MASSAGE DANS LES RAIDEURS ARTICULAIRES (FAUSSES ANKYLOSES
En 1887, j’ai publié une monographie sur ce sujet. Les personnes que la question intéresse n'auront qu’à lire ce mémoire; j’en extrais ce qui concerne le manuel opératoire applicable aux différentes articulations (1).
On peut rattacher les raideurs articulaires à trois causes :
1° Le traumatisme ; 2° le rhumatisme ; 3° les pfilegmasies chroniques % reffées souvent sur cet état général auquel on donne le nom de scrofule.
1° Les indications sont faciles à saisir dans les ankylosés traumatiques ; la nature de l’accident primitif est connue. Nous pouvons dire dès maintenant que la plupart ne sont pas défavorables, et pourtant, il est difficile de deviner toujours l’étendue des lésions. Dans certains cas une plaie pénétrante articulaire produit une faible réaction ; le malade conserve après sa guérison une raideur facile à vaincre. D’autres fois un traumatisme léger
(1) Norstrom, Traitement des raideurs articulaires au. moyen de la rectification forcée et du massage, Paiis, 1887.
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en apparence détermine des troubles fonctionnels persistants. Tel fut le cas chez une malade dont l’observation a été le point de départ d’un travail classique de Langenbeck. « À l’âge de trois ans, écrivait cette personne, j’eus le malheur de tomber d’un banc et de me blesser la jambe gauche. Le genou resta épais, tuméfié, le médecin supposa que c’était une tumeur blanche. Un an plus tard, et sur le conseil de plusieurs autres, on fit des tentatives pour redresser ma jambe qui était fléchie, on les répéta jusqu’à ma douzième année; il y a cinq ans, les tendons furent coupés deux fois. Pendant quelque temps la jambe fut plus droite. Les douleurs, très violentes auparavant, étaient un peu moindres. Après ma douzième année, quelques tentatives d’extension furent faites pendant trois mois sans résultat. Je fus envoyée pendant deux ans à Tœplitz, les bains ne servirent à rien, la jambe devint encore plus courbée et moins mobile (1). »
A tout cela il faut ajouter les suites de l’immobilisation. Les expériences de Menzel démontrent que chez des animaux robustes comme le chien, l’immobilité seule suffit pour produire une altération des carlilages, qui aboutirait à une ankylosé si on l’abandonnait à elle-même.
M. Reyher, ayant entrepris en 1873 de nouvelles expériences sur ce sujet, a obtenu les mêmes résultats; mais il les interprète autrement que Menzel. D’après lui, lorsque des articulations qui n’étaient
(1) Langenbeck, Die r/ewa/lsame Streckung der Kniekontracluren... Hanover, 1838.
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pas primitivement malades s’ankylosent par le fait de l’immobilité, les franges synoviales se trouvant au voisinage du point de contact des cartilages établissent des adhérences entre eux. Elles ne résulteraient pas de l’immobilisation, mais des mouvements qui l’interrompent et déterminent des irritations de la séreuse, ou bien la propagation à celle-ci d'accidents inflammatoires nés dans le voisinage.
L'origine traumatique n’est nullement une contre-indication; les résultats du traitement sont excellents dans les cas que nous avons observés. Les plus mauvais cas sont ceux dans lesquels la fausse ankylosé s’est produite à la suite de fractures para-articulaires. Celles de l'olécrane par exemple présentent une gravité toute particulière.
Lorsque les raideurs du coude tiennent à une infiltration périarticulaire persistante, le massage et les mouvements communiqués ont d’excellents effets. Nous en avons vu un exemple dans lequel il s’agissait, non d’une fracture mais d’une luxation ancienne (1). En revanche, dans certains cas, peu fréquents il est vrai, la mobilité de l’articulation est détruite par suite de la formation d’un cal exubérant qu’on ne peut espérer rompre ; le même fait peut se produire au genou; au poignet, il est plus rare.
2° Les fausses ankylosés d’origine rhumatismale présentent des variétés nombreuses. Elles sont d’autant plus résistantes que le processus date de plus longtemps; que les poussées ont été plus nom-
(1) Yoy. Traité théorique et pratique du massage, p. 208.
breuses. Les cas de cette nature ne sont pas défavorables; les cartilages ne présentent qu’un peu d’hypertrophie sans synéchies, ni productions nouvelles; tout s’est passé du côté du système fibreux, des tendons ou du corps charnu des muscles. Le massage permet d’obtenir ce que l’on ne pourrait avoir avec l’extension ou la flexion forcée seules.
3° Nous arrivons à une série d’ arthrites à fond diathésique , à marche chronique , interrompue par des épisodes qui remettent lout en cause.
Les renseignements fournis par l’anatomie pathologique sont peu rassurants; ils montrent qu’une articulation intéressée par elles est menacée d’ankylose complète; ils justifient amplement la défiance et les réserves. Tout abandonner plutôt que de s’exposer à alimenter le processus morbide, telle doit être la règle fondamentale.
Mais la tumeur blanche est guérie, les trajets fistuleux sont fermés, les fongosités sont organisées, les os ont pris leur consistance définitive. Nous avons affaire à un infirme dont la jambe atrophiée est fléchie sur la cuisse, atrophiée elle-même; don le bras ne fonctionne plus, dont l’articulation coxo-fémorale ou scapulo-humérale ont perdu une partie de leurs mouvements. Que devons, nous faire? une amputation ou une résection? Quelquefois, mais pas toujours; si l’ankylose est complète, tout est inutile; si elle ne l’est pasessayons quelque chose. Ni l’état actuel, ni les conditions anatomiques, ni l’étiologie ne fournissent de contre-indications.
Nous verrons plus loin que, dans des ankylosés