‹ Fouilles à DahchourChapitre 11 sur 69 · ECHELLE · texte numérisé non relu

ECHELLE

J. de Jllorgan.

PYRAMIDE SEPTENTRIONALE DE BRIQUES

les changements dans la direction des matériaux se font suivant les diagonales du monument (fig. 109). Dans l'épaisseur de la maçonnerie on a ménagé de petits puits carrés dont la section est égale à la surface de deux briques placées à plat et côte à côte; l'usage de ces petits puits m'est inconnu.

Fig. 109.

Les briques présentent comme dimensions moyennes o'"42 de longueur, 0^21 de largeur et o'" 1 15 d'épaisseur. Toutefois elles ne sont pas d'une régularité absolue; les plus grosses atteignent parfois o"" 40 de longueur, o'"2 2 de largeur et o"" 15 d'épaisseur, tandis que les plus petites sont de o"39, o"' 195 et o"' 11. Ces différences se trouvent rachetées dans la construction par les hts de sable qui séparent les assises et remplissent les joints.

La composition des briques est variable, non pas suivant les niveaux comme le dit Perring, mais probablement d'après la nature des limons qui ont fourni la matière première. La terre a été pétrie, mélangée de paille hachée en proportion plus ou moins grande et peut-être aussi de sable fin, si elle n'en contenait déjà.

Lors de leur confection, ces matériaux ont été marqués par les ouvriers à l'aide du doigt (fig. iio). Ces marques étaient probablement destinées à faciliter la vérification des livraisons. Je n'ai pas remarqué qu'un signe fut plus abondant sur un point du monument que sur un autre.

Fisî. 110.

Le revêtement, fait de blocs de calcaire blanc, présentait à la base une épaisseur de 3™ 90. Il reposait sur des blocs simplement dégrossis qui eux-mêmes avaient été placés sur un triple lit de briques. La fondation toute entière était construite dans une tranchée pratiquée à cet effet au miheu des alluvions. (Voir ]planche XIII.)

D'après le dispositif que nous voyons à la base du monument, il est probable que la construction de briques formait une série de marches ou de degrés tout comme on le voit dans les pyramides de pierre de Gizèh et de Dahchour. Ces degrés servaient à supporter les assises du revêtement et à répartir la charge dans la masse de briques. Cette condition essentielle à la solidité de l'édifice avait été comprise par les constructeurs de pyramides de l'ancien empire qui avaient même appliqué semblable méthode au revêtement des mastabas. Il est certain qu'elle présida également à la construction des pyramides de briques, bien que nous n'en possédions plus aujourd'hui que des témoins informes.

Tout autour de la pyramide s'élevait un mur d'enceinte en briques crues situé à 05™ 50 de la u. 7

face septentrionale, à Si" 50 des faces orientale et occidentale et à 50"" de la face méridionale. Ce mur présentait une épaisseur constante de 4™ 20; sa hauteur nous est inconnue.

Cette première enceinte qui délimitait le terrain réservé à la famille royale n'était pas la seule; au nord était une seconde enceinte distante de la première de lô™ et au sud s'étendaient deux grandes cours sur lesquelles je reviendrai plus tard.

Dans le terrain royal, au nord de la pyramide, s'élevaient quatre mastabas de briques crues, jadis revêtus de calcaire et dont les ruines ont été retrouvées au cours des fouilles. Au sud se trouvaient trois monuments du même genre beaucoup plus étendus que ceux du nord. A l'est il n'a été rencontré (}ue des débris informes de constructions, tandis que l'espace compris entre la pyramide et son enceinte de l'ouest était absolument vide (fig. 107).

Fouilles à la pyramide septentrionale de briques.

En examinant avec soin les bric^ues dont est construite la pyramide, ainsi que celles qui composent les mastabas de la xii'^ dynastie, j'ai vite reconnu que non seulement elles présentent les mêmes dimensions, mais aussi qu'elles portent les mêmes marques. Il était aisé de conclure de cette observation que fort probablement cet ensemble de monuments appartient à la même époque."

D'un autre côté, les fouilles exécutées par ordre de M. Maspero dans le corps même de la pyramide avaient démontré qu'il n'existait aucune chambre funéraire dans la construction, et le sondage que j'avais fait opérer prouvait que jusqu'à 10 mètres environ de profondeur au-dessous du plan des fondations il n'y avait pas lieu de chercher des substructions. (Voir planches I et IL) Il ne restait donc plus qu'une hypothèse, celle de caveaux creusés dans le rocher à une grande profondeur au-dessous du sol.

L'entrée des souterrains pouvait être, ou bien une descenderie analogue à celle du Sérapéum du nouvel empire à Saqqarah, ou bien un simple puits vertical creusé comme le sont ceux des mastabas voisins. Dans les deux cas je devais rencontrer à la surface du sol sous les sables meubles du désert les débris extraits des galeries souterraines.

Les puits des mastabas de Dahchour sont toujours entourés des haldes de leur creusement, fragments de grès tendre entremêlés de bandes d'argile qui correspondent aux divers lits traversés par le puits.

Au milieu de ces assises friables sont fréquemment de gros nodules de grès siliceux brunâtre. Ces parties plus dures ont souvent été respectées par les ouvriers qui, en les brisant entièrement, auraient craint de dégrader les parois de leurs travaux et de causer des éboulements. En comparant des fragments de ces nodules aux débris rapportés par mon sondage au perforateur au centre de la pyramide j'ai de suite compris que c'est à un noyau siliceux que je devais l'arrêt de mes trépans. Une étude postérieure des terrains me montra que c'est justement à dix mètres environ audessous du sol que se trouve la couche de grès dans laquelle les nodules sont les plus fréquents.

I. Cotes principales de la pyramide du nord. Le zéro étant pris dans la vallée à 750 mètres à l'est du puits des princesses.

Altitude de la pointe de la pyramide avant sa destruction iio^Ce

» de la base, surface du sol sous les constructions 32™ 90

» de la bouche du puits des princesses 25" 40

» de la galerie des princesses, étage supérieur i3" 10

» de la crête du plateau sur le bord de la vallée 23™ 90

» du sommet des ruines de la pyramide, état actuel 63'" 40

PYRAMIDE SEPTENTRIONALIÎ \)K [JRIQUES.

Tout en me livrant à ces observations, j'ouvrais deux tranchées, larges d'environ dix mètres, et qui l'une et l'autre partant du mur d'enceinte de la pyramide marchaient l'une vers le centre de la face septentrionale, l'autre vers le centre de celle tournée à l'orient. Ces travaux étaient destinés à me donner les dimensions exactes de la pyramide et aussi à me permettre d'en étudier la construction. (Voir planches XIII et XIV.)

La tranchée du nord, menée jusqu'à la roche en place, mit à jour des débris du fond entre les deux murailles d'enceinte; elle découvrit aussi le côté occidental d'un mastaba construit tout auprès de la pyramide et bon nombre de blocs du revêtement incliné du grand monument. Mais je dus arrêter provisoirement ces chantiers, car j'avais à remanier les débris des travaux antérieurs et chaque mètre carré de surface examinée exigeait un déblai de 10 à 12 mètres cubes.

La tranchée de l'est me conduisit jusqu'aux débris tombés naturellement de la pyramide et aux décombres laissés par les ouvriers qui, dans l'antiquité, en avaient exploité le revêtement de calcaire. Dans le cours de ce travail je rencontrai les fragments informes d'un temple ou d'une chapelle jadis ornée de bas-reliefs, de stèles et de sculptures de tout genre. Ce monument avait renfermé jadis des voûtes en arc de cercle dont le fond peint en bleu de ciel était parsemé d'étoiles jaunes.

Le nombre des pierres sculptées que je rencontrai, la finesse des sculptures et la position même des débris me firent présumer que jadis la pyramide était flanquée vers l'orient d'un temple comparable à ceux qui ont été rencontrés près des pyramides de pierre et en particulier à Meïdoum. Mais jusque là je ne pouvais faire aucune supposition sur le nom du souverain auquel nous sommes redevables des monuments du nord de Dahchour.

Fig. III.

Enfin les ouvriers rencontrèrent une pierre sur laquelle se lisaient les titres du roi Ousertesen III et qui portait encore un fragment de son cartouche (fig. iii), et le lendemain de cette découverte, une autre inscription me donna le cartouche complet et les titres du souverain (fig. 1 1 2).

Fig. 112.

Ces premières recherches m'avaient fourni de précieuses indications, car les fragments ne provenaient pas d'une stèle, mais bien des sculptures qui ornaient le temple funéraire. Des indications de ce genre avaient été bien des fois considérées comme suffisantes pour établir la date d'un monument.

Continuer les travaux de l'est devenait inutile, puisque j'avais acquis la certitude que le temple funéraire du roi avait été entièrement détruit, poursuivre ceux du nord était trop dispendieux.

D'ailleurs j'avais rencontré les haldes de travaux souterrains, et l'existence d'un ou plusieurs puits dans les environs ne faisait plus pour moi aucun doute.

Toutes ces observations faites, je ne m'attachai plus qu'à l'étude des déblais et, réunissant tous mes ouvriers dans la partie située entre l'angle nord-ouest de l'enceinte et la pyramide, je fis exécuter un grand nombre de sondages à la pioche, distants les uns des autres de deux mètres seulement. Je suivis également les fondations du mur d'enceinte, afin d'en déterminer les proportions d'une façon rigoureuse. Enfin, le 26 février, les sondages accusèrent une dépression de la roche en place. Ils pénétraient dans l'entonnoir d'un puits situé à 10 mètres environ du mur d'enceinte presqu'au nord de l'angle du nord-ouest de la pyramide.

Ce puits était de pauvre aspect, ses faces inachevées semblaient n'avoir point été orientées, et a priori on n'eut jamais cru qu'il donnait accès dans la nécropole des reines. Mais la quantité de débris qui l'entourait était très considérable.

Les puits des tombeaux qui ont été violés aux basses époques sont toujours remplis de sable fin, pour ainsi dire tamisé. Cela tient à ce que les spoliateurs, ayant vidé le puits à une époque où les tombeaux n'étaient plus surveillés, les ont laissés ouverts; le vent du désert les a alors remplis

Fig. II 3.

de matériaux légers. Ceux, au contraire, dont la spoliation remonte à une époque reculée ou qui n'ont jamais été profanés, sont remplis de débris jetés. intentionnellement. Cette règle semble être générale dans la nécropole de Dahchour : je l'ai fréquemment vérifiée. Dans le puits que nous venions d'ouvrir le remplissage était fort dur, composé qu'il était de cailloux, de débris de grès et de fragments de calcaire de Tourah. Ces déblais n'avaient point été maniés depuis bien des siècles, car dans l'orifice même du puits, à quatre mètres environ de profondeur se trouvait un tombeau que son mobilier funéraire permit d'assigner à la xxvi^ dynastie (fig. 11 3). Le corps était allongé du nord au sud, posé à même la terre, et deux petites murailles faites de briques arrachées à la pyramide composaient tout son sarcophage.

La momie était corrompue et les os, qui seuls subsistaient, étaient encore enroulés dans des linges grossiers; les objets qui l'accompagnaient étaient peu nombreux : nous avons trouvé deux bras munis de leurs mains, faits d'une dent d'hyppopotame sciée en deux, une amulette présentant la forme générale d'un scarabée, mais figurant un hérisson, deux boucles de verre, quelques épingles et des anneaux de bronze, un colHer en perles de verre, une figurine de terre émaillée représentant le dieu Bes et deux vases en terre grossière. Bien que très pauvre, ce mobilier permit à E. Brugsch-Bey d'attribuer à l'époque saïte la tombe qui le renfermait.

PYRAMIDE SEPTENTRIONALE DE BRIQUES

Vers le même niveau et toujours dans les décombres on rencontra les débris du couvercle d'un sarcophage (fig. 1 14), mais ce cercueil ne ressemble en rien à ceux des mastabas de la xii° dynastie; il est orné de petits rectangles gravés en creux et semble devoir être attribué à l'ancien

Fig. 114.

empire. Près de ces fragments était un mortier de pierre calcaire, grossièrement travaillé, puis abandonné, parce qu'il était fendu (fig. 1 15).

Fig. "15-

Le puits que nous vidions n'avait pas été employé à la descente des sarcophages, car, en le creusant, les ouvriers avaient respecté tous les nodules siliceux qu'ils avaient rencontrés, de telle sorte que cette entrée ne pouvait servir qu'à la circulation de l'air dans les souterrains ou à des spoliateurs (fig. 107 en A).

Les journées du 26 et du 27 février furent employées au déblaiement du puits. Enfin le 28, vers midi et demi, mon reïs de fouilles, Roubi Hamzawi, vint, très ému, m'annoncer que l'entrée était découverte.

En effet, dans l'angle oriental du puits s'ouvrait une galerie basse, tortueuse, encombrée de matériaux de tout genre et de débris : il s'en exhalait une odeur de renfermé et une chaleur suffocantes. Ce rameau de mine conduisait à une chambre funéraire habilement construite en calcaire de Tourah, puis venait une longue galerie bouchée par les décombres à son extrémité et sur laquelle s'ouvraient plusieurs tombeaux.

La première visite que je fis aux souterrains ne me permit que de juger imparfaitement de leur étendue. Les caveaux funéraires qui s'ouvraient sur la gauche étaient d'un accès très difficile. Ils semblaient tous pareils à celui par lequel j'étais entré dans ces catacombes.

Dans la première chambre funéraire le sarcophage avait été brisé; au milieu de ses débris gisaient les fragments d'une statue de diorite dont l'inscription mutilée donnait le sens suivant (fig. 116) : «... le prince et chef, décoré de l'abeille, ami unique, gouverneur du palais secrétaire en chef de ... en (toutes ses) demeures, . . . préposé au palais, Mentou- Nésou». Le second caveau avait été plus respecté; le sarcophage (fig. 117, p. 56), bien qu'ouvert, était entier, il portait près de la tête l'inscription : «L'héritière, épouse du roi, associée à la couronne, Nefert-hent» (fig. 118, p. 56).

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Fig. 116.

Là se terminèrent mes recherches de la première journée; les spoliateurs avaient à tel point encombré l'extrémité des galeries qu'il n'était pas possible de pénétrer plus avant. Je fis dès lors

Fig. 117

commencer le déblaiement en répandant les débris dans les galeries largement ouvertes, car il était impossible de songer à faire sortir tous ces matériaux par le seul orifice que nous eussions

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jusqu'alors à notre disposition. Le travail était d'autant plus pénible que l'air déjà vicié du souterrain devenait irrespirable et qu'à chaque instant les lumières s'éteignaient d'elles-mêmes.

Le déblaiement sommaire amena deux résultats : il fit découvrir l'entrée des souterrains de l'étage inférieur et permit de trouver derrière une porte de pierres de taille, qui barrait la galerie principale, des débris venus de l'extérieur et prouvant qu'il existait non loin de là une autre sortie des caveaux. Je fis de suite à la boussole le plan des parties du tombeau que j'avais pu parcourir jusque là, puis, reportant ce tracé sur la surface du sol, je déterminai le point où je supposais être le puits principal, et j'ouvris une tranchée qui me donna de suite l'orifice que je cherchais. Dès lors, un courant d'air étant établi dans les galeries, les travaux devinrent plus aisés et le déblaiement définitif commença.

En examinant avec soin le puits que je désigne sous le nom de «puits des spoliateurs», on se demande si cette entrée est réellement due à la pioche des violateurs de la galerie des reines ou s'il n'a pas été creusé pendant que se faisait la construction des souterrains afin d'aérer les galeries.

PYRAMIDE SEPTENTRIONALE DE BRIQUES

Fig. 120.

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