SYPHILIS ACQUISE
La syphilis peut être acquise dans la première et la seconde enfance par des contacts accidentels fbaisers, allaitement par une nourrice syphilitique), par la vaccination de bras à bras, et enfin par des actes criminels. Elle évolue alors comme chez l'adulte : chancre, adénopathie, roséole, plaques muqueuses, etc.
Elle est généralement beaucoup moins grave que la syphilis héréditaire, surtout si elle est traitée de bonne heure.
TRAITEMENT
Comme dans la syphilis héréditaire, il faut employer les frictions mercurielles quotidiennes (:2 grammes d'onguent napolitain par friction), et plus tard lïodure de potassium (1 à 2 grammes en potion). Les injections hypo-
dermiques pourront trouver leur emploi dans quelques cas. Le traitement sera continue, avec des suspensions, pendant plusieurs années.
Quand on donnera une nourrice à un enfant, on s'assurera qu'elle ne porte aucune trace de syphilis ancienne ou récente, on se fera montrer son enfant. Si elle l'a perdu, on fera une enquête sur les causes de sa mort. Dans le doute, on écartera la nourrice. Pour ce qui est de la vaccination, on remplacera le vaccin humanisé, l'opération de bras à bras, par le vaccin de génisse. Quand on vaccinera une série d'enfants, on veillera à la propreté des lancettes et à la stérilisation de chacune d'elles, si l'on ne peut en réserver une à chaque enfant. Dans les familles où un enfant aura la syphilis, on interdira tout contact entre ce dernier et ses frères ou sœurs. Il devra avoir son gobelet, son couvert, ses ustensiles et jouets particuliers.
La syphilis héréditaire joue un grand rôle en pathologie infantile; elle cause fréquemment la mort du fœtus dans le sein de sa mère, elle détermine des avortements, des accouchements prématurés; enfin elle tue beaucoup d'enfants dans les premiers mois de la vie. C'est une cause puissante de dépopulation. La syphilis de l'enfant peut dériver de la mère, du père, ou des deux à la fois ; le plus souvent le père seul est responsable, et la mère, vaccinée par le placenta, échappe souvent aux manifestations syphilitiques que présente son enfant (loi de Colles). Combien de fois n"ai-je pas vu d'enfants, couverts de plaques muqueuses labiales et
génitales, tetter leurs mères sans danger pour celles-ci ?
Par exception on voit des mères recevoir la syphilis pendant leur grossesse par l'intermédiaire de l'enfant (syphilis conceptionnelle).
La syphilis est une maladie contagieuse et inoculable ; cependant l'agent infectieux est encore inconnu malgré les travaux de Lustgarten.
La syphilis héréditaire est précoce ou tardive : précoce, elle s'accuse dès la naissance ou dans les premiers mois par du pemphigus palmaire et plantaire, par des papules aux fesses et aux organes génitaux, par du coryza, par des plaques muqueuses ^ des /issu)'es labiales, et enfin par un faciès amaigri terreux, pâle et ridé qui dénote la syphilis. Quand ces signes existent, le diagnostic est facile ; mais il y a des enfants syphilitiques, qui ont toutes les apparences de la santé jusqu'à 3, 4 et même 6 mois. D'autres n'ont que des manifestations localisées et rares : pseudo-paralysie syphilitique, crchie natiforme, convulsions, méningite^ sarcocèle.
On ne confondra pas avec la syphilis l'érythème papuleux post-érosif (Jacquet, Sevestre) observé chez des enfants atteints de diarrhée ou même bien portants. On distinguera la perlèche des plaques muqueuses commissurales par son siège étroit, l'absence de fissures profondes, l'âge des sujets. La desquamation linguale n'a rien à voir avec la syphilis.
Plus tard [syphilis héréditaire tardive), on aura des déformations osseuses (tibia Lannelongue) qu'il faudra séparerdu rachitisme, des kératites interstitielles, des érosions dentaires, des surdités (triade d'Hutchinson), qu'on ne confondra pas avec la scrofule, des gommes, des coryzas, des perforations palatines que le traitement jugera.
TRAITEMENT
Il faut traiter vite et énergiquement les nouveaunés syphilitiques ; le moyen le plus rapide et le plus sûr est Yonguent napolitain en frictions. Il est parfaitement toléré, même à doses énormes, par les enfants les plus jeunes, et il ne provoque jamais de stomatite :
% Onguent napolitain frais 20 grammes.
Essence de menthe XX gouttes.
Diviser en 20 boîtes; une par jour pour chaque friction.
On prend un gant de peau pour ne pas subir soi-même l'absorption mercurielle et on fait, pendant cinq minutes, une friction avec l'onguent mercuriel sur l'abdomen, les aisselles, les cuisses. Après la friction, on applique une feuille d'ouate. On ne pratiquera pas deux fois de suite des frictions sur la même place, on changera tous les jours, pour éviter l'érythème, l'eczéma, l'hydrargyrie. On pourra, à l'exemple de M. Fournier, indiquer l'ordre et la place des frictions :
!•''■ jour, côté gauche du thorax;
2^ jour, côté droit ;
3'' jour, côté gauche du ventre;
i" jour, côté droit ;
ï)" jour, face interne de la cuisse gauche ;
6'' jour, face interne de la cuisse droite;
V jour, mollet droit;
8^ jour, mollet gauche;
9*^ jour, bras droit;