TUMEUR ADÉNOÏDE DU PHARYNX NASAL
Le tissu adénoïde de l’arrière-cavité des fosses nasales s’hypertrophie fréquemment dans la seconde enfance, quelquefois même chez les enfants du premier âge (Lubet-Barbon). Ces végétations obstruent l’orifice postérieur des narines, empiètent sur les trompes d’Eustache, et peuvent causer des désordres fonctionnels sérieux : dyspnée, surdité, otalgie. Quant on voit un enfant qui dort la bouche ouverte, qui ne peut respirer librement par le nez, qui a les yeux saillants, l’air hébété, on pense aux végétations adénoïdes. Mais l’examen direct seul permet de faire le diagnostic : le doigt introduit dans le pharynx rencontre, au-dessus du voile du palais une masse molle, friable, qui tapisse la voûte du pharynx. A l’aide de la rhinoscopie postérieure (miroir), on voit cette masse et on en saisit mieux la grosseur et les limites.
Le Dr Dieulafoy ayant inoculé aux cobayes des fragments de végétations adénoïdes et d’amygdales enlevées à des enfants sains en apparence, a obtenu la tuberculose dans une proportion inquiétante. Mais M. Cornil, par l’histologie et la bactériologie, a montré que la tuberculose était exceptionnelle dans ces tumeurs, et que les inoculations aux animaux ne suffisaient pas. Les adénoïdiens sont bien des lymphatiques, mais non pas des tuberculeux.
TRAITEMENT
Un traitement général sera institué contre le tempérament scrofuleux souvent en cause : huile de morue, bains de mer, eaux sulfureuses, la Bourboule. Localement, on sera autorisé
à intervenir si l’enfant a de l’otorrhée ou devient sourd. S’il n’a que du ronflement nocturne, il est permis de compter sur la résolution ou l’amélioration par les agents médicaux; quelquefois môme l’ablation des amygdales met un terme aux accidents. On a peut-être trop de tendance aujourd’hui à juger l’amygdalotomie insuffisante et à recourir d’emblée à l’extirpation des végétations adénoïdes.
Le Dr Marage a obtenu des succès en touchant les végétations à l’aide d’un tampon d’ouate imbibé de résorcine et eau (parties égales). Six ou dix séances faites tous les deux ou trois jours seraient nécessaires.
Trois procédés ont été mis en œuvre :
1° Écrasement avec le doigt : on se met derrière l’enfant, on fixe sa tête renversée de la main gauche, et avec l’index droit muni d’un anneau métallique, on va à la recherche du tissu adénoïde, que l’on écrase et que l’on arrache. Cette méthode est aveugle et imparfaite; elle exige plusieurs séances; elle expose aux hémorragies, aux accidents inflammatoires.
2° Cautérisation avec le galvanocautère : cette méthode est d’un maniement délicat et exige plusieurs séances.
3° Ablation avec des pinces spéciales à longues branches et à coudure terminale : ce procédé, adopté par les spécialistes, exige l’anesthésie avec le bromure d’éthyle. Il faut, dans toute opération de ce genre, faire de fréquents lavages antiseptiques de la gorge et des fosses nasales (eau boriquée à 2 p. 100, salicylée à 2 p. 1 000). L’enfant, après l’opération, gardera la chambre et ne sera nourri qu’avec des liquides (lait, bouillon).
A la suite de l’opération plus ou moins complète, on fera bien d’envoyer les enfants faire une cure aux eaux sulfureuses résolutives de Challes, Uriage, Luchon, Saint-Honoré, Enghien, ou aux eaux arsenicales de la Bourboule et du Mont-Dore.
Caslex, ayant suivi des enfants opérés pour des végétations adénoïdes, a pu constater que le taux de la croissance était doublé ou triplé après l'extirpation.