PARIS AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE 28, RUE SERPENTE, VI
af
er
LRO e. -
Le
LS
AT
Les '
st
ut
He ts.
a se
Ur ee. £ 28)
ru Er
En présence des magnifiques découvertes de Mammifères tertiaires faites en Patagonie par les savants de la République argentine, M. André Tournouër a eu la pensée patriotique que notre pays pourrait en avoir sa part. Le Directeur du Musée de Buenos-Aires, M. Florentino Ameghino, se rappelant les rapports affectueux qu'il avait eus avec nous dans sa jeunesse, quand il travaillait au Muséum de Paris, a fourni avec la plus grande libéralité à M. Tournouër des renseignements sur les gisements des fossiles de la Patagonie. M. Tournouër a montré un désintéressement incomparable ; malgré de dures ‘privations, dans des régions éloignées de toute habitation, il a entrepris cinq fois différentes des fouilles en Patagonie, et il vient de repartir pour une sixième exploration : peu de voyageurs ont offert un pareil exemple de persévérance dans leurs recherches. Il a donné au Muséum de Paris des monceaux de fossiles.
Tous ceux qui aiment en artistes et en philosophes la vieille nature comprendront le plaisir que nous avons eu à contempler ces trésors paléontologiques. Quand notre première admiration a été satisfaite, il a fallu penser à fixer leur place dans la série des êtres et le rang qu'ils doivent occuper dans une galerie, classée suivant les âges du monde. Je ne suis plus chargé de déterminer les collections du Muséum ; mais il m'est doux d’aider à mon tour dans sa vaste besogne mon dévoué ami M. Marcellin Boule, qui longtemps m'a tant aidé pour l’arrangement de notre galerie de paléontologie. Je lui ai donc proposé de classer avec M. André Tournouër les collections que notre vaillant voyageur a réunies.
A l'exception des couches les plus anciennes du Cerro Negro et de Casamayor, les terrains tertiaires de Patagonie renferment des animaux absolument différents des nôtres. Quoique j'aie passé une partie de ma vie à marquer les stades d'évolution des fossiles de l'hémisphère boréal et à deviner, d’après ces stades, leur âge géologique, je ne peux tirer que de faibles profits de mes recherches antérieures. J'avais étudié passablement les Pachydermes à doigts pairs, les Ruminants, les Chevaux et leurs prédécesseurs, les Proboscidiens, les Carnivores placentaires qui ont joué un si grand rôle dans nos campagnes tertiaires : or M. Tournouër n’a rapporté ni Pachydermes à doigts pairs, ni Ruminants, ni Chevaux, ni Proboscidiens, ni Hyènes, ni Ours, ni Chiens, ni Chats ou bêtes en voie de le devenir. Mais il a recueilli une quantité d'animaux dont plusieurs
ressemblent si peu aux nôtres que nous ne savons à quels ordres ils appartiennent et quel âge leur état d'évolution indique. Par exemple, comment deviner que Pyrotherium, avec une dentition et des pieds de derrière assez semblables au type proboscidien, avait des avant-bras si courts qu’au lieu de tenir la tête haute comme l'Éléphant, il tenait la tête tournée vers le sol ? Quand on voit la dentition de Vesodon et de Colpodon, on ne s'attend pas à leur trouver des membres disposés pour saisir ainsi que ceux de plusieurs Carnivores et Rongeurs. Les dents surtout sont une cause de difficultés ; car, si elles s’éloignent de celles des bêtes de nos pays, elles présentent entre elles de singulières transitions.
Ces difficultés m'ont frappé surtout en comparant un grand nombre de genres qui ont cela de commun que leurs molaires inférieures ont des croissants simples. Malgré les travaux de paléontologistes éminents, Richard Owen, Flower, Burmeister et plus récemment MM. Ameghino, Moreno, Lydekker, Roth, Mercerat, leur détermination m'a parfois tant embarrassé que, pour les comprendre, j'ai dû prendre des croquis où j'ai mis en relief leurs traits essentiels. Comme ces croquis me sont utiles, je pense qu'ils pourront l'être à quelques personnes, et cela m'engage à les publier.
Les dessins ont été faits d’une manière schématique, d'après mes croquis, par l’habile artiste du Laboratoire de Paléontologie, M. Papoint. J'ai été obligé de donner des figures théoriques, empruntées quelquefois à divers échantillons, parce que la plupart des dents présentent la particularité que les contournements de leurs lames sont complets seulement près du sommet des couronnes : ils changent et s’effacent, quand les dents ont fonctionné, de sorte que leur disposition devient méconnaissable. Je donne d’ailleurs l'indication des pièces d’après lesquelles les figures ont été faites ; ainsi les paléontologistes pourront vérifier mes interprétations et les rectifier, s’il y a lieu. Les figures, à moins d’avis contraire, ont été prises sur des échantillons recueillis dans les terrains tertiaires de la Patagonie par M. André Tournouër et offerts par lui à la Galerie de Paléontologie du Jardin des Plantes. On reconnaîtra dans les collections les pièces que j'ai figurées, parce que chacune d'elles porte sur une étiquette isolée le mot figuré. Lorsque, dans une figure, on a rapproché des dents qui ont été trouvées isolées, et pour lesquelles par conséquent on peut avoir des doutes, j'en fais mention.
Toutes les mâchoires sont dessinées du côté gauche, dans la même position, autant que possible de même grandeur et au même degré d'usure pour faciliter leur comparaison. Je marque | i., 2i., 8i., les incisives; c. les canines : | p., 2p., 3 p., 4 p. les prémolaires ; | à., 2a., 8 a. les arrière-molaires. Comme la re arrièremolaire, poussant beaucoup plus tôt que la dernière, est entamée par l'usure, avant que celle-ci soit complètement sortie, la dent du milieu, c’est à dire la 2e, est celle qu'on trouve le plus souvent intacte sur une mâchoire d'animal adulte. En outre, toutes les personnes, ‘qui étudieront la dentition des animaux de Patagonie, constateront qu'il y a tant de différence entre la re, la 2m et la 3me arrière-molaires qu'on risque de faire des rapprochements inexacts, si on ne compare pas la même dent : c’est la 2m arrière-molaire qui présente tout le
SJ
développement des denticules ; ce développement reste souvent incomplet dans la 1e arrière-molaire et dans la dernière. Pour ces raisons, c’est sur la 9e arrièremolaire que je mets des lettres indicatives. Ainsi que dans mes précédents ouvrages, j'appelle E et | les denticules externe et interne du premier lobe ; e. et i. les denticules externe et interne du second lobe ; M. est le denticule médian du premier lobe: m. est le denticule médian du second lobe. Je donne les mêmes désignations sur les mâchoires supérieure et inférieure. Je figure les molaires supérieures renversées, c'est à dire le dessous vu en dessus. En cela, je me conforme à un usage universel, adopté pour la commodité du dessin. Mais ce renversement ne doit pas faire oublier les homologies des denticules. Malgré l'opinion de quelques savants dont j'estime beaucoup le talent, il me semble préférable de considérer les denticules externes des molaires supérieures comme les homologues de ceux des dents inférieures et les denticules internes des molaires supérieures comme les homologues de ceux des dents inférieures.
Je renvoie à l’intéressante note de M. Tournouër sur la Géologie et la Paléontologie de la Patagonie ! pour l'indication de l’âge relatif des gisements dont je cite les fossiles. Je rappelle que M. Tournouër est d'accord avec MM. Florentino et Carlos Ameghino pour distinguer les couches suivantes :
5° Le Santacruzien, caractérisé par les restes de troupeaux de Nesodon, au Monte Leone et au Rio Coylet (en langage indigène, suivant M. Tournouër, Coy-Inlet).
4° Le Patagonien marin.
3’ Les couches du Coli-Huapi avec les gigantesques Astrapotherium. Malgré l'absence apparente du Pyrotherium, les fossiles du Coli-Huapi et du Deseado ont une si grande ressemblance que les deux étages me paraissent bien rapprochés.
2° L'étage du Deseado à Pyrotherium.
1° Les plus anciennes assises, à Notostylops, du Cerro Negro et de Casamayor.
Parmi les animaux de Patagonie que j'étudie dans ce mémoire, les uns ont des denticules distincts à leurs molaires supérieures ; les autres n’ont pas leurs denticules séparés. Je commence par l'examen des premiers.