LES ORIGINES
Tout au fond des âges, quatre îles émergent d'une vaste nappe d'eau : c'est le sol de Paris qui apparaît. Ces îles représentent les hauteurs actuelles de Charonne joint à Ménilmontant et à Belleville à l'est, de Montmartre au nord, de Chaillot à l'ouest et de la Montagne- Sainte-Geneviève au sud. L'eau s'élève à 60 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, dépassant de 35 mètres environ le cours actuel de la Seine. Puis le fleuve décroît et arrive à former deux bras, dont l'un décrit une large courbe de la Bastille à la place de l'Aima, aux pieds des hauteurs de Charonne, Montmartre et Chaillot, et l'autre suit la direction de la Seine actuelle. Ces deux bras enserrent une île marécageuse où, çà et là, se dessine une élévation de terrain : du côté du Conservatoire des Arts et Métiers, de la Tour Saint- Jacques, dés églises Saint- Ger vais, Saint- Paul, Saint-
rmain-l'Auxerrois. I.e bras sud, qui coupait droit, avait un cours plus rapide que le bras nord qui décrivait une courbe. Ce dernier devait donc passer à l'état Stagnant, puis finir par ue plus laisser d'autre trace de son existence qu'une ligne de dépression en cette partie du sol de Paris. Quant au bras sud, il a subi à son tour des transformations. Au moment où notre ville apparaît dans l'histoire, aux âges celtiques, il couvre, sur la
rive droite, à peu près l' espace qui s'étend depuis Percv jusqu'à la Bastille, englobe dans son cours l'Arsenal, forme un golfe à l'endroit de l'Hôtel de Ville, un autre
de Saint-Cermain-l'Auxerrois, un autre encore sur la place du Carrousel et s'étend sur la place de la Coucorde, le Cours-la-Reine et une partie des Champs-Ely-
Sut la rive gauche, après avoir découpé une grande
île comprenant le Jardin des Plantes et la Hallc-aux- Vins, il se déroule au milieu d'un archipel dont fait partie l'île de la Cité et se subdivise à l'ouest de la place Saint- Michel, coulant d'une part entre le boulevard Saint-Germain et la Seine actuelle et, d'autre part, dans la direction du midi, au milieu d'une plaine fangeuse qui fuit à l'horizon de Grenelle et n'est interrompue que par un monticule de graviers et de sables, du côté de Saint- Germain-des-Prés. A l'est de la Montagne-Sainte-Geneviève, la Bièvre se jette dans ce fleuve largement épandu et semé d'îles.
C'est en un point où la traversée de la Seine est le plu-- simplifiée et en une position naturellement défensive, l'île de la Cité, que se montre sur ce sol le premier groupement humain dont l'histoire fasse mention. Cette île par surcroît, dans l'alignement d'un grand chemin
LES ORIGINES à
naturel nord-sud marqué aujourd'hui par les rues Saint- Martin et Saint-Jacques et qui, au sortir du pas de la Chapelle, gagne le fleuve, à travers le marais, en utilisant des élévations de terrain, puis profite de la Montagne-Sainte-Geneviève pour éviter, à l'ouest, les marécages de Grenelle et, à l'est, la traversée de la Bièvre.
L'ancien cours de la Seine et le sol antique de Paris. (D'après Th. Vacquer.]
On peut dire que Paris est né au point de croisement de deux grandes voies naturelles : l'une, terrestre, dans la direction nord-sud, l'autre fluviale, dans la direction est-ouest. Ses destinées résident dans ce fait initial, d'ordre naturel.
César, le premier, dans ses Commentaires, signale en ce lieu un centre habité. C'est en l'an 53 avant Jésus- Christ. Dans une île de la Seine, la peuplade gauloise des Parisiens a sa bourgade dénommée Lutèce, à laquelle des
ponts de l»ois donnent accès. Au fleuve aboutit de toutes parts un marais bordé de hauteurs et de forêts. L'année
suivante, en 52, les Parisiens s'étant mis du parti de ingétorix contre les Romains, se voient attaqués par le lieutenant de César, I.abiénus. Les peuplades voisines se sont réunies pour résister aux Romains et afin de mieux se défendre, les Gaulois, qui ont à leur tête l'Aulerque Camulogène, brûlent L-utèce et coupent ses ponts : ils n'en sont pas moins vaincus.