‹ Formulaire thérapeutique et prophylaxie des maladies des enfants (volume 3)Chapitre 95 sur 308 · TRAITEMENT DE CHOIX · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE CHOIX

Au début, on peut donner un vomitif, ipéca, ou sulfate de cuivre, qu'on ne répétera pas, pour ne pas affaiblir l'enfant. On disposera d'une chambre vaste, bien éclairée, bien aérée, dépouillée de tentures. On cherchera à soutenir l'enfant par une bonne nourriture (lait, crèmes, purées de viande et de légumes), par l'alcool, le quinquina, le café. S'il y a de la constipation, on donnera un purgatif; on fera l'antisepsie intestinale, on donnera des diurétiques, pour neutraliser et éliminer les poisons. La formule suivante peut être employée comme diurétique :

% Diurétine 3 grammes.

Infusion de chiendent 100 —

Sirop des cinq racines 20 —

. S'il y a du collapsus cardiaque, faites des injections

de caféine et d'éther. On vaporisera ou on pulvérisera constamment ou presque constamment dans la chambre un liquide chargé d'acide phénique, salicylique ou borique (voir plus haut les doses).

Si Fenfant a une albuminurie notable, on repoussera l'usage de l'acide phénique et du sublimé.

On fera de fréquents gargarismes avec une solution salicylée, phéniquée ou boriquée, en faisant pencher en avant la tête de l'enfant, la bouche largement ouverte, et en se servant d'une grande pression (irrigateur). Si l'enfant est trop indocile, on remplacera les irrigations par des pulvérisations à bout portant avec l'appareil de Lucas-Championnière (grand modèle). Ces irrigations et pulvérisations seront réitérées toutes les heures ou toutes les deux heures. La nuit, on respectera le repos des malades, à moins que le sommeil ne soit pas calme et profond. Au lieu de toutes les heures ou deux heures, on n'interviendra la nuit que toutes les trois ou quatre heures.

Les badigeonnages ont une importance capitale : on les fera deux, trois, quatre, cinq fois par jour, suivant la gravité du cas et l'énergie du collutoire employé.

On donnera la préférence au phénol sulforicmé à 20 p. 100, au phénol camphré, au naphtol camphré ou sulforiciné , à Yacide salicylique. On s'efforcera de détacher les fausses membranes sans violence et d'aseptiser entièrement les surfaces malades. Pour plus de détails, voyez plus haut les formules usitées et le modusfaciendi-

La prophylaxie de la diphtérie offre une très grande importance pour l'entourage du malade et pour le voisinage. Elle repose sur Visolement et V antisepsie.

La diphtérie est une maladie contagieuse au premier

DIPHTERIE. 237

chef : il faut donc isoler les malades, et ne maintenir auprès d'eux que les personnes indispensables; tout enfant sera écarté. Les personnes chargées de donner les soins revêtiront des blouses en toile qu'elles poseront en quittant la chambre ; elles se laveront les mains et le visage avec une solution de sublimé à 1 p. 1000, aussitôt qu'elles auront pris contact avec le malade ou les objets souillés par lui. Elles se gargariseront fréquemment avec une solution de sublimé à 1 p. 10 000, d'acide salicylique à -2 pour 1000, ou de thymol :

^ Thymol 1 gramme.

Alcool à 90o 20 —

Eau distillée oOO —

En un mot, propreté absolue de la peau et des muqueuses accessibles.

On ne mangera pas dans la chambre du malade. Le germe de la maladie étant très vivace et persistant dans les objets pendant des mois et des années, on pratiquera la désinfection de tout ce qui a été contaminé (objets de literie, tentures, etc.). Tout ce qui est transportable sera passé à Tétuve à vapeur sous pression ; les locaux seront désinfectés, lavés, pulvérisés au sublimé (1 pour 1 000) ou à l'acide phénique (a p. 100). Les voitures qui auront servi au transport des diphtériques seront également désinfectées. Les objets qui servent aux repas de l'enfant seront trempés dans de l'eau bouillante. Les jouets seront brûlés. Les déjections seront reçues dans des vases contenant une solution de sublimé à 1 p. 1 000 ou un lait de chaux.

L'enfant ne sera rendu à la vie commune qu'après avoir pris des bains antiseptiques (2 à 3 grammes de sublimé par bain), s'être rincé et gargarisé maintes fois la bouche et la gorge, etc. Le microbe pouvant persister dans le mucus buccal et nasal pendant plusieurs

semaines, l'enfant sera considéré comme suspect pendant un mois après la guérison, au moins. La diphtérie se propage souvent par les convalescents et les cas légers trop négligés (Bard). Quelques médecins voudraient porter la quarantaine à trois mois.

La prophylaxie sociale de la diphtérie implique la déclaration obligatoire de tous les cas. Enfin, on veillera sur les fumiers de ferme et sur les basses-cours. La diphtérie aviaire est peut-être identique à la diphtérie humaine, et l'on a cité des épidémies humaines engendrées par la diphtérie des gallinacés (poules, dindons, pigeons). Quoique la question soit encore à l'étude, on se défiera des oiseaux qui ont la pépie et de leurs déjections.

Malgré les expériences faites sur les animaux pour atténuer le virus de la diphtérie et donner l'immunité expérimentale, nous ne sommes pas encore en possession du vaccin de la diphtérie, et les essais tentés à Berlin avec le sérum d'animaux rendus réfractaires n'ont pas abouti à la découverte d'un traitement prophylactique analogue à celui que Pasteur met en œuvre contre la rage.

Rare dans notre pays, où elle ne sévit qu'à l'état sporadique, la dysenterie est une maladie infectieuse et contagieuse qui se traduit par une inflammation ulcéreuse du gros intestin, avec selles glaireuses, mucomembraneuses, sanglantes, ténesme rectal et vésical, épreintes ou faux besoins, etc.

Le diagnostic repose sur l'existence de ces symptômes et principalement sur la présence de sang pur dans les garde-robes. Je crois inutile de distinguer de la dysen-

terie sporadique la colite dysentériforme, qui lui est analogue et qui comporte le même traitement.

TRAITEMENT

L*enfant sera mis à la diète lactée rigoureuse ; on supprimera les aliments solides, les fruits qui ont pu être l'origine de la maladie. Quand l'enfant ira mieux, on préviendra les écarts de régime, on ajoutera au lait les œufs, les potages, et plus tard les viandes blanches, la viande crue. On prescrira des bains tièdes quotidiens avec l'amidon, le son ou le tilleul, les cataplasmes de farine de lin laudanisés.

Si les symptômes sont graves, on aura recours à l'ipéca, suivant la méthode brésilienne :

% Ipéca 2 grammes.

Eau bouillante 120 —

Passez et ajoutez : Sirop de polygala. 30 —

par cuillerées à soupe, de deux en deux heures, chez un enfant de o à 10 ans.

Le calomel sera donné en une seule dose (30 centigrammes) ou à doses fractionnées (5 centigrammes toutes les deux heures). On peut, après trois ou quatre jours delà potion précédente, terminer par le calomel.

Pour calmer les douleurs et le ténesme, on donne» soit un lavement avec deux à cinq gouttes de laudanum suivant l'âge (o à 10 ans), soit une potion contenant le sirop diacode ou l'extrait thébaïque :

% Eau distillée 60 grammes.

Sirop de fleurs d'oranger 20 —

Sirop diacode 10 —

On peut associer l'ipéca à l'opium, sous forme de poudre de Dower (10 à 15 centigrammes en trois doses dans la journée). On peut aussi ajouter le calomel :

% Poudre d'ipéca 0 gr. 10

— de calomel 0 gr. 10

Extrait thébaïque 0 gr. 01

Faire cinq doses ; une toutes les deux heures dans un peu de lait.

Les lavements astringents sont ffès employés :

% Cachou *?" 8 grammes.

Extrait de feuilles de noyer. ... 2 —

Extrait de bois de campéche ... 3 —

Eau 200 -

Pour un lavement.

(Jules Simon.)

% Mucilage de coings 250 grammes.

Sous-nitrate de bismuth. ) ~ ^

Salicylate de bismuth.

Lavement employé par L. RevilUod à dose double chez l'adulte.

Le ratanhia (2 grammes), le tannin (1 gramme) sont fréquemment donnés en lavement.

L'azotate d'argent est un bon modificateur de la muqueuse du gros intestin, qu'on emploiera surtout dans les formes chroniques :

% Nitrate d'argent 0 gr. 10

Eau distillée '. 100 grammes.

• Pour un lavement.

L'iode peut aussi rendre des services :

% Iode . 0 gr. 30.

lodure de potassium 1 gramme.

Eau distillée 100 —

Pour un lavement.

Comme lavements antiseptiques, on a conseillé l'eau boriquée à 2 ou 3 p. 100, le sublimé à 1 p. 5 000.

% Sublimé corrosif 0 gr. 05

Sel marin 2 grammes.

Eau distillée 250 —

L'acide phénique est trop dangereux chez l'enfant^ on ne l'emploiera pas. Mais on peut avoir recours à l'eau naphtolée saturée, ou à la naphtaline :

3C Naphtaline 1 gramme.

Huile d'olive 50 —

Pour un lavement qui devra être conservé.

La naphtaline se prescrit aussi en suppositoire :

% Naphtaline 0 gr. 20

Beurre de cacao 3 grammes.

Pour un suppositoire.

Un médecin américain dit s'être bien trouvé de petits suppositoires faits avec la glace.

En môme temps on fera l'antisepsie intestinale avec le naphtol granulé (2 grammes cinq ou six fois par jour) ou avec le benzonaphtol :

% BcnzonaDhtol. ) — a cm

^r , ." } aa 0 gr. 20

Magnésie. \ ®

Six de ces paquets par jour dans un peu de lait sucre.

Si l'enfant est affaibli, on donnera un peu d'alcool et de quinquina :

2J Julep gommeux 100 grammes.

Cognac 20 —

Extrait mou de quinquina 2 —

3 cuillerées à soupe par jour.

Enfin, dans les formes chroniques de colites dysentériformes, glaireuses, muco-membraneuses, les eaux de Plombières sont formellement indiquées.

On désinfectera les selles des malades, en les recevant dans un vase contenant une solution de chlorure de zinc ou de sulfate de cuivre à 5 p. 100, de sublimé à 1 pour 1 000. On isolera les petits malades. Les linges souillés seront lavés au sublimé ou passés à l'étuve à vapeur. On agira, en un mot, comme s'il était question d'une maladie infectieuse.

On dit qu'il y a dyspepsie quand les aliments donnés à l'enfant sont mal digérés : cette perversion de la digestion se traduit tantôt par des nausées, des vomissements, du météorisme, tantôt par de la diarrhée, tantôt par de la constipation, tantôt par des alternatives de diarrhée et de constipation. La dyspepsie peut être indolore ou douloureuse (gastralgie, coliques). Elle peut déterminer des accidents nerveux, d'origine toxique ou réflexe, des cris, de l'agitation, des convulsions, de l'insomnie, des terreurs nocturnes, la tétanie, etc. 11 y a intérêt, au point de vue thérapeutique, à distinguer la dyspepsie delà première et de la seconde enfance, des nourrissons et des enfants plus âgés.

i DYSPEPSIE DES NOURRISSONS

Si l'enfant est nourri au sein, la cause de la dyspepsie peut résider dans la trop grande fréquence, la trop grande abondance des tettées, ou dans le défaut d'accommodation entre le nourrisson et la nourrice. Celle-ci ne convient pas à celui-là; il faut lui en donner une autre. On rendra les tettées plus rares (7 à 8 en !24 heures, séparées par des intervalles de 2 à 3 heures), plus courtes (5 à 10 minutes au lieu de 15 à 20.)

Si, malgré ces précautions, l'enfant continue à vomir des caillots de lait, à avoir du ballonnement, des selles grises ou vertes, mal liées, mêlées de grumeaux caséeux, on aura recours à quelques médications.

Les alcalins sont à essayer avant tout, sous forme d'eau de chaux, d'eau de Vais, d'eau de Vichy; on donnera, après chaque tettée, quelques gouttes de ces liquides noyées dans un peu de lait de la nourrice.

S'il n'y a pas d'amélioration, on essaiera les acides :

a: Acide chlorhydrique I goutte.

Eau distillée 20 grammes.

Sirop simple 10 —

Une demi- cuillerée à café après la tettée.

On pourra essayer, quand les selles seront fréquentes, liquides, fétides, les paquets suivants, qui m'ont réussi chez un enfant de huit mois.

% Benzo-naphtol 0 gr. 03

Bicarbonate de soude 0 gr, 03

Salicylate de bismuth 0 gr. 05

Pour un paquet à prendre de deux en deux heures dans une petite cuillerée à café de lait.

S'il y avait constipation, on donnerait de la magnésie :

% Magnésie 0 gr. 03

Sucre en poudre 1 gramme.

Pour un paquet; en donner un toutes les deux heures dans un peu de lait, jusqu'à évacuation satisfaisante.

On pourrait également prescrire des suppositoires à la glycérine (voyez Constipation).

En même temps, si les coliques sont violentes, on fera des onctions sur le ventre avec l'huile de camomille camphrée, le haume tranquille, et on recouvrira d'une couche épaisse d'ouate hydrophile. On donnera des bains tièdes quotidiens; on fera promener l'enfant et la nourrice tous les jours; on surveillera le régime de cette dernière.

Elle ne devra pas boire d'une façon exagérée, surtout les boissons fermentées : deux litres de bière légère ou d'eau rougie par jour suffisent. Certains aliments (ail, oignons, poireaux, choux) lui seront interdits. En général la dyspepsie des enfants nourris au sein cède facilement aux moyens précités.

Quand l'enfant est soumis à une autre alimentation (allaitement mixte, biberon, alimentation prématurée).

il en est tout autrement, et la dyspepsie est la règle. Les vomissements sont fréquents, les selles ne sont presque jamais normales, les fesses sont souvent le siège de lésions érythémateuses, etc. : le traitement de la dyspepsie présente alors de réelles difficultés.

Les aliments fournis à l'enfant nourri artificiellement étant toujours plus abondants et plus indigestes que dans le cas d'allaitement naturel, l'indication est de faciliter la digestion par les médicaments dits eupeptiques ; on donnera dans ce but :

% Eau distillée 30 grammes.

Sirop de fleurs d'orancrer 20 —

Pepsine soluble 1 —

Acide chlorliydrique II gouttes.

Une demi- cuillerée à café après le repas.

Ou bien :

% Eau distillée 50 grammes.

Sirop de gingembre 10 —

Pepsine 0 gr. 50

Acide chlorliydrique dilué III à IV gouttes.

Une cuillerée à dessert avant ou après la tcttée.

(TORDEUS

Ou encore :

% Papaïne pure 0 gr. 50

Acide lactique 2 grammes.

Sirop simple 50

Eau distillée 150 —

Teinture de vanille Q. s.

Une cuillerée à café après le repas.

(^Toussaint.)

Contre les vomissements persistants, on agira par la potion de Rivière.

Si les acides ne réussissent pas, on aura recours aux alcalins; le lait du biberon sera coupé d'eau de chaux, de Vichy, de Vais (1 à 2 cuillerées à café). Ou bien on prescrira :

% Bicarbonate de soude 0 gr, 25

Eau distillée 50 grammes.

Sirop de fleurs d'oranger 10 —

Une cuillerée à café toutes les deux heures.

(TORDEUS

S'il y a tendance à la constipation, on donnera toutes les deux heures, dans du lait, un paquet contenant :

% Calomel 0 gi\ 01

Sucre en poudre 1 gramme.

OU bien :

% Magnésie 0 gr. 05

Rhubarbe 0 gr. 05

Sucre en poudre 1 gramme.

Pour un paquet. — 2 à 3 par jour.

OU encore, une cuillerée à café de l'une des deux préparations suivantes :

% Sirop de chicorée. \

Huile d'amandes douces , ( ' "^ ' % Mannite cristallisée 0 gr. 40

Eau chaude 40 grammes,

(WlDERHOFER.)

Si les cris de l'enfant sont violents, s'il a des coliques très douloureuses, on peut donner, avant chaque repas, dans une cuillerée de lait ou d'eau, une goutte de la mixture suivante :

% Teinture de belladone.

■r,,- • • • / aa. . . . 10 grammes.

Jlilixir parégorique. ) °

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