GOURME
Le mot gourme est encore très usité, sinon dans le langage des médecins, du moins dans celui des profanes, des mères de famille, des personnes étrangères à la médecine.
L'idée qu'on se fait de la gourme ou des gourmes, dans le grand public et même dans certains milieux médicaux un peu attardés, est peu précise ou fausse, et conduit souvent à une thérapeutique fâcheuse.
Il faut s’entendre une fois pour toutes sur la valeur de ce mot suranné qui doit disparaître, car il prête à la confusion et ;i l’équivoque.
Le docteur E. Besnier reconnaît que le mot et la doctrine sont officiellement abandonnés aujourd’hui par les pathologistes, mais qu'ils restent conservés, plus ou moins pieusement, par les familles et même par certains médecins. « En médecine humaine, dit-il, le mot de gourme a été particulièrement appliqué à des érup-
MALADIES DES E N F A N T S
tions de la peau et des muqueuses exposées, du genre de l’eczéma et de l’impétigo, propres à l’enfance surtout, mais non exclusivement, ayant pour siège le plus habituel le cuir chevelu et le visage, très prurigineuses, abondamment sécrétantes et croûteuses ; représentant, non pas une lésion locale, ni de cause externe, ni banale, mais bien le résultat de la projection au dehors de principes nuisibles accumulés dans le sang ou dans les humeurs, soit sous l’influence d’une constitution innée ou héréditaire (lymphatisme, srofule, etc.), soit sous l’action des ingesta (mauvais lait, lait trop chargé, alimentation grossière, prématurée), soit enfin en raison des phénomènes de dentition, et, dans tous ces cas, constituant une maladie éliminatoire, dépurative, une chose solennelle et salutaire par conséquent, à laquelle le médecin ne devait pas faire obstacle. » C’est en effet comme cela que les médecins d’abord, les familles ensuite, ont apprécié la gourme.
Un enfant est présenté par sa mère comme atteint de gourme quand il a, soit des poux avec impétigo granulata, soit des placards d’impétigo contagiosa sur la face, soit des crasses du cuir chevelu, soit de l’eczéma, soit de la séborrhée, soit un écoulement d’oreilles, soit une ophtalmie, soit une rhinite, soit des adénopathies cervicales, sous-maxillaires, etc. Bien souvent, avant d’avoir consulté le médecin, on a appliqué sur l’un ou l’autre bras, quelquefois sur les deux, un vésicatoire permanent, dont la suppuration est soigneusement entretenu!' avec un papier spécial, une feuille de lierre, une feuille de chou !
Tout récemment encore, j’ai vu à l’hôpital Trousseau un bébé de cinq mois qui, pour un simple eczéma impétigineux de la face, portait depuis un mois un vésicatoire à chaque bras, d’après l’ordonnance d’un méde-