‹ Formes et essence du socialismeChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

que le sort du socialisme soit lié à celui des difïérerites doctrines qui outla prétention de l'exprimer. Os doctrines ont leurs jours de baisse, mais le socialisme marche, se fraye de nouveaux chemins, contracte de nouvelles alliances, trouve de nouveaux auxiliaires.

Ceux qui combattent et ceux qui défendent le socialisme au nom du darwinisme, de la théorie de révolution, du matérialisme, etc., se trompent également. Ces théories pourraient être vraies, sans que le socialisme fût pour cela justifié. Au contraire, que les théories se modifient ou soient rejetces l'aspiration fondamentale du socialisme reste seule et se propage.

M. Virchow a dit :1e darwinisme mène droit au socialisme. Selon M. Ilœckel et beaucoup d'autres, au contraire, le socialismen'a pas d'ennemi plus redoutable que la doctrine de la lutte pour l'existence (1).

La théorie organique de la société sert généralement, depuis Menennius Agrippa, à réfuter le socialisme, (icpendantun sociologue polonais, M.Krusinski, s'en sert pour le défendre ; car, dit-il, dans l'organisme toutes les cellules dérivent de la multiplication d'une seule (il n'y a pas là distinction de classes) et chacune consomme selon ses besoins et travaille selon -ses forces.

Dans un temps où le socialisme parut faire cause

(1) A. Cliiappelli. // soniaIis?no r if ponsiorn modorno, pp. ()o-G7.

communeavec la libre-pensée, M. Bilchner, quiétait libre-penseur et socialiste, affirma qu'il n'y avait pas de corrélation nécessaire entre les deux doctrines (1). Il est vrai que l'émancipation économie que et politique des travailleurs est strictement liée H leur émancipation morale et intellectuelle, à la disparition des superstitions qui encombrent leurs esprits ; mais il ne faut pas attribuer trop de cohérence à la personnalité humaine. Il y a des hommes très superstitieux dans certaines choses et très libres-penseurs en toutes les autres ; des esprits cultivés qui croient au surnaturel ; des natures simples et des hommes ignorants qui ont cependant une perception parfait : de leurs intérêts matériels. Un socialisme, dont Tathéisme formerait partie intégrante et serait la condition d'existence, repousserait de son sein tous ces gens-là ; de même qu'un socialisme chrétien, musulman, ou bouddhiste, repousserait tous les hommes n'appartenant pas à ces confessions.

A ses débuts, le socialisme peut, comme tout organisme faible se développant sous la protection d'un organisme plus fort que lui, apparaître sous l'une ou l'autre de ces formes provisoires ; mais il s'en émancipe bientôt et s'objectivise.

On a voulu récemment identifier le socialisme avec la négation du libre arbitre, delà responsabilité individuelle et de l'idée de devoir, en un mot

(1) Société nouvelle de Bruxelles, 1887, p.

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