INDICATIONS SPÉCIALES
* Pour ne rien omettre d’essentiel, et malgré le caractère artificiel de la classification, je vais indiquer, par ordre alphabétique, les différents empoisonnements avec les remèdes qui conviennent à chacun en particulier. Cette façon de procéder, quelque illogique qu’elle soit, rendra, plus de services au médecin praticien qu’une revue méthodique.
Acidas (nitrique, sulfurique, chlorhydrique, etc.). — Je passe sur les indications générales exposées plus haut, et je
EMPOISONNEMENTS
recommande de faire ingérer le plus vite possible à l’enfant de l’eau de chaux, de la magnésie calcinée, du bicarbonate de soude (eau de Vichy, de Vais, etc.).
Si l’on n’a pas ces substances sous la main, on emploiera l’eau savonneuse, le lait, l’huile, les blancs d’œufs battus dans l’eau, la tisane d’orge, etc.
Alcalis. — Dans l’empoisonnement par les alcalis, par la potasse caustique, la soude, l’ammoniaque, on pourra avoir recours aux mêmes substances indifférentes que je viens d’indiquer; mais on devra employer des agents chimiques opposés, c’est-à-dire des acides : eau vinaigrée, limonade citrique ou tartrique, jus de citron, d’orange, de grenade, etc.
Aconit. — L’aconit et son alcaloïde l’aconitine paralysent le système nerveux et menacent l’enfant de syncope; l’indication formelle est de le stimuler par le café, le vin, l’alcool, l’éther, les injections de caféine. On pourra ainsi injecter sous la peau 1 centigramme d’apomorphine (solution de 10 centigrammes pour 10 grammes d’eau distillée).
Alcool. — L’empoisonnement aigu par l’alcool, l’ivresse, heureusement très rare chez l'enfant, sera combattue par les frictions cutanées, les lavements, le café. On ajoutera dans une infusion de thé ou de café V à X gouttes d’amoniaque liquide qu’on fera boire à l’enfant.
Arsenic. — L’arsenic est un poison des plus violents et des plus difficiles à neutraliser; quand il est prescrit à doses fortes, il peut déterminer de la gastralgie, des vomissements, de la diarrhée, des éruptions cutanées, etc. A la première menace de ces accidents, on devra s’arrêter dans l’administration du médicament. Quand la dose est massive, la mort est rapide et ne saurait être prévenue que par les évacuations provoquées de l’estomac, et par l’introduction de sesquioxyde de fer hydraté avec de l’eau chaude. On obtiendra cette substance en traitant 50 grammes de perchlorure de fer liquide par 40 grammes de carbonate de soude dans 3 litres d’eau, en passant à travers un linge et en recueillant la poudre humide qui reste sur le filtre. On peut aussi prescrire, dans 200 grammes d’eau, 12 grammes de magnésie calcinée et 30 grammes de sulfate de fer : une cuillerée à soupe de quart d’heure en quart d’heure.
Belladone. — L’empoisonnement par la belladone et son
alcaloïde, l’atropine se traduit par la mydriase exagérée, l’animation du visage, les hallucinations, le délire, le collapsus. On doit agir vite par les lavements purgatifs, le café, les frictions stimulantes, et surtout essayer l’opium qui paraît jouer le rôle d’antidote: injections sous-cutanées de 5 milligrammes de chlorhydrate de morphine toutes les 2 ou 3 heures; injections de pilocarpine, même dose. Si l’enfant reste comateux, on fera la respiration artificielle, les tractions rythmées de la langue.
Champignons et autres comestibles (moules, viandes avariées, etc.). — Dans cette variété d’empoisonnement, les enfants sont la proie de substances alcaloïdiques (toxines, ptomaïnes, etc.) assez mal connues encore au point de vue chimique, mais souvent terribles dans leurs effets.
Avant tout, si le médecin n’est pas appelé trop tard, il doit chercher à évacuer par les vomitifs et les purgatifs les poisons qui ont pu rester dans le tube digestif. Il donnera, dans ce but, l’ipéca, l’huile de ricin. Puis il fera ingurgiter à l’enfant du lait, de l’eau albumineuse.
En même temps il devra tenter des injections sous-cutanées de sulfate d’atropine (une seringue de Pravaz toutes les 2 heures d’une solution à 1 centigramme pour 10 grammes).
On ne négligera pas les stimulations internes et externes : grogs, cale, potion avec acétate d’ammoniaque (2 grammes) et sirop d’éther (10 à 30 grammes), frictions cutanées avec l'eau de Cologne, l’eau-de-vie camphrée, le baume de Fioravanti, etc.
Cocaïne. — Depuis quelques années, depuis la vulgarisation des propriétés analgésiantes du chlorhydrate de cocaïne, on a eu l’occasion d’enregistrer un certain nombre d’empoisonnements chez les enfants par cet agent. La cocaïne, très diluée, est peu dangereuse ; concentrée, elle le devient beaucoup. On devra donc toujours prescrire, pour l’usage interne, des solutions très étendues ( I pour 100 ou 200).
Après une période d’agitation de durée variable, les enfants tombent dans l’abattement; la face devient pâle, le pouls filiforme et très rapide, le corps se couvre de sueurs froides, les pupilles sont dilatées.
On doit, çn pareil cas, faire des frictions énergiques sur tout le corps, plonger l’enlanl dans un bain sinapisé, donner un lavement purgatif, des boissons chaudes en abondance; si
KM POISO NNEMENTS.
l’enfant ne se ranime pas, on aura recours aux injections souscutanées d’éther sulfurique (un quart à une demi-seringue de Pravaz toutes les heures), et on fera la respiration artificielle.
Chez un enfant de 9 mois qui avait absorbé par erreur une cuillerée à café de solution de chlorhydrate de cocaïne à 1 p. 20, le Dr Pacaud a obtenu la guérison par des moyens analogues et en ajoutant une cuillerée à café, de quart d’heure en quart d’heure, d’une potion gommeuse contenant 50 centigrammes de chloral et 50 centigrammes de bromure de potassium.
Si le médecin est appelé peu de temps après l’ingestion de la cocaïne, avant qu’elle n’ait déterminé d’accidents, il pourra essayer de neutraliser le sel en faisant boire à l’enfant une solution de tanin, ou d’extrait de quinquina (1 à 2 grammes pour 20 à 40 grammes de sirop).
Digitale. — En cas d’empoisonnement par la digitale, quand l’enfant accusera des défaillances, une tendance au collapsus et à la syncope, avec vomissements, ralentissement et inégalité du pouls, on lui fera prendre du café, une potion de Todd, on le frictionnera, on lui donnera un lavement purgatif et on recommandera la position horizontale en permanence.
Pour éviter l’empoisonnement par la digitale, d’ailleurs exceptionnel chez les enfants, on aura soin de prescrire des doses modérées et surtout non prolongées (4 à 5 jours en moyenne).
Nitrate d'argent. — En cas d’empoisonnement par le nitrate d’argent, l’indication la plus pressante est de faire boire à l’enfant de l’eau salée, puis des solutions émollientes (lait, eau albumineuse, etc.).
Opium et ses alcaloïdes. — L’opium est un poison dangereux qu’il faut manier avec une prudence extrême chez les enfants.
L’empoisonnement se traduit par la somnolence, le ralentissement de la respiration, la cyanose, le rétrécissement des pupilles.
Il faut à tout prix réveiller l’enfant, le stimuler par le café, l’alcool, les frictions cutanées, la respiration artificielle, les inhalations d’oxygène.
On a recommandé en Amérique, comme antidote, le permanganate de potasse, qu’on pourra prescrire à la dose de
S centigrammes toutes les heures dans un demi-verre d’eau.
Un litre d’une solution à 1 p. 1000 pourra servir à cet usage.
Oxyde de carbone. — L’asphyxie par le charbon est un empoisonnement très répandu; il peut être volontaire ou involontaire, aigu ou chronique.
Quand il est chronique (chauffage défectueux des appartements, poêle à combustion lente, etc.), on voit l’enfant pâlir, perdre l’appétit, tomber dans un état de langueur que rien n’explique. En même temps ses urines deviennent rares et colorées, sans qu’il y ait trace de fièvre.
Il suffit, en pareil cas, de reconnaître la cause du mal pour remédier aux effets de l’empoisonnement lent.
Dans l’empoisonnement rapide, il importe d’agir promptement, de donner de l’air, de faire des inhalations d’oxygène, la respiration artificielle, les tractions rythmées de la langue, de stimuler la peau par les frictions sèches, térébenthinées, alcoolisées, 'vinaigrées, par l’électrisation, par les bains sinapisés.
Si l’enfant ne se ranime pas, on pourra essayer les injections d’éther, de caféine.
Phénol. — L’acide phénique est mal toléré par les enfants ; il détermine chez eux l’apparition rapide des urines noires, et amène facilement l’hypothermie, le collapsus.
Outre les évacuants qu’on doit prescrire dès le début, on cherchera à neutraliser le poison par le sulfate de soude qu’on fera ingérer en solution dans l’eau sucrée (10 à 15 grammes par verre).
On peut employer aussi le sulfate de magnésie, puis 1 huile de ricin, l’huile d’olive, les blancs d’œufs, l’eau de savon, etc. On réchauffera l’enfant à l’aide de boules d’eau chaude, on le ranimera par l’électricité, les inhalations de nitrite d’amyle.
Phosphore. — Le phosphore figure parmi les poisons les plus dangereux. On prescrira immédiatement une émulsion de 10 grammes d’essence de térébenthine dans 250 grammes d’eau albumineuse sucrée, et on fera boire par gorgées deo à 5 minutes. On pourra avoir recours également au sulfate de cuivre (20 à 30 centigrammes dans 50 à 100 grammes d’eau sucrée). Puis on donnera du lait à discrétion.
EMPOISONNEMENTS
Plomb. — L’empoisonnement aigu par les sels de plomb indique 1 usage des sulfates ou de l’acide sulfurique dilué (sulfate de magnésie, 10 à 15 grammes dans 200 grammes d’eau sucrée; limonade sulfurique; sulfate de zinc, 1 gramme dans un verre d’eau sucrée). En même temps, lait et boissons émollientes.
Santonine. — La santonine, principe actif du semen-contra, si efficace contre les lombrics, et par suite journellement prescrite dans l’enfance, n’est pas un médicament indifférent. A doses trop fortes, la santonine peut déterminer des accidents d’empoisonnement inquiétants.
Le Dr L. Divet ( Gaz . clés Hôpitaux, 19 sept. 1895) a vu un garçon de 11 ans plongé dans la stupeur et la prostration, avec pouls lent (60), pupilles dilatées et insensibles à la lumière; 2 jours auparavant, cet enfant avait pris 40 centigrammes de santonine, et le lendemain une dose encore plus forte. Il avait d’abord vu les objets en jaune ou en vert, avait cru voir danser autour de son lit les enfants du village, dont] le visage lui semblait jaune et vert; puis il avait eu des mouvements convulsifs du bras droit suivis de coma. En somme, accidents nerveux des plus graves. Des lavements purgatifs furent prescrits et, 3 jours après, l’enfant était guéri, non sans garder encore de la faiblesse musculaire et de la paresse cérébrale.
M. Combemale, de Lille, à fait absorber la santonine à une douzaine de chiens et a observé les phénomènes suivants : à dose moyenne, 2 à 10 centigrammes par kilogramme d’animal, la santonine passe dans l’urine, il y a de la diarrhée, de l’amaigrissement, puis de l’abattement, de la dépression nerveuse. Au-dessus de 10 centigrammes par kilogramme, l’animal présente des alternatives d’affaissement et d’exaltation (peur, hallucinations, accès épileptiformes) ; les milieux de l’œil sont imprégnés de santonine (explication de la xanthopsie). Pour dépister l’empoisonnement, il faut examiner les urines; dès que le poison s’y trouve, il y a danger.
Ce danger sera toujours très atténué ou annihilé par la précaution habituelle d’associer à la santonine un purgatif (calomel, huile de ricin, etc.), qui permet d’éliminer avec les vers le poison introduit dans l’estomac.
L’indication, en cas d’empoisonnement, est de purger
l’enfant, de le stimuler par l’alcool, le cale, les bains sinapisés, de lui faire inhaler de l’éther ou du chloroforme, etc.
Strychnine et noix vomique. — La strychnine est le type des poisons convulsivants ; on la donne sous forme de sirop, de granules (sulfate de strychnine); elle forme un des principes les plus actifs de la noix vomique, de la teinture de Baume. 11 faut la prescrire par milligrammes et momentanément (8 ou 10 jours), pour éviter l'accumulation.
L’empoisonnement s’annonce par de la raideur du cou, du trismus, de la dysphagie, des secousses tétaniques, qui, dans les cas graves, simulent le tétanos; la strychnine est un poison tétanisant.
Les remèdes à opposer à l’empoisonnement sont : au début, le tanin à la dose de 1 à 2 grammes, les astringents en général; plus tard, les narcotiques et les paralysants (bromure de potassium, chloral, opium, chloroforme, éther). On n'oubliera pas les vomitifs et purgatifs.
Les différents poisons que nous venons d’indiquer et d'autres encore, que nous avons passés sous silence, peuvent être catégorisés, suivant le genre d’action qu’ils exercent sur les tissus et les systèmes organiques.
On peut distinguer les classes suivantes :
.1° Poisons paralysants (aconit, aconitine et alcaloïdes en général, antimoine, belladone et atropine, baryum et ses sels, champignons, ciguë, curare, tabac, plomb, potassium, colchique, etc.);
2° Poisons convulsivants (absinthe, acide prussique ou cyanhydrique, cyanures, noix vomique et ses alcaloïdes, brucine nt strychnine, etc.);
3° Poisons du coeur (digitale, strophantus, cocaïne, etc.);
4° Poisons de la respiration (oxyde de carbone, hydrocarbures, gaz d’éclairage, fève deCalabar, acide sulfhydrique, etc.);
5° Poisons des centres nerveux (alcool, chloroforme, éther et anesthésiques, opium et ses alcaloïdes, etc.);
6° Poisons agissant localement, corrosifs (acides et alcalis, nitrate d’argent, arsenic, cantharides, chlore, sels de cuivre et de zinc, iode, phosphore, etc.).
Plusieurs de ces derniers ont aussi une action générale (arsenic, phosphore, etc.).
ENDOCARDITE
Comme l’indiquent MM. A. Robin et G. Bardet dans leur intéressant article sur les empoisonnements ( Traité de Thérapeutique appliquée, 3e fascicule, 189o, Rueff et Cie), les poisons ne se prêtent pas tous à une classification étroite et rigoureuse. Plusieurs sont très complexes, possédant à la fois l’action locale, l’action sur le tube digestif et sur les principaux viscères, l’excitation ou la paralysie du système nerveux, l’altération du sang, les troubles respiratoires et cardiaques.
Quoi qu’il en soit, et à cause même de cette grande complexité, il n’est pas inutile de mettre un peu d’ordre dans la classification des empoisonnements les plus communs.
ENCÉPHALOCÈLE
L'encéphalocèle est la hernie du cerveau ; elle peut être congénitale ou acquise. Tantôt ce sont les méninges seules qui font hernie (méningocèle), entraînant avec elles une quantité plus ou moins grande de liquide céphalo-rachidien. On a alors une tumeur fluctuante, translucide, réductible à la pression, se tendant par les cris et les efforts, etc. Tantôt il y a encéphalocèle pure ou encêphalome, tantôt une tumeur mixte ( méningo encéphalocèle). Un traumatisme peut être l’occasion de la formation de l’encéphalocèle. (Voyez Fentes du crâne.)
TRAITEMENT
La compression méthodique, et continue a donné un succès à M. Lannelongue. Dans un cas, Kirmisson a pu impunément faire plusieurs ponctions (il s’agissait d’une méningocèle traumatique). On peut tenter l’extirpation de la tumeur, comme on le fait pour le Spina bifida. La chirurgie cérébrale a fait assez de progrès pour que cette intervention radicale ait quelque chance de succès.
ENDOCARDITE
L’endocardite, inflammation de la séreuse qui tapisse les cavités du cœur, est consécutive le plus souvent au rhumatisme articulaire aigu ; mais elle peut reconnaître pour origine
une autre maladie infectieuse, une fièvre éruptive, un érysipèle, une pneumonie, une simple angine. Elle s’annonce au début par un redoublement de fièvre, par de l’anxiété, des palpitations, de la faiblesse du pouls; les battements du cœur sont sourds, prolongés, moins nets qu’à l’état physiologique. Puis un souffle, généralement systolique et siégeant à la pointe, vient s’ajouter à ces symptômes vagues. On soupçonnait l’endocardite, on peut dès lors l’affirmer et en indiquer le siège. S’il y a un état typhoïde et des signes d’embolie dans divers organes, on reconnaît l’endocardite ulcéreuse ou infectieuse. La péricardite se distingue de l’endocardite par la matité, le frottement qui occupe les deux tempes et ne se propage pas dans le sens du courant sanguin.
On distingue les souftles organiques (endocardite) des souffles inorganiques (chlorose) à leur siège, à leur propagation, à la concomitance d'autres signes. Dans la chlorose, le souffle est systolique, occupe la base, surtout le côté gauche et se propage dans les vaisseaux du cou.
Pour renforcer les souffles organiques faibles et rendre le diagnostic plus facile, on peut placer les enfants dans la situation indiquée par Azoulay : membres relevés dans le décubitus dorsal.
TRAITEMENT
Au début, on appliquera un vésicatoire volant ou des ventouses scarifiées; on fera des onctions sur la région précordiale avec :
% Baume tranquille 20 grammes.
Chloroforme *. . . . 5
En môme temps, on prescrira la digitale, pour tonifier le cœur :
X gouttes de teinture entre 3 et 5 ans, ou (Dr,10 de poudre de feuilles en infusion.
% Poudre de feuilles de digitale 0 gr. 10.
Faites infuser dans eau bouillante. ... 80 grammes.
Ajouter sirop de groseilles 20 —
A prendre pendant trois jours consécutifs par cuillerées à soupe de deux en deux heures (enfant de S à 10 ans).
ENDOCARDITE
% Teinture de digitale X gouttes.
Julep gommeux 60 grammes.
En trois fois dans la journée.
Ces préparations sont surtout indiquées dans l’endocardite chronique et à la phase asystolique des maladies du cœur. Si elles échouent, on les remplace par l’extrait de strophantus (1 à 3 milligrammes en vingt-quatre heures), parle muguet, par la caféine :
% Caféine 1 gramme.
Benzoâte de soude 1 —
Sirop des cinq racines 30 grammes.
Eau distillée 10 —
Une cuillerée à soupe matin et soir.
% Extrait de muguet 2 grammes.
Sirop de digitale 20 —
Sirop d’écorces d’oranges amères .... 60 —
Trois cuillerées à café par jour.
Quand la lésion est compensée, quand le cœur suffit à sa tâche, on donne Fiodure de sodium ou de potassium longtemps continué, à titre de résolutif :
% Iodure de potassium 10 grammes.
Sirop d’écorces d’oranges 250 —
Une cuillerée à dessert matin et soir.
Le fer, sous forme de sirop d’iodure de fer, l’arsenic à faible dose (1 à 2 milligrammes par jour), le sirop de quinquina sont d’excellent adjuvants à conseiller.
Le traitement de l’endocardite chronique comporte en outre une hygiène particulière. L’enfant sera chaudement habillé, abrité contre les intempéries, protégé contre la fatigue et les excès de toute sorte. La nourriture sera légère, le lait entrera pour une large part dans l’alimentation. S'il y a de la constipation, on aura recours aux laxatifs.
On interdira la marche prolongée, la course, la gymnastique, les jeux violents. Le séjour sur les plages de l’Océan est mauvais pour les cardiaques; très bons au contraire sont le littoral méditerranéen et les pays, d’hivernage tempéré. Les douches froides, les bains froids, les cures minérales ne sauraient profiter aux enfants atteints d’endocardite. Quand ils grandiront et voudront partager les plaisirs des jeunes gens, on
les éclairera sur les dangers que leur ferait courir l’abus de l’alcool, du tabac, des bons dîners, des soirées et généralement de tous les plaisirs mondains. La sobriété en tout et toujours est le premier devoir du cardiaque.
ENDOCARDITE ULCÉREUSE
L’endocardite ulcéreuse, ou endocardite infectieuse maligne, est caractérisée par le dépôt, sur les valvules, de végétations friables et septiques qui menacent l’enfant d’une septicémie générale. C’est une maladie associée, une infection secondaire, à porte d’entrée variable, à microbes variables aussi (bacilles de Koch, d’Eberth, pneumocoques, streptocoques, staphylocoques, coli-hacilles, etc.). Elle peut survenir dans le cours ou à la suite d’un rhumatisme, d’une fièvre typhoïde, d’une scarlatine, d’une pneumonie, etc. La mitrale est prise le plus souvent, puis viennent les valvules aortiques, la tricuspide, etc. Les embolies parties des valvules malades, peuvent se répandre dans tous les organes. J’ai vu à Edimbourg un anévrysme de l’aorte consécutif à une endocardite infectieuse (garçon de 12 ans). Symptômes très graves : hyperthermie, tachycardie, pâleur, angoisse, dyspnée, souffle systolique, etc. La gravité des symptômes généraux fera reconnaître l’endocardite infectieuse.
TRAITEMENT
On fera une révulsion énergique à la région précordiale : pointes de feu, vésicatoire, vessie de glace. On ne donnera pas de digitale pour ne pas favoriser le détachement des embolies. Mais on pourra donner le café, la caféine, la spartéine. On prescrira des inhalations d’oxygène, des bains tièdes, de petites doses répétés de calomel (1 centigramme toutes les deux heures). Régime lacté, rhum, potion de Todd.
ENGELURES
Les engelures, érythème pernio , sévissent sur la seconde enfance, dans les écoles, pensions, collèges. Elles se présentent l sous forme de plaques rouges, violacées, saillantes, au niveau
ENGELURES
des extrémités du corps : pieds, mains, oreilles, nez, joues. Ces érythèmes a frigore, qui ne se montrent que pendant l’hiveï, se distinguent du lupus par leur durée moins longue, par l’absence de lésions cicatricielles; ils se distinguent de la maladie de Raynaud (asphyxie et gangrène des extrémités), par l’absence d’eschares. Toutefois il n’est pas rare de rencontrer des engelures ulcérées qui rappellent la maladie de Raynaud et se confondent avec elle. Les enfants scrofuleux, aux chairs molles, à la circulation ralentie, sont prédisposés aux engelures.
TRAITEMENT
Traitement général. — On donnera le sirop iodo-tannique, l'huile de morue, le sirop de quinquina. On cherchera à réveiller la contractilité des petits vaisseaux parla quinine et les astringents :
% Sulfate de quinine 0 gr. 50.
Poudre d’ergot de seigle 0 gr. 50.
Extrait de ratanhia 1 gramme.
Glycérine et excipient Q. s.
Pour 15 pilules ; une tous les matins.
% Sulfate de quinine et ergotine 0 gr. 05.
Poudre de digitale 0 gr. 001.
Extrait de belladone 0 gr. 001.
Pour une pilule; 2 à 4 par jour, avant le repas, suivant l’âge des malades.
(Brocq.)
Traitement local. — On protégera les surfaces exposées au froid (gants, bas de laine, foulards, etc.). On recommandera les lavages à l’eau tiède et astringente (décoction de feuilles de noyer), les frictions à l’alcool camphré, le poudrage avec :
% Amidon 9 parties.
Salicylate de bismuth 1 —
Les badigeonnages à la teinture d’iode, pure ou mitigée, sont excellents :
% Glycérine. 20 grammes.
Teinture d’iode 10 —
Enduire les surfaces malades tous les soirs avec un pinceau.
Pour calmer les démangeaisons vespérales, M. Besnier con seille les onctions avec :
% Glycérine. .
Eau de roses Tanin. . . .
50 grammes.
0 gr. 10.
On peut encore lotionner avec les préparations suivantes :
Alun . . . .
Borax. . . .
Eau de roses
5 grammes.
% Glycérine
Teinture d’iode .' . 1
Teinture d’opium | aa. . .
Badigeonner trois fois par jour.
30 grammes.
1 gramme.
(Monin.)
% Nitrate d’argent Eau distillée .
0 gr. 20.
% Alcool camphré 50 grammes.
Ammoniaque liquide 1 —
Essence de cannelle 0 gr. 50.
% Extrait de Saturne .
Eau-de-vie camphrée
30 grammes.
(Mialhe.)
Quand les engelures sont ulcérées, on emploie les pomma des, emplâtres ou collodions :
% Borax
Vaseline
Onctions matin et soir.
% Huile camphrée
Lanoline ■ • •
% Nitrate d’argent. . .
Pommade rosat . . . .
% Axonge
Créosote i ~
Sous-acétate de plomb
Extrait thébaïque
% Teinture de benjoin
Glycérine
Huile de lin . . .
Cire jaune ....
Essence de lavande
5 grammes.
2 grammes.
(Liebrech.)
0 gr. 10.
10 grammes.
30 grammes.
X gouttes.
0 gr. 10.
(Devebgie.)
4 grammes.
1 gr. 50.
(Orosi.)
ENGELURES
% Baume du Pérou 10 grammes.
Baume nerval 20 —
Eau de Cologne 30 —
% Oxyde de zinc 2 grammes.
Tanin 1 —
Glycérine 10 —
Baume du Pérou 8 —
Camphre 4 —
Pour les engelures du nez, Monin préconise :
% Beurre de cacao.
Iluile de noisettes Acide citrique. .
Précipité blanc . .
Teinture de musc
40 grammes.
0 gr. 50.
0 gr. 30.
XX gouttes.
Lotions tièdes avec feuilles de noyer, suivies d’onctions avec cette pommade
3 fois par jour.
On peut encore traiter les engelures ulcérées, avec la pommade à l’oxyde de zinc (1 p. 10), le Uniment oléo-calcaire, l’emplâtre rouge. Pour empêcher les crevasses de suppurer, le Dr Pilatte prescrit les onctions avec :
Teinture de digitale Thymol cristallisé.
Alcool à 10°
Glycérine
aa. . .
6 grammes.
1 1 donne aussi la digitale à l’intérieur dans tous les cas d’engelures.
Voici les principaux collodions employés :
% Térébenthine de Venise 12 grammes.
Huile de ricin 6 —
Collodion 30 —
(G. d’Hercourt.)
% Collodion 40 grammes.
Iode métallique . . 1 —
Badigeonnages quotidiens.
(Billroth.)
% Iodoforme 1 gramme.
Collodion 20 —
Tous ces traitements sont excellents, mais les engelures ont une durée souvent très longue et ne disparaissent qu’au printemps, malgré les efforts tentes contre elles.