NEVRALGIES DU MEMBRE SUPERIEUR
Les névralgies sont rares aux membres supérieurs, de l’aveu de tous les auteurs classiques. Pour Pitres et Vaillard, ce sont le plus souvent des névralgies traumatiques. D’autre part, le membre supérieur, et plus particulièrement la zone d’innervation du nerf cubital, constitue le territoire ou se développe de préférence la névrite ascendante post-traumatique, dont le tableau a été magistralement tracé par Sicard au Congrès de Rennes. 11 est probable que les névralgies traumatiques relèvent toutes à quelques degrés, de la névrite ascendante dont la description nous entraînerait hors de notre cadre, parce que les symptômes moteurs ou trophiques qui accompagnent dans la règle les phénomènes douloureux, aussi bien que son étiologie et son évolution en font une maladie à part. Il est remarquable de constater que les observations sur lesquelles Yalleix a basé sa description de la névralgie brachiale, se rapportent pour la plupart à des cas qui seraient aujourd’hui qualifiés de névrite traumatique.
Mais, il existe au membre supérieur, des névralgies véritables sur lesquelles nous devons d’autant plus nous arrêter, que par leur pathogénie et leur aspect clinique, elles se rapprochent d’une variété de névralgie qu’on retrouve dans tous les autres territoires que nous venons d’étudier, nous voulons parler des névralgies brachiales d’origine radiculaire, qui ont été étudiées par Mirai 1 lé (1) et Laroche (2).
Nous avons eu nous-même l’occasion d’en observer trois cas, dont un consécutif a un zona, et nous avons pu vérifier l’exactitude de la description donnée par ces auteurs, description qu’on peut résumer ainsi :
1° La douleur spontanée est aiguë, lancinante ou contusive, parfois intermittente, le plus souvent continue, avec des paroxysmes violents, diurnes ou nocturnes ;
(1) Mikaillé. Radiculites postérieures. Gazette médicale de Nantes, 1 er juillet 1905.
(2) Laroche. Valeur diagnostique et topographique de la topographie radiculaire dans les névralgies du membre supérieur. Th. de Paris, mai, 1907.
2° Les mouvements du bras, de l’avant-bras ou même des doigts, la toux, provoquent des paroxysmes ;
3° La topographie des zones douloureuses correspond nettement à un ou plusieurs territoires radiculaires en bandes allongées, depuis le rachis jusqu’aux doigts, dans lesquels viennent mourir les irradiations douloureuses ;
4° Il n’existe pas de points douloureux de Valleix ;
5° L’examen objectif révèle des troubles de la sensibilité cutanée, consistant soit en hyperesthésie, soit en hypoesthésie. et affectant la topographie radiculaire.
6° Le reflexe tricipital et le réilexe radial sont normaux. Comme les névralgies radiculaires du membre inferieur, dont elles partagent l’étiologie, ces névralgies du bras à type spécial sont le plus souvent symptomatiques d’une lésion méningée ou rachidienne, mal de Pott, pachyméningite cervicale hypertrophique ou tumeurs méningées, et elles se compliquent alors, après un certain temps, de troubles moteurs révélant l’atteinte des racines antérieures ou de symptômes proprement médullaires. Ce sont alors des névralgies prodromiques. Mais, dans d’autres cas, elles constituent un syndrôme isolé et relèvent alors soit de la syphilis, qui agit par des plaques de méningite spinale, soit de radiculites infectieuses ou toxiques. Dans les deux cas. le pronostic est sérieux : dans le premier, en effet, la névralgie annonce une maladie grave ; dans le second, elle constitue toute la maladie, mais une maladieque l’expérience nous montre particulièrement tenace et rebelle.
L’acroparesthésie de Schullze n’entre pas, à proprement parler, dans le cadre des névralgies. Les phénomènes vasomoteurs, asphyxie, doigt mort, qui accompagnent les paroxysmes sensitifs en font une maladie spéciale. Cependant, il est bon de rappeler que les travaux récents de Pick, de Dejerine et Egger tendent à la rapprocher pathogéniquement des névralgies radiculaires. Pick a, en effet, montré que les symptômes de parésthésie se localisaient suivant une distribution radiculaire et que le point apophysaire existait fréquemment (1). Dejerine et Egger ont vu des cas où il existait des bandes radiculaire d'hypoesthésie permanente, et ils concluent
(1) Pick. Remarques sur la pathologie des acroparesthésies. Reçue neurologique , 1903, p. 12.
« l’acroparesthésie nous apparait comme une lésion irritative des racines postérieures dans leur trajet intra-médullaire (1).
La participation des racines est donc indéniable en pareil cas, mais nos notions sur ce sujet sont encore vraiment trop sommaires pour que nous puissions faire autre chose que de signaler le fait en passant.
(1) Dejerine et Egger. Les troubles objectifs de la sensibilité dans l’acroparesthésie. Revue neurologique , 1904, p. 54.
L. Trombert. Étude de la sensibilité objective dans l’acroparesthésie. Th. de Paris, janvier 1905.