RÉSUMÉ DU TRAITEMENT
Le traitement du rachitisme ne saurait être condensé en une formule unique; il doit être avant tout clinique et s’inspirer de l'âge des sujets, de la diversité des cas, du degré des lésions, etc.
Si le rachitisme est léger, l'hygiène peut suffire : régler les tétées des enfants au sein, rationner les enfants sevrés, supprimer les abus de liquides et d’aliments trop grossiers, conseiller le grand air, le séjour à la campagne, cela suffit pour obtenir la guérison, sans avoir recours à la pharmacie. Dans ces cas, le rachitisme guérit en quelque sorte 'tout seul.
Si les lésions sont très accusées, les déformations notables, le traitement doit être plus actif. Aux enfants très jeunes, n’ayant pas encore dépassé ou atteint la première année, on ne saurait donner sans inconvé-
1. L’appareil V. Robin (de Lyon) permet de fracturer les os exactement au point déterminé, et de produire des fractures souspériostées, qui se consolident rapidement. L’ostéoclasie ainsi faite est sans danger. Pour obtenir un bon résultat, il ne faut pas faire le redressement immédiat, mais placer le membre dans lin appareil plâtré avec sa position vicieuse. Au bout de trois ou quatre jours, on applique un nouvel appareil après redressement complet.
2. Pour combattre le genu valgum, M. Henri Martin (de Lausanne) se sert de l’attelle de Vend, qui sc compose de deux branches d’acier.
H ACHITIS M E.
nient, sans risque, l’huile de morue, les sirops, le phosphore; on prescrira le lait phosphaté, les bains salés à domicile.
A partir de quinze ou dix-huit mois, on pourra donner les préparations phosphatées, l'huile de morue pure ou mitigée, le phosphore (un demi-milligramme par jour), en surveillant les fonctions digestives, en suspendant l’administration des remèdes ii la moindre diarrhée. Les bains salés, les bains d’eaux-mères de Salies seront continués. Déjà, à cet âge, on pourra conduire les enfants dans une station thermale : même avant deux ans on pourra les envoyer à la mer.
Si l’enfant est très anémique, on prescrira le sirop d’iodure de fer, les douches froides dans quelques cas.
S’il y a des complications pulmonaires (bronchite aiguë ou chronique), les bains seront différés et remplacés par le massage, les frictions sèches avec le gant de laine, les frictions stimulantes avec l’alcool camphré ou le baume de Fioravanli. On maintiendra le i/rnu valrjum modéré à l’aide d’appareils prothétiques; si la déviation est irréductible, on fera l’ostéoclasie, et, dans quelques cas de plus en plus rares, l’ostéotomie.
La grande majorité des rachitiques guérissent sans intervention chirurgicale, par l’huile de morue, les phosphates, les bains salés, et surtout par un séjour prolongé au bord de la mer.
La cause du rachitisme étant l'alimentation vicieuse (allaitement artificiel, sevrage brutal ou précoce, alimentation prématurée), la meilleure prophylaxie consiste dans l’allaitement naturel, le sevrage tardif et gradué, le régime lacté. Mais ce n'est pas toujours possible, et nous devons compter avec des maux inévila-
blés : mort ou maladie de la mère, insuffisance de son lait, mauvais vouloir ou ignorance, misère qui fait délaisser l’enfant, faiblesse native de celui-ci, vices de conformation, etc.
En cas d’allaitement naturel, il faut conseiller la régularité et la rareté relative des tétées (6 à 8 par jour), le sevrage tardif, c’est-à-dire l'allaitement prolongé au delà de 12 à 15 mois, tout en permettant, à partir de 8 mois, l’intervention d’une nourriture complémentaire (lait de vache, œufs, panades, soupes, fécules, etc.). Le sevrage sera tardif et graduel, c’est-à-dire qu’on réduira de plus en plus le nombre des tétées, et lorsqu’on sera parvenu à une en 24 heures, on pourra opérer le sevrage sans aucun danger.
Si l’enfant est nourri au biberon, on insistera sur la propreté absolue de cet instrument, sur l’usage des biberons sans tube. Le lait sera bouilli ou stérilisé, coupé d’eau sucrée dans les premiers mois, au tiers ou au quart, donné pur à partir de cinq ou six mois. On ne donnera pas trop tôt à l’enfant des aliments grossiers et indigestes pour son âge : viandes, ragoûts, pommes de terre. On lui refusera le vin, le café, la bière, qui sont de nature à l’agiter, et qui irritent son estomac. On combattra de bonne heure les désordres digestifs, diarrhée, vomissements, etc.
On conseillera les promenades au grand air, les vêtements chauds, les bains de propreté, les logements visités par le soleil, exposés au midi, bien aérés, bien éclairés, non humides.
Avec cela, on ne réussira pas toujours, mais on fera le possible. La prophylaxie peut se résumer en une phrase : l’alimentation convenable des enfants du premier âge; car c’est par l’estomac qu’on devient rachitique.