INDICATIONS GÉNÉRALES
Avant tout, et quel que soit le temps écoulé entre l’absorption de la substance toxique et l’arrivée du médecin, il faut chercher à éliminer cette substance toxique. Si elle a été ingérée, on doit en débarrasser l’estomac en provoquant des vomissements (titillations de l’arrière-gorge avec le doigt, ingestion d’eau chaude, ipéca, sulfate de cuivre, farine de moutarde, injections sous-cutanées d’apomorphine, etc.), ou en faisant directement le lavage de la cavité gastrique.
L’évacuation de l’estomac peut être utile même quand le poison a été introduit dans l’organisme par la voie sous-cutanée (morphine). Si le poison a pénétré par l’intestin (lavements laudanisés, phéniqués, chloralés, belladonés, etc.), on fera le plus tôt possible de grandes irrigations intestinales avec la sonde portée très haut, en se servant d’eau tiède ou froide, en donnant au besoin un lavement purgatif du Codex.
Le lavage de l’estomac avec la sonde en caoutchouc doit être placé au premier rang des moyens immédiats à employer; il sera pratiqué même après des vomissements spontanés ou provoqués, car seul il permet d’évacuer complètement la poche gastrique. On se servira d’eau pure, d’eau alcaline, d’eau acidulée, d’eau albumineuse, etc., suivant les indications spéciales tirées de la nature du poison.
Après le lavage, on pourra introduire une solution de sulfate de soude pour balayer l’intestin et compléter l’évacuation des voies digestives ; celte action purgative est indiquée surtout dans les empoisonnements par les substances végétales (belladone, atropine, cocaïne, aconitine, digitale, etc.).
Ces divers moyens suffisent quand le poison n’a pas traversé la muqueuse gastro-intestinale; quand l’absorption s’est faite, on doit songer à favoriser l’élimination des substances toxiques en circulation par les émonctoires, les reins, la peau, les glandes.
Pour remplir celte indication, on fera boire abondamment l’enfant, on lui donnera du lait, des tisanes diurétiques, on lui introduira au besoin une solution de nitrate el d’acétate de potasse dans l’estomac, on fera des injections sous-cutanées de caféine. Pour provoquer l’élimination par les glandes sudori-
pares et salivaires, on fera des injections sous-cutanées de pilocarpine.
La saignée doit aussi figurer parmi les moyens dépuratoires et éliminatoires des poisons*
Tels sont les divers moyens usités pour favoriser l’élimination des poisons.
En même temps, il faut songer à neutraliser l’action des poisons à l’aide des^ antidotes, ce qui généralement revient à rendre insolubles les substances dissoutes dans les tissus ou les humeurs de l’économie.
C’est dans ce but qu’on doit donner des alcalins (chaux, soude, potasse, etc.) quand l’enfant a été empoisonné par des acides, et réciproquement.
Cette méthode, pour avoir son plein effet, doit entrer en ligne de bonne heure, c’est-à-dire avant que la muqueuse de l’estomac ne soit ulcérée ou perforée par les caustiques qu’il s’agit de neutraliser.
Une troisième indication est tirée des effets produits par l’intoxication sur le cœur, le système nerveux, les grandes fonctions de l’économie.
L’enfant présente un affaiblissement des contractions cardiaques, de la cyanose, delà dyspnée, une tendance à la syncope, du coma. Il faut le réchauffer, l’exciter, le ranimer à l’aide de frictions stimulantes de la peau, des injections de caféine, d’éther, de spartéine, de strychnine, de sérum artificiel. En dernier ressort, on fera la respiration artificielle, les tractions rythmées de la langue, l’électrisation, la flagellation, on appliquera de la glace sur le cœur, etc.