Voir fig. 193, p
simplement un but ornemental, mais voulant reproduire hiéroglyphiquement une grande idée, les uns sur la pierre, les autres dans l'or et les matières précieuses. Ici, comme dans l'autre pectoral de la princesse Merrit, nous avons affaire à un bijou purement historique, d'une composition en tous points semblable à celles que les rois faisaient sculpter dans les rochers, sur des stèles destinées à perpétuer le souvenir de leurs conquêtes : le souverain vient de vaincre son ennemi, le tient terrassé et va l'achever de sa masse d'armes. Cet ennemi, les quelques signes hiéroglyphiques qui accompagnent la scène, nous apprennent sa nationalité : il s'agit de ces peuplades contre lesquelles Amenemhat guerroya dès les premières années de son règne,' dans ses expéditions au Sinaï, pays qui devrait être pour lui la source de grandes richesses et la porte des pays orientaux en même temps qu'un rempart contre les remuants nomades de l'Arabie et de la Syrie. Les Sati ^^^ et les Menti '——'^ sont souvent nommés dans les inscriptions hiéroglyphiques; faut-il y voir deux peuplades distinctes ou une seule, c'est ce qu'il est difficile de dire. Cependant, les ^^^ (variante j| 1, les «archers», paraissent être d'une manière plus générale, tous les nomades habitant à l'est du détroit; déjà sous Pépi I et sous Merenra, nous voyons citer leur pays comme pays frontière;* plus tard nous trouvons ce nom servant à désigner les Asiatiques en général.-* Sinouhit, dans son voyage, rencontre tout d'abord en sortant d'Egypte les M |^ ^k\|^ ' pâtres au bord du fleuve Kem-oer, la Mer Rouge, et appelle également Sati toutes les tribus qu'il traverse et au milieu desquelles il passe une bonne partie de sa vie.* Son témoignage est fort intéressant pour nous, puisqu'il nous reporte presque exactement à la même époque, son voyage ayant eu lieu sous les premières années d'Ousertesen P^
Quant aux Menti, leur nom revient moins souvent, et ne se trouve guère que sur les stèles du Ouadi Maghara. C'était sans doute une tribu des Sati, celle qui occupait la frontière de l'Egypte et en tous cas celle qui eut le plus souvent à lutter contre les Pharaons, depuis Pépi I- jusqu'aux princes du moyen et du nouvel empire.''
Notre pectoral identifie de la manière la plus évidente ces deux noms l'un à l'autre,'' en les faisant accompagner la figure d'un seul prisonnier qui présente tous les caractères de la race sémite, depuis la couleur de la peau et les traits de la figure jusqu'aux détails de l'habillement et de l'armement. C'est donc aux précurseurs des Arabes que nous avons affaire, et ceci peut nous ser\-ir à dater le bijou, ciselé fort probablement en souvenir des premiers exploits militaires du roi, de ses expéditions au Sinaï au début de son règne.
1. Voir WiEDEMANN, Aegyptische Geschichie, p. 254. Ces expéditions faites autant pour exploiter les mines de cuivre et de turquoises que pour repousser les barbares, datent déjà des années i et 2 de son règne (stèles du Ouadi Maghara et de Serbout-et-Khadim dans Lepsils, Denkmâkr, II, iSya, c, i38 a, b), puis de l'an 6 et de l'an 9 (ibid., II, 137 d, e, iSg g, 140 n). Nous retrouvons aux mêmes endroits des stèles datées des années 20 {ibid., II, iSyb), 3i, 41, 42,44 {ibid., II, iSyf, g, h; Cham- POLLION, Notices, II, 689 — 691).