MASSAGE MÉDIAT
gras demande une certaine attention ; il n’en faut mettre que la quantité nécessaire ; quand il y en a trop, la main glisse à la surface de la peau et la manipulation ne peut avoir aucune influence sur les tissus profonds.
Raser les régions à masser. — Il est utile de raser les poils, s’il y en a ; chez certaines personnes à sensibilité cutanée peu prononcée, cette précaution pourrait paraître superflue; quand on ne rase pas les régions, elles supportent le massage sans se plaindre; il n’est jamais prudent de compter là-dessus : l’irritation mécanique peut aboutir à une sorte d’inflammation des bulbes pileux très désagréable; elle oblige parfois de suspendre le traitement; on pourrait avoir de l’érythème et de l’urticaire, il vaut mieux ne pas s’y exposer.
Le meilleur lubréfiant est la 'pommade à la vaseline ; il en faut peu; demi solide à la température ordinaire, elle coule difficilement du vase qui la renferme ; on ne fait pas de larges taches sur les effets si on la renverse; elle ne salit pas la peau, ne rancit pas comme les huiles ou les pommades à l'axonge.
Massage médiat. — Il a été question de différents côtés du massage médiat, c’est à-dire par interposition entre les téguments et le doigt d’un morceau de toile, de gaze ou de flanelle. Ceux qui ont proposé cette pratique ne l’ont défendue par aucune raison sérieuse : un transparent ne peut atténuer en quoi que ce soit la douleur. On veut ménager la pudeur? Autant vaudrait proposer de faire le toucher vaginal avec une main gantée!
MANUEL OPÉRATOIRE
On doit tenir grand compte de la sensibilité individuelle et faire le moins de mal possible. Il est bon de commencer très doucement, de .graduer la manœuvre de manière à ce que les malades s’y habituent; je répète ici ce quej’ai dit souvent; la violence décourage et ne conduit à rien. Presque toujours, la tolérance s'établit si bien que les patients déclarent moins souffrir à la fin de la séance qu’au commencement; on peut alors déployer une énergie qui eût paru au premier abord insupportable. Si l’on masse les muscles, il faut qu’ils soient dans le relâchement : c'est une condition indispensable pour que leurs parties profondes soient atteintps; on doit combattre la tendance instinctive qu'ont bien des personnes à le contracter, dès qu’on les touche. Tout ce qui peut entraver le courant veineux ascendant et descendant doit être enlevé ; les malades ne devront jamais conserver de jarretières, quand on masse le pied, le voisinage de l’articulation tibio-tarsienne ou tout autre partie de la jambe.
Taches ecchymotiques. - Les masseurs novices font des bleus; plus la main est exercée, moins on en fait; il n’est pourtant pas toujours possible de les éviter. Lorsqu’on veut agir sur d'anciens exsudais inflammatoires, sur des indurations du tissu musculaire, il faut presser fort et ferme avec la pulpe du pouce; au commencement, il y aura des sugillations , de petites ecchymoses ; on n'a pas à s’en préoccuper, elles se résorberont et il ne s’en produira plus guère pendant tout le traitement! on peut hâter au besoin leur disparition par des frictions très légères. Si insignifiant que soit cet
TACHES ECCHYMOTIQUE fl
inconvénient, il est bon de le prévoir, et d’en prévenir les malades, pour qu ils ne s’effrayent pas. C’est surtout chez les femmes ayant un certain embonpoint et la peau délicate, que les ecchymoses se produisent facilement.
Chez les vieillards, il est indispensable de procéder avec douceur; à cause de la friabilité des \ aisseaux sanguins, autrement on s’exposerait à provoquer de grandes ecchymoses. J’en ai vu une consécutive à la pression d’une ceinture mal conditionnée, qui s étendait a toute la région hypogastrique et aux téguments du scrotum. Il faut prendre des précautions pour éviter de pareils accidents, lorsque 1 on masse une surface un peu étendue, car on serait obligé d’interrompre le traitement : c est ce qui est arrivé une fois à Reibmayer.
On fera prendre au malade la position la moins fatigante pour lui et pour le masseur; les attitudes genées ne valent rien. On aura soin, autant que possible, que les parties périphériques soient un peu plus élevées que le tronc, de manière à aider le courant veineux et lymphatique, à ce que l'action de la pesanteur le favorise au lieu de l’entraver.
Ce dont il faut prévenir les malades. — Les myopathies ou les arthropathies anciennes réclament un massage énergique; parfois, après les premières séances, le malade se plaint de souffrir plus qu’auparavant; l’affection constituait une gene et c’était tout : on a massé, la région fait mal. C est une douleur qu’on pourrait appeler conitusiannelle, si l’expression était française; elle tient à la déchirure de vieilles adhérences et sur-
MANUEL OPÉRATOIRE
tout aux lésions légères mais nombreuses de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, tiraillement, irritation ou compression des extrémités nerveuses par de petits extravasats. 11 faut encore prévenir le malade que c’est là un phénomène inhérent, pour ainsi dire, au traitement, qu’il durera six, huit, peut-être quinze jours et disparaîtra.
Séances quotidiennes. — Je fais en général une séance par jour, dans les maladies chroniques; j'en fais deux chez les personnes qui n'habitent pas Paris et désirent y rester le moins possible; on laissera entre la première et la seconde un intervalle assez long. Dans les cas aigus il faut au moins deux séances par jour ; il n’y aurait aucun inconvénient à en faire davantage, si on pouvait. La durée de chacune dépend de la gravité et du siège du mal ; en général, elle est de 5 à 8 minutes, on va jusqu’à 10 minutes et au delà, dans les affections aiguës.
Chez les femmes irritables, il est bon de suspendre le traitement pendant la menstruation; cette suspension est nettement indiquée dans la sciatique, les myosites de la région fessière, etc.; elle est indispensable dans le massage abdominal ou pelvien. Toujours, dans tous les cas, le praticien doit ménager ses forces et s’ingénier à en dépenser le moins possible pour produire l'effet voulu.
Il nous a semblé utile de formuler ces remarques générales sur l’application de la méthode, avant d’exposer le manuel opératoire proprement dit.
MANIPULATIONS FONDAMENTALES
Les quatre manipulations fondamentales. —
Nous allons analyser les quatre procédés dont nous n’avons fait qu indiquer le nom : puis, nous énumérerons un certain nombre de pratiques accessoires utiles, sinon indispensables, pour parfaire la cure, lorsque le massage est fini.
1° L'effleurage (fig. 1) se fait généralement sur les grandes surfaces, soit à main plate, soit avec la base delà face palmaire; sur les petites, avec la
pulpe du pouce seul ou celle de deux doigts (pouce et index). Il est rare qu’on soit obligé de se servir des deux mains en même temps. De toutes les manipulations c’est celle qu’on emploie le plus souvent; on effleure avec une grande douceur les téguments, dans toutes les affections aiguës, de manière à obtenir une amélioration de la circulation veineuse et lymphatique. L’effleurage estun moyen antiphlogistique puissant, il active la résorption des exsudats interstitiels ou cavitaires, rend des services sérieux dans les atrophies, en activant la
Fig. 1. — L’effleurage
MANUEL OPÉRATOIRE
circulation et en augmentant les échanges organiques dans une région donnée et en modifiant par contre-coup la vil alité des tissus.
la pulpe du pouce; c’est à elle qu’on a recours confre
les exsudats anciens, complètement ou en grande partie organisés; contre les hyperplasies conjonctives, les épaississements des capsules articulaires,
MANIPULATIONS FONDAMENTALES 15
les myosites chroniques; on se propose de rendre possible la résorption de l’exsudât ou de lui faire perdre sa vitalité pour qu’il subisse la dégénérescence graisseuse; il faut le désorganiser, le fra»-
l'ig. 3. — Pétrissage.
3",er en particules dune ténuité extrême- la oT dU P°UCe se faitdans’un
ergie P U Gtendu’ mais el,e exi> une grande
l°J'TiST (fi" • 3)- -°n emPloie cette manipuon dans les tuméfactions inflamatoires chroni- •s mie, essanl soit un muscle, soit un groupe mus- ■aire; on en rencontre souvent surles Wds du
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trapèze, dans les céphalalgies symptomatiques qu nous avons eu l’occasion d’étudier (1). Lorsquecel; se peut, on saisit entre le pouce et un ou plusieurs des autres doigts, la portion de tissu sur laquelle or veut agir, on l’attire de manière à l’isoler le mieu? possible des parties voisines; on la froisse et on h
comprime. Lorsqu’on opère sur une masse un pei volumineuse, on se sert des deux mains qui agissent de la même manière, chacune de son côté. J 4° T apotement (fig. 5). — Je garde à la quatrièm* manœuvre le nom de tapotement ; j’ignore s’il s( trouve dans le Dictionnaire de V Académie , s’d I
(1) Voy. Traitement de la migraine par le massage , Paris 1885, in-8°. — Céphalalgie et Massage, Paris, 1890, in-8°-
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été employé pour la première fois à propos du massage par des écrivains français ou étrangers. Je garde ce nom , parce qu’il est faci lement compréhensible et donne une bonne idée de la manœuvre désignée. On peut employer le tapotement seul ou en même temps qu’un des autres procédés ; c’est un bon
Fig. 5. — Tapotement, main placée verticalement.
moyen pour augmenter la vitalité des muscles parésiés ou atrophiés; il est utile dans certaines affections articulaires ou péri-articulaires, surtout dans les téno-synovites chroniques torpides ; il faut alors provoquer une réaction énergique, une sorte de poussée congestive; sous ce rapport, il est bon de taire du tapotement, après les frictions, dans les myosites chroniques. On a vanté différents ins-
-MANUEL OPÉRATOIRE
trumenls, de petits marteaux en acier qu’on fait chauffer, des percuteurs en bois ou en caoulchouc, des paquets de plumes d'oie ; ils sont inutiles, la main suffit à tout, avec elle on peut répondre mieux que n’importe quel objet aux indications d’un cas donné. On peut rattacher au tapotement deux manipulations accessoires empruntées à la gymnastique suédoise : les pressions et les trépidations sur le trajet d’un nerf déterminé ; elles m’ont rendu de grands services dans les névralgies du cuir chevelu et delà face, dans certaines formes de crampes invétérées, mais elles ne sont applicables que pour les filets nerveux relativement superficiels.
5° Nous ne nous occuperons que du massage; cela ne veut pas dire que ce soit une méthode sui generis, qu’il faille employer à l’exclusionde touteautre.
Adjuvants du massage. — Le massage comporte des adjuvants qu’il est bon d’utiliser pour faciliter son action, ou pour la compléter. Toutes les fois qu’on a affaire à une affection rhumatoïde, la médication thermale est indiquée; dans ce cas, le massage est un auxiliaire d’un traitement général ; il est dirigé seulement contre certaines dé'erminations morbides. S’il a été essayé le premier et s’il a atteint son but, il faut conseiller quand même aux malades le traitement général, lui seul pourra prévenir les récidives. L’hydrotérapie n’est bonne que dans le cas d’excitation nerveuse ; s’il existe des parésies ou des atrophies, l’électricité rend des services.
Les mouvements actifs et passifs font presque nécessairement partie de la plupart des cures par