SÉROTHÉRAPIE DE LA DIPHTÉRIE
A. Historique. — On a enfin trouvé un traitement spécifique de la diphtérie.
Roux et Yersin, dans leurs recherches sur la diphtérie, avaient donné la preuve expérimentale de l’existence d’une toxine diphtérique, en iiltrant les cultures du bacille de Lœffler et en reproduisant le tableau de la maladie chez les animaux par l’injection de ce liquide privé de microbes. Ils ont même pu obtenir ainsi les paralysies diphtériques.
L’âge de la culture fait varier la toxicité du liquide injecté. L’accès de l’air est aussi un facteur très important : on obtient, en trois semaines ou un mois, un liquide très toxique en cultivant le bacille dans un vase à fond plat et en faisant passer un courant d’air humide, au moyen d’une trompe à eau communiquant avec une tubulure latérale. Les microbes se développent alors abondamment, et la toxine est proportionnelle à la virulence des microbes.
Une fois filtré, le liquide peut conserver longtemps sa toxicité, s'il est conservé dans des vases bien pleins, à l’abri de la lumière. Un chauffage à 100° pendant 20 minutes rend le liquide inoffensif ; l’atténuation commence à 58°, et Frænkel a d’abord vacciné des animaux avec des liquides de culture chauffés à 60°, 70°. L’acidité diminue le pouvoir toxique ; le permanganate de potasse l’annihile; l’iode agit de même.
Behring a cherché à immuniser les animaux avec :
1° L’injection de cultures virulentes ou filtrées additionnées de trichlorure d’iode;
2° L’injection d’exsudats pleurétiques de cobayes morts de diphtérie ;
3° Le traitement d’animaux diphtérisés par le trichlorure d’iode ;
4° Le traitement préalable des animaux par l’eau oxygénée.
En 1892, il proposa deux nouveaux procédés :
L’un consistant à injecter, sous la peau des lapins, du précipité de phosphate calcique dans les cultures chauffées à 77°;
L’autre faisant ingérer du poison diphtérique.
Aronson vaccina des chiens en leur injectant des doses rapidement croissantes de bacilles diphtériques peu virulents.
DIPHTÉRIE
Roux fit faire un grand pas à la question en opérant sur le cheval, dont l’immunisation est facile et qui peut fournir un sérum abondant1.
La toxine est additionnée d’iode; on ajoute au liquide un dixième de son volume de liqueur de Gram (1 gramme d’iode et 3 grammes d’iodure de potassium pour 100 d’eau), et on injecte au cheval un quart de centimètre cube de ce mélange. Le lendemain, on injecte un demi-centimètre cube et on augmente progressivement, jusqu’à ce que l’animal supporte, sans réaction, 1 centimètre cube. On renforce l’immunité en inoculant des doses croissantes de poison et, après trois mois, le cheval peut supporter des doses de culture filtrée allant à 250 centimètres cubes. Alors il peut fournir du sérum.
B. Résultats de la sérothérapie. — Les premiers essais de la sérothérapie avaient été peu encourageants en Allemagne, et il n’a pas fallu moins que la retentissante communication de Roux pour porter la conviction dans tous les esprits.
Cependant, avant le Congrès de Budapest, les statistiques de Schubert (18 p. 100 de mortalité), Canon (20 p. 100), Kossel (23 p. 100), Korte (33 p. 100), Katz et Baginsky (13 p. 100), faisaient concevoir de grandes espérances, malgré la bénignité relative de la diphtérie à cette époque.
Sur les 300 cas de Roux, se rapportant à la diphtérie vraie (examen bactériologique), il y avait 169 angines et 131 croups. Sur 120 angines pures, sans autres microbe que le bacille de Lœffler, 9 décès seulement, dont 7 pendant les 24 premières heures de séjour à l’hôpital; ce qui a permis de dire que toute angine sans association, traitée assez tôt, guérit toujours grâce au sérum.
Sur 14 cas à association avec le coecus Brisou ou le staphylocoque, pas de décès.
Quand il y avait association avec le streptocoque, la mortalité s’élevait à 34,2 p. 100. Sur 10 croups non opérés, il n’y a eu qu’un décès. Sur 49 croups trachéotomisés purs, il y a eu 16 décès; sur 72 croups associés, 41 morts. En tout, sur 300 cas de diphtérie, il y a eu 78 décès, soit 26 p. 100. Avant le sérum, cette mortalité dépassait à Paris 50 p. 100.