PROPHYLAXIE DE LA DIPHTÉRIE
11 faut chercher à prévenir, par des mesures hygiéniques 'bien comprises, la propagation de la diphtérie et le transport médiat ou immédiat du contage.
La maladie est contagieuse au premier chef; il faut donc isoler les malades et ne laisser approcher d’eux que les personnes appelées à leur donner des soins; on écartera surtout les enfants, qui offrent un terrain de choix pour le bacille diphtérique; dans les familles, les frères et sœurs du petit diphtérique seront éloignés le plus tôt possible; et, si l’on n’a pu les éloigner à temps, on leur inoculera préventivement une petite dose de sérum antidiphtérique, 2 à 5 centimètres cubes, suivant l’àgc.
Les statistiques publiées jusqu’à ce jour semblent favorables à cette méthode, recommandée officiellement par l’Institut Pasteur. On pourra également inoculer préventivement les adultes et les personnes de l’entourage exposées peu ou prou à la contagion.
Dans les hôpitaux, les diphtériques devront être isolés rigoureusement et absolument des autres enfants; ils seront
soignes clans des pavillons spèciaux , éloignés des autres bâtiments et pourvus d’un personnel spécial, qui ne devra avoir aucune communication directe ou indirecte avec les enfants couchés dans les autres salles.
Tous les services annexes seront également isolés : cuisine, lingerie, buanderie, etc. L’isolement de la diphtérie ne saurait ûtre poussé trop loin.
La durée de la quarantaine pour un enfant atteint de diphtérie ne peut être fixée; elle est subordonnée aux résultats de l’examen bactériologique des sécrétions bucco-pharyngées et nasales.
On a vu des enfants guéris de diphtérie conserver dans la gorge, pendant des semaines et des mois, des bacilles de Lœffler virulents. Tant que ces bacilles seront retrouvés, les enfants seront considérés comme suspects et l’isolement sera maintenu.
L’encombrement qui règne dans les hôpitaux a malheureusement mis les médecins dans l’obligation de renvoyer de trop bonne heure les enfants guéris de diphtérie. Il serait très important, pour éviter la dissémination du mal dans la cité, que les convalescents fussent tenus en observation, sinon dans le pavillon de diphtérie, où la place est restreinte, du moins dans des salles ou pavillons de convalescence isolés des autres services de l’hôpital. Ces asiles de convalescence pour les petits diphtériques pourraient même être placés à la campagne.
Il va sans dire que, pour hâter la disparition des bacilles -et le moment de rendre les enfants à la vie commune, on insistera sur les irrigations antiseptiques de la gorge, de la bouche, des fosses nasales, longtemps continuées. On fera prendre aussi des bains antiseptiques, on savonnera la tête, les cheveux, etc.
Pour prévenir les complications , et en particulier la bronchopneumonie, on devra isoler, dans les hôpitaux, les enfants atteints de diphtérie simple de ceux qui ont une diphtérie compliquée (streptocoque, broncho-pneumonie). L’isolement, autant que possible, devra se rapprocher de l’isolement individuel (1, 2, 3 ou 4 enfants au plus par salle); plus il y aura d’enfants accumulés dans une salle, plus les accidents et complications de la diphtérie seront à redouter.
DIPHTERIE.
Dans une famille comptant plusieurs enfants, s’il y a un cas de diphtérie, tous les membres de la famille devront être considérés comme suspects; les enfants sains seront exclus de l’école, non seulement jusqu’à guérison complète de leur frère ou parent, mais jusqu’à preuve bien établie (bactériologie) qu’ils ne portent pas dans leur gorge le bacille de Lœffler, sans parler de la désinfection de l’appartement qu’ils occupent.
Si un ou plusieurs cas de diphtérie se sont déclarés dans une école, cette école devra être licenciée et désinfectée.
La désinfection complète l’isolement; elle doit être aussi parfaite que possible.
Et d’abord les personnes qui approchent des diphtériques, médecins, infirmiers, etc., devront changer de vêtements ou revêtir une longue blouse avec capuchon, avant d’entrer dans la chambre ou la salle des malades. En sortant, cette blouse sera déposée et envoyée à la désinfection.
On se lavera les mains, la barbe, le visage, avec une solution antiseptique (sublimé à 1 p. 1 000); on se gargarisera la bouche et la gorge avec une solution de sublimé à 1 p. 10 000, d’acide salicylique à 2 p. 1 000, ou de thymol :
% Thymol 1 gramme.
Alcool à 90° 20 —
Eau distillée 500 —
On ne saurait apporter trop de soin à la toilette antiseptique de toute sa personne quand on aura été en contact avec un diphtérique. Ces conseils s’adressent surtout aux médecins, qui, s'ils négligent les précautions les plus minutieuses, pourront servir d’agents de transmission de la diphtérie dans leur clientèle, dans leur famille, etc.
Les personnes appelées à donner des soins aux diphtériques ne mangeront jamais dans la chambre de ces malades; elles prendront leur repas en dehors. Elles ne devront, bien entendu, recevoir aucune visite pendant toute la durée de la maladie et avant de s’être soumises à une désinfection soignée de leur personne et de leurs vêtements.
Les visites des parents dans les hôpitaux doivent être intcr-
dites ou rendues excessivement rares et entourées de précautions particulières.
Mais l’isolement ne serait rien s’il n’était complété par la désinfection, l’antisepsie.
La désinfection dans la diphtérie présente des difficultés spéciales et exige des soins extrêmes.
Le bacille de Lœffler, en effet, est un microbe vivace et persistant; il peut séjourner, sans perdre sa virulence, dans les objets, linges, tapis, tentures, qui ont pu être contaminés par le malade ; et cela pendant des mois et des années. 11 en résulte qu’on doit mettre le plus grand soin à poursuivre sa destruction. S’il s’agit d’objets de peu de valeur, de jouets, on les brûlera. Pour le reste, literie, meubles, on fera la désinfection par la chaleur (étuve à vapeur sous pression) pour tous les objets transportables, ou par les antiseptiques forts (lavages, lessivages, pulvérisations au sublimé à 1 p. 1 000, à l'acide phénique à 1 p. 20, etc.) pour les meubles, murs, etc.
Les voitures qui auront servi au transport des diphtériques seront désinfectées avant d’être remises en circulation.
On a d’ailleurs, dans quelques grandes villes, affecté des voitures spéciales au transport des contagieux, de même qu’on a créé un service de désinfection municipale accessible à tous les citoyens. Ces mesures étaient d’autant plus nécessaires que la loi française oblige aujourd’hui tous les médecins à faire la déclaration de la diphtérie.
Les déjections et excrétions des diphtériques seront désinfectées immédiatement; les urines, les matières fécales, les crachats, les fausses membranes seront recueillis dans des vases contenant une solution forte de sublimé (1 p. 1 000), de sulfate de cuivre (5 p. 100), ou un lait de chaux. Ce lait de chaux, qui est un bon désinfectant, pourra être projeté dans les cabinets d’aisance.
Les objets, couverts, vaisselle qui servent aux repas des diphtériques, seront trempés dans l’eau bouillante avant d’être mêlés aux autres; ils devront même être réservés exclusivement aux malades. Grancher se sert, à l’hôpital des Enfants, de petits paniers en fil de fer très commodes, qui permettent de faire bouillir tous les ustensiles du repas en même temps.
Les linges qui n’auront pas été envoyés à l’étuve ne seront
DIPHTERIE.
pas donnés au blanchissage avant d’avoir été stérilisés par l’ébullition dans l’eau ou le trempage dans une soiuLion de sublimé à 1 p. 1000.
Enfin les tapis des chambres habitées par les diphtériques ne devront pas être secoués dans la rue, sur la tête des passants, comme cela arrive trop souvent.
On doit se défier des fumiers et ordures des basses-cours et surveiller les volières et poulaillers. La diphtérie aviaire est analogue, sinon identique, à la diphtérie humaine; et, quoique le dernier mot n’ait pas été dit sur cette question, on éloignera les enfants des poulaillers ou pigeonniers visités par la pépie et autres affections diphtéroïdes des volailles.
On a cité des cas, en apparence probants, de transmission de la diphtérie par des volailles, par des poules, par des pigeons.
Si la désinfection ne pouvait être obtenue dans les conditions que je viens d’indiquer, il serait prudent pour une famille de quitter les locaux contaminés pendant un temps suffisamment long ou même sans retour, à cause de la permanence et de la quasi-indestructibilité spontanée du germe morbide.
On a vu des maisons, des familles où la diphtérie se perpétuait et semblait presque se transmettre par hérédité ; il s’agissait là très probablement de contagion médiate à longue portée. Une désinfection rigoureuse et scientifique doit empêcher cela.