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DIARRHÉE DES ENFANTS NOURRIS EXCLUSIVEMENT AU SEIN

Les enfants élevés au sein de leur mère ou d’une nourrice n’ont que très rarement la diarrhée, et cette diarrhée est d’ordinaire peu grave.

La diarrhée peut dépendre de l’abondance du lait, de la fréquence trop grande des tétées, de la qualité du lait (régime défectueux de la nourrice, abus des spiritueux, des aliments indigestes, des choux, menstruation). Quelquefois le lait de la nourrice, sans qu’on sache pourquoi, ne convient pas à l’enfant et le changement de nourrice s’impose.

Pour traiter cette variété de diarrhée, on en cherchera la cause et on y remédiera de la façon suivante :

Si les tétées sont trop rapprochées, si l’enfant prend trop de lait, s’il a des régurgitations fréquentes, on prescrira 7 ou 8 tétées seulement en 24 heures ainsi réparties : 6 dans la journée (toutes les deux heures ou toutes les deux heures et demie), 2 dans la nuit. Si, malgré la réglementation des tétées, le lait est niai digéré, soit parce qu’il est trop vieux, soit pour une autre cause, on essaiera du moyen suivant : après chaque tétée, on fera prendre à l’enfant, à l’aide d’une petite cuiller, quelques gouttes d’eau de chaux, d’eau de Vichy (Célestins, Uauterive) ou d’eau de Vais (Saint-Jean).

On veillera sur le régime de la nourrice, on recommandera les promenades au grand air; si la nourrice vient à être

réglée, cl si la diarrhée de l’enfant ne cède pas, on changera de nourrice.

En résumé, pour la diarrhée des nourrissons allaités naturellement, peu ou pas de médicaments, traitement hygiénique.

2“ DIARRHÉE DES ENFANTS SOUMIS A L’ALLAITEMENT ARTIFICIEL OU MIXTE, ALIMENTÉS PRÉMATURÉMENT, ETC.

Quand l’enfant reçoit une alimentation autre que le lait de femme, il est exposé continuellement à la diarrhée, à cause de la digestibilité imparfaite de l’aliment qu’il reçoit, de son impureté, de l’impureté desustensiles qui servent à l’allaitement.

Non seulement il est exposé à l’indigestion, mais encore il court le risque d’être infecté ; nous avons alors deux sortes de diarrhée : diarrhée simple ou lientérique, diarrhée infectieuse.

A. Diarrhée simple. — Lientérie. — Un enfant est nourri au biberon, avec du lait de vache ; il est tenu proprement, son biberon est passablement nettoyé, le lait est donné pur et bouilli. Cet enfant, tout en ayant les apparences de la santé, a fréquemment la diarrhée; ses selles sont grises, vertes parfois, non homogènes, mêlées de grumeaux de lait non digéré : il a une diarrhée lientérique.

On essaiera de faciliter les digestions en coupant le lait, si l’enfant est trop jeune pour digérer le lait pur; on prendra l’eau bouillie, sucrée avec la saccharose ou mieux la lactose, et on l’ajoutera dans la proportion d’un tiers ou d’un quart dans le lait de l’enfant. On s’assurera que l’enfant ne prend pas une trop grande quantité de lait, qu’il n’a pas constamment le biberon à la bouche. On réglera les prises de lait comme dans l’allaitement naturel (7 à 8 par jour). Si le lait ordinaire ne réussit pas, on prescrira le lait stérilisé, ou même le lait stérilisé humanisé, c’est-à-dire dépouillé d’une partie de sa caséine. Chez les enfants très jeunes, le lait d’ànesse est parfois excellent, à titre prophylactique et curatif de la diarrhée.

Pour ce qui est des médicaments, on donnera l’eau de chaux ou l’eau de Vichy mêlée au lait, dans la proportion de 2 ou 3 cuillerées à soupe par jour.

Si la diarrhée devenait un peu trop abondante, on prescri-

DIARRHÉE

rait le sirop de saccharate de chaux, qui conlient une partie d’eau de chaux pour deux de sucre : deux ou trois cuillerées à café dans du lait.

On pourrait également donner le ous-nitrate de bismuth, à la dose de 1 gramme, par prises de 10 à 15 centigrammes dans une cuillerée à café de lait; la craie préparée aux mômes doses. Si la diarrhée ne cédait pas, si elle devenait verte et fétide, on agirait comme je vais dire.

B. Diarrhée verte. — Diarrhée infectieuse. — Les jeunes enfants mal nourris sont très exposés à la diarrhée infectieuse, qui leur fait courir de réels dangers. Les selles deviennent vertes, fétides, très fréquentes ; un élément infectieux s’est ajouté à l’élément dyspeptique. L’hygiène ne suffit pas, une véritable thérapeutique s’impose. Dans la diarrhée verte, on a trouvé un microbe (Damaschino, Clado, Lesage) allongé, qui se cultive, sécrète une matière colorante, et reproduit la maladie chez les animaux auxquels on le fait ingérer. Ce microbe n’est autre que le colibacille.

Il ne faut pas confondre cette diarrhée verte bacillaire avec la diarrhée verte bilieuse qu’on observe assez souvent, même chez les enfants nourris au sein, et qui n’a pas de gravité.

Quand l’enfant est atteint de diarrhée verte, deux indications principales se présentent : changer l' alimentation , agir directement sur la diarrhée.

Tout le monde est d’accord pour mettre les enfants à une diète relative, sinon absolue. Quelques-uns vont même jusqu’à la diète absolue et ne donnent que de l’eau stérilisée (diète hydrique de Luton). M. Rémy (Nancy) donne l'eau de Soultzmatt.

On ne se bornera pas dans les cas graves à couper le lait d’eau de riz, d’eau de chaux; à donner la décoction blanche de Sydenham, l’eau albumineuse. On prescrira la diète hydrique absolue pendant 12 ou 24 heures.

L’enfant, épuisé et desséché par les pertes qu’il subit, a très soif : il faut lui donner souvent à boire.

On veillera sur la pureté des liquides employés : lait stérilisé, eau stérilisée, etc. Les vases, biberons, cuillers, seront toujours lavés à l’eau bouillie.

M. llaycm conseille, à litre de remède curatif, et quasi spécifique, l’acide lactique, qu’on peut prescrire ainsi :

% Acide lactique 2 grammes-

Sirop de framboises 30 —

Eau distillée d 00

Par cuillerées à café dans les 24 heures, pour les enfants de 3 à 12 mois.

Si ce traitement échoue, on aura recours aux suivants :

% Acide chlorhydrique. . 0 gr. 25.

Sirop de gomme 30 grammes.

Eau distillée 100 —

Par cuillerées à café de deux en deux heures.

% Salicylate de bismuth 2 grammes.

Eau de chaux 60 —

Sirop de grande consolide 40 —

Par cuillerées à café d’heure en heure.

% Extrait de ratanhia 1 gramme.

Élixir parégorique X gouttes.

Eau de riz 40 grammes.

Sirop de coings 30 —

Par cuillerées à café d’heure en heure.

% Extrait de bois de campêche 4 grammes.

Teinture de cachou 8 —

Sirop simple 10 —

Eau de fenouil 35 —

Une cuillerée à café trois fois par jour.

(West.)

% Sous-nitrate de bismuth 2 grammes.

Laudanum de Sydenham 1 goutte.

Cognac 10 grammes.

Sirop de ratanhia 30 —

Eau bouillie 30

Agiter avant de s’en servir et donner par cuillerées à café de demi-heure en demi-heure.

% Eau de menthe 40 grammes.

Eau de chaux 20 —

Sirop de cachou 25 —

Laudanum de Sydenham I goutte.

Par cuillerées à café d’heure en heure.

(Archambault.)

Saint-Philippe conseille l’antipyrine :

% Antipyrine 0 gr. 50.

Sirop de Heurs d’oranger 50 grammes.

Eau de tilleul 20 —

5 à 6 cuillerées à café par jour.

On peut donner la résorcine à la même dose.

DIARRHÉE

Si la diarrhée ne cède pas, on essaiera le dermatol (sousgallate de bismuth) :

% Dermatol 0 gr. 25.

Julep gommeux GO grammes.

Une cuillerée à café toutes les deux heures.

Ou le salol, le bétol, le benzo-naphtol, et généralement tous les antiseptiques intestinaux usités :

% Salol 0 gr. 50.

Sucre en poudre 5 grammes.

Faire dix paquets, un toutes les heures dans une cuillerée à café de lait.

On prescrira de même le bétol et le benzo-naphtol; de un à deux ans, on portera la dose quotidienne à 1 gramme. On donnera aussi le calomel, à la dose de 5 centigrammes, répétée 2 ou 3 fois par jour, suivant l’âge de l’enfant et l’intensité du cas.

On a donné avec succès le Tannigène (tannin acétylé) et la Tannalbine (tannate d’albumine) à la dose de 1 à 2 grammes par jour suivant l’âge, par paquets de 20 à 50 centigrammes délayés dans une cuillerée de lait, d’eau sucrée, de miel, de sirop, etc.

Si la diarrhée ne s’arrête pas, on prescrira le lavement suivant :

% Eau de chaux 20 grammes.

Eau de riz 60 —

Laudanum I goutte.

En cas d’algidité, on fera des frictions stimulantes, on donnera des bains sinapisés, on fera prendre quelques cuillerées à café de grog, de thé au rhum, etc.

Les enfants atteints de diarrhée infectieuse seront isolés des autres enfants; leurs selles seront recueillies dans des bassins contenant une solution de sublimé à 1 p. 1 000. Les linges souillés seront plongés dans la même solution. On lavera les enfants avec soin, dut-on pour cela les plonger dans un bain tiède boriqué, comme le veut i\I. Ollivier (de Juvigny). Ce médecin recommande de changer l’enfant de chambre, de linge, de lit même. On ne saurait être trop propre.

De la diarrhée verte infectieuse à la diarrhée cholériforme il n’y a qu’un pas, souvent franchi dans la saison chaude, dans

les villes où les enfants élevés artificiellement n’ont qu’un lait suspect, altéré par les fermentations naturelles et les mélanges frauduleux. La description du choléra infantile vient donc tout naturellement après celle de la diarrhée verte.

C. Diarrhée cholériforme. — Sous le nom de diarrhée cholériforme, d’entérite cholériforme, de choléra infantile , on désigne une variété de diarrhée infectieuse extrêmement grave, observée surtout pendant les chaleurs de l’été, chez les enfants jeunes (moins de deux ans le plus souvent), qui sont mal nourris ou tout au moins qui sont privés totalement ou partiellement du sein. L’agent infectieux de cette diarrhée, qui rappelle le choléra, serait, pour les uns, un microbe spécial (Lesage) sécrétant une toxine analogue à celle du bacille virgule, et pour les autres le bacterium coli commune devenu virulent.

On reconnaît le choléra infantile à la profusion des selles et des vomissements, à la prostration, à l’amaigrissement rapide, à l’algidité qui en résultent. L’enfant a le nez effilé, les traits tirés, ses yeux se cavent, son cri s’éteint, et il ne tarde pas à succomber.

On a, en un mot, le tableau du choléra. L’absence d’épidémie cholérique permet seule d’éliminer le choléra asiatique. Il en est du choléra infantile comme du choléra nostras de l’adulte : ressemblance parfaite avec le choléra indien.

Le traitement sera prompt et énergique.

On commencera par instituer la diète hydrique ou lactée mitigée :

Eau distillée pure, ou bien lait stérilisé coupé d’eau de riz, décoction blanche de Sydenham ; eau albumineuse, bouillon de poulet dégraissé ; le tout glacé, pour combattre les vomissements. Si ceux-ci persistent, on donne la potion de Rivière.

On pourra additionner chaque gorgée de liquide de quelques gouttes de cognac ou de rhum.

On prescrira par exemple comme unique boisson :

% Décoction blanche de Sydenham 500 grammes.

Sirop de coings 30 —

Cognac ou rhum 20 —

Donner par cuillerées, suivant les besoins et les cris de l’enfant.

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