ANGINE OU MAL DE GORGE
L'angine est la phlegmasie ou l'inflammation des membranes muqueuses situées entre l'arrière-bouche (l'orifice supérieur de l'estomac) et la naissance des bronches.
On en distingue plusieurs variétés, dénommées selon leur siège, leur terminaison et leur nature ; ainsi l'on cite comme principales : Y angine gutturale, pharyngée, tonsillaire, pseudo-membraneuse, etc., etc.
Nous ne parlerons ici que de celles qui occupent le pharynx (arrière-bouche, gosier).
ART. 1er. — ANGINE GUTTURALE.
Dans cette espèce d'angine, l'inflammation occupe l'isthme du gosier, le voile et les piliers du palais, la luette et les amygdales.
Ses symptômes sont : douleur, avec sécheresse dans la gorge ; difficulté d'avaler ; parole nasillarde ; l'arrière gorge offre une couleur rouge et luisante, sécrétant peu après un mucus filant, qui empâte les amygdales et le voile du palais ; la luette se gonfle et s'allonge, ce qui produit chez le malade un besoin continuel d'avaler ; le malade a un goût fade ou amer dans la bouche, et son haleine s'imprègne d'une odeur désagréable.
Il y a, en outre, peu ou point d'appétit, soif vive, diarrhée ou constipation, avec fièvre plus ou moins intense.
Au bout de trois ou quatre jours d'intensité, ces accidents décroissent peu à peu, et la maladie se termine par résolution, celle par suppuration étant très rare.
Traitement.
Une foule do médicaments ont été préconisés contre l'angine ; mais, à part quelques cas rares et particuliers, trois médicaments, ou quatre au plus, peuvent s'appliquer aux cas d'angine franchement inflammatoire ; ces médicaments sont : Aconitum, Belladona> Mercurius solubilis ou Mercurius vivus, et Dulcamara.
S'il y a fièvre ou vive phlogose (inflammation) des parties affectées, on donnera d'abord :
Aconitum, 12* dilution . . (5 globules.
Eau 90 grammes.
Doses. — Une cuillerée de trois en trois heures.
Après quoi, on administrera, surtout s'il y a difficulté ou impossibilité d'avaler les liquides, constriction spasmodique de la gorge :
Belladona, 12° dilution 6 globules.
Eau 90 grammes.
Doses. — Une cuillerée de quatre en quatre heures. Une cuillerée à café pour les enfants d'un à six ans.
Si l'arrière-gorge était tapissée de mucosités visqueuses et blanchâtres, avec écoulement d'une salive épaisse, claire et filant comme du blanc d'œuf cru, on alternera l'administration des deux médicaments suivants :
Belladona, 12° dilution 6 globules.
Eau 90 grammes.
Pour les femmes et les enfants :
Mercurius solubilis, 42° dilution. . . 6 globules. Pour les hommes :
mercurius vlvus, 12° dilution. .... 6 globules. Eau 90 grammes.
ANGINE PHARYNGÉE. 143
Doses. — Alterner ces deux médicaments (une fois l'un, une fois l'antre), à la dose d'une cuillerée à café pour les enfants, et d'une cuillerée à bouche pour les adultes, de quatre en quatre heures.
Si l'angine provenait d'un refroidissement, et que ni l'un ni l'autre des médicaments précités n'amenassent la guérison complète, on donnera :
Dulcamara, 12° dilution 7 globules.
Eau 90 grammes.
Doses. — Une cuillerée de quatre en quatre heures.
ART. 2. — ANGINE PHARYNGÉE.
Dans cette variété d'angine, l'inflammation occupe la partie supérieure ou la partie inférieure $e la muqueuse du pharynx.
Dans le premier cas, cette muqueuse présente à la vue une couleur rouge, sèche, tapissée de sécrétion grisâtre, qui y adhère ; il y a ardeur, cuisson et sécheresse de la gorge ; la déglutition (action d'avaler) se fait moins difficilement que dans l'angine gutturale, et il n'y a pas de nasonnement ni de besoin continuel d'avaler.
Seulement, le malade est atteint d'une toux qui finit par procurer l'expulsion de la sécrétion grisâtre, qui tapissait le fond de la partie supérieure du pharynx. Si l'inflammation occupe la partie inférieure dudit pharynx, la douleur et la difficulté d'avaler se font sentir au niveau de la partie supérieure du larynx (appelé vulgairement pomme d'Adam) ; il semble au malade que les aliments s'arrêtent un instant en cet endroit ; de plus, une pression légère sur les parties latérales du cou, ainsi que les oscillations de la tête et les mouvements imprimés au larynx, augmentent les souffrances.
Comme l'inflammation est située très profondément, l'inspection de la gorge ne laisse point apercevoir les parties affectées, quand bien même on déprimerait fortement la base de la langue.
Causée ordinairement par les perturbations de l'atmosphère et le refroidissement du corps, l'angine règne très souvent épidémiquement.
Traitement.
Le traitement de l'angine pharyngée est le même que celui de l'angine gutturale. Si cependant il y avait une forte inflammation du pharynx, avec fièvre, agitation et toux rauque (creuse), qui pût faire redouter le croup chez les enfants, on donnerait :
Ipéca, 6° dilution 6 globules.
Eau 60 grammes.
Doses. — Une cuillerée à café d'heure en heure ou de deux en deux heures, selon la gravité du cas.
L'eau d'orge, coupée avec parties égales de lait, et sucrée, sera administrée tiède au malade pour boisson.