PUSTULE MALIGNE
Le charbon est une maladie infectieuse produite par le Bacillus anthracis de Davaine. Maladie générale chez les ovidés [sang de rate ) et bovidés ( fièvre charbonneuse), elle est surtout locale chez l’homme et se présente comme une manifestation ulcéro-sphacélique dite pustule maligne. Cette pustule se déclare au point d’inoculation, généralement sur les parties découvertes, face, cou, mains, qu’il s’agisse d’une piqûre d’insecte (; mouche charbonneuse) ou d’une inoculation accidentelle (cornes, poils, viandes, cuir d’animaux charbonneux). Le lait des animaux charbonneux est suspect. Plus rarement il y a des manifestations intestinales [charbon intestinal) ou pulmonaires ( charbon pulmonaire).
Dans le sang on trouve des bâtonnets cylindriques de 5 ou 6 y. de long sur 1 à 1,5 y . de large; ils sont isolés ou articulés en chaînette.
La pustule maligne est unique le plus souvent ; deux ou trois jours après l’inoculation, on voit une petite tache bientôt surmontée d’une vésicule, puis une ulcération à base indurée; le lendemain ou le surlendemain, c’est une eschare jaune, puis brune et noire. Autour d’elle bourrelet œdémateux semé de
PYÉLITE ET PYÉLO-NÉPHRITE.
vésicules. Les ganglions voisins sont engorgés. Alors apparaissent les symptômes généraux, la fièvre, les vomissements, la diarrhée; l’eschare se détache vers le huitième ou neuvième jour. Traitée, la maladie peut guérir; négligée, elle entraîne souvent la mort par infection générale. Il faut traiter la pustule maligne avant la généralisation. Le diagnostic différentiel n’est pas commode parce qu’on ne s’attend pas à rencontrer la pustule maligne ; on pense à Yimpétigo, à l 'ecthyma, au furoncle , à une infection banale, voire au noma , à une piqûre d'insecte.
On se basera sur la présence d’une eschare centrale dure et noire entourée d’un bourrelet œdémateux surmonté d’une couronne de vésicules.
Au début, d’après Colin, il faudrait employer le nitrate d’argent (crayon ou solution à 1/20).
La pustule étant constituée, faut-il l’extirper au prix de délabrements considérables et de cicatrices désobligeantes? On préfère la cautérisation. La pointe du thermocautère ou l’anse galvanique peuvent servir à cet usage. Il faut brûler profondément et complètement.
On a recommandé le sublimé. Mais l’acide phénique, l’iode sont moins dangereux et non moins efficaces. On a injecté des solutions d’iode à l/oO (Verneuil). Th. Anger injecte la teinture d iode pure; Roger fait matin et soir des injections de XV à XX gouttes d’un mélange de teinture d’iode et d’eau iodurée, en trois ou quatre piqûres autour et en dehors de la zone vésiculeuse.
Après le détachement de l’eschare, on saupoudre avec l’io~ doforme. On peut faire prendre la teinture cl’iode à l’intérieur (V à X gouttes dans l’eau sucrée ou le vin de Malaga). Enfin on pourra essayer les injections de sérum sanguin d’animaux immunisés.
PYÉLITE et PYÉLO-NÉPIIRITE
La pyélitc et la pyélo-néphrite sont rares chez les enfants, car l’infection ascendante (uréthrite et cystite) qui leur donne habituellement naissance est exceptionnelle dans le jeune âge.
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Mais la pyélite peut reconnaître une origine locale, la périnéphrite, la lithiase rénale, une tumeur du rein, une maladie générale, la grippe, la malaria, etc. Elle peut être d’origine toxique (vésicatoire).
Quoi qu’il en soit, la pyélite, avec pus dans les urines, a été observée, même chez les nourrissons (enfant de 14 mois, 9 mois, 8 mois, vus par Emmet J 1 oit : Médecine infantile , 15 mai 1895, page 298). Dans ces trois cas, la guérison est survenue après plusieurs semaines de mictions troubles et purulentes.
On reconnaîtra la pyélite aiguë à la qualité des urines, qui sont acides, troubles, et laissent déposer des globules de pus au fond du verre dans lequel on les a recueillies, à la lièvre, etc. Les urines peuvent contenir de l’albumine; mais les sédiments, examinés au microscope, laissant voir des cellules épithéliales, sans cylindres rénaux, diffèrent des sédiments de la néphrite. Les cylindres n’apparaissent que quand la pyélite est compliquée de néphrite.
La cystite se distingue par les douleurs à la miction, par l’écoulement de pus ou de sang à la fin de cette miction.
TRAITEMENT
Le régime lacté sera prescrit dans tous les cas, et on poussera les bébés à boire le plus possible ; on pourra couper le lait avec une tisane diurétique, avec l’eau de Contrexéville.
Contre la fièvre, on donnera des suppositoires au chlorhydrate de quinine (15 à 30 centigrammes suivant l’âge). Si ces suppositoires ne sont pas gardés, on fera des injections souscutanées. On insistera sur ce traitement quand on soupçonnera le paludisme. Si les urines sont très acides, ce qui est habituel, on donnera des alcalins à petite dose (bicarbonate de soude ou de chaux, eau de Vichy ou de Fougues).
Emmet Ilolt a prescrit le citrate de potasse (10 à 20 centigrammes toutes les deux heures).
Bains tièdes à 34° matin et soir, pendant vingt ou trente minutes. Ce traitement suffit pour la guérison des pyélites aiguës; quant à la pyélo-néphrite chronique d’origine caleuieuse ou tuberculeuse, elle est d’une curation plus difficile.
RACHITISME
RACHITISME
Le rachitisme est une maladie de la première enfance ; rare avant six mois et après trois ans, son maximum de fréquence coïncide avec la période de la première dentition. Il se caractérise par des déformations osseuses multiples qui portent sur le crâne, la cage thoracique, les os des membres et du bassin : front bombé, chapelet costal, nouures épiphysaires, incurvations diaphysaires, cyphose, etc.
Le diagnostic est facile quand ces déformations existent : mais au début et dans les cas frustes, ce diagnostic peut être délicat. On tiendra compte de l’impotence du sujet, du retard dans la marche et dans l’apparition des premières dents, de l’absence d’occlusion de la grande fontanelle. Ces signes négatifs, cette insuffisance de développement du jeune enfant, rapprochés de l’alimentation défectueuse qu’il aura reçue (biberon, sevrage précoce, alimentation prématurée), feront reconnaître le rachitisme dans ses expressions les plus atténuées.
Des difficultés surgissent quand le rachitisme est partiel, quand la déformation ne porte que sur un os ou un membre.
S’il n’y a que la déformation vertébrale, on peut penser au mal de Pott ; mais, dans cette dernière maladie, la cyphose est anguleuse ; elle est arrondie et à grand rayon dans le rachitisme.
Si la tête est très grosse et très bombée, on peut songer à V hydrocéphalie ; mais cette maladie se caractérise par un état d’imbécillité ou d’idiotie qui manque presque toujours dans le rachitisme. L’auscultation de la grande fontanelle fait entendre, surtout chez les rachitiques, un souffle systolique exceptionnel dans l’hydrocéphalie.
Si les tibias seuls sont déformés, on peut hésiter entre la syphilis héréditaire et le rachitisme : le tibia rachitique est incurvé sur son axe en lame de sabre ; le tibia syphilitique ou tibia Lannclongue est épaissi, bosselé, déformé, sans être incurvé.
TRAITEMENT
Traitement médical. — On traite les rachitiques par l’huilcde morue, le phosphore et les phosphates calcaires, la balnéation chlorurée soclique. L’huile de foie de morue, préconisée par Bretonneau et Trousseau, a une action puissante sur le rachitisme; on s’adressera de préférence aux huiles fauves, malgré leur qualité inférieure, parce qu’elles contiennent des alcaloïdes que les huiles blanches ou blondes ne possèdent pas. On donnera l’huile à doses progressives : commençant par une cuillerée à café, on ira, si cela est possible, jusqu’à deux, trois, quatre cuillerées à soupe par jour.
La plupart des enfants digèrent bien ce médicament nauséabond ; les enfants très jeunes le vomissent parfois et ont de la diarrhée, ce qui oblige à le supprimer ou à l’associer à d’autres médicaments d’un goût plus agréable : sirop de tolu, sirop d’écorces d’oranges amères, sirop d’iodure de fer, sirop antiscorbutique. En été surtout, l’huile de foie de morue est mal tolérée, et on a essayé de la rendre agréable ou acceptable à l’aide de diverses préparations :
% Huile de foie de morue 20 grammes.
Sucre de lait porphyrisé 25
Carbonate de potasse 1
Essence de menthe VI gouttes.
Essence d’amendes amères II —
(VlGIF.lt.
On trouve dans le commerce des émulsions avec glycérine, gomme, essences, qui sont moins répugnantes et plus facilement assimilables que l’huile de foie de morue pure.
Comment agit l’huile de foie de morue dans le rachitisme? On ne le sait pas bien, mais tout porte à croire qu’elle constitue à la fois un aliment et un médicament. Elle agit par ses graisses, par l’iode, par le phosphore, par les ptomaïnes qu’elle contient; mais son action n’a rien de spécifique : c’est un reconstituant et un analeptique puissant, et rien de plus.
Quand les enfants sont trop jeunes pour absorber l’huile de foie de morue, ou quand ils la refusent, on s’adresse au phosphate de chaux, médicament tout indiqué pour suppléer à la décalcification osseuse qui caractérise le rachitisme.
RACHITISME
La forme la plus simple et la moins coûteuse est le phosphate de chaux, ou poudre d'os, qu’on peut donner sur des tartines de beurre, de confiture, ou dans une cuillerée de lait, à la dose de deux ou trois pincées par jour. Ce phosphate de chaux, peu coûteux, est, en revanche, peu assimilable.
On le remplace par le sirop de phosphate de chaux ou les solutions de chlorhydro et de lacto-phosphate de chaux (une à trois cuillerées à café par jour). On trouve aussi dans la pharmacie une solution gazeuse de phosphate de chaux qui est très acide, mais d’une conservation parfaite.
On peut associer le phosphate de chaux à l’huile de foie de morue :
% Huile de morue 120 grammes.
Eau de chaux ( ~
Sirop de lacto-phosphate calcaire )
Une à trois cuillerées par jour.
(Lewis Smith.)
Enfin il existe un lait phosphaté naturel qui peut contenir de 6 à 7 grammes de phosphate de chaux par litre, dont l’emploi se recommande aux enfants très jeunes qui n’accepteraient et ne digéreraient pas bien les autres préparations.
Le phosphore, dont Kassowitz a voulu faire un spécifique, a été introduit dans la thérapeutique du rachitisme par Trousseau, qui, lorsque les enfants étaient dégoûtés de l’huile de foie de morue, conseillait de leur donner des corps gras, lard frit, gras de jambon, beurre, graisse de volaille, etc. Et il prescrivait le mélange suivant étalé sur des tartines de pain :
% Beurre très frais 300 grammes.
Iodure de potassium 0 gr. 15.
Bromure de potassium 0 gr. 50.
Chlorure de sodiupi. 5 grammes.
Phosphore 0 gr. 01.
Cette quantité devait être prise en trois jours.
Kassowitz, qui a repris cette médication, s'en tient à des doses un peu moins fortes (1/2 à 2 milligrammes par jour, suivant l’âge).
On peut prescrire :
% Huile de foie de morue 1 litre.
Phosphore 0 gr. 10.
Une à trois cuillerées à café par jour, suivant l’àge.
ou bien
% Phosphore 0 gr. 01.
Lipanine 30 grammes.
Sucre en poudre )
Gomme en poudre j aa. . . o
Eau distillée 40
Une cuillerée à calé par jour.
(Mettenheimer.)
% Huile d’amandes douces 70 grammes.
Sucre blanc en poudre 30 —
Phosphore 0 gr. 01.
Essence de fraises II gouttes.
Une cuillerée à cale par jour.
% Huile d’amandes douces 100 grammes.
Phosphore 0 gr. 01.
Une cuillerée à café par jour.
(Kassowitz.)
Le traitement par le phosphore n’est pas dangereux, si l’on s’en tient aux doses minimes conseillées par Kassowitz : 1/2 à 1 milligramme par jour. A-t-il toute l’efficacité qu’on lui a attribuée ? Je ne lui reconnais aucune vertu spécifique, et s’il réussit dans bien des cas, il partage l’honneur du succès avec les véhicules huileux qu’on lui associe toujours.
Dans tous les cas, il ne faut pas le prescrire indéfiniment, maissuspendre pendant 10 jours après 15 jours d’administration.
Tels sont les médicaments internes du rachitisme ; ils sont excellents et d’un usage courant.
Quand les enfants sont anémiques, on se trouvera bien de l’usage du fer, et c'est le sirop d’iodure de fer que je prescris en pareil cas, à la dose de une à trois cuillerées à café par jour.
Les bains jouent un grand rôle dans la cure du rachitisme ; on a parfois prescrit les bains sulfureux, mais c’est au bain chloruré sodique qu’il faut s’adresser dans la généralité des cas. On fait prendre à l’enfant, tous les jours ou tous les deux jours, un bain tiède de dix minutes, contenant 1 kilogramme ou 2 kilogrammes de sel de cuisine. Si, après quelques bains, l’enfant a de l’érythème, de la dermite eczématiforme, on diminue la dose de sel, ou bien on la mitige de la façon
suivante :
% Sel marin 1000 grammes.
Carbonate de soude . 100 —
Amidon 500 —
Pour un bain.
RACHITISME
On peut remplacer les bains salés simples par les bains d’eaux mères de Salies-de-Béarn.
Si le bain salé à domicile est efficace, il l’est moins que le bain salé naturel de Salies-de-Béarn, de Salins, Briscous, et généralement de toutes les stations chlorurées sodiques fortes. Les rachitiques se trouvent merveilleusement bien de ces cures salines, qui n’ont de rivales que le bain de mer et le séjour sur les bords de la mer.
Les stations de Berck-sur-Mer, Pen-Bron, Arcachon, Hendaye, Banyuls-sur-Mer, Giens et autres sanatoria maritimes, guérissent tous les ans des centaines de rachitiques, et le traitement maritime mérite de figurer au premier rang des méthodes curatives de la maladie.
En Italie, où les sanatoria et instituts rachitiques abondent, on a proposé de traiter la maladie par l’électricité : galvanisation, faradisation, bains électriques (Tedeschi, Bonadei, Saoretti Claudio). Sans doute la galvanisation de la colonne vertébrale peut être utile ; mais l’électrisation me parait propre à combattre surtout les inerties et atrophies musculaires qui accompagnent certains cas de rachitisme; c’est un agent utile, ce n’est pas une méthode générale de traitement.
Parmi les autres agents physiques applicables à la généralité des malades, il faut citer le massage et les frictions sèches ou stimulantes.
Hygiène thérapeutique. — L’hygiène offre à la thérapeutique proprement dite un puissant concours dans la cure du rachitisme. Elle peut même suffire dans les cas légers, ébauchés, voire dans les cas d’intensité moyenne. Le grand air, la vie à la campagne, le séjour sur les plages du Nord, les bains de soleil et de sable sont d’une efficacité incontestable, en tonifiant le malade, en améliorant sa nutrition générale. On a vu, par le seul fait du séjour sur les bords de la mer, les déformations osseuses se redresser spontanément, la taille s’accroître, le poids augmenter dans des proportions inespérées. Même dans les formes graves, avec impotence absolue, le séjour au grand air est indiqué, dut-on rouler les enfants sur de petites voitures.
L’hygiène alimentaire sera très surveillée : beaucoup d’enfants sont polyphagiques ; on les rationnera, on les privera de
boisson en dehors des repas. L’alimentation sera riche en azote et en phosphates : les œufs, les soupes, les panades, les légumes secs. Le pain de froment entier, avec le son, sera préféré au pain blanc ordinaire. Les lentilles, les haricots en purée contiennent beaucoup de phosphate de chaux assimilable, on ne l’oubliera pas. Ce régime végétarien convient mieux aux rachitiques que la viande, dont on devra user modérément dans la première enfance.
A la période de ramollissement du squelette, les enfants devront coucher sur des matelas durs, sur le crin, la fougère ou le varech.
Traitement chirurgical. — Si les moyens hygiéniques et pharmaceutiques ont échoué, et ces échecs ne s’observent que dans les formes très graves, la chirurgie et l’orthopédie vont intervenir. C’est surtout pour le redressement du <jenu valgum qu’on fait appel au chirurgien.
Chez les enfants tout jeunes, la réduction manuelle sous le chloroforme peut réussir, mais elle expose aux fractures. On maintient ensuite le membre à l’aide de coussins et d’attelles.
Cette méthode n’est généralement pas applicable, et le redressement brusque, avec appareil (Robin), est plus sûr. On fait ainsi une rupture osseuse et ligamenteuse à l’abri de l’air, et le résultat est généralement favorable. On complète l’action chirurgicale par l’application d’appareils orthopédiques qui maintiennent le redressement obtenu.
Cette ostéoclasie, avec ou sans ostéotomie cunéiforme, est aussi indiquée dans les cas d’incurvations extrêmes qui gênent la marche, raccourcissent un membre, causent une claudication exagérée 1.
L’ostéotomie linéaire ou cunéiforme s’impose dans les grandes incurvations du tibia.
Enfin l’orthopédie a pour but de protéger et de redresser les membres à l’aide de bottines spéciales et de tuteurs métalliques plus ou moins compliqués, qu’on ne doit appliquer qu’à
L’appareil V. Robin (de Lyon) permet de fracturer les os exactement au point déterminé, et de produire des fractures sous-périostées qui se consolident rapidement. L’ostéoclasie ainsi faite est sans danger. Pour obtenir un bon résultat, il ne faut pas faire le redressement immédiat, mais placer le membre dans un appareil plâtré avec sa position vicieuse. Au bout de trois ou quatre jours, on applique un nouvel appareil après redressement complet.
RACHITISME
bon escient \ Contre la scoliose rachitique, on agira par les corsets orthopédiques, la gymnastique suédoise, les douches, l’électrisation.