TRAITEMENT DE LA DIPHTÉRIE PHARYNGÉE
• On a renoncé aux cautérisations énergiques pratiquées par les médecins contemporains de Bretonneau et Trousseau avec l'acide nitrique, l'acide chlorhydrique, le nitrate d'argent, etc. Les excès de cette méthode détournèrent pour longtemps les médecins du traitement local de la diphtérie.
On y est enfin revenu.
On combine généralement aujourd'hui les badigeon-
nages avec les irrigations, pulvérisations, vaporisations, faites dans la gorge du malade ou dans la chambre qu'il habite.
Les médicaments les plus employés sont : le phénol, le naphtol, l'acide salicylique.
L'acide phénique, associé au camphre [phénol camphré), a été préconisé par Jacobi, Soûlez, Gaucher.
Soûlez employait :
^ Acide phénique 9 grammes.
Alcool 9
Camphre 25 —
Huile 33 —
Gaucher, après quelques tâtonnements, s'est arrêté à la formule suivante :
^ Camphre 20 grammes.
Huile de ricin 13 —
Alcool à 90» 10
Acide phénique cristallisé ">
Acide tartrique 1 —
11 conseille d'enlever les fausses membranes avec un morceau de molleton tenu par une pince, ou avec le pinceau molletonné de M. Crésantigues, et de toucher ensuite la surface dénudée avec un écouvillon d'ouate hydrophile trempé dans la mixture phéno-camphrée. Cette manœuvre sera répétée toutes les 3 ou ^ heures, plus souvent même si les fausses membranes se reproduisent rapidement. Des irrigations avec une solution phéniquée à 1 p. 100 sont faites de deux en deuxheures ; on aura soin de pencher en avant la tète de l'enfant pour qu'il ne déglutisse pas l'eau phéniquée.
Le topique prescrit par M. Hutinel diffère peu du précédent :
^ Acide phénique. . ......... o grammes.
Alcool à 90°. 10 —
Ces mixtures phéno-camphrées exposent chez les enfants à une absorption phéniquée qui n'est pas sans danger; les urines deviennent fréquemment noires. Enfin le détachement des fausses membranes n'est pas toujours facile : il ne faut pas s'acharner contre elles, car on ferait saigner la muqueuse, et on ouvrirait la porte à de nouvelles infections.
L'énergie n'exclut pas la douceur.
Le phénol sulforiciné est mieux toléré que le phénol camphré; ce corps, préparé par Berlioz, a été expérimenté avec succès par Josias et d'autres observateurs. On prescrit :
% Acide phénique 20 grammes.
Sulforicinate de soude 80 —
î]ssuyez la muqueuse malade avec un écouvillon d'ouate hydrophile; touchez ensuite la fausse membrane, sans violence, en maintenant le contact avec un autre écouvillon imbibé de la mixture. Cette manœuvre est répétée deux ou trois fois par jour. Elle n'exclut pas les irrigations phéniquées (1 p. 100), boriquées (3 p. 100), sahcyclées (1 ou 2 p. 1000), chloralées (1 p. 100), résorcinées (5 p. 100), alcalines (eaux de chaux, eau de Vichy), etc., etc., faites de deux en deux heures.
Si l'enfant est trop jeune et trop indocile, on remplace les irrigations par les pulvérisations avec l'appareil Lucas-Championnière ou un pulvérisateur à main.
Le naphtol sulforiciné s'emploie de la même façon que le phénol :
% Naphtol B 10 grammes.
Sulforicinate de soude 90 —
Je me suis servi quelquefois du naphtol camphré :
% Naphtol [5 10 grammes.
Camphre 20 —
Glycérine 30 —
Frictions trois fois par jour avec un écouviilon d'ouate hydrophile trempé dans ce mélange.
M. Berlioz a préparé un vernis avec alcool;, benjoin, gomme laque, acide phénique (1/10), dit stérésol ; on 'applique au pinceau trois ou quatre fois par jour. Gela ne dispense pas de faire des irrigations et des pulvérisations.
Le simple jus de citron peut servir aux badigeonnages ; le pétrole brut, Teau de chaux ont été également employés avec quelques succès. Flahaut, avec des badigeonnages au pétrole faits toutes les deux heures,
obtenu iO guérisons sur 40 cas [Normandie médicale^ 1893).
L'acide salicylique est recommandé par d'Espine et Marignac, J. Simon. Ce dernier procède ainsi :
On prend deux pinces à forcipressure armées de coton hydrophile ; avec la première, on nettoie la gorge de façon à enlever les mucosités qui recouvrent les fausses membranes ; on imbibe la seconde du collutoire suivant et on frictionne :
% Acide salicylique 1 gramme.
Alcool Q. s. pour dissoudre
Glycérine 40 grammes.
Infusion d'eucalyptus 60 —
Les badigeonnages sont répétés toutes les heures pendant le jour, toutes les trois heures pendant la nuit.
Si les fausses membranes sont très épaisses, J. Simon fait 2 à 4 attouchements par jour avec :
% Perchlorure de fer. ) — , „
Glycérine. j ^^ ^^ grammes.
On peut employer aussi, comme je l'ai fait :
% Perchlorure de fer. ) ^
Acide lactique. ^^ 10 grammes.
Sans préjudice des irrigations boriquées ou phéniquées faites toutes les deux heures.
Bleynie (de Limoges) a beaucoup vanté la glace inlus et extra : on entoure la gorge d'une vessie de glace, et on fait ingérer des morceaux de glace mêlés dé sucre; si les moyens le permettent, on pourrait donner les glaces préparées par les confiseurs.
Bouchut a préconisé l'action digestive et dissolvante de la papaïne. On touche deux ou trois fois par jour avec :
% Papaïne 1 gramme.
Eau distillée 160 —
D'autres topiques, plus ou moins énergiques, ont été encore proposés et employés avec plus ou moins de succès.
En Allemagne, on a préconisé le violet de méthyle ou pyoctanine; on imbibe un écouvillon d'ouate hydrophile avec une solution de violet de méthyle et on frotte les fausses membranes, qui prennent une coloration bleu foncé. Quand la couleur disparait, on répète le badigeonnage.
Le D"" Wilhelmy fait des badigeonnages avec une solution de chlorure de zinc à 20 p. 100 ; on applique le tampon imbibé de la solution sur la fausse membrane, et au bout d'un instant la fausse membrane est entraînée. Pour calmer la douleur, on fait ingérer un peu de glace.
Le même auteur prescrit en même temps des gargarismes avec :
3^ Eau de chaux 300 grammes.
Glycérine 30 —
Essence de menthe poivrée V gouttes.
M. Florain (d'Orléans) emploie le chlorure de zinc de la façon suivante :
% Solution saturée de chlorure de zinc. 10 grammes. Poudre de quinquina jaune . , , . 10 —
Miel Q- s. pour faire une
pâte gélatineuse.
A l'aide d'un pinceau de charpie, on porte ce collutoire au fond de la gorge, on liadigeonne à trois ou quatre reprises, et on répète la manœuvre 4 ou 5 fois par jour.
M. Filatow (de Moscou) commence par des badigeonnages de teinture d'iode faits trois fois par jour; puis il se sert de la solution suivante :
% Sublimé 0 gr. 10
Acide tartrique 0 gr. 50
M. Zannellis vante les applications locales d'iodoforme en poudre.
M. Kraus s'est servi du tribromure d'iode en gargarismes et en pulvérisations :
% Tribromure d'iode 1 gramme.
Eau distillée 300 ^ — .
Usage externe.'
M. Lescure (d'Oran) détruit les fausses membranes à Taide de la solution caustique suivante :
9^ Acide chromique 2 grammes.
Eau distillée -j —
Il verse dans une soucoupe quelques gouttes de cette solution ; il prend un petit pinceau de blaireau monté sur tige, et le charge de deux ou trois gouttes du toxique. La main gauche munie d'une cuiller ou d'un abaisse-langue, il maintient la bouche de l'enfant ouverte, et il touche légèrement les fausses membranes avec le pinceau qu'il a dans la main droite. Une tasse à moitié pleine d'une solution de coaltar saponiné au cinquième, dans laquelle trempe un gros pinceau de charpie, est auprès de lui ; la cautérisation faite, il se débarrasse du petit pinceau, saisit le second, et badigeonne l'arrière-gorge.
Un autre collutoire lui sert à badigeonner les parties voisines :
% Acide tannique 6 grammes.
Cette méthode exige beaucoup de dextérité et de prudence, à cause de la violence du caustique employé: c'est un retour aux procédés un peu barbares d'une autre époque ; je doute qu'il soit accueilli partout avec faveur.
Schwitzer a préconisé les badigeonnages avec le jus
de tabac, et les gargarismes avec :
% Feuilles de tabac 2 grammes.
Faites infuser dans eau bouillante . 200 —
M. Striibing, s'inspirant des recherches de Lôffler, donne à l'intérieur, toutes les heures, une cuillerée à café de la solution suivante :
% Cyanure de mercure 0 gr. 01
Eau distillée 100 grammes.
Puis il badigeonne doucement trois ou quatre fois
par jour avec : ;
% Acide phénique 3à5 grammes.
Essence de térébenthine 40 grammes.
Alcool absolu 60 —
Le tampon d'ouate est imbibé, mais légèrement exprimé. En même temps, il fait gargariser avec :
% Acide phénique 3 grammes.
Alcool 30 —
Eau distillée 70 —
Si les urines deviennent noires, on remplace par les gargarismes suivants :
% Sublimé 0 gr. 02