‹ Formulaire thérapeutique et prophylaxie des maladies des enfantsChapitre 15 sur 367 · ALLAITEMENT NATUREL · texte numérisé non relu

ALLAITEMENT NATUREL

L’allaitement naturel par la mère ou par une nourrice commence dès le premier jour de la naissance ; l’enfant peut être mis au sein quelques heures après l’accouchement, mais il peut très bien attendre une demi-journée, une journée même, sans danger, et je blâme absolument l’habitude si répandue de lui faire prendre, en attendant la nourrice, du lait de vache ou de l’eau sucrée. De même il faut s’abstenir, pour faciliter l’expulsion du méconium, de donner le sirop de chicorée, purgatif dont on abuse généralement. Si le méconium n’est pas rendu dans les vingt-quatre ou trente-six premières heures, l’introduction d’un petit suppositoire au beurre de cacao ou d’une sonde molle enduite de glycérine suffira. Le premier jour, l’enfant ne prend, au sein, en huit ou dix fois, que 23 à 30 grammes de colostrum. Le second jour, il absorbe 100 à

150 grammes, et les jours suivants 400 à 500 grammes (40 à 50 grammes par tétée). On s’en assure en pesant l’enfant avant et après la tétée.

Dans le premier mois, la quantité moyenne de lait s’élève par jour à 600 grammes, à 700 grammes les mois suivants, à 800 ou 900 grammes à partir de cinq mois.

Le nombre des tétées doit être ramené à sept ou huit par vingt-quatre heures (six de jour, une ou deux de nuit) ; un intervalle de deux heures à deux heures et demie doit séparer les tétées du jour. La tétée dure, suivant les cas (abondance du lait, force de l’enfant), de cinq à quinze minutes; si elle se prolonge au delà, et si l’enfant vomit, on la fera plus courte (dix minutes en moyenne).

Quand l’enfant est nourri par une nourrice mercenaire, il prend, les premiers jours, plus de lait qu’il n’en aurait pris s’il avait tété le sein maternel; car la poussée, la montée du lait ne se fait pas avant le troisième jour. Au lieu de 25 à 30 grammes de mauvais lait (colostrum), il absorbe plusieurs centaines de grammes d’un lait trop riche qui ne lui convient pas encore. Il peut en résulter des vomissements, de la diarrhée, des éruptions eczémateuses ; on y remédiera en réduisant le nombre et la durée des tétées et en faisant prendre à l’enfant, après chaque tétée, quelques gouttes d’eau alcaline (Vichy, Vais).

Si la mère ou la nourrice, quoique abondamment pourvues de lait, ont un nourrisson qui ne prospère pas (la balance le prouve), il faut faire analyser le lait, voir s’il contient trop ou trop peu de caséine, trop ou trop peu de beurre et de sucre, afin d’agir en conséquence (changement de régime, changement de nourrice). Avant de changer la nourrice, on essayera de modifier la qualité du lait par un régime approprié.

Une nourriture trop animalisée, trop riche en albuminoïdes (viandes) rend le lait trop gras et moins sucré ; il faut conseiller un régime mixte, des ragoûts, des soupes de lentilles, haricots, des légumes farineux; les boissons trop alcoolisées seront interdites (alcool, vin pur) ; on donnera l’eau rougie, la bière, le cidre, suivant l’origine et les goûts de la nourrice. On écartera les aliments ou les condiments de haut goût, les oignons, 1 ail, les asperges, choux, salades, qui pourraient modifier la

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saveur du lait. On conseillera les promenades au grand air, aussi bonnes pour la nourrice que pour le nourrisson.

Si la menstruation reparaît, il n’est pas rare de voir la sécrétion lactée diminuer; faut-il changer la nourrice pour ce motif? Oui, si l’enfant est trop jeune (moins de 6 mois) et si la quantité de lait qu’il trouve au sein est insuffisante, non seulement pendant les règles, mais encore pendant la période intercalaire. Non, dans le cas contraire. Si la nourrice devient enceinte, il ne faut pas avoir peur du mauvais tait que le nourrisson est exposé à téter, ni prendre une détermination précipitée. Le lait d’une femme enceinte, quand il ne tarit pas, est aussi bon qu’avant la conception, et à coup sûr il n’est pas nuisible. Mais le sevrage, aussitôt que la grossesse est avérée, doit être préparé.

Quand la sécrétion lactée, en dehors de la grossesse et de la menstruation, devient insuffisante, avons-nous des remèdes qui permettent de la ramener à un taux normal ou suffisant?

La bière, dans certains cas, parait avoir une action galactogène, et on ne manquera pas d’y avoir recours.

Un médecin irlandais a vanté le chlorate de potasse à la dose de 3 ou 4 grammes par jour ; on peut essayer ce médicament, tout en se défiant de sa toxicité dans quelques cas.

Deux confrères argentins (E. del Area et S. Sicardi, de Buenos-Aires) ont préconisé le tasi [rnorrenia brachystephana) , plante de la famille des asclépiadées, dont on prend les feuilles ou la racine.

% Racine de tasi 30 grammes.

Eau bouillante 200 —

Prendre cette infusion par cuillerées à soupe dans les 24 heures.

On peut encore administrer une décoction de 40 grammes de fruits de tasi dans 200 grammes d’eau. Sur quinze femmes, M. del Area aurait obtenu onze résultats favorables, deux douteux, deux négatifs.

En France, on a essayé surtout le galega et l’ortie, puis le cumin, l’anis, le fenouil. Le galega a été prescrit par M"° Griniewitch, par M. Caron de la Carrière.

On peut donner l’infusion :

% Feuilles de galega . 50 grammes.

Eau bouillante. 1000 —

Sirop 100 —

Mais on préfère généralement l’extrait aqueux à la dose de 1 à 4 grammes par jonr :

% Extrait de galega 50 grammes.

Sirop simple 1 000 —

Quatre à cinq cuillerées à soupe par jour.

% Extrait de galega 0 gr. 25.

Excipient q. s.

Pour une pilule, 1 à 4 par jour.

% Extrait de galega 65 grammes.

Alcool à 60° 1 000 —

Prendre 50 à 100 gouttes de cette teinture trois à quatre fois par jour.

% Extrait d’ortie 200 grammes.

Alcool à 60° 1 000 —

250 à 500 gouttes par jour.

% Extrait d’ortie 200 grammes.

Sirop simple 1 000 —

Quatre à cinq cuillerées par jour.

Les poudres de cumin, d’anis, de fenouil, se donnent à la dose de 1 à 5 grammes par jour. Le sel marin a aussi une action galactogène.

Tous ces galactagogues agissent sans altérer la qualité du lait et sans nuire aux nourrissons.

Parmi les moyens physiques, on peut citer l’électricité faradique, le massage, les succions, le trayage.

L’allaitement naturel doit être continué jusqu’à 15 ou 18 mois ; il sera exclusif jusqu’à 8 mois ; à partir de cette date, si le besoin s’en fait sentir, on pourra adjoindre au sein une nourriture légère (lait stérilisé, œufs au lait, crème de riz, panades, racahout, farine lactée, etc., etc.).

Le sevrage sera tardif et gradué avec soin: on réduira peu à peu le nombre des tétées, et, quand l’enfant n’aura plus qu’une tétée par jour, prenant d’ailleurs une alimentation de plus en plus riche, on le sèvrera, soit en éloignant la nourrice, soit en mettant sur le bout de sein un peu de quinine.

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