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LE COLLYRE NOIR ET LE COLLYRE VERT, ETC. l63
en dégageant des bulles d'acide carbonique, en même temps que l'acide se colorait en vert. La réaction terminée, la solution, étendue de quelques gouttes d'eau, nous a donné, par l'ammoniaque et le cyanure jaune, les caractères des sels de cuivre. Un léger résidu, resté sur la lame et examiné au microscope, s'est présenté avec les caractères de la silice et, de plus, l'oxalate d'ammoniaque a permis de trouver de la chaux.
De ce résultat brut, on pouvait conclure à la présence de carbonate de cuivre et de silicate de chaux. C'est ainsi, — comme on l'a vu plus haut, — qu'a conclu X. Fischer dans un cas de même genre, et cette conclusion nous semblait d'autant plus légitime que la lenteur de la réaction pouvait difficilement se concilier avec une autre union respective des bases et des acides. Mais, en employant un ingénieux procédé de notre savant collègue A. Offret et en observant la substance, très finement pulvérisée, sous un microscope spécial à très fort grossissement, nous y avons distingué des grains verts et des grains presque incolores et nous avons constaté que, mis sous le microscope même en présence de l'acide chlorhydrique, les grains blancs se dissolvaient instantanément avec effervescence, tandis que les grains verts se dissolvaient lentement, sans dégagement de bulles. Le minéral est donc, non pas du carbonate de cuivre et du silicate de chaux, mais bien du carbonate de chaux et du silicate de cuivre.
Enfin, si l'on chauffe ce minéral, il change de couleur au-dessus de loo degrés, en perdant de l'eau. C'est donc un hydrosilicate. En effet, un examen à la loupe confirme que l'on a affaire au minéral appelé Chrysocolle, ou silicate de cuivre hydraté, CuO, SiO' 2H2O.
En poursuivant de plus près l'examen à la loupe de la partie bleu verdâtre, nous y avons reconnu de la malachite, parfaitement distincte de la chrysocolle, mais seulement à l'état de traces.
Sur l'un des côtés, en examinant les facettes brillantes à la loupe, on reconnaît du quartz, plus quelques rares petits cristaux de pyrite ferrugineuse et de chalcopyrite. Enfin, sur le même côté, se trouve une petite géode tapissée de quartz bipyramidal.
Les parties rougeâtres de la gangue sont dues à une imprégnation d'oxydule de cuivre. En cherchant à isoler un peu de cette gangue, nous avons pu constater que le silicate de cuivre est réparti dans son intérieur et nous n'avons réussi que bien difficilement à en isoler une petite quantité, exempte de ce silicate, pesant o^-'^SiS. Cette substance, traitée au rouge, a perdu sa couleur gris rosé et est devenue brunâtre, avec une perte de o^'oSSs, soit 12, ïo°/o, d'eau. Le reste était composé de 24,35% de siUce (et sable), de i,887o de fer et alumine, enfin de chaux et de traces de cuivre, à l'état d'oxydule, imprégnant et colorant la roche.
Ici encore nous avons à discuter, — comme nous l'avons fait à propos du collyre noir, — la question de savoir si la substance que nous avons étudiée est de formation naturelle ou si elle a été produite par le tassement, dans le récipient qui la contenait, d'une poudre composée et manipulée en vue d'un fard ou d'un collyre. Or, dans ce cas encore, le doute est impossible.
En effet : la présence simultanée de quartz cristallisé sur place, de petits cristaux de pyrite, de malachite et de chalcopyrite sur une même gangue ; la répartition du silicate de cuivre au milieu de cette roche dure et à peine friable; enfin, cette fissure injectée de minerai de cuivre à facettes cristallines, formé évidemment sur place, tout cela nous empêche d'admettre un seul instant que la masse que nous avons examinée puisse provenir d'une poudre, composée artificiellement, qui aurait été solidifiée par le temps. Cette conglomération eût exigé d'abord l'intervention de l'eau, et ensuite la réunion de tant de conditions diverses, que nous n'hésitons pas à déclarer que nous nous trouvons en présence d'un minéral naturel.
l64 A. FLORENCE ET VICTOR LORET. LE COLLYRE NOIR ET LE COLLYRE VERT, ETC.
Nos conclusions, relativement au fard vert égyptien, sont donc les suivantes :
1° Ce fard est formé d'un minéral naturel, composé en majeure partie d'hydrosilicate de cuivre, que l'échantillon de Dahchour nous a présenté tout imprégné de sa gangue.
2° Le vase de la princesse Noub-hotep contenait, non pas un fard tout préparé, mais seulement la matière première du fard, laissée à l'état brut.
3° Cette substance répond, par sa composition chimique, à quelque variété de la pierre que les minéralogistes appellent Chrysocolle. Il serait intéressant de retrouver le gisement de cette chrysocolle, — qui est très vraisemblablement le î^g égyptien, — et de la comparer à des échantillons modernes de même origine. Il serait curieux également d'examiner si elle correspond à la Chrysocolle, à la Pierre d'Arménie, ou à quelque autre minéral vert mentionné par les auteurs gréco-latins. Mais ce sont là des recherches qui nous entraîneraient trop loin pour le moment, et que nous nous réservons de faire lorsque de nouveaux échantillons de fard vert antique nous seront parvenus d'Egypte.
Lyon, 3 août 1894.