CHAPITRE VII
MÉTHODE CRYOSCOPIQUE
Le diagnostic des méningites peut encore bénéficier d’une autre méthode que celle du cyto-diagnostic et de la perméabilité à l'iodure de potassium. Nous voulons parler de la méthode cryoscopique, appliquée à l'étude du liquide céphalo-rachidien par MM. Widal, Sicard et Ravaut. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire également 17 extenso la communication de ces auteurs à la Société de biologie (20 octobre 1900).
La tension osmotique du liquide céphalo-rachidien a été, jusqu'ici, fort peu étudiée.
Nous savons seulement disent ces auteurs, que Zanier (1), employant la méthode des globules rouges d'Hamburger, a constaté que le liquide céphalo-rachidien du bœuf recueilli immédiatement après la mort était hypertonique par rapport au sérum sanguin.
(1) Zanier. Centralblait für Physiologie, 1896, p. 353.
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Au cours de nos recherches sur le cyto-diagnostic de la meningite tuberculeuse, ayant eu à notre disposition de nombreux liquides céphalo-rachidiens de diverses provenances, nous avons cru intéressant d'en étudier le point cryoscopique.
L'étude comparative des résultats obtenus nous a montré des différences remarquables suivant que les liquides provenaient de sujets atteints où non de méningite tuberculeuse.
Le point cryoscopique, examiné chez 15 sujets indemnes de lésions méningées aiguës, mais atteints d’aftections les plus diverses, oscillait entre — o° 56 et — 0°75. Ce point était compris, le plus souvent, entre — 060 et — 0°%65. Une seule fois, le point cryoscopique n'atteignit que — 0°56; notons qu'il s'agissait d'un cas d’hydrocéphalie. Une seule fois, également, ce point n'atteignit que — 0°57; il s'agissait d'un cardiaque souffrant d'œdèmes généralisés. Une seule fois, enfin, il atteignit — 0°59; il s'agissait d'un paraplégique.
Quelques-uns de nos malades étaient atteints de lésions organiques du système nerveux central (tubercule cérébral avec épilepsie jaksonnienne, hémiplégie, sclérose en plaques). Chez un sujet atteint de mal de Pott sous-occipital, dont les douleurs avaient été calmées par trois ponctions lombaires, on utilisa le liquide céphalo-rachidien ainsi puisé dans un but therapeutique pour en faire l'examen cryoscopique. Ce liquide présenta chaque fois un point de congélation
différent, comme le prouvent les chiffres suivants, successivement obtenus : — 0260 — 0°58, — 0°65.
Le liquide céphalo-rachidien a donc tendance à se montrer hypertonique par rapport au sérum sanguin, dont le point cryoscopique oscille, comme on le sait, à l'état normal, autour de — 0°56.
Aucours de la méningite tuberculeuse, au contraire, lé point de congélation du liquide céphalo-rachidien s'abaisse, en général, au dessous de la normale, comme le démontrent les faits suivants :
Chez un enfant de deux ans. au dix-septième Jour de la maladie, (deux jours avant la mort), le point cryoscopique du liquide céphalo-rachidien était — 0°48.
Chez un enfant de six ans, le huitième jour de la maladie, le joint était — 0°48 et, le douzième jour, 1} était — 0°55. La mort survint le dix-septième jour.
Chez un enfant de onze ans, au quatorzième jour de la maladie, cinq jours avant la mort, le point était — 0950. Le point était également de — 0°50 chez un adulte de trente-cinq ans.
Chez un enfant de deux ans, au seizième jour de la maladie, deux jours avant la mort, le point était — 0°54. Le point était également de — 0°54 chez un homme de trenie-cinq ans, quatre jours avant la mort.
Chez un enfant de quatre ans, au neuvième jour de la maladie, le point était de — 0°54. Le jour de la mort, c'est-à-dire trois jours plus tard, le point était =" OA):
Chez un adolescent de seize ans, au dix-septième
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Jour de la maladie (un jour avant la mort), le point était — 0°56,.
Chez un enfant de quatre ans, au treizième jour de la maladie (quatre jours avant la mort), le point était — 0062.
Enfin, chez un enfant de deux ans, au dixième jour de la maladie, le point était — 064; le quatorzième jour de la maladie, trois jours avant la mort, ce point était abaissé à — 0°58.
Ajoutons que dans un cas de pachyméningite hémor-
-ragique, le point du liquide céphalo-rachidien était — 0°50.
Dans cette statistique, huit fois sur dix, au cours de la méningite tuberculeuse, la tension osmotique du liquide céphalo-rachidien évaluée par la méthode cryoscopique était inférieure à la tension du sérum normal; et dans deux cas seulement cette tension était supérieure.
On peut se demander, ajoutent MM. Widal, Sicard et Ravaut, si ces deux cas d'exception ne peuvent pas s'expliquer par une augmentation parallèle de la tension osmotique du sérum sanguin et sil n'y avait pas quand même inversion du rapport qui existe normalement entre les points cryoscopiques du sang et du liquide céphalo-rachidien.
Le fait suivant plaide en faveur de cette hypothèse. Chez une malade atteinte de méning'ile cérébro-spinale à pneumocoques, avec albuminuerie, le point de congélation du liquide céphalo-rachidien était — 059. Des ventouses scarifiées ayant été appliquées sur la
région rachidienne pour calmer les douleurs violentes accusées par la malade, on put faire l'examen cryoscopique du sérum sanguin, dont le point de congélation était — 0°71. Malgré les apparences, le liquide céphalorachidien était donc hypotonique par rapport au sérum sanguin.
En résumé, dans notre première série de recherches portant sur le liquide céphalo-rachidien de 15 sujets indemnes de méningite, nous avons vu disent les auteurs précédents que le point de congélation oscillait entre — 0956 et — 0°75 ; nous venons de voir par contre que 8 fois sur 10, chez des sujets atteints de méningite tuberculeuse, le point de congélation avait oscillé entre — 0°48 et 0°55. La comparaison des résultats obtenus dans ces deux statistiques nous montre donc que, 4 fois sur 5, la cryoscopie du liquide céphalo-rachidien fournit un signe de probabilité pour le diagnostic hésitant de la méningite tuberculeuse. C’est un symptome de plus à l'actif de la ponction lombaire. Les recherches cryoscopiques que nous venons d'exposer fournissent des renseignements qui intéressent la physiologie du liquide céphalo-rachidien.
L'espace arachnoïdo-pie-mérien n’est en somme qu'un matelas d'eau dont le rôle est de protéger l'axe cérébro Spinal en l'enveloppant de toutes parts ; grâce a la souplesse de ce sac et grâce à la mobilité du liquide qu'il contient, l'encéphale, quoique renfermé dans une boite osseuse inextensible, peut être soumis impunément aux mouvements incessants d'extension et
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de rétraction qui correspondent à chaque contraction cardiaque et à chaque mouvement respiratoire.
Une grande fluidité et une grande mobilité moléculaire sont donc, on le conçoit, les qualités nécessaires aux fonctions du liquide céphalo-rachidien; aussi ce liquide ne contient-il ni fibrine ni albumine, corps à grosses molécules, ou du moins l'albumine n'existet-elle qu'a l'état de traces.
L'état d'hypertension du liquide céphalo-rachidien règle peut-être en partie la nature des échanges qui se font à travers la membrane arachnoïdo-pie-mérienne. Mais les conditions de perméabilité varient tellement avec la nature des diverses membranes semi-perméables que l’on ne peut se livrer sur ce sujet qu'à de pures hypothèses. C'est un point qui appelle de nouvelles expériences.
L'étude cryoscopique du liquide céphalo-rachidien soulève donc quelques problèmes intéressants pour le physiologiste, en même temps quelle apporte un signe de plus à la séméiologie des méningites. (Widal Sicard et Ravaut). 1