RÉSUMÉ DU TRAITEMENT DES DIARRHÉES INFANTILES
En somme, il y a, en dehors du régime alimentaire, qui est capital au double point de vue curatif et prophylactique, deux médicaments éprouvés, Vopium et le bismuih. On devra toujours commencer par là avant d'avoir recours aux nouvelles médications.
L'opium se donnera en potion ou en lavement, sous forme de laudanum de Sydenham, à la dose de I, II, III, IV, V gouttes au plus, suivant l'âge (six mois, un an, dix-huit mois, deux ans, trois ans), en répartissant l'ingestion de cette dose sur toute la journée (une cuillerée à café d'heure en heure d'une potion de 60 à 80 grammes). Pour un lavement, on restera plutôt en deçà, à cause de l'impossibilité du fractionnement, et on ne dépassera pas 1 ou 2 gouttes. L'opium se donne encore sous forme (ïélixir parégorique, dix fois moins actif que le laudanum, à la dose de X à XX gouttes en 24 heures. Il se donne enfin sous forme de sirop dia- €ode, à la dose de 2, i, 6 grammes en 24 heures, suivant l'âge.
Le bismuth peut être donné à doses fortes sans aucun danger : on prescrira 2, 3, 4 grammes et plus de bismuth en 24 heures.
Si ce traitement échoue, on essaiera l'acide lactique, l'acide chlorhydrique. Si les acides sont en défaut, on aura recours aux alcalins, eau de chaux, eau de Yichy, eau de Yals Comme boissons, on donnera l'eau distil-
lée pure (diète hydrique), l'eau albumineuse, l'eau de riz, la décoction blanche de Sydenham, le tout éduîcoré avec un peu de sirop de coings et additionné de cognac ou de rhum (10 à 15 grammes). Dans les cas très graves, on aura recours au lavage de l'estomac,, aux bains sinapisés, aux injections sous-cutanées d'éther, de caféine, d'eau salée. Si la diarrhée se prolonge, on insiste sur le régime lacté, sur les astringents, sur les toniques, sur l'antisepsie intestinale et les lavements astringents.
La viande crue ne sera pas oubliée : on l'assaisonnera de sucre en poudre ou de confiture pour la faire accepter.
Une bonne hygiène générale, propreté absolue de l'enfant, aération, promenades, changement d'air, séjour à la campagne, une cure à Plombières, compté^ teront le traitement des formes chroniques et rebelles de la diarrhée infantile. Les diarrhées chroniques des enfants arthritiques sont parfois très heureusement soignées à Bourbon-Lancy.
La dilatation de l'estomac est très commune chez les enfants de tout âge; l'hérédité neuro-pathologique et arthritique, les surcharges alimentaires auxquelles sont soumis beaucoup d'enfants dès leur naissance, expliquent la plupart des dyspepsies avec dilatation de l'çstomac. Après une phase plus ou moins longue d'indigestions, de dyspepsies à répétition, l'estomac reste dilaté et la dyspepsie chronique est acquise.
Les symptômes réactionnels sont multiples et variables : anorexie, polydipsie, éructations, gastralgie, constipation, vomissements, sont les symptômes ha-
bituels. Toutefois l'anorexie est souvent précédée de boulimie. Comme effets secondaires, à distance, de la dilatation de l'estomac, il faut noter diverses dermatoses (urticaire, eczéma, prurigo), des lésions osseuses (rachitisme et ostéomalacie), des troubles nerveux (agitation, céphalées, insomnie, cauchemars, terreurs nocturnes, tétanie, convulsions).
Les signes physiques, sur lesquels repose le diagnostic, se résument dans la recherche du clapotage. L'enfant étant à jeun, on lui fait boire un quart de verre (lait ou tisane). On le fait coucher sur le dos, les cuisses fléchies sur le bassin, la bouche ouverte, en lui recommandant de respirer naturellement et de ne pas se raidir. Avec l'extrémité des doigts de la main droite, on exécute des succussions rapides sur la paroi abdominale, au creux épigastrique et à l'hypochondre gauche. On provoque ainsi un bruit de glou-glou, ou clapotage, dont le timbre est différent de celui que donne l'intestin. On note la limite inférieure de ce clapotage, et on dit que Testomac est dilaté, quand cette limite s'abaisse au-dessous du milieu d'une ligne tirée de l'ombilic aux fausses côtes.
TRAITEMENT
Chez les nourrissons, le traitement de la dilatation de l'estomac est simple (voyez Dyspepsie) ; il consiste à surveiller l'allaitement, à réduire le nombre des lettées, à prescrire un bon régime alimentaire.
En faisant un bon allaitement des nourrissons^ on fait par cela même la prophylaxie de la dilatation stomacale des enfants plus âgés.
Chez ces derniers, le traitement repose sur l'emploi combiné d'un bon régime alimentaire et des médicaments suivants.
Pour faciUter l'action digestive de l'estomac, on
donnera l'acide chlorhydrique associé à la pepsine :
% Eau distillée. j ~ 30 grammes.
Sirop de limons. )
Glycérine anglaise 20 —
Pepsine soluble 2 —
Acide chlorhydrique IV gouttes.
Une cuillerée à dessert après le repas.
(Picot et d'Espine.)
On stimulera les contractions stomacales par Tusage de la noix vomique ou de la strychnine.
Huit jours sur quinze, on prescrira un des paquets suivants au moment des repas :
% Poudre de noix vomique 0 gr. 01.
Craie préparée 0 gr. '!0.
Bicarbonate de soude 0 gr. 20.
Sucre en poudre 1 gramme.
A prendre dans une cuillerée d'eau ou de lait.
OU bien :
% Noix vomique en poudre 0 gr. 10.
Craie préparée 3 grammes.
Pour 10 paquets ; un avant les deux principaux repas dans un peu d'eau sucrée.
OU bien :
% Sulfate de strychnine 0 gr. Oo.
Eau distillée 100 grammes.
X gouttes trois fois par jour dans un peu d'eau sucrée.
OU bien :
% Teinture de noix vomique. ) ^^^ ^q grammes. Teinture de rhubarbe. j
Essence d'anis XXX gouttes.
V gouttes matin et soir dans un peu de lait ou d'eau sucrée.
J. Simon prescrit, comme stimulant de la digestion, une cuillerée à café, dans l'eau sucrée, avant chaque repas, de la mixture :
% Teinture de cascarille 5 grammes.
— de rhubarbe 1^
— d'éc. d'oranges amères. . 20
— de gentiane 20
— de noix vomique -^
Pour un enfant de 7 ans.
En même temps on fera l'antisepsie à l'aide du benzonaphtol et des médicaments similaires :
% Benzo-naphtol 0 gr, 10.
Salicylate de bismuth 0 gr. lo.
Sucre en poudre 0 gr. 25.
Pour un paquet à prendre toutes les deux heures.
Pour un enfant de 3 à 5 ans; de 5 à 10 ans, on doublera la dose de benzo-naphtol. On associera parfois avec avantage à ces paquets de petites doses d'ipéca (1 à *2 centigrammes). L'ipéca à dose plus forte (1 gramme) peut être donné au même titre que les antiseptiques ; il sert à nettoyer l'estomac. Le lavage direct du ventricule est un procédé plus stir, mais non plus souvent indiqué. On pourra toujours l'essayer et le renouveler, si la sonde ramène des aliments non digérés.
Quelquefois les acalins réussissent mieux qae les acides : on fera prendre à l'enfant l'eau de Vichy ou de Vais, coupée de lait (50 à 100 grammes par jour).
On combattra la constipation (voyez ce mot).
On prescrira des frictions quotidiennes sur tout le corps avec le gant de laine, des bains salés ou sulfureux, voire des douches froides, à titre de stimulants généraux de la nutrition. L'enfant ne sera pas gardé à l'appartement : on le fera sortir, on l'excitera aux jeux de plein air. En été on le conduira à la campagne ou aux eaux de Vais, Vichy, Gondillac, Fougues, Plombières, Châtel-Guyon, Royat.
Comme régime alimentaire, on s'appliquera, dans la seconde enfance, à réduire la quantité des boissons; certains enfants boivent beaucoup pendant les repas et en dehors des repas ; on leur interdira toute ingestion liquide en dehors des trois ou quatre repas réguliers prescrits suivant l'âge.
Comme boisson, aux plus jeunes convient le lait ou
le képhir, parfois très bien digéré. Aux plus grands (à partir de 6 ans), on permettra les boissons fermentées très diluées (la bière coupée d'eau par moitié, le vin blanc étendu de 3/4 ou 4/5 d'eau).
Un grand verre (200 grammes) sera suffisant pour chacun des deux principaux repas.
Les repas seront au nombre de 3 (si l'enfant a dépassé iO ans), de 4 au-dessous de cet âge. Deux de ces repas, celui du matin (7 ou 8 heures) et celui de l'après-midi (4 heures), seront très légers : une soupe ou potage épais, un œuf à la coque, une marmelade de fruits avec une faible quantité de pain grillé.
Les deux autres (1 1 heures et 7 heures) seront plus substantiels. Yoici les aliments permis : pain grillé, biscottes de Bruxelles, en petite quantité ; potages épais au pain, aux pâtes, au tapioca, au riz, au sagou, à la semoule ; bouillies de racahout, farine séchée au four, arrow-root; œufs peu cuits, à la' coque, sur le plat, brouillés, pochés, crèmes; poissons d'eau douce bouillis, merlans, soles; viandes blanches et noires très tendres, rôties ou braisées; purées de viande, gelées, cervelles, riz de veau; purées de légumes secs (haricots, pois, lentilles, flageolets); légumes verts très cuits, peu de pommes de terre (purée au lait); fromages frais; fruits cuits (compotes et marmelades); fruits crus bien mûrs (raisins, pêches, bananes, fraises); gâteaux secs, gaufrettes.
Voici les aliments défendus :
Viande de porc, charcuterie, gibiers faisandés, homards et poissons de mer, coquillages, ragoûts et sauces épicées, fritures, crudités (salade, radis, artichauts), choux, choux-fleurs, navets, oignons, poireaux, ail, cornichons, pâtisseries feuilletées, vin rouge, vin pur, thé, café.
DIPHTERIE. 217
La diphtérie {6v^-io(x, membrane) est une maladie infectieuse et contagieuse, caractérise'e par la présence de fausses membranes blanchâtres sur les muqueuses de la gorge ou du larynx, et parfois aussi sur les muqueuses de la bouche-, des fosses nasales, des yeux, des organes génitaux externes, et même sur la peau dénuée d'épiderme.
Ces fausses membranes recèlent un microbe spécial, découvert par Klebs, étudié ensuite par Loffler, Roux et Yersin, qui est l'agent spécifique de la maladie. Ce microbe a la mêmelongueur que le bacille de la tuberculose, mais il est plus épais; il se colore facilement par le violet de méthyle, et se cultive bien dans le sérum de bœuf à 33''-37°. On trouve parfois aussi un streptocoque associé au microbe de Klebs et renforçant sa virulence. Il existe même des angines à fausses membranes, sans bacille de Klebs, ne contenant que le streptocoque, et, dans quelques cas plus rares, le pneumocoque. La bactériologie seule permet de faire le diagnostic différentiel de ces angines diphtéroïdes.
L'herpès de la gorge, ou angine couenneuse commune^ se distingue de l'angine couenneuse vraie par son début bruyant, par ses points vésiculaires initiaux, par la coexistence d'herpès labial.
L'angine pultacée offre des exsudats crémeux peu adhérents, qui se dissocient facilement dans l'eau.
La membrane diphtérique est tenace, fibrineuse, adhérente ; agitée dans l'eau, elle résiste et ne se dissout pas. La scarlatine se complique souvent d'angine couenneuse ; tantôt l'exsudat ne présente que des streptocoques (angine du début), tantôt il contient des bacilles de Klebs (angine scarlatineuse tardive).
218 3IALADIES DES ENFANTS.
Le muguet de la gorge se distingue de la diphtérie par la présence de spores et de bâtonnets faciles avoir à un faible grossissement. Dans les cas douteux, l'examen bactériologique s'impose : avec un écouvillon d'ouate hydrophile, on prend un fragment de fausse membrane qu'on essuie sur du papier buvard et qu'on frotte sur des lamelles de verre. On passe ces lamelles à la flamme, on colore au bleu de Lœffler ou au violet de gentiane, on lave à l'eau et on examine avec un objectif à immersion. On voit alors, entre les mailles fibrineuses, de petits amas de bacilles tassés les uns contre les autres et souvent parallèles. Si l'examen est douteux, on ensemence du sérum gélatinisé, qu'on porte à l'étuve (33° à 37°), et au bout de 24 heures on a des colonies caractéristiques.
On constate parfois les bacilles dans le mucus buccal avant l'apparition des fausses membranes.
TRAITEMENT GÉNÉRAL
Quelles que soient la forme et la localisation de la diphtérie, il faut s'occuper de l'état général, tonifier l'enfant par une hygiène et des remèdes appropriés, favoriser l 'élimination des poisons.
L'enfant sera placé dans une chambre vaste, aérée, pas trop chauffée (16'' à 18^), chargée de vapeurs d'eau. On pratiquera fréquemment la ventilation de cette pièce, en protégeant l'enfant contre le refroidissement. On l'alimentera le plus possible, à l'aide du lait, des bouillons, des potages, du jus de viande, de purées, de crèmes, etc. Si la déglutition est impossible, on donnera des lavements de peptone.
L'alcool, sous forme de vin généreux (Malaga, Bagnol. Xérès) ou d'eau-de-vie, sera donné à la dose quotidienne de 20, 30, 40, 50 grammes, suivant l'âge
DIPHTERIE. 219
de l'enfant, dans un julep gommeux, dans l'eau sucrée, ou tout autre véhicule. On pourra ajouter l'extrait de quinquina, à la dose de 2 à trois grammes.
% Eau de menthe 40 grammes.
Sirop de gomme 40 —
Coguac 20 —
Extrait de quinquina 2 —
Une cuillerée à soupe de deux en deux heures.
ou bien :
% Infusion de café 125 grammes.
Sirop de gomme 40 —
Extrait mou de quinquina 4 —
Une cuillerée à soupe de 2 en 2 heures.
(Sanné.)
Le D"" Trideau (d'Andouillé, Mayenne) a employé le copahu, puis le cubèbe, à l'intérieur, avec un réel succès*. Le copahu a un goût trop désagréable pour être accepté par les enfants. Au contraire, le poivre cubèbe, fraîchement pulvérisé, est d'une administration facile. Voici quelques formules :
% Poivre cubèbe 12 grammes.
Sirop simple 100 —
Vin de malaga. ) ^ -»
Eau. h^ 20 -
Pour un enfant de 6 ans, 12 à 20 grammes de cubèbe par 24 heures. S'il survient de la diarrhée, on ajoute quelques cuillerées à café de sirop diacode ^Trideau). , On peut ajouter à cette potion les pilules suivantes (autant de pilules que l'enfant a d'années) :
^ Copahu solidifié officinal 30 centigr.
Cubèbe 20 —
Pour une pilule.
Ces pilules seront émiettées ou mêlées à de la pomme cuite, du résiné, etc.
1. Traitement de l'angine couenneuse par les balsamiques. Paris, 1874.
On provoque ainsi, assez souvent, un érythème scarlatiniforme qui serait de bon augure.
On peut encore donner le cubèbe en lavement :
% Cubèbe fraîchement pulvérisé. . . 6 grammes.
Décoction de racines de guimauve. 200 — Pour un lavement qu'on répétera toutes les. six heures.
(Trideau.)
G. Paul prescrit quatre cuillerées à café par jour de la poudre suivante délayée dans l'eau :
% Extrait de cubèbe par l'eau, l'alcool et l'éther 1 partie.
Poudre de sucre 7 —
Poudre de gomme 2 —
Ce saccharure d'extrait de cubèbe serait bien accepté par les enfants.
Voici une formule de J. Bergeron :
% Baume de copahu 1/2 à 2 gr.
Alcool 10 grammes.
Hydrolat de menthe 100 —
Sirop d'écorces d'oranges 20 —
Par cuillerées de deux en deux heures.
Sanné prescrit :
% Julep gommeux 120 grammes.
Oléo-résine de cubèbe 2 —
Par cuillerées à soupe de deux en deux heures.
Quelques auteurs, à titre de remède tonique, donnent le perchlorure de fer, à la dose de X à XX gouttes par jour dans un peu d'eau sucrée ou de vin de Malaga.
Kourtchinsky prescrit :
% Perchlorure de fer 8 grammes.
Glycérine pure 15 —
Eau 180 —
1 cuillerée à café d'heure en heure.
Lescure (d'Oran) conseille de laisser tout ouvertes les fenêtres de la chambre, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Quelques médecins, allant plus loin, ont
DIPHTERIE. 221
conseillé de sortir les enfants atteints de diphtérie. On peut, sans tomber dans cet excès, favoriser l'hématose et la combustion des toxines par les inhalations d'oxygène. Quand le temps le permettra, les fenêtres de la chambre resteront ouvertes ou entr'ouvertes nuit et jour. Lescure prescrit, outre le lait, le café, le thé, deux potions stimulantes et toniques, dont voici la formule :
% Alcoolature d'eucalyptus 3 à 10 grammes.
Eau gommcuse 90 grammes.
Sirop d'écorces d'orange 80 —
A prendre par cuillerées dans les 24 heures.
% Alcoolé de noix vomiquc XX gouttes.
Extrait de quinquina o grammes.
Vin de Malaga 200 —
Sirop d'écorces d'orange 100 —
3 cuillerées à soupe par jour.
Le brome associé au bromure de potassium a été prescrit par Redenbacher :
% Bromure de potassium 4 grammes.
Brome 0 gr. 30
Sirop simple 30 grammes.
Décoction de guimauve 120 —
Je n'oserais conseiller ce médicament.
La formule suivante de Letzerich est plus rationnelle :
% Benzoato de soude 5 à 10 grammes.
Eau distillée. )
rn 1 ., } aa 40 grammes.
Eau de menthe, j ^
Sirop d'oranges 40 —
Par cuillerées à dessert d'heure en heure.
Gutmann fait prendre toutes les heures une cuillerée à café de la potion suivante :
% Chlorhydrate de pilocarpine. ... 0 gr. 02
Pepsine 8 grammes.
Acide chlorhydrique XII gouttes.
Eau distillée 80 crrammes.
Autre formule :
% Chlorhydrate de pilocarpine. ... 0 gr. 02
Eau distillée 50 grammes.
Vin d'Espagne 50 —
On pourrait aussi faire des injections sous-cutanées avec un centigramuie de pilocarpine par gramme d'eau distillée. Mais l'emploi du jaborandi et de son principe actif n'est pas sans inconvénient.
Comme autre traitement général débilitant dont il faut se défier, je signalerai l'usage des mercuriaux : calomel à doses fractionnées dans du lait, pour provoquer la diarrhée ; onguent napolitain en frictions sur la gorge et les engorgements ganglionnaires, jusqu'à salivation. On a même fait dos injections sous-cutanées de sublimé.
Le chlorate de potasse à l'intérieur, surtout à fortes doses, n'est pas sans danger chez les enfants, et son efficacité est trop incertaine pour lui conserver la place qu'il avait usurpée.
L'iodure de potassium, à la dose de 5 à 4 grammes par jour, a^été essayé; son emploi ne s'est pas vulgarisé.
En résumé, nous ne connaissons pas de remède spécifique qui, introduit dans l'économie, puisse neutraliser le poison de la diphtérie. L'inoculation du microbe de l'érysipèle, faite par un médecin russe, n'a pas trouvé d'adhésions. La vaccination expérimentale n'a pas encore franchi la porte du laboratoire. Nous devons nous borner à soutenir le malade par une bonne hygiène alimentaire, par l'aération, par l'alcool, le quinquina, le café. Le seul médicament qui mérite de survivre est le cubèbe, qu'on continuera à donner suivant les formules de Trideau. Enfin on insistera sur les diurétiques; on prescrira par exemple :
% Caféine 0 gr. 50.
Benzoate de soude 2 grammes.
Oxymel scillitique 15
Sirop des cinq racines 13 —
Décoction de chiendent 100
A prendre dans la journée.
Si l'enfant est constipé, on le purgera avec la scammonée (50 centigr. dans du lait). S'il a la diarrhée, on fera l'antisepsie intestinale avec le bétol ou le benzonaphtol (2 grammes en 6 doses). Au début, on donnera l'ipéca (1/2 à 1 gr.), qui servira à nettoyer l'estomac des produits déglutis et favorisera l'expulsion des fausses membranes.
Mais il ne faut pas abuser des vomitifs, qui affaiblissent.
Le traitement local a définitivement pris le pas sur le traitement général, et il mérite d'attirer toute notre attention.
TRAITEMENT LOCAL
Si la diphtérie siège à la peau, à la vulve, sur un point superficiel et accessible, le traitement local est des plus simples; quelques badigeonnages de teinture d'iode suffisent parfois à détruire le foyer morbide. S'il s'agit d'une plaie de vésicatoire un peu étendue, on fera un pansement avecl'iodoforme, le salol, le dermatol, employés largement et maintenus par une bonne couche d'ouate aseptique. Dans les cas rebelles, les attouchements avec le phénol ou le naphtol camphré seront nécessaires.
Si la diphtérie siège dans les fosses nasales, on fera des irrigations avec l'eau phéniquée à 1 p. 100, l'eau chloralée à 1 p. 100, ou l'eau salicylée à 1 p. 1000, et on les répétera plusieurs fois par jour. Dans l'intervalle des irrigations, on insufflera de l'iodoforme ou du salol.
On peut, au pinceau, toucher la muqueuse avec la pommade suivante :
% Vaseline 20 grammes.
Soufre sublimé 3 —
OU bien :
% Résorcine 3 grammes.
Glycérine 30 —
OU bien :
% Bromol 1 gramme.
Glycérine 2y —
On a conseillé l'introduction de bougies à base d'acide borique et de cocaïne :
% Chlorhydrate de cocaïne 0 gr. 01.
Acide borique 1 gramme.
Gomme arabique pulvérisée. ) ~
Amidon. î ^^- ' 0 ^'- ^^-
Glycérine 9 gr. 10.
En même temps, on placera toutes les heures, pendant 5 à 10 minutes, le visage de l'enfant devant un pulvérisateur à vapeur chargé d'eau boriquée.
La conjonctivite diphtérique sera traitée par l'eau de chaux, l'acide lactique dilué, les irrigations antiseptiques.
Les topiques seront aisément portés sur les plaques buccales, et la diphtérie de la bouche est d'un traitement facile.