Voir la Thèse de Damain. Paris
Les enfants ne savent pas se gargariser et il faut les soumettre à des irrigations abondantes, mais peu toxiques (eau boriquée à 2 ou 3 p. 100, eau bouillie), qui, répétées trois ou quatre fois par jour, détergent, nettoient et rendent suffisamment aseptiques les muqueuses visées.
A ces irrigations, remplacées chez les enfants trop jeunes ou trop indociles par des pulvérisations, on ajoutera des badigeonnages de la gorge avec un tampon de coton hydrophile imbibé de glycérine boriquée (trois ou quatre fois par jour), des instillations dans les fosses nasales avec quelques gouttes d’huile de vaseline boriquée. Grancher introduit dans les narines des tampons d’ouate imbibés de vaseline boriquée. Chaque enfant aura sa canule particulière.
On lavera tous les jours, matin et soir, la vulve avec de l’eau boriquée tiède.
Régime lacté , repos au lit, antisepsie de la gorge; grâce à ce traitement, sur trente-cinq malades, un seul a succombé par tuberculose généralisée, tous les autres ont guéri sans complication.
Pour compléter l’antisepsie des premières voies, on se trouvera bien du calomel donné à la dose de S centigrammes, trois à cinq fois par jour.
Combien de temps un scarlatineux doit-il être maintenu au lit et à la chambre ?
11 faut condamner les malades à un décubitus prolongé, même dans les formes normales et bénignes ; on doit exiger, dans tous les cas, trois semaines de lit et six semaines de chambre.
La première sortie n’aura pas lieu avant quarante jours; et encore, s’il fait froid, s’il pleut, s’il fait du vent, on ajournera la promenade, dût-on aller jusqu’au cinquantième ou soixantième jour. 11 est imprudent d’agir autrement et pour le malade lui-même, qui s’exposerait à des accidents (anasarque, néphrite), et pour les personnes saines, qui pourraient être contagionnées par un convalescent portant sur lui des germes virulents.
B. Traitement proprement dit de la scarlatine. — Aux mesures surtout hygiéniques que je viens de passer en revue, il
SCARLATINE
est bon d’ajouter quelques médications plus énergiques, quand l’indication s’en fait sentir.
1° La fièvre, presque toujours vive dans la scarlatine, atteignant et dépassant souvent 40°, inspire parfois des inquiétudes par son intensité et par sa continuité. Lorsqu’elle coïncide avec une agitation marquée, avec une insomnie rebelle, avec un délire notable, elle doit être combattue résolument.
On attaque l’hyperthermie scarlatineuse, comme celle de toutes les maladies infectieuses, par deux sortes d’agents thérapeutiques : A, les antipyrétiques 'pharmaceutiques ;B, les moyens externes et surtout V hydrothérapie froide.
A. Les antipyrétiques de la matière médicale, ne l’oublions pas, sont tous des agents plus ou moins toxiques, de véritables poisons dont il ne faut user qu’à bon escient. En principe, il faut prescrire des doses modérées qui, si elles agissent moins promptement, menacent moins le rein, le cœur, le poumon, que les doses fortes. Jacobi s’élève contre les antipyrétiques. Parmi les antithermiques, le meilleur et le moins nocif est la quinine ; c’est à elle qu’il faut songer tout d’abord.
On donnera le sulfate, le chlorhydrate, le chlorhydrosulfate de quinine à la dose de 0^,20, 0°r,30, 0^* ,50 , 0®r,60 , 1 gramme chez l’adulte; chez l’enfant on peut donner presque les mêmes doses, car il tolère bien la quinine.
Au premier, la quinine se donnera en cachet; au second, en potion édulcorée avec l’extrait ou le jus de réglisse, en suppositoire. On prescrira, par exemple, pour un enfant de cinq ans, un suppositoire tous les soirs avec :
% Beurre de cacao 2 grammes.
Sel de quinine 0 gr. 30.
Pour un suppositoire.
Après la quinine on a conseillé d’avoir recours à X antipyrine, qu’on peut donner aussi en cachet, en potion sucrée, en suppositoire, à la dose de 0gr,50, 1, 2 grammes par jour.
R. Blache prescrit :
% Antipyrine 1 à 2 grammes.
Sirop de cerises 30 grammes.
Eau distillée 100 —
F. s. a. Potion.
C’est un antithermique sûr, un antinervin, un analgésique, qui peut être utile dans quelques cas et qu’on doit conservera cause de sa faible toxicité.
Quelques médecins ont donné Yacide salicyliquc et le salicylate de soude , auxquels on fera des critiques justifiées.
Dans la scarlatine, il faut avant tout veiller à l’intégrité du rein; or l'acide salicylique et ses sels menacent cette intégrité déjà faible ou suspecte du fait même de la maladie. Le rein des scarlatineux n’est pas fait pour éliminer l’acide salicylique.
Si l’on en prescrit, il faudra avoir soin d’examiner l’urine matin et soir pour s’arrêter au premier louche.
Ces réserves faites, on peut donner, à l’exemple de R. Blache, 0&r,25 à 0sr,50 de salicylate de soude dans 30 grammes de lait chaud et sucré, pour un enfant; on doublera, on triplera la dose pour un adulte.
Mais ce que je ne puis conseiller, c’est de donner systématiquement, comme le veut Chakhovskoï, le salicylate de soude ou l’acide salicylique à tous les scarlatineux :
% Salicylate de soude 8 grammes.
Eau 200 —
Dissolvez.
ou bien :
% Acide salicylique 1 gramme.
Sirop d’écorces d’oranges 30 —
Eau distillée chaude 200 —
F. s. a. Potion. — Une cuillerée à café ou à soupe par heure, suivant l’âge.
D’après lui, sous l’influence de ce médicament, la scarlatine maligne deviendrait bénigne, plus courte, et la température serait abaissée. Jacobi attend qu’il y ait des douleurs articulaires pour donner le salicylate de soude. J’aimerais mieux, à cause de son innocuité, Yacétate d’ ammoniaque prescrit par Vidal (d’Hyères), qui a donné 1 gramme par année d’âge, dès le début, à tous les petits scarlatineux; ce médicament, d’après lui, abaisserait la température.
La digitale, tonique du cœur et diurétique, a été prescrite aussi dans la scarlatine comme antithermique ; elle semble agir sur les centres régulateurs de la chaleur. On la donnera à dose modérée (5 à 10 centigrammes de poudre en infusion ou macé-
SCA U LATINE.
ration, X gouttes de teinture, 4 à 5 grammes de sirop), s’il s’agit d’un enfant.
B. L 'hydrothérapie n’est pas passible des mêmes objections que les antithermiques chimiques. Elle agit à l’extérieur, à la surface, sur la peau qu’elle refroidit, sur les extrémités nerveuses qu’elle excite, sur le pouls qu’elle ralentit, sur la dyspnée qu’elle modère, sur la sécrétion rénale qu’elle active, sur l’agitation et le délire qu’elle abat. C’est un agent de premier ordre.
Comment emploie-t-on l’eau froide dans la scarlatine? — Sous forme de lotions, d’affusions, d’enveloppements humides, de bains.
Currie, à la fin du siècle dernier (1798), ayant guéri ses deux fils atteints de scarlatine maligne par les affusions froides, soumit plus de cent cinquante malades à cette thérapeutique nouvelle alors et risquée; il avait parfaitement saisi les indications de l’eau froide, Y hyperthermie et les accidents nerveux (délire, convulsions, etc.). Voici comment il procédait : le malade était porté tout nu dans une baignoire où il recevait plusieurs seaux d’eau aussi froide que possible, et les affusions étaient répétées toutes les heures. Trousseau adopta cette pratique.
Caron (d’Annecy) se servait d’un gros goupillon pour asperger ses malades; d’autres ont eu recours à l’éponge. Mais le principe est toujours le même.
Horn faisait des allusions froides sur la tête, le scarlatineux étant plongé dans un bain tiède.
Avec Brand, Jurgensen, Bartels, Liebermeister, Colin, apparait le bain froid (18° à 25°), donné systématiquement chaque fois que la température monte à 39°, S.
Priessnitz fait envelopper les malades jour et nuit dans un drap mouillé.
Jackson fait tenir des sachets de glace dans la bouche.
On a reproché à l’eau froide de faire rentrer l’éruplion; elle la ranime plutôt. Mais les bénéfices de l’eau froide sont passagers; il faut l’employer plusieurs fois par jour, parfois toutes les heures.
Dans un cas de scarlatine maligne avec anurie, les bains froids appliqués par | Juhel-Rénoy ont sauvé un enfant de
3 ans et demi qui avait do l’hyperthermie, du délire, des convulsions, du coma. Le premier bain fut donné à 25°, avec eau froide à 16° sur la tète; l'enfant frissonne après six minutes et sort du bain, qui n’avait plus alors que 22°. Le cours des urines se rétablit et le coma disparut.
1° Les bains froids sont contre-indiqués par l’asphyxie, la tendance au collapsus; les bains tièdes (30°) sont alors préférables.
On pourrait encore avoir recours aux bains tièdes progressivement refroidis. *
2° Quand il y a tendance à V abattement et au collapsus, il faut insister sur les toniques du cœur (digitale, caféine), sur les stimulants diffusibles, sur les inhalations d' oxygène, sur les frictions stimulantes avec l'alcool camphré.
On pourra prescrire :
% Teinture de digitale XV gouttes.
Oxymel scillitique 15 grammes.
Sirop simple 45
Eau de laitue 90
F. s. a. Potion. — Une cuillerée à café de deux en deux heures.
(H. Roger.)
% Carbonate d’ammoniaque 1 gramme.
Eau de menthe 5 —
Eau de tilleul 20
Sirop 15 —
F. s. a. Potion. — Donner quatre à six cuillerées à café par jour.
(Descroizilles.)
Y. Massini conseille les inhalations d'oxygène pendant quinze minutes toutes les demi-heures, toutes les heures ou toutes les deux heures, suivant les cas.
L 'eau oxygénée peut également être prescrite.
3° S’il y a agitation, tendance au délire, à l 'ataxie, il faut donner les calmants du système nerveux, le bromure de potassium, le ckloral, le musc, le chloroforme.
% Hydrate de chloral . .
Bromure de potassium Teinture de musc. . .
Sirop de menthe . . .
Eau distillée
0 gr. 50.
0 gr. 50.
X gouttes.
30 grammes.
F. s. a. Potion. — Une cuillerée à café d’heure en heure.
En même temps, on insistera sur la balnéation froide.
SCARLATINE
4° Si Y éruption sort mal, on la favorisera à l’aide des tisanes chaudes, des infusions de bourrache, de la potion suivante qu’Archambault prescrivait volontiers :
% Eau de fleurs de sureau 120 grammes.
Esprit de Mindererus 3 —
Vin d’antimoine 2 —
Sirop de framboises 15 —
F. s. a. Potion. — Une cuillerée de deux en deux heures.
On peut aussi activer l’éruption, quand- il y a des accidents cérébraux, par des frictions avec une ilanellc imbibée d’alcool camphré, de baume de Fioravanti, par des bains ou des cataplasmes sinapisés, etc.
Quand l’éruption est livide, quand les extrémités sont froides, Schœnlein fait des affusions chaudes avec de l’eau à 40°, qu’il fait tomber de 2 ou 3 mètres sur le malade; on l’enveloppe ensuite et on le met dans un lit bassiné. Un bain chaud peut aussi se prescrire.