‹ Formes frustes de la Méningite cérébro-spinale dite épidémiqueChapitre 12 sur 21 · MÉTHODE DE PERMÉABILITÉ · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE PERMÉABILITÉ

À côté de la méthode du cyto-diagnostic qui donne des renseignements des plus importants sur le diagnostic positif et différentiel des méningites, prend place la méthode de perméabilité, moins étudiée que la première, mais qui a déjà fourni des résultats intéressantis.

Elle est due à MM. Widal, Sicard et Monod. Nous nous ne saurions mieux faire que de publier au sujet de cette méthode, la communication officielle que ces auteurs ont faite à la Société de Biologie (3 nov. 1900).

L'étude des troubles de la perméabilité intéresse le médecin autant que le physiologiste.

Mieux que tout autre, la membrane arachnoïdo-piemérienne se prête à cette étude. Les diverses membranes séreuses de l'organisme sont en effet, à l'état normal, très perméables de dehors en dedans, et l'on

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conçoit que les modifications en plus ou moins de cette perméabilité à l'état pathologique soient en général difficiles à mesurer.

La membrane arachnoïdo-pie-mérienne, au contraire a comme attribut physiologique d'opposer une barrière solide aux diverses substances qui pourraient Ja pénétrer de dehors en dedans.

Nous avons montré en outre, 1l y a longtemps déja que l'agglutinine (1) n'apparait pas pendant la vie dans le liquide céphalo-rachidien, alors même que le sang possède un pouvoir agglutinant très élevé, et l'un (2) de nous a établi qu'un corps diffusible comme l'iodure de potassium n'apparait pas à l'état normal dans le liquide céphalo-rachidien, alors même qu'il a été absorbé à dose élevée.

Il était donc naturel de rechercher ‘si, au cours des lésions méningées, la recherche du passage de ce sel dans le liquide céphalo-rachidien ne pourrait servir à révéler aisément les troubles de la perméabilité pieméricnne et ne pourrait être ainsi utilisable en clinique.

L'occasion de cette recherche S'offrait tout naturellement à nous pour la méningite tuberculeuse, maladie dont le traitement, d'ailleurs imouissant, comporte cependant l'usage courant de l'iodure de potassium.

(1) Widal et Sicard. Etude sur le séro-diagnostic de la fièvre typhoïde, Annales de l'Institut Pasteur, 1897, et Sicard, Thèse, Paris, 1900.

(2) À. Sicard. Les injections sous-arachnoïdiennes et le liquide céphalo-rachidien, Thèse, Paris. 1900.

La réponse, on va le voir, est catégorique.

Dans deux cas de méningite tuberculeuse, Widal, Sicard et Monod ont pu, en effet, se convaincre que l'iodure depotassium diffusait dans le liquide céphalorachidien.

L'un de ces cas a été observé en ville. L'autre a pu être suivi très attentivement dans le service de M. le professeur Brissaud à l'Hôtel-Dieu.

I s'agissait d'un jeune homme de vingt ans, venu à pied à l'Hôpital, demander son admission, pour des maux de tête et des vomissements qui l'avaient pris subitement l’avant-veille. Le lendemain de son entrée, au troisième où au quatrième jour du début des phénomènes douloureux, et devant un diagnostic très hésitant, on pratiqua la ponction lombaire. Le cytodiagnostic se montre nettement positif et révèle la présence exclusive de très nombreux lymphocytes. Le point cryoscopique du liquide céphalo-rachidien est de — 0,50. On prescrit alors au malade le médicament d'usage dans ces cas, l'iodure de potassium, à la dose de 6 grammes. Le lendemain matin, le liquide céphalorachidien ?st soumis à l'épreuve de l'empois d'amidon et de l'acide nitrique: la réaction iodurée se montre nettement positive, moins intense seulement que celle CORAN

On suspend le traitement par liodure de potassium, et, trois jours après, il est encore aisé de déceler dans le liquide céphalo-rachidien la présence du sel:

Durant les jours suivants le point cryoscopique du liquide céphalo-rachidien a oscillé de — 0,50 à 0,47,

accusant peut-être un peu plus d'hypotonie au fur et à mesure de la disparition progressive de l'iodure de potassium contenu dans le liquide. L'application des ventouses scarifiées pour combattre des phénomènes de congestion pulmonaire a permis de constater que le point cryoscopique du sérum sanguin était abaisse et marquait — 0,01. La recherche des chlorures a donné un chiffre inférieur à la normale, 4 gr. 70 par litre au lieu de 7 grammes, qui est la moyenne physiologique ordinaire.

Ajoutons encore que le liquide céphalo-rachidien s'est montré dépourvu de toute toxicité après inoculation intra-cérébrale au cobaye. Nous avions déja vu avec M. Lesné ce défaut de toxicité pour le liquide céphalo-rachidien normal.

La maladie suivit son évolution fatalement progressive, et l’autopsie permit de vérifier le diagnostic porté durant la vie. Des granulations tuberculeuses étaient disséminées au niveau de niveau de la pie-mère; un exsudat léger s'étendait au niveau du chiasma optique et de la protubérance annulaire. Une poussée granulique s'était faite, de plus, au niveau des séreuses pleurale, péricardique et péritonéale.

Le liquide céphalo-rachidien retiré vingt-quatre heures après la mort et centrifugé contenait, à côté de lymphocytes en assez grandnombre,detrès nombreuses cellules endothéliales desquamées, et quelques polvnucléaires. La formule histologique du liquide céphalorachidien puisé après la mort est donc différente de celle pratiquée durant la vie,

Dans l'observation dont nous venons de rapporter les détails, nous insistons sur ce fait que le malade était au troisième ou au quatrième jour du début des phénomènes morbides lorsque la première ponction fut pratiquée. Dès cette époque le cyto-diagnostic, la recherche du point cryoscopique, la réaction à l'iodure donnèrent des résultats parallèles et confirmatifs, tous trois d’un trouble accusé de perméabilité.

Voila donc, en ce qui concerne l'iodure de potassium, uue réaction élégante qui permet de déceler immédiatement en clinique les troubles grossiers de perméabilité au niveau de la pie-mère malade. On pourrait multiplier ces réactions suivant les substances ingérées (bleu de méthylène, salicylate de soude, etc.), et il serait intéressant d'étudier les degrés de perméabilité que pourraient présenter entre elles ces diverses substances.

Les résultats de cette épreuve de perméabilité provoquée étaient d'ailleurs à prévoir. Et MM. Widal, Sicard et Monod, ajoutent :

Nous savons, en effet, depuis longtemps que l'albumine, corps à grosses molécules, n'existant qu'a l'état de traces dans le liquide céphalo rachidien normal, augmente en porportion notable au cours de la méningite tuberculeuse.

Nous savons également que le liquide céphalo-rachidien pur à l'état normal de tout élément cellulaire, se peuple de leucocytes au cours des méningites.

Nous avons insisté sur l'exode si remarquable de globules blancs s'opérant à travers la membrane pie-

mérienne, qui laisse surtout transsuder des polynucléaires au cours de méningites cérébro-spinales et qui ne laisse guère passer que des lymphocytes au cours de la méningite tuberculeuse.

Nous avons montré enfin que la tension osmotique du liquide céphalo rachidien, supérieure normalement à celle du sérum sanguin, lui devenait inférieure à l'état pathologique. Ce fait si spécial n'intéresse pas seulement la clinique, mais soulève des problèmes qui méritent d'attirer l'attention des physiologistes.

Le passage normal de l’albumine, de la fibrine et des éléments figurés, l'inversion du rapport de la tension osmotique, sont autant de témoins de la perversion de la perméabilité pie-mérienne au cours des méningites.

L'épreuve de liodure de potassium permettra de déceler les troubles de la perméabilité méningee par une réaction simple.

L'inversion du rapport entre la tension osmotique du liquide céphalo-rachidien et celle du sérum sanguin est un fait que nous avons rapporté en nous gardant de toute théorie. Nous n'avons fait qu'indiquer les problèmes qu'il semble soulever et qui attendent leur solution.

A la suite de cette communication M. Griffon à étudié la perméabilité méningée à liodure de potassium au cours de la méningite cérébro-spinale, et il n'a pu déceler trace de ce corps dans le Hiquide céphalorachidin de deux malades soumis à l'ingestion du sel durant plusieurs jours. C'est donc là un fait très inté-

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fessant, capable d'apporter un diagnostic différentiel de plus entre la nature tuberculeuse, ou non tuberculeuse d'une méningite.

L'interprétation pathogénique de la perméabilité méningée au cours de la méningite cérébro-spinale doit recevoir la sanction suivante. Ce processus méningé n'est pas le même le pneumocoque, ou le méningocoque recouvre la pie mère, le sac arachnoïdo-piemérien, d'une couche fibrineuse plus ou moins épaisse, barrière suffisamment solide pour empêcher le passage de l'iodure de potassium.

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