RÉSUMÉ GÉNÉRAL DU TRAITEMENT DE LA DIPHTÉRIE
Comment doit se comporter le médecin en présence d’un cas avéré ou soupçonné de diphtérie?
1° S’il y a urgence, si l’enfant présente des symptômes de croup, du tirage, ou si l’état général est mauvais, si le danger est imminent, il n’y a pas à hésiter.
On commence par faire une injection de sérum antidiphtérique, d’après les instructions données plus haut, et on prend toutes les précautions relatives à l’hygiène du malade, à la préservation de l’entourage, etc. II. n’y a pas lieu, en pareil cas, d’attendre les résultats de la culture et de l’examen bactériologique. La temporisation serait blâmable.
L’injection de sérum ne dispensera pas de faire un Irai-
tement local méthodique, des pulvérisations , des irrigations abondantes de la gorge avec l’eau bouillie, l’eau boriquée, la liqueur de Labarraque à 5 p. 100. Ces irrigations devront être fréquemment répétées (toutes les deux ou trois heures). Mais on devra s’abstenir des attouchements, des badigeonnages directs avec un collutoire caustique ou fortement antiseptique (acide phénique, sublimé). Ces deux agents doivent être écartés, à cause de l’antagonisme qu’ils ont manifesté à l’égard du sérum.
L’acide salicylique n’est pas passible des mêmes objections et on pourra y avoir recours.
En même temps on alimentera le malade avec du lait, des bouillons, des potages; on lui donnera des stimulants, un vin généreux, une potion de Todd, du café. S’il vomit, on aura recours aux lavements nutritifs.
S’il y a disette de sérum, on devra traiter localement la diphtérie par un des procédés, antérieurs à la sérothérapie, qui ont donné les meilleurs résultats. Les badigeonnages rares (deux par vingt-quatre heures) avec la glycérine au sublimé (1/20, 1/30) seront essayés. Dans l’intervalle des badigeonnages, on fera fréquemment (toutes les deux heures) de grandes irrigations avec un liquide faiblement antiseptique (eau boriquée, liqueur de Labarraque étendue, sublimé à 1 p. 5000 ou 10000).
Si l’on n’a pas sous la main l’un de ces antiseptiques, on pourra employer le jus de citron qui est un excellent détersif.
En cas d’état stationnaire, de persistance de la fièvre, d’extension des fausses membranes, si l’on a déjà fait une injection de sérum, on n’hésitera pas à en faire une seconde au bout de vingt-quatre ou même de douze heures.
Si les symptômes de croup se déclarent ou s’accentuent, on insistera sur la sérothérapie et on lui donnera le temps d’agir, c’est-à-dire qu’on ne fera la trachéotomie, le tubage qu’à la dernière extrémité.
2° Si le cas présente moins de gravité, si les symptômes locaux et généraux sont peu inquiétants, la question se pose de savoir s’il faut d’emblée recourir au sérum ou attendre le résultat de l'ensemencement et de l’examen bactériologique.
Les uns se déclarent pour la temporisation, les autres pour l’injection immédiate de sérum.
DIPHTÉRIE
Les premiers, redoutant les accidents de la sérothérapie, ne veulent y avoir recours qu’à bon escient, c’est-à-dire quand ils ont la preuve de l’existence du bacille de Lœffler. Ils s’appuient sur les statistiques nouvelles qui montrent que sur quatre diphtéries cliniquement reconnues, il y en a au moins une qui n’est pas bactériologiqucment diphtérique; pour cellelà, le sérum évidemment n’est pas utile.
Les seconds font remarquer que la diphtérie a des allures parfois insidieuses, trompeuses, que le danger est souvent plus grand qu’il ne paraît et que la temporisation n’est pas sans risques. Ils ajoutent qu’une première culture peut être négative et induire en erreur, les bacilles de Lœffler ne se rencontrant qu’au second ou au troisième examen.
Si l’on voulait concilier ces deux opinions divergentes, on pourrait formuler la règle de conduite suivante :
En cas de diphtérie probable, d’apparence moyennement grave, on sera autorisé à faire, préalablement à l’examen bactériologique, une injection de sérum toutes les fois que les malades seront éloignés des secours médicaux et insuffisamment surveillés. Au contraire, s’ils sont l’objet d’une surveillance étroite et assidue, on pourra attendre.
Au demeurant, la temporisation offre plus de dangers que l’injection intempestive.
3° Si le cas est bénin en apparence et en réalité, l’examen préalable et les cultures sont de rigueur et l’injection de sérum doit être ajournée, à moins que le patient ne soit dans un milieu infecté par la diphtérie (pavillon d’isolement par exemple).
Dans tout hôpital bien installé, les cas bénins doivent être isolés dans des chambres réservées aux douteux et ne doivent être envoyés dans les pavillons de diphtérie qu’après une culture positive.
Il importe, dans ces cas douteux et bénins, de ne pas instituer d’emblée un traitement local irritant et destructeur des bacilles, pour ne pas entraver et compromettre les résultats de l’examen bactériologique.
Je suppose que le cas, tout en restant essentiellement bénin et atténué, ail révélé sa nature diphtérique. Doit-on toujours et quand même injecter le sérum antitoxique?
Les avis sont encore partagés sur ce point. Quand la diphtérie
est localisée au pharynx, quand il n’y a aucun symptôme de croup, quand l’état général est bon, quand les fausses membranes sont peu envahissantes, quelques médecins conseillent de s’abstenir de sérum et de se borner à un traitement local approprié. D’autres veulent qu’on injecte quand même le liquide antitoxique. Ils sont de plus en plus nombreux, car l’innocuité du sérum bien préparé est de plus en plus évidente.
4° Si la diphtérie est compliquée d’adénopathies étendues, de bronchite membraneuse, de broncho-pneumonie, si elle est infectieuse au suprême degré, on doit insister sur les injections de sérum et mettre tout son espoir en elles. C’est dans ces cas qu’on répétera les doses deux, trois et quatre fois s’il y a lieu. J’ai vu, grâce au sérum, guérir des diphtéries secondaires à la rougeole, même avec croup (2 cas).
Or jadis, tout rougeoleux atteint de croup était condamné sans appel.
On aura donc recours à la sérothérapie d’autant plus résolument que le cas sera plus grave, plus compliqué, plus désespéré. Il n’y a vraiment pas de contre-indication à ce traitement, il faut le dire bien haut.
5° Si la diphtérie est pure, c’est-à-dire produite parle bacille de Lœffler seul, sans associations microbiennes, elle indique formellement et on pourrait dire presque exclusivement l’emploi du sérum, qui agit seulement sur les microbes diphtériques et non sur les autres. Aussi a-t-on pu dire que toute diphtérie pure, prise à temps, guérit infailliblement grâce au sérum. Si la diphtérie est associée, si le bacille de Lœffler est mêlé au streptocoque virulent, la sérothérapie ne suffit pas; elle ne peut rien contre l’infection streptococcique et l’on peut se demander s’il n’y aurait pas lieu d’injecter concurremment le sérum étudié par Roger, Marmorek, etc., et qui parait avoir réussi dans le traitement de l’érysipcle, de la fièvre puerpérale, des streptococcies. en général.
L’association du bacille de Lœffler avec le staphylocoque ou le coccus Brisou ne semble pas aggraver généralement le pronostic de la diphtérie et ne contre-indique pas l’emploi du sérum.
En somme, on voit que la sérothérapie occupe aujourd’hui la première place dans le traitement de la diphtérie à tous ses
DYSENTERIE
degrés et dans toutes ses formes et localisations; tous les autres moyens sont rejetés au second plan et ne peuvent plus être considérés que comme des adjuvants d’ordre secondaire.
G° Mais si la sérothérapie donne une sécurité plus grande que dans le passé, cette sécurité n’est pas absolue et ne doit pas dispenser de prendre toutes les mesures d’isolement et d’antisepsie destinées à prévenir la diffusion de la diphtérie.
Sans doute elle peut elle-même, dans certains cas, être utilisée à titre prophylactique; mais cette vaccination ne saurait devenir générale, car l’immunité qu’elle confère est essentiellement temporaire, en admettant qu’elle soit réelle.
Il ne faut donc pas négliger les préceptes d’hygiène publique et privée dirigés contre la propagation de cette terrible maladie qui a nom diphtérie.
DYSENTERIE
Rare dans notre pays où elle ne sévit qu’à l’état sporadique, la dysenterie est une maladie infectieuse et contagieuse qui se traduit par une inflammation ulcéreuse du gros intestin, avec selles glaireuses, muco-membraneuses, sanglantes, ténesme rectal et vésical, épreintes ou faux besoins, etc.
Le diagnostic repose sur l’existence de ces symptômes et principalement sur la présence du sang pur dans les garderobes. Je crois inutile de distinguer de la dysenterie sporadique la colite dysentériforme qui lui est analogue et qui comporte le même traitement.
TRAITEMENT
L’enfant sera mis à la diète lactée rigoureuse; on supprimera les aliments solides, les fruits qui ont pu être l’origine de la maladie. Quand l’enfant ira mieux, on préviendra les écarts de régime, on ajoutera au lait les œufs, les potages, et plus tard les viandes blanches, la viande crue. On prescrira des bains tièdes quotidiens avec l’amidon, le son ou le tilleul, les cataplasmes de farine de lin laudanisés.
Si les symptômes sont graves, on aura recours à l’ipéca, suivant la méthode brésilienne :
% Ipéca 2 grammes.
Eau bouillante 120
Passez et ajoutez : Sirop de polygala. . . 30 —
par cuillerées à soupe, de deux en deux heures, chez un enfant de 5 à 10 ans.
Le calomel sera donné en une seule dose (30 centigrammes) ou à doses fractionnées (5 centigrammes toutes les deux heures). On peut, après trois ou quatre jours de la potion précédente, terminer par le calomel.
Pour calmer les douleurs et le ténesme, on donne soit un lavement avec deux à cinq gouttes de laudanum suivant l’àge (5 à 10 ans), soit une potion contenant le sirop diacode ou l’extrait thébaïque :
% Eau distillée 60 grammes.
Sirop de (leurs d’oranger 20 —
Sirop diacode 10 —
On peut associer l’ipéca à l’opium, sous forme de poudre de Power (10 à lo centigrammes en trois doses dans la journée). On peut aussi ajouter le calomel :
% Poudre d’ipéca 0 gr. 10.
— de calomel 0 gr. 10.
Extrait thébaïque 0 gr. 01.
Faire cinq doses; une toutes les deux heures dans un peu de lait.
Les lavements astringents sont très employés :
% Cachou 8 grammes.
Extrait de feuilles de noyer 2
Extrait de bois de campêche 3
Eau 200
Pour un lavement.
(Jules Simon.)
% Mucilage de coings 230 grammes.
Sous-nitrate de bismuth. . . . j g
Salie ylate de bismuth j aa. . .
Lavement employé par L. Revilliod à dose double chez l’adulte.
Le ratanhia (2 grammes), le tanin (1 gramme) sont Iréquemment donnés en lavement.
L’azotate d’argent est un bon modificateur de la muqueuse
DYSENTERIE
du gros intestin, qu’on emploiera surtout dans les formes chroniques :
% Nitrate d’argent 0 gr. 10.
Eau distillée 100 grammes.
Pour un lavement.
L’iode peut aussi rendre des services :
% Iode 0 gr. 30.
lodure de potassium 1 gramme.
Eau distillée 100 —
Pour un lavement.
Comme lavements antiseptiques, on a conseillé l’eau boriquée à 2 ou 3 p. 100, le sublimé à 1 p. S 000.
% Sublimé corrosif 0 gr. 05.
Sel marin 2 grammes.
Eau distillée 250 —
L’acide phéniquc est trop dangereux chez l’enfant, on ne l’emploiera pas. Mais on peut avoir recours à l’eau naphtolée saturée, ou à la naphtaline.
% Naphtaline 1 gramme.
Huile d'olive 50 —
Pour un lavement qui devra être conservé.
La naphtaline se prescrit aussi en suppositoire :
% Naphtaline 0 gr. 20.
Beurre de cacao 3 grammes.
Pour un suppositoire.
Un médecin américain dit s’être bien trouvé de petits suppositoires faits avec la glace.
En même temps on fera l’antisepsie intestinale avec le naphtol granulé (2 grammes cinq ou six fois par jour) ou avec le benzonaphtol :
ââ. . . 0 gr. 20.
% Benzo-naphtol
Magnésie
Six de ces paquets par jour dans un peu de lait sucré.
Si l’enfant est affaibli, on donnera un peu d’alcool et de quinquina :
% Julep gommeux 100 grammes.
Cognac 20
Extrait mou de quinquina 2 —
3 cuillerées à soupe par jour.
Enfin, dans les formes chroniques de colites dysentéri- . formes, glaireuses, muco-membraneuses, les eaux de Plombières sont formellement indiquées.
On désinfectera les selles des malades en les recevant dans un vase contenant une solution de chlorure de zinc ou de sulfate de cuivre à 5 p. 100, de sublimé à 1 p. 1000. On isolera les petits malades. Les linges souillés seront lavés au sublimé ou passés à l’étuve à vapeur. On agira, en un mot, comme s’il était question d’une maladie infectieuse et contagieuse.
DYSIDROSE
La dysidrose est une hypéridrose localisée sur laquelle Tilbury Fox a appelé l’attention. Elle se présente sous forme de vésicules sous-épidermiques, arrondies ou irrégulières, occupant les doigts et les espaces interdigitaux. On la voit surtout en été, au moment des grandes chaleurs, et chez les enfants qui boivent beaucoup. Tilbury Fox incrimine la rétention de la sueur, Hutchinson, l’issue de sérosité hors des capillaires. Elle s’accompagne de démangeaisons, de grattages, qui déchirent les vésicules, irritent la peau et conduisent à l’eczématisation. Les vésicules primitives sont suivies de desquamation.
TRAITEMENT
On traitera la dysidrose par les lotions lièdes et émollientes, par un poudrage des parties malades, par une pommade acide (glycérolé tartrique à l/oO). En même temps, on rationnera les liquides, on s’opposera aux grattages, etc. L’affection n'a pas de gravité, mais elle est sujette aux récidives.