‹ Formulaire homoeopathique; ou, Guide pathogénétique usuel pour traiter soi-même les maladiesChapitre 62 sur 298 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

On désigne ainsi l'inflammation de la muqueuse du larynx ; on la divise en simple, striduleuse, pseudo-membraneuse aiguë et chronique.

Il en existe encore une autre variété, dite sous -muqueuse ou œdémateuse ; mais nous n'en parlerons plus.

ART. 1er. — LARYNGITE AIGUË SIMPLE.

Symptômes.

Voix altérée ; elle est rauque, criarde, sourde ou inégale dans son timbre ; quelquefois il y a aphonie (privation de la parole).

Le malade éprouve un sentiment de brûlement dans le larynx, ainsi qu'un picotement qui provoque la toux. Si le malade presse le larynx (vulgairement pomme d'Adam), il y éprouve un sentiment de douleur et un besoin de tousser instantané; les mouvements de déglutition (avaler) sont également douloureux.

Ordinairement, il n'y a ni fièvre ni malaise. Quand les symptômes s'aggravent, il y a alors : grande gêne vers le larynx avec sensation d'un corps étranger qui empêche la libre entrée de l'air ; voix rauque, éteinte ou sifflante : si l'embarras de la respiration se prolonge ou s'aggrave, le visage est anxieux, pâle, et les traits sont tirés ; la peau devient très-chaude, le pouls fréquent, petit; les yeux sont saillants, et les lèvres se cyanosent (bleuissent).

Quelquefois ces symptômes vont en augmentant, et la

mort survient par suite d'asphyxie progressive, du huitième au neuvième jour.

D'autres fois, le rejet de quelques crachats opaques ou glaireux semble les faire diminuer d'intensité, mais ce n'est qu'une courte trêve, et le mal reprend presque aussitôt sa marche inexorable.

La guérison est cependant la terminaison la plus ordinaire de la forme simple ; mais la voix reste altérée pendant longtemps dans son timbre.

L'épiglotte (espèce de petite valve ou soupape de forme ovale, mince et élastique, qui ferme l'ouverture de la glotte afin d'empêcher les aliments de pénétrer dans les voies aériennes pendant la déglutition ; épiglotte signifie sur la glotte) peut aussi se trouver atteinte d'inflammation ; on désigne alors cette affection par le nom à'êpiglottite. En général, il y a : douleur plus ou moins violente, qui se fait sentir au-dessus du larynx, avec sensation d'une petite boule qu'on cherche sans cesse à avaler ; la voix n'a plus son timbre habituel ; ses sons offrent une altération notable; il y a en outre de la dyspnée (difficulté plus ou moins grande de respirer), de la dysphagie (difficulté d'avaler) et de violentes quintes de toux.

En abaissant fortement la base de la langue, au moyen d'une spatule ou d'un manche de cuiller, on apercevra l'épiglotte, qui alors, semblable à une cerise rouge bien mûre, est très-enflammée et tendue.

Cette affection, qui souvent débute brusquement, est grave surtout chez les enfants.

Causes.

La laryngite simple a le plus souvent pour cause l'action du froid et de l'humidité, où elle est produite par l'usage

immodéré du chant, des discours, prônes, déclamations ; les prêtres, les avocats, les professeurs, y sont plus exposés que les autres.

Traitement.

Au début, on donnera Aconitum pendant vingt-quatre heures, puis après, si l'inflammation n'a pas cédé, on prescrira : Belladona et Mercurius solubilis, alternés.

Il est bien entendu que si l'une des prescriptions précitées fait du bien, on s'en tiendra exclusivement à celle-là.

Aconitum, 12e dilution 6 globules.

Eau 90 grammes.

Doses. — Une cuillerée de quatre, en quatre heures. Au bout de vingt- quatre heures, si nulle amélioration ne s'est produite, on cessera Aconitum, et on donnera :

Belladona, 12e dilution 6 globules.

Eau 90 grammes.

Mercurius solubills, 12e dilution . . , 7 globules. Eau . 90 grammes.

Doses. — Alterner ces deux médicaments (une fois de l'un, une fois de l'autre), à la dose d'une cuillerée à café, de deux en deux heures.

Si, ce qui arrive rarement, il ne se produit pas une amélioration au bout de vingt-quatre heures ou même quarante-huit heures, on préparera la potion suivante :

Hepar sulfur, 12e dilution 6 globules.

Eau 90 grammes.

Doses. — Une cuillerée à café, de quatre en quatre heures.

Enfin, si, contre toute attente, Hepar sulfur ne produisait rien (ce qui est, pour ainsi dire, impossible), on donnerait :

LARYNGITE STRIDULEUSE. 185

Bromnm, 30e dilution 7 globules.

Eau 90 grammes.

Doses. — Une cuillerée à café, toutes les quatre heures.

Le même traitement s'applique à Vépiglotiite. Si la tuméfaction des parties, ou toute autre cause, empêchait la déglutition des liquides, on donnerait les médicaments en globules, à sec sur la langue, aux dilutions prescrites.

ART. 2. — LARYNGITE STRIDULEUSE, OU PSEUDO-CROUP (FAUX CROUP), NOMMÉE AUSSI ASTHME SUFFOCANT OU DE MILLAR, CATARRHE SUFFOCANT.

Cette variété de laryngite est dite striduleuse, en raison du bruit que la gêne de la respiration produit dans la trachée-artère, bruit à peu près semblable à un chant de cigale doucement modulé, ou à celui qu'on produit en soufflant doucement sur la tranche d'une feuille de papier posée verticalement et tendue à ses deux extrémités.

Symptômes.

Cette laryngite débute le plus souvent d'une façon trèsbrusque, et le plus ordinairement pendant la nuit. Le malade est saisi tout à coup d'une toux sèche, sifflante et pour ainsi dire, aboyante ; la respiration est précipitée, pénible, et fait entendre un sifflement ou le chant de cigale adouci, dont nous avons parlé plus haut.

La voix est enrouée, la face est rougeâtre, les lèvres bleuissent ; les traits du malade expriment la terreur ou l'anxiété ; et quand une légère rémission des accès le lui permet, il pousse quelques cris ou des gémissements.

La durée des accidents dépasse rarement une heure ; alors tout se calme, et le cortège des symptômes effrayants

186 IARYNGITE. "

disparaît complètement ; il ne reste plus qu'un peu de fièvre, avec de la douleur au larynx ; puis la toux s'humecte, les malades expectorent, et tout se termine par un rhume ordinaire, qui dure une ou deux semaines.

Il peut se présenter plusieurs accès dans les vingtquatre heures ; mais généralement, ils sont de moins en moins violents.

Cette maladie n'attaque que les enfants, à partir de l'âge de deux à sept ans.

Diagnostic.

On reconnaîtra facilement la laryngite striduleuse de la laryngite aiguë simple, en ce que, dans la première, les accidents surviennent tout à coup, au milieu même d'une parfaite santé, que la fièvre, la toux et la douleur du larynx sont très-légères, tandis que la laryngite aiguë simple survient peu à peu et que les accès de suffocation n'arrivent qu'après une certaine durée de la maladie ; en outre, l'altération de la voix, la douleur éprouvée au larynx et la fièvre, sont beaucoup plus intenses que dans la laryngite striduleuse ou faux croup.

On la distinguera aussi du croup proprement dit en ce que, dans la laryngite striduleuse, l'accès débute la nuit le plus souvent, la voix est enrouée, mais presque jamais éteinte ; la toux est sonore, éclatante ; le son en est, pour ainsi dire, métallique ; en outre, il n'y a pas de rejet de fausses membranes (peaux ou tuyaux blanchâtres) ; l'accès débute brusquement, et pendant la rémission (intervalle desdits accès), le malade reprend toute sa santé, peut se livrer à ses jeux ordinaires, et sa respiration est libre.

Dans le croup, la toux est semblable au chant d'un jeune coq ; elle est sourde et étouffée ; la voix est enrouée, puis

LARYNGITE STRIDULEUSE. 187

éteinte ; il y a souvent rejet par la bouche de fausses membranes ; malgré les rémissions du croup9 la difficulté de respirer est toujours excessive ; enfin, il y a une forte fièvre et une sensation dérouleur vive aux larynx.

Il est rare que la laryngite striduleuse ou faux croup se termine par la mort ; cependant cela pourrait arriver dans certains cas graves.

Traitement.

. D'après M. le docteur Teste, deux médicaments suffisent ordinairement pour la cure de cette affection ; je me plais à en témoigner ici toute ma satisfaction à mon honorable confrère de Paris. Cela est vrai, plusieurs cas traités par cette médication m'ont parfaitement réussi. Ces deux médicaments sont : Coralia rubra et Opium, alternés.

Coralla rubra, 30e dilution 7 globules.

Eau 90 grammes.

Opium, 3* dilution 7 globules.

Eau , . • 90 grammes.

Doses. — Alterner ces deux médicaments (une fois de l'un, une fois de l'autre), à la dose d'une cuillerée à café, toutes les dix minutes, pendant les accès, puis de deux en deux heures, lorsqu'ils seront passés, et pendant leur rémission (ou cessation).

Une fois la crise passée, si l'accès ne revient plus, on donnera Opium seul, de la manière suivante :

Opium, 3° dilution 6 globules.

Eau 90 grammes.

Doses. — Une cuillerée à café un peu forte, matin et soir, pendant deux jours.

Antidote de Coralia rubra. — Coffea cruda, d'après

quelques expériences que j'ai faites, mais je ne puis l'affirmer positivement.

Si Ton ne pouvait faire avaler les potions, on mettrait un globule à sec sur la langue, ou dissous dans quelques gouttes d'eau.

ART. 3. — LARYNGITE PSEUDO-MEMBRANEUSE, OU DIPHTHÉ- RITE TRACHÉALE, VULGAIREMENT APPELÉE GROUP.

La laryngite pseudo-membraneuse ou croup est une maladie aiguë très-redoutable, dont les phases se développent avec une effrayante rapidité. Elle est caractérisée par la formation d'une pellicule ou fausse membrane dans la trachée-artère et le larynx.

On a divisé cette maladie en trois périodes, dont nous allons exposer séparément les symptômes.

§ 1er. — Première période.

Fièvre, malaise, frissons et courbature dans les membres, avec engorgement des ganglions sous-maxillaires (glandes situées sous la mâchoire inférieure), et douleur plus ou moins vive dans la gorge ; la muqueuse du pharynx, la luette et les amygdales, sont rouges, tuméfiées ; elles se recouvrent au bout de quelques heures, ou de quelques jours, de plaques grisâtres, semblables à celles qu'on observe dans V angine couenneuse (presque toujours, ou du moins quatre fois sur six, le croup est consécutif à l'angine pseudo-membraneuse ou couenneuse).

Cette première période peut durer de six ou huit heures à six ou sept jours.

§ 2. — Deuxième période.

C'est dans cette période que le larynx s'affecte ; la res-

Page 1