À - : OBSERVATION II
Un second cas de botulisme mortel avait été observé dans le service de M. le Professeur BENARD en 1942.
Mme Gr, âgée de 52 ans, femme de ménage, entre - dans le service le 16 juin, présentant
— des troubles oculaires (ptosis, paralysie de laccommodation) ; |
— une atteinte profonde de l’état général ;
— mais contrastant avec cette apparente gravité, la température est à 37°.
Le début de ces troubles remonte au samedi 13 juin. Peu après le déjeuner, composé surtout de confit d’oie, la malade est prise d’un malaise avec étourdissement, nausées et rentre chez elle.
Le soir, les troubles digestifs s’accentuent : douleurs abdominales à type de coliques, vomissements alimentaires et. bilieux et surtout, une asthénie intense qui force la malade à s’aliter.
Le dimanche 14, ces symptômes persistent malgré une médication désinfectante intestinale ; il s’y ajoute brentôt :
— des troubles oculaires ; l’acuité visuelle baisse, un ptosis bilatéral s’installe.
— L’asthénie est de plus en plus marquée.
— L'anorexie est totale.
— La température est à 37° depuis le début.
Enfin, la malade accuse une constipation intense, qui, nous le verrons, va persister.
Rapidement au cours de la journée apparaissent :
— Des troubles de la phonation.
- Prononciation difficile, les labiales surtout.
—— Des troubles de la déglutition : une sècheresse intense de la gorge, tout mouvement de déglutition est pénible.
C'est devant la persistance de ces symptômes que la malade est-hospitalisée le 16 juin. | À son entrée, on est frappé par la paleur du visage el l’asthénie, Tout mouvement est pénible et l’interrogaloire même est mal supporté.
7 Pa. LL " tou VE LR DRE 4 # 4 HUMAN RE ne: £ 1
ETS Un ptosis bilatéral cache le globe oculaire. En faisant : effort, la malade peut relever à demi la paupière supérieure, le globe apparaît alors mobile mais on est frappe par la teinte dépolie de la cornée et par une mydriase régulière bilatérale.
Les troubles de la phonation et de la déglutition sont très marqués — spontanément la malade se plaint de douleurs vives du pharynx, à type de brûlures, de constriction, troubles qui s’accentuent à la parole et à Ia déglutition. à - A l’examen, la gorge est normale, mais le voile est pâle, se contracte difficilement. Il n'existe pas cependant d’anesthésie du pharynx.
L'étude systématique des différentes paires craniennes Bi - ne montre pas d'atteinte associée.
704 En dehors de celle du releveur de la paupière supé- : : rieure, pas d'atteinte du Il, la mobilité du globe est. conservée, le fond d’œil n’a pu être exploré, par suite des troubles de l’opacité cornéenne, pas d'atteinte du VAI. Pas de troubles du goût, ni de déviation de la langue.
Le XI est normal.
L'examen du système nerveux montre qu’il n'existe :
— aucun trouble moteur ;
— pas de diminution de la force musculaire.
Les réflexes ostéotendineux aux membres supérieurs et inférieurs sont normaux ; le réflexe cutané plantaire se fait en flexion. Les réflexes cutanés abdominaux sont conservés. Les réflexes oculaires sont normaux. Il n'existe pas de céphalées, pas de signes MÈRE Le
. psychisme est normal.
Par ailleurs, aucune atteinte pulmonaire.
Au cœur, les bruits un peu assourdis ont un rythme normal. ; s
Le pouls bat à 90.
ni DORE
La tension artérielle est à 10-8 au Vaquez.
La température est à 36°4, 37°.
Les troubles digestifs se limitent à des nausées fréquentes sans vomissements, mais la constipation du début persiste aussi intense et l’on doit recourir aux lavements.
Par ailleurs, aucune défense abdominale, l’abdomen est souple, non ballonné, le foie et la rate Sont normaux.
Un certain nombre d’examens complémentaires ont été pratiqués :
— dosage d’urée sanguine, 0 gr. 49 ;
— numération sanguine et formule le 18 juin :
Hémoglobine 78 %
Hématies 3.940.000 Leucocytes 7.000 Polynucléaires :
Neutro 79 %
Eosino 1 %
Baso 0 Mononucléaires :
Moyens 11
Lympho 5 %
Monocytes 5 % E
La P.L, retire un liquide de tension normale, clair, dans lequel la réaction de B.W. est négative et où l’on compte à la cellule de Nageotte 1,2 éléments.
— Albumine : 0 gr. 15 pour mille ;
— Glycorachie : 0 gr. 78 pour mille.
Les urines sont normales.
La notion d’ingestion de confit d’oie et le caractère des troubles constatés font penser au botulisme et font pratiquer la sérothérapie, La malade reçoit successivement
AGAE
Er qq ue
1 ce. d’anatoxine botulique et 60 cm° de sérum antibotulique.
Le lendemain, à nouveau, 40 cc. de sérum.
Mais l’évolution se fait rapidement vers l’aggravation, l’asthénie et l’adynamie sont de plus en plus marquées. Ce n’est qu'avec effort que la malade pEsience quelques mots difficilement intelligibles.
La sécheresse de la gorge persiste, toute déglutition est pénible et douloureuse, mais on n’observe aucune diffusion des paralysies.
Le pouls est plus rapide, on note quelques pauses
respiratoires. La sérothérapie est intensifiée, les tonicardiaques sont prescrits ainsi que la réhydratation au sérum glucosé.
. Malgré cette thérapeutique, après une nuit calme : la malade présente au matin, brusquement, quelques troubles respiratoires, une accélération du pouls et meurt subitement le 19 juin, à 9 heures.
Les constatations nécropsiques ont été les suivantes :
Un examen du tronc cérébral pratiqué par M. Ivan BERTRAND ne montra que fort peu de constatations positives.
Le tronc cérébral est débité en tranches sériées ; incluses à la colloïdine. Les préparations au Loyez ne montrent aucune altération myélinique. Les seules lésions décelables consistent en dégénérescences cellulaires visibles au Wissl. Ce sont surtout des figures d’excitation cellulaire et de chromatolyse.
Les noyaux des éléments neuroganglionnaires intéressés sont marginaux et la substance hyoïde subit une lyse profonde. Ces lésions dégénératives abôutissent très rarement à une fonte totale, elles ne s’accompagnent d’aucune réaction de labellitose.
ST ae
De même on note l’absence complète de périvascularite, Les noyaux bulbaires intéressés sont surtout ceux du plancher du IV* ventricule et les cellules de la substance réticulée. Le complexe olivaire est relativement indemne. Dans le cervelet, cadavérisation avancée avec flore anaérobie.
Ici encore, il faut noter la précocité de l'apparition.
des troubles digestifs qui surviennent quelques heures après le repas nocif ; la précocité de l’apparition des premiers troubles nerveux, moins de 24 heures après l’ingestion de: la toxine et rappelons, pour terminer, le danger de ces confits d’oies qui semblent actuellement en France une cause relativement fréquente de Botulisme.
OBSERVATION III (Publiée dans la thèse de M. Josso, Paris, 1926)
Mme B.., jeune femme de 25 ans, domestique, mange le lundi 21 avril 1924 à son diner, une certaine quantité d’un pâté de foie de porc, fait « à la maison », entamé depuis plusieurs jours et qui avait séjourné dans une cuisine, Elle ne remarque pas de mauvais goût ,puisque le lendemain, elle en remange dans l'après-midi. Le même soir, elle se sent faible, trop faible pour porter son bébé de cinq mois — et rentre chez elle avec peine.
Le mercrëdi matin, en préparant la lessive, elle tombe sans connaissance, Cet évanouissement est de courte durée, mais il est suivi d’une grande lassitude et la malade, pâle, les lèvres décolorées, doit abandonner son travail
et s'étendre, ses jambes ne pouvant plus la porter. Dans l’après-midi du même jour, elle se plaint d’un vague malaise à l’estomac, puis, voulant coudre, elle ne peut enfiler son aiguille ; voulant éplucher des pommes de terre, elle ne peut y parvenir et se plaint d’avoir un brouillard devant les yeux. Le malaise gastrique persistant, elle tente inutilement de vomir, peut cependant réjeter, dans la soirée, un peu de cacao ingéré dans l’après-midi. À
Insomnie dans la nuit suivante.
Le jeudi 24, au matin, voit trouble : en même temps, on note du strabisme ; les globes oculaires sont attirés en haut ; en même temps, apparaît du ptosis bilatéral.
Elle reste au lit, trop faible pour se lever. Elle se plaint
de sa gorge, d’une sécheresse complète de la bouche, de la langue, de ne pouvoir avaler, même une goutte de liquide. La parole devient de plus en plus difficile ; la voix est changée, enrouée, voilée, nasonnée. Pas de température, aucun trouble psychique.
Le vendredi et le samedi, tous ces symptômes s’exagèrent et le dimanche matin, quand nous voyons la malade l’état s’est encore considérablement aggravé ct le tableau clinique est véritablement dramatique : assise dans son lit, soutenue par des oreillers, sur lesquels la tête ballante tombe en ‘arrière, la malade asphyxie. La face, cyanosée, présente par endroits des plaques rouge vif ; les globes oculaires, des deux côtés, révulsés en haut sous les paupières ptosées au point que la fente palpébrale ne laisse voir qu’une mince bande de sclérotique. La mydriase est complète et bilatérale, et les pupilles ne réagissent aucunement. La bouche ‘entr’ouverte, laisse apercevoir la langue desséchée, recouverte d’un enduit épais d’un brun noirâtre. Le voile pend flas-
LT JV
que et le fond du pharynx est encombré de mucosités verdâtres, abondantes et épaisses, dont la malade ne peut se débarrasser. ï La malade n’a rien pu absorber depuis le début des accidents, par suite.des paralysies; la dysphagie est d’autant plus pénible que les muqueuses sont complètement desséchées par l’absence de salive. |
La motricité est, à ce moment, presque complètement.
abolie : impossibilité absolue de‘ remuer la tête, les jambes. :
Les troubles de la parole sont au maximum et il est impossible de comprendre la malade qui fait signe de la main qu’elle veut écrire; mais la parésie des bras rend la chose difficile ; celle des membres inférieurs est encore plus marquée ; les réflexes sont abolis.
La constipation est absolue, et cela, depuis cinq jours. L'abdomen est météorisé, tendu, les mictions sont rares et très peu abondantes.
La sécrétion lactée est conservée.
La lucidité persiste complètement et persistera jusqu’à la mort qui survient quelques heures plus tard ; en effet les troubles respiratoires ne tardent pas à s’accentuer ; la cyanose de la face s’exagère. La respiration de plus en plus difficile est irrégulière, saccadée, superficielle, accélérée et Ja mort survient au milieu d’un accès dyspnéique cinq jours après l'ingestion du paté incriminé,