CHAPITRE PREMIER
nements supprimaient, comme ils le revent parfois, toute manifestation de l'idée, le socialisme ne serait pas mort. Toute dispute entre travailleurs et patrons, tout essai de coopération, tout conflit d'intérêts entre les classes, toute réforme de l'administration publique, ramènerait les pensées des hommes à cette nouvelle conception des relations sociales, qui court sous le nom de socialisme. On ne pourrait pas supprimer les phénomènes divers, qui conspirent à la démolition ou tout au moins k la transformation des institutions actuelles, les agitations agraires, les réclamations des sans- travail, les grèves, les insurrections, les crises économiques, l'émigration, l'expansion de la culture et l'élévation de la conscience dans les masses. Tout cela constitue ce qu'on a le droit d'appeler le socialisme des choses, qui est la source d'où jaillit le socialisme professé par ceux qu'on appelle communément et particulièrement les socialistes,
Le socialisine des socialistes n'est qu'un pâle reflet et comme le dérivé du socialisme des choses. Les idées socialistes fondamentales surgissent de la nécessité que l'on éprouve de systématiser les relations sociales, de l'aspiration commune des hommes au bien-être. Elles s'élaborent dans l'esprit des masses, et, de là, elles passent dans les systèmes des théoriciens et dans les programmes des partis socialistes.
Vie qui est remarquable, c'est la lutte de cette grande tendance humaine vers l'égahté et la justice
contre les tendances différentes — idées, sentiments, droits, intérêts, traditions — qu'elle rencontre sur son chemin et qu'elle s'assifiiile, repousse ou modifie, ne cédant jamais le terrain conquis. Parfois elle parait ébranlée, sur le point d'être accablée par des forces contraires ; mais soudain elle s'en délivre et se relève, pour reprendre la lutte et la marche en avant. Le spectacle est vraimeut dramatique. Il faut songer aux grands mouvements historiques — le Christianisme, la Réforme, l'Encyclopédie — pour lui trouver un terme de comparaison. L'idée socialiste pénètre partout, dans les mœurs aussi bien que dans la politique, danslalittérature, dans l'art, dans la religion^ prenant des formes différentes, au fond desquelles luit l'idée capitale de l'égale dignité des hommes et de la solidarité de leurs intérêts.
Nous avons, a l'heure actuelle, plusieurs espèces et variétés du socialisme, c'est-à-dire plusieurs conceptions résultant de l'association d'idées et de tendances secondaires avec la tendance souveraine qui aboutit à l'égalité et à U justice. Nous avons le socialisme catholique, Tathée, le protestant, le sémite, l'antisémite, le matérialiste, le darwiniste ; l'idéaliste et même l'ascétique ; l'économique-politique, le juridique, Téthique, le scientifique et le littéraire ; l'ouvrier, le petit-bourgeois, le patronal et le césarien ; l'autoritaire et l'anarchiste, le collectiviste, le communiste, l'individualiste, etc. Cela prouve la grande vitalité, la grande force d'expansion de l'idée socialiste ; mais il ne faut pas croire