CELA PIRE
MÉTHODE CYTOLOGIQUE. CYTODIAGNOSTIC
La méthode du cyto-diagnostic est basée sur la recherche des éléments cellulaires contenus dans les sérosités où les liquides de l'organisme et sur l'étude comparative quantitativeet qualificative deces éléments chezl'hommesain et chez l'homme malade. Cette méthode a été créée et appliquée à la pathologie médicale par MM. Widal et Ravaut. Elle a déjà donné des résultats d'une très grande valeur pour le diagnostic des épanchements de la plèvre, du péritoine, de la tunique vaginale. Le cytodiagnostic du liquide céphalo-rachidien étudié par MM. Widal, Sicard et Ravaut a fait également ses preuves. Il constitue au point de vue du diagnostic positif et différentiel des méningites un symptôme de très grande valeur. Les stastistiques de MM. Babinski et Nageotte, les discussions toutes récentes (Société médicale des hôpitaux, 18janvier 1901,
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25 janvier 1901, 25 avril 1901, 24 mai 1901) prouvent que la question est à l’ordre du jour.
Nous allons rapidement décrire la technique et mentionner les résultats importants déjà acquis.
La technique à employer est la suivante : (Widal, Sicard et Ravaut).
Recueillir trois à quatre centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien directement dans un tube de centrifuge effilé à son extrémité inférieure.
Centrifuger ce tube dix minutes avec l'appareil centrifugeur de Krause qui fait 3.000 tours à la minute.
Décanter le liquide en renversant le tube que l'on redresse après l'avoir laissé égoutter avec soin sur du papier buvard.
Le dépôt resté adhérent au fond de l'effilure est soigneusement dissocié dans la très petite quantité de liquide qui retombe fatalement des parois du verre. On peut encore renverser le tube effilé et dans cette position, venir chercher à l’aide de la pipette, pointe en haut, le dépôt cellulaire plus ou moins abondant collé au fond, et qui monte par capillarité.
On chasse alors de la pipette l'émulsion ainsi montée par capillarité et on la dépose en totalité sur trois ou quatre lamés par petites gouttelettes que l'on étale à peine.
On laisse sécher à l’air libre ou à l’étuve, on fixe à l'alcool, éther et on colore à l'éosine hémateine au bleu de Unna et au triacide d'Ehclich. La première coloration suffit pour un examen extemporaire. On ne saurait trop recommander au cas où les éléments
sont précaires sur une lame, d'examiner toutes les préparations faites avec la totalité de l'émulsion.
Les leucocytes peuvent dans certains cas être 1negalement répartis et se montrer plus nombreux sur certaines préparations.
Chez l'homme normal, MM. Widal, Sicard et Ravaut ont montré que le liquide céphalo-rachidien ne contenait que très peu d'éléments cellulaires. [l n'existe aucun leucocyte polynucléaire, mais quelques rares cellules uniclées, mononucléaires petits c'est-a-dire lymphocytes.
Mais dès que la méninge est enflammée, dès qu'il y a méningite aiguë, aussitôt le liquide céphalo-rachidien vient se peupler d'éléments cellulaires. Il y a leucocytose et leucocytose presque toujours abondante.
Mais. le point certes le plus intéressant de cette leucocytose est la variété des éléments leucocytaires, qui suivant la nature de la méningite, se présentent sous des aspects différents.
Au cas de méningite tuberculeuse, c'est la Zymphocylose qui prédomine. Au cas de méningite cérébrospinale, 1l y a polynucléose marquée. Le seul fait de constater par l'examen histologique, soit des cellules lymphocytaires, soit des cellules polynucléaires suffit donc en s'entourant de certaines précautions pour affirmer la nature tuberculèuse ou non tuberculeuse de l'épanchement.
Mais on ne saurait demander à une méthode plus qu'elle ne peut donner. L'examen cytologique au cas
de méningites aiguës, ne conserve toute sa valeur que si ce symptôme est rapproché des autres symptômes, mèmes frustes de la maladie. Supposons par exemple, un enfant, ou un adulte qui depuis quelques jours est souffrant. Il se plaint de céphalalgie, a un peu de fièvre, de l’anorexie, de la courbature, des névralgies disséminées, mais i! peut continuer à vaquer à ses occupations journalières. [1 peut avoir de la douleur à la nuque, et mêmé une certaine gène dans les mouvements de {a tête. Chez cet enfant ou cet adulte, on pourra penser à de la méningite, les présomptions seront plus grandes encore s'il existe le signe de Kernig, mais on n'aura de diagnostic certain qu'après avoir ponctionné le liquide céphalo-rachidien et pratiqué la méthode du cyto-diagnostic. Bien plus, si le résultat est positif, s'il existe des éléments cellulaires, on n'aura aucune peine, grâce à la nature de ces éléments à différencier la méningite, à aflirmer sa nature tuberculeuse où non tuberculeuse.
Voilà donc un signe, qui Joint aux autres symptomes très frustes, permet un diagnostic de certitude.
Evidemment, la présence de nombreuses cellules dans le liquide céphalo-rachidien indique toujours un état pathologique, un processus méningé. Ün comprend donc que cette leucocytose se retrouve et dans les méningites aiguës et dans les méningites chroniques (Widal, Sicard, Ravaut et Monod) comme dans le tube et la paralysie générale. C'est donc. répétons-le, un symptôme qui doit être joint, rapproché, étudié parallèlement avec les autres symptômes cons-
tatés chez le malade. Il faudra tenir compte encore des : antécédents, des accidents nerveux, tares nerveuses acquises, qu'aura pu présenter antérieurement Île malade.
Nous voulons encore insister sur un deuxième point qui pourrait, dans certains cas, pour un obser vateur non prévenu, donner lieu à une erreur d'interprétation pathogénique.
Telle l'observation suivante :
Un enfant où un adulteest souffrant depuis quelques semaines ou même quelques mois. Il est resté alité au début durant quelques jours, est entré en convalescence. Puis de nouveau a eu une courte rechute, et la maladie se prolonge au milieu de rémissions et de recrudescences légères. On a pensé à de la grippe, à de la tuberculose au début. La réaction de Widal négative a éloigné l’idée de dothiénentérie. On soupçonne une formc fruste de méningite. L'examen cytologique, après ponction lombaire, du liquide céphalorachidien se présente sous un’ aspect clair, et le microscope démontre la présence de nombreux lymphocytes.
Un observateur non prévenu conclurait immédiatement à la méningite.
Il ne faut pas dans ces cas se hâter de se prononcer. Quand la maladie sous une forme franche, ou atténuée, fruste évolue depuis des semaines, ou des mois, et que le cyto-diagnostic du liquide céphalorachidien pratiqué très tardivement à une période très éloignée du début se montre positif et décèle surtout des
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lymphocytes, il faut d'abord éliminer cliniquement les maladies chroniques du système nerveux, susceptible de provoquer une lésion méningée, comme la paralysie générale, le tabès, la sclérose en plaques, la méningite syphilitique. Alors seulement on sera en droit de penser que l’on est en présence d’une méningite fruste, et que cette méningite fruste doit être une méningite cérébro-spinale non tuberculeuse. Si l'on peut pratiquer en eftet, la ponction lombaire, au moment d'une poussée d'une recrudescence de la maladie, les polynucléaires auront alors remplacé les mononucléaires, et le diagnostic sera confirmé.
Deux observations, celles de MM. Labbé et Castaigne et celles de MM. Sicard et Bréry nous montrent bien quelle interprétation pathogénique peuvent recevoir de pareils faits.
Au début, quand il y a lutte, quand l'infection se fait brutale, massive sur le sac arachnoïdo-pie-mérien sous l'influence d'un coccus virulent (méningocoque, pneumocoque, sptreptocoque, etc.) aussitôt il y a exode de polynucléairés, qui représentent par excellence les éléments du combat. Puis, quand la lutte s'éteint, quand la maladie tend vers la guérison, vers la « restitutio ad intégrum » des tissus atteints; Île polynucléaire laisse la place au mononucleaire, au lymphocyte.
C'est pour cela que longtemps après le début de la méningite cérébro-spinale, le liquide céphalo-rachidien ne contient plus que des mononucléaires.
Il suffira d’avoir l'attention attirée sur ces faits très
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intéressants pour être prévenu, et éviter ainsi des erreurs d'interprétation pathogénique. Le cyto-diagnostic de la méningite cérébro-spinale syphilitique est encore à l'étude. L'observation de MM Labbé et Castaigne, concerne un malade étudié en pleine efflorescence secondaire de la syphilis. Le hquide cephalorachidien contenait des polynucléaires nombreux. M. Debove s'est rallié à l'opinion de méningite cérébro-spinale syphiltique, MM. Labbé et Castaigne ont cru au contraire à la nature cérébro-spinale (épidémique) de la maladie.
Tels sont les faits. L'avenir, en multipliant les observations, nous renseignera sur la formule exacte histologique du liquide céphalo-rachidien au cours de la méningite cérébro-spinale aiguë syphilitique.