l'époque du carême et sur l'emplacement du marché Saint-Germain actuel (près et au nord de Saint-Sulpice). « Les marchandises de tous les pays y affluent » (à Paris). « Aussi, quoique la population soit innombrable, rien n'y manque ». Les gens de métier y abondent, en particulier ceux qui se rapportent à la nourriture et à la boisson : on y fait, avec la plus grande commodité, des repas excellents. Son Université est extrêmement florissante. A Paris, les provinciaux et les étrangers « accourent en foule », « pour leur plaisir ou pour voir la cour », ou encore pour leur instruction. « C'est un pélenirle et une confusion... De là, tant d'hôtelleries et d'auberges, de chambres à louer et de tavernes..., tant de bateaux qui couvrent quelquefois toute la Seine! » « Sur les places mêmes on voit de petites boutiques en bois, construites par de pauvres gens qui s'ingénient pour ht leur vie. Il n'y a d'espace vide que le marché aux chevaux («lu côté de la place actuelle des Vosges)... Mais là même, dans peu d'années, tout sera couvert de maisons; on y bâtit déjà. 1 1 I >n voit... tous les jours, dans une partie de la ville ou dans l'autre, justicier des gens dont la plupart sont pendus. Les absents sont exécutés en effigie, i

LA CRISE DES GUERRES RELIGIEUSES

C'est dans ce Paris tumultueux et plein de vie que se déclarent les luttes religieuses.

Le protestantisme, avec des alternatives de répression et de tolérance relative de la part du pouvoir royal, en est arrivé à former un parti de guerre. Contre lui notamment s'élève la population parisienne qui, pendant des années, va demeurer le fervent soutien du catholicisme. Le massacre des huguenots, dit de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) , a pu être effectué, par les soins de la reine Catherine de Médicis et du roi Charles IX, avec le concours de la population de Paris. Depuis, les événements ont marché encore. Henri III, frère et successeur de Charles IX, est un roi discrédité qui, par surcroît, ne laisse d'autre héritier présomptif au trône que le huguenot Henri de Bourbon, roi de Navarre. Les Guise prirent la tête d'un mouvement catholique destiné à extirper, de concert avec le roi d'Espagne, l'hérésie et à faire du cardinal de Bourbon l'héritier du trône. Ainsi se constitua ce qu'on appelait la Sainte-Ligue (1584). A Paris, il se forma, dans le même but de défense du catholicisme, une ligue ou association secrète qui se mit à travailler les

diverses classes de la population et s'allia aux Guise, dont l'un, Henri le Balafré, était particulièrement populaire dans la ville

Le roi, par indécision ou par politique, ne prenait résolûment parti dans aucun sens. Il se faisait à Paris « un remuement... contre lui d. Il le sentit et prit des mesures de sûreté. Ceux de Paris, qui avaient le sentiment d'être ainsi menacés, appelèrent à eux le duc Henri de Guise. Ce dernier, malgré les défenses du roi, se rendit à Paris où il fut reçu avec « grandes révérences et acclamations» des habitants (g mai 1588). Il ne craignit point d'aller saluer au Louvre le roi, qui naturellement « lui fist maigre acceuil ». D'autres Ligueurs de marque suivirent à Paris le duc de Guise dont le pouvoir se dressait vraiment en face du pouvoir royal

Alors, Henri III songea à agir efficacement : le 12 mai, il fit occuper par ses Suisses et ses gardes françaises divers points stratégiques et populeux de la ville, tels que les abords du Petit-Pont et du pont Saint-Michel, le Marché Neuf, la place de Grève, le cimetière des Innocents, sans parler des alentours du Louvre. Son intention était de se saisir d'un certain nombre de meneurs de la Ligue. Mais le peuple ■ commença à s'esmouvoir... et à murmurer qu'on n'avoit jamais veu ni ouï à Paris qu'on y eust mis une garnison étrangère. Sur ce, incontinent, chacun prend les armes,... tend les chaisnes et fait barricades aux coins des rues». Le roi avait prescrit la modération à ses troupes qui, devant l'insurrection générale, eurent ordre de se replier vers le Louvre, ce qui ne se passa point sans qu'un bon nombre de soldats m- tussent tués « tant de coups d'harquebuze qu'autres coups de main et de grais

LA CRISE DES GUERRES RELIGIEUSES

et pierres que les femmes et enfans jettoient par les fenestres ». Quant au duc de Guise, «il n'estoit sorti, tout ce jour, de son logis et avoit tous jours esté aux fenestres de son hostel de Guise, avec un pourpoint blanc découppé et un grand chappeau, jusques à quatre heures du soir... qu'il en sortist » pour rendre au roi, à la prière de ce dernier, le service de « sauver » les troupes royales canton -

La place de Grève au temps des guerres religieuses. D'après un tableau du Musée Carnavalet, xvr siècle.)

nées à la Grève et aux Innocents. Le duc avait l'honneur de la journée. Toute la nuit suivante, le peuple «estoit demeuré tumultuant ». Le lendemain, la situation révolutionnaire de Paris s'aggrave encore. Catherine de Médicis, qui se rend à l'hôtel de Guise pour parlementer, peut à peine passer, en « sa chaire », « par les rues si dru semées... de barricades ». L'hôtel de ville et l'Arsenal sont occupés par les Ligueurs qui menacent même le Louvre contre lequel sont prêts à marcher notamment « huit cens escoliers et trois ou quatre cens moines de tous les couvens ». Alors

'.tj FORMATION ET EVOLUTION I»E PAIU*

le roi, craignant pour lui-même, « sortist du Louvre, à pied, une baguette en la main, comme s'allant (selon sa coustume) promener aux Thuilleries ». « Estant arrivé aux Thuilleries, où estoit son escurie, il monta à cheval avec ceux de sa suitte ». En le bottant, on lui mit son éperon à l'envers; il dit que cela lui était indifférent : o Je ne vay pas voir ma maistresse; nous avons un plus long chemin à faire, »

« Ce jeudi 12e de may, surnommé le jour des barricades, fust le commencement et l'occasion des grans troubles depuis avenus ». Paris devient une sorte de commune révolutionnaire. Un rapprochement a lieu entre la Ligue et le roi, cpii, toutefois, n'oublie pas les « barricadeux de Paris » et se refuse à rentrer dans cette ville. En octobre, s'ouvrirent des États, à Blois, où le roi fit mettre à mort le duc de Guise et le cardinal son frère et se saisit de plusieurs « Guisars », parmi lesquels le prévôt des marchands et deux échevins, députés du Tiers Etat (23-24 décembre). A la nouvelle de cet événement, le peuple de Paris « prist incontinent les armes », exalté encore par le conseil des Seize qui dominait la ville et animé par les « curés et prédicateurs ». Il s'agit de venger sur le roi la mort des Guise. On s'empare des suspects, de ceux qu'on appelle les <( royaux » ; on lève des impositions. Par les rues, aux boutiques fermées, s'en va le peuple, « les armes au poing », le peuple qui est maître de Paris.

Iknri III s'était rapproché du roi de Navarre, le futur Henri IV. Tous deux mènent de concert la campagne contre la Ligue. C'est le duc de Mayenne qui a recueilli l'héritage politique de son frère, le duc de Guise. Après des fortun es diverses, les deux rois avaient

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approché leur camp de Paris. Henri III s'était installé à Saint-Cloud t< d'où il voioit tout à son aise sa ville de Paris, qu'il disoit estre le cœur de la Ligue et que, pour la faire mourir (la Ligue), il lui faloit donner le coup droit au cœur ». C'est là qu'il fut assassiné par le moine jacobin, Jacques Clément (ier août 1589). Le roi de Navarre fut proclamé, à l'armée, roi de France, tandis que la Ligue mit en avant, comme roi, le vieux cardinal de Bourbon.

Henri IV, le Béarnais, comme on l'appelait par dérision à Paris, après s'être éloigné de cette ville, s'en rapprocha et en surprit même les faubourgs (ier novembre) . « Ce jour de Toussaints, le roy aïant envie de voir à dercouvert sa ville de P?ris, monta au haut du clocher de l'église Saint-Germain-des-Prés ». Le surlendemain, « le roy fist retirer ses trouppes et laissa la ville libre, après avoir essaie, mais en vain, d'attirer le duc de Maienne à une bataille ». Il revint en mai 1590 et attaqua vainement la ville par le faubourg Saint- Martin; en juillet, il prit Saint-Denis qu'il appelait « la citadelle de Paris ». Puis, le même mois, il s'empara des faubourgs de Paris qu'il fortifia contre la ville.

« La plus grand part du peuple commença alors à manger du pain d'avoine et de son. » La viande de cheval est très chère ; les petites gens font la chasse aux chiens pour s'en nourrir et mangent aussi « des herbes crues ». « Tout ce qui estoit à bon marché à Paris estoient les sermons où on repaissoit le pauvre monde affamé, de vent ». « Le jeudi 16e aoust 1590, fust publié à Paris qu'il estoit permis à toutes personnes de sortir de la ville, car la famine estoit tellement renforcée» qu'on en arri-

vaità utiliser, pour se nourrir, des os humains. Cependant les Seize allaient jusqu'à dire « qu'il valoit mieux tuer ses enfans, voire les manger à belles dents que de se rendre à un hérétique, n'estant toutefois pas tant le zèle de la religion qui les faisoit ainsi parler que la peur » des représailles royales à leur égard. La misère aidant, on commence « à voir les rues et entrées des maisons pavées de morts ». « Vous eussiez veu le pauvre peuple, qui cornmençoit à mourir à tas, manger les chiens morts tous cruds par les rues; autres mangeoient les trippes qu'on avoit jettées dans le ruisseau, autres des rats et souris». Même, « la nécessité croissant », les défenseurs lansquenets, mourant de faim, « commencèrent à chasser aux enfans comme aux chiens et en mangèrent trois ».

Heureusement pour les Parisiens, le duc de Parme, envoyé avec une armée au secours de la Ligue par le roi d'Espagne, Philippe II, fit lever à Henri IV le siège de Paris (septembre). Mais, après la famine, vint la maladie, résultat des privations et il y eut, à la fin de 1590, « grande mortalité à Paris». En février 1591, les Espagnols et Napolitains arrivèrent à Paris où ils furent logés et séjournèrent, objet de la curiosité des habitants.

A Paris, il y a, d'une part, les Seize et la fraction avancée de la Ligue, d'autre part les Ligueurs modérés qu'on appelle les politiques. Les premiers se livrent à de nouvelles violences : ils mettent à mort Brisson, premier président du Parlement et deux conseillers (15 novembre 1591). Le lendemain, les trois corps furent exposés en Grève où l'on tenta d'exciter le peuple au massacre des suspects ou des politiques. Mais contrairement au désir du parti avancé, le peuple ne bougea

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pas : visiblement, il était las du régime de domination et de terreur qui pesait sur Paris. Mayenne, qui était rentré à Paris, résolut de sévir contre les Seize : le Ier décembre, il se fit rendre la Bastille qui était en leur pouvoir et le 4 fit pendre quatre de leur parti, pour le meurtre du président Brisson; d'autres furent emprisonnés; le reste reçut défense de tenir des réunions. « Les curés et prédicateurs de Paris, offensés de cette penderie, choient que la religion estoit perdue. »

En janvier 1593, les États s'ouvrent à Paris : ils devaient « faire un roy ». En juillet suivant, malgré l'opposition des prédicateurs et du parti avancé de la Ligue, une trêve générale fut publiée; en même temps Henri IV abjurait, à Saint-Denis, la religion protestante et devenait catholique. L'année d'après, en février, il se faisait sacrer à Chartres. Le 22 mars suivant, en l'absence de Mayenne, Brissac, gouverneur de Paris, ainsi que le prévôt des marchands, qui étaient secrètement passés au parti du roi, ouvrirent à ce dernier les portes de sa capitale, « et fut la ville réduitte en son obéissance,... sans effusion de sang». «Estant arrivé sur le pont Nostre-Dame et oïant tout ce peuple crier si alaigrement : Vive le Roy ! dit ces mots : Je voi bien que ce pauvre peuple a esté tyrannizé. » « Sa Majesté fit aussi tost publier par la ville une déclaration... par laquelle il pardonnoit à tout le monde, mesmes aux Seize. » Le même jour, « les garnisons estrangères sortirent de Paris par la porte Saint-Denis, au-dessus de laquelle il y a une fenestre où le roy se mist pour les voir passer ». Maintenant il était bien roi chez lui. Cependant ces jourslà, dans un certain nombre de paroisses, les prêtres « ne

vouloient confesser que préalablement ils ne Bceussent de ceux qui s'y présentoient s'ils avaient esté bien aises de la venue du roy à Paris, et ceux qui disoient qu'oui les renvbioient et ne les vouloient confesser ». L/année 1594

ne devait pas s'écouler sans que, par la tentative d'assassinat de Jean Chàtel sur Henri IV, les doctrines des prédicateurs et des théologiens ligueurs aient produit leurs fruits.

Paris au commencement du xvne siècle.

(D'après le plan de Mathieu Merlan.)

Bastille.

2. Rue Saint-Antoine. — 3. Place Royale. Rue du Temple. — 10. Temple. — -- Honoré. — 17. Louvre. — 1 Saint-Michel

4. Mail. — 5. Ile Louviers. — 6, Ile aux Vaches. — il. Rue du Temple. — 12. Rue Saint-Martin. — n- Rue Saint-Deni

. Ile Noire-Dame. — S. Place de Grève.— o. Vieille 14. Halles. — is. Rue Montmartre. — 16. Rue S.unt- Tuileries - iq. Pont-Neuf. — 20". Pont Marchand. - 21. Pont-au-Change. — 22. Pont Notre-Dame. — 21. Palais. - 24. Pont as. Petit-Pont. — 2b. Place Maubert. — 27. Rue Saint-Victor. — 28. Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève .30. Rue Saint-Jacques. — 31. Rue de La Harpe

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