‹ Fouilles à DahchourChapitre 3 sur 69 · J. DE MORGAN · texte numérisé non relu

J. DE MORGAN

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Les pyramides de briques de Dahchour dites dans le pays «les pyramides noires» sont situées sur le bord du plateau sableux qui borde à l'occident la vallée du Nil. L'une d'elles, la plus méridionale, s'élève en face du hameau de Menchiyèh, au nord du village de Dahchour; l'autre, distante de quelques kilomètres de la première, est située plus au nord, à mi-chemin environ, entre Menchiyèh et le village de Saqqarah.

Le vaste plateau qui s'étend entre la vallée du Nil et les collines libyques est large de plusieurs kilomètres; il renferme un grand nombre de ruines encore inexplorées et deux énormes pyramides de pierres jadis ouvertes mais qui ne nous ont point transmis le nom de leurs constructeurs.

Plus au nord s'échelonnent le mastaba el Faraoun, les pyramides de Pépi P', de Pépi II et de Meren-Râ, enfin la nécropole de Saqqarah avec sa pyramide à degrés, celles d'Ounas et de Téti, ses mastabas et son Sérapéum où s'est illustré Mariette.

Tout cet ensemble, pris depuis le sud du plateau de Dahchour jusqu'au nord de Saqqarah et aux pyramides d'Abousir et de Gizèh, constitue la nécropole de Memphis où pendant cinq mille années au moins sont venus reposer les morts de la capitale de l'Egypte.

Mariette s'était plus spécialement attaché à l'étude de la partie septentrionale de cette vaste nécropole. Les tombeaux y étaient plus nombreux, mieux conservés et enfin ce champ de travail était voisin de la maison qu'il avait fait construire près du Sérapéum.

Avant Mariette, Lepsius, Champollion, Perring avaient rapidement exploré ce vaste champ des morts, mais leurs découvertes furent bien peu de chose auprès de celles du fondateur du Service des antiquités de l'Egypte.

Jusqu'en 1839 aucune fouille scientifique n'avait été tentée dans la nécropole de Dahchour et ses pyramides de briques n'avaient inspiré que peu d'intérêt quand l'expédition Perring vint les attaquer sans succès.

2 FOUILLES A UAHCHOUR.

Le récit de cet explorateur' est, à la vérité, empreint de cette naïveté si fréquente dans les écrits scientifiques de cette époque; on s'en rapportait alors aux récits d'Hérodote et chacun faisait de grands efforts pour faire concorder les résultats des investigations modernes avec les données de l'historien d'Halicarnasse, tout comme aujourd'hui quelques retardataires cherchent à plier les documents positifs aux exigences des données historiques de la Bible. Peu à peu, après les découvertes et les écrits de Mariette, de Brugsch-Pacha, de Maspero et de bien d'autres égyptologues éminents, les textes d'Hérodote perdirent de leur valeur; il y fut fait une sélection dans laquelle les légendes et les fables furent écartées, et la science d'aujourd'hui ne s'appuyant plus que sur des textes authentiques a relégué les récits grecs au second plan.

Quoi qu'il en soit, quelque critique qu'on puisse justement formuler aujourd'hui sur les tendances des savants au début de notre siècle, il n'en est pas moins vrai qu'à cette époque Hérodote était le seul guide et que ses récits, souvent entourés d'un voile de fables fournissaient et fournissent encore aujourd'hui de précieux renseignements. Ils sont l'écho de vieilles traditions aujourd'hui perdues à jamais dans le pays. Il est, en effet, nécessaire de discerner dans les récits d'Hérodote ce qu'il a vu de ce qui lui a été dit. Ce qu'il a vu est exposé clairement, avec précision et est digne de foi; ce qui lui a été dit, au contraire, est toujours quelque peu fabuleux et ne doit être considéré qu'à titre de légende fort ancienne et ayant un fond de vérité. Mais au début de notre siècle ce n'est pas ainsi qu'on envisageait les écrits d'Hérodote; ses textes étaient jugés impeccables et les découvertes étaient plutôt destinées à venir renforcer ses assertions qu'à les contrôler ou à les détruire.

Si nous en croyons Hérodote, Asychis, successeur de Mycerinus, aurait exécuté quelques travaux importants dans le temple de Vulcain à Memphis; puis, désireux de surpasser ses prédécesseurs en magnificence, il aurait construit une pyramide de briques portant cette inscription: «Ne me méprise pas en me comparant aux pyramides de pierre, car Je les surpasse autant que Jupiter surpasse les autres dieux. En effet, ceux qui m'ont bâtie ont plante' leurs épieux dans les lacs et recueillant la boue qui y était attachée, ils en ont fait les briques dont ils m'ont construite.» Il est impossible de dire à laquelle des pyramides de Dahchour se rapporte ce récit, car l'une et l'autre font partie de la nécropole memphite qui semble désignée par l'ensemble même du texte d'Hérodote. On ne peut également pas en déduire l'âge du monument que le voyageur fait ainsi parler en termes si étranges et si peu conformes aux usages de l'ancienne Egypte, mais il ressort de cette légende que cinq siècles avant notre ère les habitants avaient encore conservé le souvenir de la magnificence du monument et de ses .secrets.

Quant au lac dans lequel, suivant la tradition, on avait pris les matériaux de la pyramide, il semble qu'il ait été, sinon créé, du moins fort agrandi par l'extraction d'une masse aussi considérable de terre.

On voit encore au nord-est de la pyramide, au pied des collines, une dépression où, après la crue du Nil, les eaux séjournent plus longtemps que partout ailleurs. Le sol argileux y conserve presque toute l'année l'humidité nécessaire au développement des joncs qui croissent en abondance dans cette plaine basse, et il ne serait pas impossible que le lac dont parle Hérodote ne fut situé en cet endroit.

I. Col. HowART» Wyse, Appendix to operaliom carried on al the Pyramids of Gizeh in 18 jj containing a survey by J. ,S. Per- RiNG EsQ., London 1842. Vol. IH, pyramide septentrionale, p. 57; pyramide méridionale, p. 70. Notes égyptologiques , par

BiRCH, p. 72.

FOUILLEvS A DAIICHOUR. 0

QuaiU au temple de Vulcain de Memphis, nous en connaissons l'emplacement exact près du village de Mit-Rahinèh. M. E. Grébaut en avait commencé l'exploration, et en 1 892, j'y ai découvert les deux statues colossales de Ptah qui sont actuellement dans les galeries du musée de Gizèh.

Les fondations du temple et les fragments qui les encombrent datent de l'époque des Ramessides; mais, sous les fondations, on a rencontré des ouvrages plus anciens dont quelques-uns sont dus à Ousertesen HT : ils vérifient l'assertion d'Hérodote au sujet des agrandissements antérieurs de ce sanctuaire.'

Les travaux que Pkrring entreprit le 8 septembre 1839 dans la pyramide septentrionale de briques ne produisirent aucun résultat appréciable. Il ouvrit deux tranchées, l'une au nord, l'autre à l'est et parvint jusqu'au revêtement de calcaire de la pyramide.

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Fi<T. I. — Fragments découverts par Perring.

Au nord il découvrit un massif rectangulaire de briques qu'il prit pour un portique, et fit quelques sondages jusqu'aux alluvions non remaniées. Dans le cours de mes travaux j'ai retrouvé toutes les particularités que signale Perring et j'ai vite reconnu que le monument qu'il prenait pour un portique n'était autre que le mastaba de l'une des tombes principales de la galerie des princesses.

A l'orient, Perring rencontra des fragments d'un monument important, couverts d'inscriptions et de représentations; parmi ces débris était un morceau de cartouche royal,' malheureusement trop brisé pour qu'à cette époque on put lire le nom du roi Ousertesen III (fig. i).

1. Il existe à Mit-Rahinèh une architrave encore inédite au nom d'Ousertesen III (G. Daressy).

2. C'est probablement d'après ce document publié par Perrino que E. de Rougé {Examen crùiçue, p. 51) affirme l'existence à Dahchour du tombeau d'Ousertesen III. M. G. Maspero {Histoire ancienne des peuples de F Orient, i885, p. ii3, note 8)

4 FOUILLES A UAHCIIOUR.

Après deux mois de fouilles, Perrinc; dut abandonner les travaux sans avoir arraché son secret à la pyramide; il n'attaqua même pas sa voisine du sud et dès lors la nécropole de Dahchour ne fut l'objet d'aucune recherche sérieuse jusqu'au moment où M. G. Maspero, succédant à Mariette- Pacha dans la direction générale des antiquités de l'Egypte, poursuivit ses études sur les pyramides et vint attaquer le monument de briques du nord.

Jusqu'aux derniers jours de sa vie,' Mariette avait pensé que les pyramides ne renfermaient aucun texte et il s'appuyait sur ce fait que toutes celles ouvertes par ses devanciers en Egypte étaient restées muettes; aussi n'avait-il pas cru devoir attaquer les autres. Cependant, au printemps de 1870 un renard s'étant introduit dans une cavité située dans les décombres d'une pyramide ruinée, fut suivi par un reis de fouilles qui, pénétrant dans les caveaux, parvint à la chambre funéraire du roi Pépi I". Les murailles de ce tombeau étaient couvertes de textes hiéroglyphiques. Mariette, qui ne fut prévenu que longtemps après, était alors à son lit de mort : il fit opérer des fouilles près de cette pyramide et envoya le 4 janvier 1881 H. Brugsch-Pacha et son frère Emile Brugsch-Bey pour vérifier les assertions de l'Arabe. C'est à peine si, avant de rendre le dernier soupir, l'illustre archéologue voulut croire au récit de ses mandataires.

La pyramide de Pépi l" venait d'être ouverte, quelques jours de travaux avaient suffi pour en agrandir l'entrée. Dès lors M. G. Maspero, nouvellement nommé Directeur général du Service des antiquités, n'eut qu'à suivre les indications que lui léguait son prédécesseur et commença cette belle campagne de fouilles à la suite de laquelle il publia les textes funéraires d'Ounas, de Téti, des Pépi P' et II et de Meren-Ra.

La plupart des pyramides de pierre furent attaquées; presque toutes cédèrent devant les efforts des reïs du service des antiquités, et il fut établi comme règle ordinaire que l'entrée était située au nord, dans la pyramide même, à peu de hauteur au-dessus de la base de son revêtement.

Jusque là, aucune pyramide de briques n'avait été fouillée, on ne connaissait rien de l'époque et de la nature de leur construction : j'ai fait à ce sujet une enquête soigneuse auprès des gens du pays et tous m'ont affirmé qu'entre les travaux de Perring et ceux de M. Maspero aucune tentative n'a été faite pour ouvrir les pyramides noires. Il était à croire, a priori, que l'entrée de ces tombeaux était située dans la même position que celle des pyramides de pierre et qu'un couloir, partant du centre de la face septentrionale, donnait accès dans une chambre funéraire construite au centre du massif de briques. Mais les sondages furent infructueux, aucun couloir ne fut rencontré. Dès lors le Directeur du Service des antiquités, renonçant à découvrir la porte, résolut d'aller chercher la chambre funéraire en la découvrant de tous les matériaux qu'il supposait lui être superposés. LIne immense tranchée fut ouverte du nord au sud dans le tumulus auquel se trouvait alors réduit le monument, des millions de briques furent enlevés et les déblais jetés en tas devant la face septentrionale. Enfin les derniers lits furent soulevés et les alluvions apparurent sans la moindre trace de travail humain. Ce travail considérable avait coûté deux années d'efforts et la mystérieuse pyramide n'avait point trahi son secret.

Pour la seconde fois les travaux furent abandonnés, le service des antiquités alors fort mal doté ne pouvait employer toutes ses ressources dans une recherche aux résultats incertains.

est d'avis t)ue l'existence de ce tombeau à Dahchour n'est |)as bien prouvée. — Le cartouche royal décou\ert pur Pkrring était alors le seul document en faveur de l'opinion de E. i>e Kouok; l'état dan.s leipiel il avait été trouvé légitimait tous les doutes.

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