‹ Formulaire thérapeutique et prophylaxie des maladies des enfants (volume 2)Chapitre 284 sur 363 · Q U I N Q U I N A ET QU IM NE · texte numérisé non relu

Q U I N Q U I N A ET QU IM NE

formelle, il y a tout avantage à choisir la voie hypodermique; c’est la plus sûre, la plus prompte, la plus pratique à tous les points de vue.

Dans mon service d’hôpital, je me sers d’une solution de chlorhydrate de quinine dosée à 55 centigrammes par cc. Au-dessous d’un an, je prescris une demiseringue de Pravaz ; au-dessus d’un an, deux demi-seringues par jour. Au-dessus de deux ans, je n'hésite pas, dans les cas de broncho-pneumonie hyperthermique, à faire 5 injections entières par vingt-quatre heures.

Les enfants supportent admirablement la quinine ; quand le danger n’est pas pressant, on peut prendre pour règle de donner 10 centigrammes de quinine par année d’âge (soit 20 centigrammes à deux ans, 30 à trois ans, 50 à cinq ans, etc.). Mais, s’il y a urgence, il faut doubler la dose. Un ne le regrettera pas.

Si l'on veut obtenir de la quinine un effet prompt, sûr, il faut avoir soin de ne pas fractionner les doses ; si l’on prescrit à un enfant de trois ou cinq ans 40 ou 50 centigrammes de quinine, cette dose doit être prise en une fois ou en deux fois à un quart ou une demi-heure d’intervalle ; si l’on réfracte la dose, en échelonnant les prises sur toute la journée, on n’aura aucun effet antithermique. Pour abaisser la température, il faut donner des doses massives.

Le docteur Saint-Philippe, de Bordeaux, a eu recours aux injections de quinine dans la broncho-pneumonie, et il s’est servi de la solution suivante:

% Chlorhydrate de quinine 2 à 4 grammes.

Deux piqûres par jour.

Reste ii savoir si la quinine injectée agit de la même

façon que la quinine ingérée. Mon interne, M. Pochon, croit à la supériorité de ce dernier mode d’administration.

Peut-être certains sels peu solubles de quinine donnent-ils sous la peau un précipité insoluble qui ne s’absorbe pas ou s’absorbe trop lentement. La question n’est pas élucidée.

Quand on donnera aux enfants la quinine en potion, je conseille vivement d’en masquer le goût par l’addition d’extrait de réglisse (5 grammes p. 100).

Dans les pays à malaria, chez les enfants au sein, on pourrait utiliser une autre voie d’introduction très indirecte, c’est-à-dire la nourrice. La quinine en effet passe dans le lait.

M. Oui, de Bordeaux, a montré que le sulfate de quinine, administré à la dose de 75 centigrammes à 1 gramme, se retrouvait dans le lait, mais en faible quantité. Les nourrissons soumis au lait quininé n’en ont éprouvé aucun inconvénient.

En résumé, les sels de quinine jouent un grand rôle en médecine infantile ; ils sont très bien supportés par les enfants de tout âge, ne provoquent presque jamais chez eux les phénomènes pénibles observés chez les adultes (tintements, surdité, céphalée, gastralgie, etc.), et peuvent être donnés sans inconvénient à très haute dose. Chez les petits enfants, le meilleur mode d’administration est la voie hypodermique.

RACHITISME

Le rachitisme est une maladie de la première enfance ; rare avant six mois et après trois ans, son

RACHITISME

maximum de fréquence coïncide avec la période de la première dentition. Il se caractérise par des déformations osseuses multiples qui portent sur le crâne, la cage thoracique, les os des membres et du bassin : front bombé, chapelet costal, nouures épiphysaires, incurvations diaphysaires, cyphose, etc.

Le diagnostic est facile quand ces déformations existent ; mais au début, et dans les cas frustes, ce diagnostic peut être délicat. On tiendra compte de l’impotence du sujet, du retard dans la marche et dans l’apparition des premières dents, de l'absence d'oc clusion de la grande fontanelle. Ces signes négatifs, cette insuffisance de développement du jeune enfant, rapprochés de l’alimentation défectueuse qu'il aura reçue (biberon, sevrage précoce, alimentation prématurée), feront reconnaître le rachitisme dans ses expressions les plus atténuées.

Les difficultés surgissent quand le rachitisme est partiel, quand la déformation ne porte que sur un os ou un membre.

S'il n’y a que la déformation vertébrale, on peut penser au ma I de Poil; mais, dans cette dernière maladie, la cyphose est anguleuse : elle est arrondie et à grand rayon dans le rachitisme.

Si la tête est très grosse et très bombée, on peut songer à l’ hydrocéphalie ; mais cette maladie se caractérise par un étal d’imbécillité ou d’idiotie qui manque presque toujours dans le rachitisme. L’auscultation de la grande fontanelle fait entendre, surtout chez ies rachitiques, un souffle systolique exceptionnel dans l’hydroccphalie .

Si les tibias seuls sont déformés, on peut hésiter entre la syphilis héréditaire et le rachitisme : le tibia rachitique est incurvé sur son axe en lame de sabre ;

le tibia syphilitique ou tibia Lannelongue est épaissi, bosselé, déformé, sans être incurvé.

TRAITEMENT

Traitement médical. — On traite les rachitiques par l’huile de morue, le phosphore et les phosphates calcaires, la balnéation chlorurée sodique. L’huile de foie de morue, préconisée par Bretonneau et Trousseau, a une action puissante sur le rachitisme ; on s’adressera de préférence aux huiles fauves, malgré leur qualité inférieure, parce qu’elles contiennent des alcaloïdes que les huiles blanches ou blondes ne possèdent pas. On donnera l’huile à doses progressives : commençant par une cuillerée à café, on ira, si cela est possible, jusqu’à 2, 3, 4 cuillerées à soupe par jour.

La plupart des enfants digèrent bien ce médicament nauséabond ; les enfants très jeunes le vomissent parfois et ont de la diarrhée, ce qui oblige à le supprimer ou à l’associer à d’autres médicaments d’un goût plus agréable : sirop de tolu, sirop d’écorces d’oranges amères, sirop d’iodure de fer, sirop antiscorbutique. En été surtout, l’huile de foie de morue est mal tolérée, et on a essayé de la rendre agréable ou acceptable à l’aide de diverses préparations :

% Huile de foie de morue 20 grammes.

Sucre de lait porphyrisé 23

Carbonate de potasse 1

Essence de menthe VI gouttes.

Essence d’amandes amères II

(Vicier.)

On trouve dans le commerce des émulsions avec glycérine, gomme, essences, qui sont moins répugnantes et plus facilement assimilables que l’huile de foie de morue pure.

RACHITISME

Comment agit l’huile de foie de morue dans le rachitisme? On ne le sait pas bien, mais tout porte à croire qu’elle constitue à la fois un aliment et un médicament. Elle agit par ses graisses, par l’iode, par le phosphore, par les ptomaïnes qu’elle contient; mais son action n'a rien de spécifique : c'est un reconstituant et un analeptique puissant, et rien de plus.

Quand les enfants sont trop jeunes pour absorber l’huile de foie de morue, ou quand ils la refusent, on s’adresse au phosphate de chaux, médicament tout indiqué pour suppléer à la décalcification osseuse qui caractérise le rachitisme.

La forme la plus simple et la moins coûteuse est le phosphate de chaux en poudre ou poudre d’os, qu’on peut donner sur des tartines de beurre, de confiture, ou dans une cuillerée de lait, à la dose de deux ou trois pincées par jour. Ce phosphate de chaux, peu coûteux, est, en revanche, peu assimilable.

On le remplace par le sirop de phosphate de chaux ou les solutions de chlorhydro et de lacto-phosphate de chaux (1 à 3 cuillerées à café par jour). On trouve aussi, dans la pharmacie, une solution gazeuse de phosphate de chaux qui est très acide, mais d’une conservation parfaite.

On peut associer le phosphate de chaux à l’huile de foie de morue :

% Huile de morue 121) grammes.

Eau de chaux j ^ 12ü

Sirop de lacto-phosphate calcaire. )

Une à trois cuillerées par jour.

(Lewis Smith.)

Enfin il existe un lait phosphaté naturel qui peut contenir île fi a 7 grammes de phosphate de chaux par litre, dont l’emploi se recommande aux enfants très

jeunes, qui n’accepteraient et ne digéreraient pas bien les autres préparations.

Le phosphore, dont Kassowitz a voulu faire un spécifique, a été introduit dans la thérapeutique du rachitisme par Trousseau, qui, lorsque les enfants étaient dégoûtés de l’huile de foie de morue, conseillait de leur donner des corps gras, lard frit, gras de jambon, beurre, graisse de volaille, etc. Et il prescrivait le mélange suivant étalé sur des tartines de pain :

% Beurre très frais 300 grammes.

lodure de potassium 0 gr. la

Bromure de potassium 0 gr. 50.

Chlorure de sodium 5 grammes.

Phosphore 0 gr. 01.

Cette quantité devait être prise en (rois jours.

Kassowitz, qui a repris cette médication, s’en tient à des doses un peu moins fortes (-1/2 à 2 milligrammes par jour, suivant l’âge).

On peut prescrire :

% Huile de foie de morue 1 litre.

Phosphore • 0 gr. 10.

Une à trois cuillerées à café par jour, suivant l'âge.

% Phosphore. . . .

Lipanine

Sucre en poudre.

Gomme en poudre.

Eau distillée. . .

Une cuillerée à café par jour.

(Mettenheimer.)

70 grammes.

gr. 01.

XX gouttes.

Une cuillerée à calé par jour.

% Huile d’amandes douces Sucre blanc en poudre.

Phosphore

Essence de fraises . . ,

0 gr. 01.

30 grammes.

H ACM I T 1 SM E.

fi \ I

% Huile d'amandes douces 100 grammes.

Phosphore 0 gr. 01.

Une cuillerée à cale par jour.

(Kassowitz.)

Le traitement par le phosphore n’est pas dangereux, si l’on s'en tient aux doses minimes conseillées par Kassowitz : un demi à un milligramme par jour. A-t-il toute l’efficacité qu’on lui a attribuée ? Je ne lui reconnais aucune vertu spécifique, et. s’il réussit dans bien des cas, il partage l’honneur du succès avec les véhicules huileux qu'on lui associe toujours.

Tels sont les médicaments internes du rachitisme ; ils sont excellents et d’un usage courant.

Quand les enfants sont anémiques, on se trouvera bien de l’usage du fer, et c’est le sirop d’iodure de fer que je prescris en pareil cas, à la dose de une a trois cuillerées a café par jour.

Les bains jouent un grand rôle dans la cure du rachitisme; on a parfois prescrit les bains sulfureux, mais c’est au bain chloruré sodique qu’il faut s’adresser dans la généralité des cas. On fait prendre à l’enfant, tous les jours ou tous les deux jours, un bain tiède de dix minutes, contenant un kilogramme ou deux kilogrammes de sel de cuisine. Si, après quelques bains, l’enfant a de l’érythème, de la dermite eczématiforme, on diminue la dose de sel, ou bien on la mitige de la façon suivante :

% Sel marin 11)00 grammes.

Carbonate de soude 100

Amidon o()0 —

Pour un bain.

On peut remplacer les bains salés simples par les bains d’eaux mères de Salies-de-Béarn.

Si le bain salé à domicile est efficace, il l’est moins

MALADIES DES EN F A N T S

que le bain salé naturel de Salies-de-Béarn, de Salins, et généralement de toutes les stations chlorurées sodiques fortes. Les rachitiques se trouvent merveilleusement bien de ces cures salines, qui n’ont de rivales que le bain de mer et le séjour sur les bords de la mer.

Les stations de Berck-sur-Mer, Pen-Bron, Arcachon, Banyuls-sur-Mer, Liens et autres sanatoria maritimes guérissent tous les ans des centaines de rachitiques, et le traitement maritime mérite de figurer au premier rang des méthodes curatives de la maladie.

En Italie, où les sanatoria et instituts rachitiques abondent, on a proposé de traiter la maladie par l’électricité, galvanisation, faradisation, bains électriques (Tedeschi, Bonadei, Sagretti Claudio). Sans doute la galvanisation de la colonne vertébrale peut être utile; mais l’électrisation me paraît propre à combattre surtout les inerties et atrophies musculaires qui accompagnent certains cas de rachitisme; c'est un agent utile, ce n’est pas une méthode générale de traitement. x

Parmi les autres agents physiques applicables à la généralité des malades, il faut citer le massage et les frictions sèches ou stimulantes.

Hygiène thérapeutique. — L’hygiène offre à la thérapeutique proprement dite un puissant concours dans la cure du rachitisme. Elle peut même suffire dans les cas légers, ébauchés, voire dans les cas d’intensité moyenne. Le grand air, la vie à la campagne, le séjour sur les plages du Nord, les bains de soleil et de sable sont d’une efficacité incontestable, en tonifiant le malade, en améliorant sa nutrition générale. On a vu, par le seul fait du séjour sur les bords de la mer, les déformations osseuses se redresser spontanément, la taille s’accroître, le poids augmenter dans des proportions inespérées. Même dans les formes graves, avec impo-

H AC U 1 Tl SME.

tence absolue, le séjour au grand air est indiqué, dût-on rouler les enfants sur de petites voitures.

L’hygiène alimentaire sera très surveillée : beaucoup d’enfants sont polyphagiques; on les rationnera, on les privera de boissons en dehors des repas. L’alimentation sera riche en azote et en phosphates : le lait, les œufs, les soupes, les panades, les légumes secs. Le pain de froment entier, avec le son, sera préféré au pain blanc ordinaire. Les lentilles, les haricots en purée contiennent beaucoup de phosphate de chaux assimilable, on ne l’oubliera pas. Ce régime végétarien convient mieux aux rachitiques que la viande, dont on devra user modérément dans la première enfance.

A la période de ramollissement du squelette, les enfants devront coucher sur des matelas durs, sur le crin, la fougère ou le varech.

Traitement chirurgical. — Si les moyens hygiéniques et pharmaceutiques ont échoué, et ces échecs ne s’observent que dans les formes très graves, la chirurgie et l’orthopédie vont intervenir. C’est surtout pour le redressement du gêna valgum qu’on fait appel au chirurgien.

Chez les enfants tout jeunes, la réduction manuelle, sous le chloroforme, peut réussir, mais elle expose aux fractures. On maintient ensuite le membre à l’aide de coussins et d’attelles.

Cette méthode n’est généralement pas applicable, et le redressement brusque, avec appareil (Itobin), est plus sûr. On fait ainsi une rupture osseuse et ligamenteuse à l’abri de l’air, el le résultat est généralement favorable. On complète l’action chirurgicale par l'application d’appareils orthopédiques qui maintiennent le redressement obtenu.

Cette ostéoclasic, avec ou sans ostéotomie cunéi-

forme, est aussi indiquée dans les cas d’incurvations extrêmes qui gênent la marche, raccourcissent un membre, causent une claudication exagérée L

Enfin l’orthopédie a pour but de protéger et de redresser les membres à l’aide de bottines spéciales et de tuteurs métalliques plus ou moins compliqués, qu’on ne doit appliquer qu’à bon escient2. Contre la scoliose rachitique, on agira par les corsets orthopédiques, la gymnastique suédoise, les douches, l’électrisation.

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