M.VRiEïTE mourut le i8 janvier
KOUILLIÎS A DAHCnOUR. 5
Après avoir employé une saison d'été (juin — octobre 1893) à diriger mes travaux dans la nécropole de Saqqarah' et avoir étudié avec le plus grand soin les mastabas et les tombeaux de cette partie du cimetière memphite, je résolus de consacrer l'hiver de 1893 — 1894 à l'attaque des pyramides de briques de Dahchour. Mais sachant, par expérience, que des travaux de ce genre doivent être suivis de très près et exigent une présence constante, je fis construire une maison avec les briques jadis extraites de la pyramide afin de m'y installer avec mon personnel.
Dans ce champ de fouilles si vaste qu'est la nécropole de Memphis, il ne peut être fait de fouilles fructueuses qu'en un seul point à la fois, point assez rapproché de l'habitation du directeur des fouilles, pour pouvoir être constamment examiné par lui. Les reïs de fouilles de Saqqarah, jadis formés par Mariette, ont, il est vrai, une merveilleuse connaissance du sol et des coutumes antiques; ils ont dirigé bien souvent des fouilles importantes alors que les directeurs étaient retenus par leurs travaux ou par d'autres recherches; mais il ne faut pas exiger de ces simples fellahs un raisonnement dont ils ne sont pas capables et des notions scientifiques qu'ils ne peuvent avoir. Il faut cependant que le directeur leur confie la conduite des chantiers et qu'il se réserve la direction raisonnée des recherches.
Je comptais venir à Dahchour dès les premiers jours de décembre 1893 pour diriger en personne les travaux; mais, devant me rendre en Haute-Egypte pour accompagner Son Altesse le Khédive, je remis à plus tard l'attaque de la pyramide de briques à laquelle je désirais assister. Afin de gagner du temps et de me procurer les renseignements dont j'avais besoin, je fis commencer en mon absence des fouilles dans les monuments funéraires situés au nord et au sud de la pyramide, et en même temps pratiquer un sondage au perforateur au milieu même de la tranchée jadis ouverte par le service des antiquités au centre de la pyramide. Voir planches II et III.
Lors de mon arrivée à Dahchour le 17 février 1894, je trouvai les choses en l'état où je désirais les voir. Les fouilles du sud avaient mis à jour des mastabas et des puits de l'ancien empire; celles du nord, au contraire, avaient prouvé l'existence d'une vaste nécropole de la xii'^ dynastie. Quant au sondage au perforateur, il avait traversé 9"° 50 de graviers et de cailloux roulés du diluvium et s'était arrêté sur des grès siliceux d'une extrême dureté dont plus tard mes galeries ont retrouvé les assises.^
Dans ce dernier travail la sonde n'avait rencontré que des terrains vierges de tout remaniement, l'homogénéité des lits, la nature des terrains fournis par le forage prouvaient surabondamment que le sol n'avait jamais été remué et que, par suite, il n'avait pas été construit de chambre funéraire au centre de la pyramide. Je me trouvais donc en face d'un monument d'une allure inédite qui, par lui-même, ne me fournissait aucun point faible par où l'attaquer.
Me trouvant en face de l'inconnu, j'employai les quatre ou cinq premiers jours de mon séjour à Dahchour à l'étude des monuments funéraires voisins de la pyramide. Il me semblait impossible
1. C'est pendant ces fouilles de l'été i8g3 que furent découverts et réparés les mastabas de Meru-ka surnommé Mera et de Kabi-n à Saqqarah et de Ptah-chepsès à Abou-sir.
2. L'extrait suivant d'une lettre de M. G. Maspero montre quelle était pendant le cours même de mes fouilles l'opinion du savant académicien.
Paris, 2 avril 1894.
... Il y a dans ce que les journaux ont dit et que vous m'écrivez, un point qui me concerne et sur lequel je vois que vous avez été peu exactement renseigné. Les fouilles de la pyramide avaient été poussées fort loin par Perring, il y a près de 60 ans, et reprises par Martette vers 1852, je crois : quand je m'y suis mis, il y avait déjà comme un large cratère qui descendait très bas vers le sol. Je n'ai jamais pensé que les chambres royales fussent da7is la bâtisse, cela aurait été contraire à l'expérience des fouilles antérieures. J'ai toujours admis qu'elles étaient sous la bàlisse et c'est là ce qui m'a dirigé
que l'usage d'enterrer les grands personnages d'un règne près de l'éternelle demeure de leur souverain ne fut pas passé de l'ancien au moyen empire; si donc la pyramide appartenait à l'une des dix-sept premières dynasties, j'avais des chances de rencontrer les tombeaux des principaux officiers du prince dont elle était la sépulture.
Je suivrai dans le compte-rendu de mes travaux l'ordre même de mes études et, avant de décrire les fouilles dans la pyramide elle-même, j'exposerai quels ont été les résultats de mes recherches dans les mastabas du sud d'abord, puis dans ceux du nord. Avant l'époque de mes fouilles on ne connaissait que fort peu de choses des mastabas de Dahchour. Voici ce que dit au sujet de cette nécropole M. G. Maspero :
«Le plateau qui porte les deux grandes pyramides en pierre de Dahchour, n'a eu qu'un très petit nombre de mastabas, une vingtaine autant que j'en puis juger. La pierre en est dure et débitée naturellement en petits blocs : difficile à creuser, elle n'est pas assez compacte pour qu'on y établisse des chambres suffisamment durables. De plus, le plateau domine les hauteurs environnantes et est incessamment battu par les vents qui ne permettent pas au sable de s'y accumuler; les mastabas n'ont pas été enseveHs par l'effort constant du désert, comme c'est le cas ailleurs, mais sont restés accessibles comme au premier jour. Les habitants des villages voisins ont démoli ceux d'entre eux qui bordaient la vallée, l'ardeur du soleil d'Egypte a dévoré, pour ainsi dire, ceux qui sont plus avant dans le désert. Partout la forme extérieure du mastaba est reconnaissable,
dans mon travail. Il y a, en effet, deux cas possibles : i° La maçonnerie qui recouvre le caveau peut dépasser le niveau du sol et se trouver engagée dans les parties les plus basses du massif. 2° Le caveau peut se rencontrer plus bas que le niveau
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du sol, et alors, ou bien il est réserré dans la roche même, ou bien il est bâti au fond de l'e.xcavation rectangulaire d'usage, et on doit s'attendre à rencontrer la maçonnerie à dix ou douze mètres plus bas que les dernières assises du massif, sous une couche de matériaux grossiers ou de sable. Le plan fut donc de profiter du travail de Perring et de Mariette pour arriver au niveau du sol sur lequel le gros œuvre de la pyramide proprement dite était établi, ce qui fut promptement fait. Là, rencontrant le sable, et nous trouvant, [lar conséquent, en face du second terme de l'alternative, j'avais projeté de pousser un puits droit, jusqu'à tomber sur le toit des chambres ou des couloirs, toit ménagé dans la roche brute peut-être, plus probablement construit en gros blocs de calcaire. Mais pour réussir dans ce milieu fluide il était indispensable de boiser le puits, ce qui aurait demandé plus d'argent que je n'en avais à ce moment; les années suivantes des causes diverses m'obligèrent à différer l'exécution du projet et cela jusqu'à mon départ. J'en avais parlé à M. Grébaut comme des pyramides de Lisht et de Koulah, mais M. Grébaut n'y travailla point. Mon impression n'a point changé depuis lors, et je crois toujours que les chambres sont sous le tas de briciues : c'est leur couverte qui vous a arrêté quand vous avez fait un sondage dans le sable, et vous les trouverez là, nulle part ailleurs. Vos tombes sont étrangères à la pyramide et forment une nécropole en soi. Toutefois, les voleurs ayant l'habitude de cheminer sous terre fort loin, peut-être ont-ils poussé une de leurs galeries de l'hypogée des princesses au caveau des princesses : je le souhaite, car cela vous épargnerait beaucoup de peine et d'argent. C'est, du reste, le secret de l'avenir : ce que je voulais en ce moment, c'est rectifier une petite erreur d'appréciation sur mes recherches en cet endroit ... G. Maspero.
FOUILLES A UAMCHOUR. 7
mais quand on approche, on reconnaît que le noyau seul de la maçonnerie subsiste, la surface extérieure est tombée lentement en poussière sous l'action de la chaleur et de la lumière. On distint^aie encore ça et là quelques signes émoussés, le contour mal défini d'un cartouche, mais rien (|u'on puisse déchiffrer. Les puits et la chambre funéraire ne renferment aucun texte, aucune lettre (jui puisse trahir l'époque de la construction ou le nom du mort.
«Toutefois au sud de la pyramide noire méridionale, sur un petit tertre et dans un ravin creusé en contrebas du plateau principal, le sable s'est accumulé et a enseveli un certain nombre de tombeaux que j'ai eu la chance de retrouver encore assez bien conservés. Les fouilles commencées en avril i883 et continuées presque sans interruption pendant les premiers mois de 1884, ont mis au jour les restes de six grands mastabas en pierre et en briques.»'
Aucune tombe du moyen empire n'avait été découverte dans cette partie de la nécropole memphite; plus au nord, cependant, M. G. Maspero avait rencontré quelques tombeaux de la xi*" et de la xii'' dynastie.
«En fouillant au nord de la pyramide de Mirinri, puis autour de celle de Pépi P'' et du Haram EsHSHOWWÂF, j'ai eu l'heureuse chance de faire une découverte assez intéressante : celle d'une nécropole memphite de la xi"^ et de la xii'' dynastie. Mariette avait cherché en vain des cimetières qu'il put attribuer à cette époque et l'insuccès de ses perquisitions avait presque fini par lui faire croire que Memphis n'avait eu sous les Ousertesen qu'une existence misérable : toute la vie politique aurait été concentrée à Thèbes ou dans la Moyenne-Egypte, et les habitants de l'ancienne capitale n'auraient plus été assez riches pour s'ériger des monuments durables. La mise au jour d'une nécropole du premier empire thébain rend intenable l'hypothèse de Mariette, au moins dans ce qu'elle avait d'excessif. Quelques-uns des hypogées de la xii'^ dynastie étaient de fort bon travail, mais la beauté des matériaux employés les a signalés aux destructeurs. Les tombes médiocres ont seules échappé à la ruine, encore ont-elles été explorées presque toutes aux temps gréco-romains et ont servi d'asile à de mauvaises momies dont quelques-unes ne peuvent remonter plus haut que le siècle des Antonins.»-
1. G. Maspero, Mémoires de la mission archéologique française du Caire, W^ fascicule, 1881 — 1884, Paris 1885, p. 189. .'\rticle: Trois années de fouilles du 3o janvier 1885.
2. G. Maspero, Mémoires de la mission archéologique française du Caire, 1881 — 1884, IP fascicule, Paris 1885, p. 207. Article: Trois années de fouilles du 3o janvier 1885.
MASTABAS DU SUD
Ces tombeaux sont situés au sud-est de la pyramide et à cent mètres environ de son enceinte méridionale, ils s'élèvent sur une petite colline qui borde le plateau et s'étend du nord au sud. Chaque mastaba formait avant les fouilles un long tumulus de débris, qu'une légère dépression
séparait du mastaba voisin. Les tombes sont placées sur deux rangs, séparées entre elles par une allée dirigée du nord au sud (fig. 2).
Le mastaba n° i se compose d'un vaste rectangle de moellons. Jadis ce noyau était garni d'un revêtement de pierres de taille, mais ce parement a été exploité et il ne reste plus aujourd'hui qu'un amas informe de matériaux grossiers empilés les uns sur les autres. jj II n'existait aucune chambre dans ce massif rectangulaire, mais une ga-
lerie était construite à l'est, les murs étaient de briques. C'est là, semble-t-il, ^1 que se trouvaient les stèles.
Au centre du massif calcaire s'ouvre un puits bâti de pierres grossièrement taillées et de briques; il est profond de 11 mètres, long de 2™o3 et large de i" 55. Sa longueur est orientée du nord au sud.
Contre la face méridionale du puits est une large dalle (.v fig. 3, 4,) qui
jadis se mouvait dans une glissière et était destinée à la fermeture du tombeau.
Au-delà de cette porte est un couloir (G) qui donne accès dans la salle
. funéraire (C). Tout le tombeau est con.struit avec soin en calcaire de Tourah,
Fig. 2. le sol est dallé, les murailles sont parées avec soin, le plafond e.st formé de
six lits de pierres de taille placées en surplomb les unes au-dessus des autres,
et simplement dégrossies sur leur tranche. On voit encore sur les murs des marques faites par les
ouvriers avec de l'ocre rouge et sur les assises du plafond les lignes rouges qui permettaient aux
maçons d'ajuster leurs matériaux.
Je n'ai pas rencontré dans cette salle la moindre trace de sarcophage, soit en pierre, soit en bois; quelques petits vases de terre grossière étaient posés sur le dallage.
L'orientation des tombeaux de ce groupe est constante. Ils sont tous dirigés du nord au sud, la porte s'ouvrant sur la face méridionale du fond du puits; plus loin, dans la paroi du fond de la chambre, s'ouvre une niche (a) dont l'usage précis m'est resté inconnu.
MASTABAS DU SUD
Le mastaba n° 2 est en tout analogue au précédent, mais son état de conservation laisse bien plus à désirer; le plafond est comme celui du n° i et construit en encorbellement; la porte est formée d'une large dalle placée encore dans sa glissière.
Fig. 4.
Fig. 3.
Fig. S-
Le mastaba n° 3, situé à l'est du n° i, ne semble pas avoir été achevé. Au fond du puits s'ouvre, vers le sud, une large baie donnant accès dans une chambre creusée dans le grès argileux de la montagne.
Le mastaba n" 4 présente les restes d'une construction très vaste, d'ailleurs fort ruinée. L'état dans lequel se trouve aujourd'hui le puits ne permet pas de le vider sans danger pour les ouvriers.
Le mastaba n° 5 (hg. 6) est d'une construction identique au mastaba n° i . A l'est est un long couloir de briques crues oii jadis, probablement, se trouvaient les .stèles. Au fond du puits est une chambre recouverte en encorbellement. En vidant ce tombeau, les ouvriers ont découvert une
rig. 7.
s ^ 1 ^ s iq^
Fig. 6.
tête en calcaire blanc (fig. 7) qui semble ne jamais avoir fait partie d'une statue, un grattoir en silex, et de petits vases de terre rouge grossièrement fabriqués et qui, pour la plupart, étaient entassés dans une niche située au fond de la chambre funéraire.
lO
Le mastaba n° 6 était jadis revêtu de pierre de Tourah, mais le parement a été enlevé dans l'antiquité et avec lui les stèles qui ornaient le couloir de l'est dont les ruines sont aujourd'hui à peine reconnaissables.
Le puits est situé vers le milieu du massif rectangulaire du mastaba, à trois mètres environ de sa face orientale. La construction du puits et de la chambre funéraire est la même que dans les mastabas précédemment décrits. En les fouillant on a rencontré une hachette de silex (fig. 8) et des fragments de bronze; les uns, appartenant à un vase, étaient enterrés dans l'angle de la chambre funéraire, les autres ont été rencontrés près de la porte. '
I. Voici, d'après M. Berthelot, l'analyse des pièces de bronze trouvées dans ce mastaba {Coviptes-rendus de l'Académie des sciences, 1894, 9 avril, n° 15, tome CXVIII, p. 766). — Vase de cuivre. Ce vase se présente en fragments de quelques centimètres carrés. Le métal est profondément altéré et imprégné d'oxychlorure, produit sans doute par l'action prolongée des eaux saumàtres. La couche métallique, épaisse de i™™ 5 à 2™", forme un noyau revêtu par un enduit verdâtre. La couche métallique elle-même offre sur la tranche, à la surface, deux, trois et jusqu'à cinq lignes parallèles, suivant les places; ces lignes étant accusées par les produits oxychlorurés qui en garnissent les intervalles, comme si le vase avait été obtenu en superposant plusieurs feuilles métalliques distinctes. Toutefois il me paraît plus probable que cette apparence résulte des refoulements locaux et variables d'une feuille unique, soumise au battage du marteau : le vase conserve ainsi quelques traces des procédés suivis dans sa fabrication. — Voici les résultats fournis par l'analyse :
Cuivre yi'g
Chlore (à l'état d'atakamite) 6*2
Oxygène correspondant à l'état de bioxyde (dans cet oxychlorure) 4'2
Oxygène à l'état de protoxyde (dans la masse principale) 5'i
Eau de l'atakamite 6-3
Soufre (en partie à l'état de sulfate de cuivre, en partie à l'état de sulfate de chaux) . . . 0*15
Silice et matures fixes insolubles 0*85
Arsenic (dose notable dans le métal), acide carbonique, sels alcalins, eau, traces de matières
organiques (dans la patine) 4"i
MASTABAS UU SUU.
Les six mastabas dont je viens de parler appartiennent tous à une même époque : l'identité absolue des plans, la technique uniforme de leur construction le prouvent surabondamment. Malheureusement il ne m'a point été donné de rencontrer de textes permettant de leur assigner une époque de construction certaine. Ils semblent être plus archaïques que ceux de la nécropole de Saqqarah, mais cette opinion ne peut être, jusqu'ici, donnée que sous toutes réserves.
Fig. g.
A l'extrémité méridionale de cette série est un groupe composé de quatre mastabas de briques crues {A, B, C, D) et dont la position est indiquée sur le plan d'ensemble par le n° 7. Il ne reste de la tombe a (fig. 9) que trois murailles dont deux sont complètement lisses (celles du nord et du
Ni étain, ni plumb, ni antimoine, ni zinc, ni fer en proportion sensible. — On voit que le métal, ici, est entièrement oxydé : soit que l'oxygène ait été fixé par une réaction prolongée, produite pendant sa conservation; soit que le métal primitif ait été déjà mélangé d'oxyde lors de sa fabrication, comme M. Gladstone l'a supposé par des échantillons analogues; mais cette dernière hypothèse paraît moins probable. — Lorsque le métal a été décapé au moyen de l'acide azotique bouillant, puis lavé à l'eau pure et séché, il ne tarde pas, sous les influences atmosphériques, à se recouvrir, par une sorte d'effiorescence, d'atakamite cristallisée et verdàtre qui semble ressortir du centre de la masse. J'ai fait une observation analogue sur les statuettes votives de Tello (Chaldée) que j'avais précédemment analysées, en en cassant un fragment, cette fois sans aucune attaque ou lavage : les parties ainsi dénudées n'ont pas tardé à laisser transsuder de l'atakamite sous forme de taches vertes et circulaires. — Il résulte de ces observations que ces métaux sont imprégnés jusqu'au cœur par des chlorures cuivreux : circonstance qui conduit à penser que l'oxygène y a été introduit peu à peu par le jeu lent des réactions atmosphériciues avec un gonflement progressif susceptible de désorganiser toute la masse et d'en détruire la cohésion.
Anneau. Cet anneau renferme :
Cuivre yô'y
Etai7i 8"2
Plomb 57
Traces A' arsenic, ni fer, ni zinc, ni antimoine
Chlore (atakamite), oxygène, eau, traces de soufre, sels calcaires cl alcalins 9"4
On voit que l'anneau est formé par un bronze plombifère et se rapproche de certains laitons. Le métal pur devait être jaune à l'origine : mais la formation de l'oxyde cuivreux a coloré la masse en rouge. L'atakamite forme une patine ou enduit superficiel : mais lorsqu'on enlève cet enduit, l'oxychlorure de cuivre ne tarde pas à s'effleurir de nouveau à la surface comme dans le cas précédent. — Si les deux objets précédents avaient été trouvés exactement ensemble, et s'ils remontaient tous deux h l'époque de Snefrou, l'existence du bronze à cette époque reculée ne serait pas douteuse, mais nous avons vu plus haut que le vase de cuivre seul peut être garanti comme remontant à la construction du mastaba; l'anneau ayant été trouvé près de l'entrée, c'est-à-dire à une place où il a pu arriver à une époque postérieure, par suite de
diverses causes accidentelles faciles à concevoir.
Fig. 10.
coupée en
sud), tandis que le mur de l'ouest est muni de cannelures dans lesquelles étaient probablement autrefois encastrées des stèles de calcaire.
En déblayant ce monument on a découvert une grande statue de calcaire peint (fig. lo) dont la tête est brisée. Aucune inscription ne permet de retrouver le nom du défunt qui, suivant toutes probabilités, était représenté accompagné de son fils, car, dans les décombres, on a trouvé des fragments d'une .statue plus petite.
L'aspect général de ces débris permet d'attribuer à l'ancien empire le tombeau A; la statue est, en effet, semblable à celles trouvées jadis à Saqqarah et à JMéidoum.
La tombe b est située au nord de la précédente. Sa muraille du sud étant celle du nord de la tombe a, sa façade est ornée de rainures verticales; en déblayant ce monument, on rencontra, placée devant une niche, une table d'offrandes en calcaire, .sur laquelle est simplement inscrit le nom du défunt,
«=> 0 . Près de cette
[)reniière table d'offrandes s'en trouvait une autre sans inscriptions et deux autels de terre cuite (fig. 1 1), placés près des tables. Le groupe central des rainures de la muraille du nord avait été coupé pour recevoir un .sarcophage de terre cuite de l'époque gréco-romaine.
La salle c est plus vaste et plus compliquée que les autres; elle est deux par un mur construit du nord au sud. La cavité ménagée dans la paroi occidentale
Fie. II.
Fis». 12.
MASTABAS DU SUD
de cette chambre était probablement autrefois occupée par une grande stèle de calcaire, car on a rencontré dans les décombres i|iii remplissaient le tombeau un grand nombre de fragments de ce monument (fig. 12). Le plus imjjortant était debout à côté d'un sarcophage de terre d'époque grécoromaine. Ce fragment et ceux (|ui l'accompagnaient permettent de savoir que le défunt ||JQ^"i.=^
Fig. i3.
était «chef du conseil royal des dix, directeur des prophètes, prophète du roi Snéfrou, général d'infanterie». Le style des hiéroglyphes est bien en rapport avec la mention de Snéfrou et permet de supposer que la fondation du tombeau remonte à la iv'' dynastie (fig. i3}.
T ■ -^-ojo
Fig. 14.
La quatrième chambre d de ce groupe est plus simple encore que la première, elle ne renfermait qu'une table d'offrandes sans inscriptions, placée dans l'angle du sud -ouest, près d'une cavité où se trouvait autrefois une petite stèle.
Fig. 15.
A l'ouest de ces quatre chambres est un massif de briques crues et de moellons au milieu duquel débouchent plusieurs puits. L'un d'eux, celui du nord, a seul été fouillé : il ne renfermait que des décombres et sur toute sa hauteur était garni de briques crues.
FOUILLES A UAHCHOUR.
Au fond de ce puits les parois de l'est, de l'ouest et du sud sont percées de petites niches larges tout au plus de o™5o; ces chambres minuscules sont voûtées en briques crues (fig. 14).
Fig. 16 a.
Fig. 17.
La technique des vases qui ont été trouvés sous ces tombeaux est fort variable et à côté de récipients grossièrement tournés, s'en trouvent d'autres qui dénotent à cette époque une connaissance approfondie de l'art du potier (fig. 15, 16, 17).
Deux des pièces (fig. lôa, 16 b) sont revêtues d'une couverte rouge fort brillante.
Tels sont les résultats obtenus par les fouilles dans le groupe de mastabas situé au sud -est de la pyramide de briques. Ils démontrent que dès la iv" dynastie ce lieu fut employé pour la sépulture, donnent de précieux renseignements sur la con,struction des tombeaux à cette époque dans la plaine de Dahchour et enfin permettent d'espérer qu'après de nouvelles recherches on trouvera dans cette partie de la nécropole memphite un centre aussi ancien cjue ceux de Saqqarah et de Gizèh.
La présence dans ces parages du tombeau d'un prophète de la pyramide de Snéfrou semblerait indiquer, comme le pense M. G. Maspero' en s'appuyant sur d'autres données, que ce roi fut enterré à Dahchour. Sa tombe serait alors l'une des deux grandes pyramides de pierre qui s'élèvent au milieu du plateau, car il ne peut être question des pyramides de bri([ues dont aujourd'hui nous connaissons l'éj^oque.
I. G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 1886, p. 59, note 6.
MASTARAS DU NORD. 15
MASTABAS DU NORD
A 50 mètres environ de l'enceinte septentrionale de la pyramide de briques commencent les tombeaux des fonctionnaires de la xii" dynastie. La tombe du roi et des membres de sa famille se trouvait ainsi isolée par une large avenue qui semble avoir fait le tour de son enceinte extérieure. Vers l'est, le terrain avait été laissé libre et formait ainsi une plate-forme s'avançant jusqu'à la vallée. Au sud, de grands mastabas qui faisaient eux-mêmes partie du groupe princier, fermaient l'enceinte de la pyramide, tandis qu'au nord semblent s'être réunis tous les fonctionnaires de rang élevé. Avant les travaux de 1894, ^^ vaste promontoire qui s'étend au nord de la pyramide présentait une surface parfaitement unie, couverte de cailloux roulés, de fragments de calcaire blanc répandus sur le sol et de débris de poterie. Ces quelques indices superficiels pouvaient seuls faire supposer que les sables recouvraient des tombeaux : mais, dès les premiers sondages, les ruines des mastabas et les puits apparurent si serrés et si denses qu'il fut nécessaire de prendre de suite toutes les précautions, afin de ne pas recouvrir un sol encore vierge des déblais des fouilles (fig. 18).
La limite méridionale de ce quartier de la nécropole fut vite rencontrée, elle s'étendait de l'est à l'ouest d'une façon régulière et coupait, pour ainsi dire, l'angle formé par le plateau, laissant ainsi pour les fonctionnaires du roi enseveli dans la pyramide un vaste triangle qu'ils ont presque en entier rempli de leurs tombeaux.
Mastaba n" i . — Ce tombeau se compose de deux parties bien distinctes (fig. 1 9) : le mastaba proprement dit, massif rectangulaire de briques crues revêtu de calcaire de Tourah et le puits dont l'ouverture est située au nord du mastaba et dans son axe.
Le monument extérieur a beaucoup souffert des injures du temps et des hommes. Son revêtement a été jadis exploité et il ne reste plus que les fondations de cette construction. Il ne renfermait aucune chambre, aucun couloir, comme les mastabas de l'ancien empire à Saqqarah et ceux placés à la partie méridionale de la pyramide des briques.
Le puits profond de douze mètres environ traverse les alluvions, puis pénètre dans les grès tendres de la montagne; son ouverture est garnie de briques crues sur une hauteur de 4^20 correspondant à l'épaisseur des alluvions caillouteuses.
Au fond du puits s'ouvre vers le sud une porte construite en calcaire blanc soigneusement ajusté. Un couloir assez étroit donne accès dans une chambre rectangulaire (B), où se trouve le sarcophage.
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