‹ Fouilles à la colonne ThéodosienneChapitre 15 sur 29 · PHILIPPE FILS · texte numérisé non relu

PHILIPPE FILS

An III. ( Feuard., 2884).

k) Les murs du sanctuaire passaient pour être revêtus à l’intérieur de lames d’or que recouvraient des lames d’argent, et par dessus il y avait une troisième couche en bronze destinée à protéger les deux autres etc. (Version de Mr La Faye — loc. laud. p. 1 74-1 75: cette version est très-scrupuleuse). Ce détail, quelque peu étonnant, peut être en partie expliqué par les fouilles. Nous avons trouvé que les marbres qui décoraient les parties nobles du temple avaient reçu la dorure : le gros public aura cru en conséquence que les murs du sanctuaire étaient revêtus de lames d’or. La superposition cependant du bronze à l’argent et de l’argent à l’or n’est pas bien claire. D’après Athénodore, on avait recouvert d’un vernis noir la statue du dieu.

c) Le pseudo-Callisthène

Cet auteur qu’on place au troisième siècle de notre ère, mentionne à Rhacotis une colonne de Hélios et deux obélisques au devant du Sérapée,

Aphtonius f üpo YU|r;dcojiaTa ; ”Excppaatç xrjç èv ’AXs£av$pe£a àxpOTïéXswç) avait dit : xal Tiplv s!ç piayjv SieXGeîv xyjv aoX^v, l'bpuxai xaxaaxsuaapa Bnrjpy] pivov npbç TtuXaç, oaat, xoTç TtàXai Gaoîç ôvojiàÇovxai * buo 6è o6sXol àveaxrjxaai XtGtv t, xal xp^vy] xrjç xwv IleLataxpaxibwv âjjtetvov s'/ouaa.

Le Pseudo-Callisthèue (B loç ’AXe^àvbpou xoo MaxeWvoç xal Tcpdc^SLç, cap. 33, éd. Meusel, écrit : xaxaaxoTtrjaaç 5è ô ’AXé£av- £av8poç xbv xoxov, TûapayevGpsvoç èv xà'/st e!Ss xà axXàyxva èrcl xgu pcojxoij xsÉpsva, xov 8è fJwpov t>xb àpxalwv xaGibpov- Gèvxa, xal oyjxbv xal £bavov è'vSov TtpGxaGsÇbpsvGV, xal x^ Se£ia X£LP^ xoplÇovxa Gr^plov TioXupopcpov, x*5 £è euwvupcp axyj- Tcxpov xaxéxovxa* xal Ttapeox^xet x(p £odtvcp xbpyjç (lisez KopYjç) #yaX|ia jibyLaxov* èTtuvGdcvsxo ouv xwv èxsï xaxoïXGUVxwv, xlç of.pa à èvxaOGa Gebç xuyxÆvct* ^ &s è'cpYjaav p-?] elSévar TtapvjXetcpévai Sè 671b xwv xpGTwaxèpwv A ibç xal “Hpaç le pbv elvar èv 0) xal xobç ô6eX(oxouç èGsdcoaxo xguç pixpt v$v xstpévGUç èv xo) Sapaxelq), *è£w xoü xepiêbXou xgu vuv xsipèvoo xxX. Les derniers mots : èv q> xal xot>ç G6eXi'axot>ç etc. sont évidemment une interpellation tardive à un ancien texte d’une xxlaiç ’ AXe£av8pelaç ; mais, à ce titre, elle est précieuse, parce qu’elle parle d’obélisques pixP1 v^v ^ipèvouç qui sont au dehors d’un péribole xgu vuv xetpévoi). L’interprétation qu’on y donne de la légende hiéroglyphique des obélisques est-elle aussi l’indice d’une rédaction postérieure à Septime Sévère. Si la position des obélisques est la même dans le récit d’Aphthonius que dans celui du Pseudo- Callisthènes, il y a identité de 1’ àxpbîtoXtç avec le Sérapée ; ce qui est le point principal du litige. A l’âge de Pline il n’y avait à Alexandrie que ti*ois obélisques ; l’obélisque du forum , et les deux obélisques du Cœsaréum. A la colline Hamoud-es-Saouari on voit cependant sous la Colonne deux tronçons d’obélisques de Séti I ; entre Kharmouz et Kom-el-Chougafa, dans le cirque et près de la Colonne, gît un autre tronçon d’obélisque reconnu par les savants de la Commission française d’Egypte. On les avait donc transportés à Alexandrie après la mort de Pline.

On dira que Strabon ne mentionne pas même les obélisques du ,

Cœsaréum; vrai, mais ceux-ci ne furent mis en place qu’après la visite de Strabon à Alexandrie. A mon avis, il s’agit d’établir bien ce que c’est le tu ep[6oXoç du Pseudo-Callisthènes pour le xaxaaxsuaapa d’Aphthonius. Le péribole ne peut être autre chose que l'enceinte sacrée, décorée de portiques, de colonnades, d’autels, de statues, renfermant le naos: serait-il pour le pseudo-Callisthène le péribole , ce que pour Aphthonius est l’enceinte de Y acropole} Dans ce cas, les obélisques sont e£(0 tou TtspiêoXoo, au dehors de Venceinte sacrée et on ne pourrait les placer que sur le grand palier (deuxième terrasse de l’Est). Pour concilier Aphthonius avec le Pseudo-Callisthène, (c’est le cas, parce que nous ne connaissons, d’autres restes d’obélisques à Alexandrie) il faudrait établir que le tcs p£6oXoç du P. C. c’est une enceinte plus petite, comprise dans la aoX'?] xaxà jxsaov TCsptaxuXoç, et que par conséquent les obélisques sont à chercher sur l’esplanade orientale précédent le xaxaaxeuaajjta. Dans ce cas, au milieu des obélisques il y auraiteu la célèbre fontaine, ce qui est très décoratif et dans la mode des Romains. Une médaille d’Alexandrie, à l’an IX d’Antonin, (c’est, en effet, sous Antonin que l’édifice aurait été achevé), nous montre Hercule (Persée?) tendant les mains vers une fontaine sortant d’un rocher, (Mionnet, 1669; Feuardent, 1694). On connaît les rapports d’Hercule (Persée ?) avec Sérapis et Isis à l’époque des Antonins : on connaît aussi les formules alexandrines ;

a) KAI KATA THC AGûl<€ VYXP ON OCIPIC YACOP (O

b) KAI AOI oOI O OC6ÎP1C TO VYXPON YA»P ^

c) COI A 6 OC6IPIAOC ATNON YAGÛP 6ICIC XAPICAITO 0 <3>

d) AOI COI

6 ÔC6IPIC TO H'YXPON YAGOP & (4)

(1) Musée d’Alexandrie — Salle épigraph. 85.

(2) Botti : Ipogeo di Basilissa. (Riv. Egiz : 1893 ; p. 273).

(3) . Epoque des Antonins. Cf. Néroutzos.

(4) Epoque des Antonins. Musée d’Alex. Salle épig.

Je ne pourrais cependant affirmer ce qui n’est qu’à l’état de conjecture. Le potin 2479 du Musée d’Alexandrie, à l’an V de Sévère Alexandre César, nous montre le Nil couché à gauche, un roseau dans la main droite, une corne d’abondance dans la gauche. Devant lui, plusieurs enfants se groupent autour d’un obélisque: le plus hardi écrit sur l’obélisque le nombre des coudées de la crue.

d) D’après le ms. arab. n° 139 de la Bibl. nation, de France.

L’Evangelium ou Angélium était situé à l’ouest de la ville d’Alexandrie; on le nomme aujourd’hui Es-Saonari. (. Amélineau ). Timothée, patriarche de Constantinople, nous fait savoir (Patr. Graec. t. LXXVII, col. 60) que les Angelitae , hérétiques d’Alexandrie, s’assemblaient à l' Angélium, dont ils tiraient le nom. D’autre part, dans le Cbronicon paschale (Patr. Graec., t. XCII, col. 608) il est dit que Saint Marc ayant été traîné par les Payens au lieu dit Evangelium , y fut brûlé vif. On doit comprendre que Saint Marc aurait été brûlé dans le Cirque attenant à un édifice qui plus tard fut nommé Evangelium ; que les Angélitae s’assemblaient dans les portiques de Y Evangelium succédé au Claudium. Amélineau (Vie du patriarche Isac, p. 57) nous fait connaître que cet édifice tombé en ruine temporum iniuria fut restauré par Athanase, un richard chalcédonien.

(e D’après un ms. copte alexandrin.

Un ms. copte, qu’il m’a été permis de consulter, paraît être rédigé sur une ancienne xxloiç ’AX^avSpsi'aç attribuée à un certain Kbademôn. Ce nom m’est inconnu. Les auteurs d’anciennes descriptions d’Alexandrie, sont : Apollonios de Rhodes , membre du Musée vers le 200 av. J. C., Apollodoros, Kallinikos, Nikanôr, Aelios Dios, Kallixeinos rhodien, dont il est mention dans Lumhroso. Mention aussi est faite de Chirôn ou Cbaron, auteur d’un livre Tcepl x&v èv ’AXe^avàpefoc xal èv AlyuTtxcp Ispètov xal xyjç 81aho'/fiç aûxêov xal xspl x&v èxl éxàaxou 7tpa)(0£vxü)v. Mais Kbadaemôn nous est inconnu. Probablement l’auteur du ms. veut s’en rapporter à Kbœremôn, membre du Musée en 80 ap. J.-C.

Cette question vidée autant que possible, venons-en nous au sens général du passage. « Alexandre le Grand, en mourant, ordonna qu’on allât l’ensevelir à Alexandrie, près d’une localité appelée le Parc aux gabelles. Il en fut ainsi. Sur le tombeau d’Alexandre-le- Grand on éleva une colonne de vingt virsak, couronnée d’une statue tournée vers le S.-E. Le tombeau d’Alexandre est orné de marbres ; il gît dans un sarcophage, et son nom est gravé sur le couvercle. Autour du cercueil d’Alexandre-le-Grand il y a des tombeaux plus modestes, en porphyre: ce sont les tombeaux des sept chevaliers (rois) et de leur chef (Ptolémée Sotér).»

Comme aucune part mention est faite d’autres colonnes à Alexandrie ayant une hauteur de vingt virsak ; comme la Colonne d’Alexandrie, bien qu’extraordinaire, n’a que 27 mètres, il est évident que la tradition locale égarée, à un moment donné a placé le tombeau d’Alexandre à la colline «Hamoud-es-Saouari». Par contre, les occidentaux y voyaient le tombeau de Pompée. Quant aux Pi-Stabla en Giahsi, je crois qu’on ait voulu tout bonnement indiquer les stabula du cirque attenant à la Colonne.

D' après Strabon, les tombeaux d’Alexandre le Grand et des Ptolémées faisaient partie des palais royaux (t<3c [3aaiXeia). Ces tombeaux, avec les trésors y accumulés, firent partie du ftscus Cœsaris, sous un intendant spécial (procurator Augusti ad Mausoleum). Le tombeau d’Alexandre-le-Grand fut longuement visité par toute personne de marque en voyage par l’Egypte. Vespasien, Titus, Domitien, Hadrien, Sabina, Marc-Aurèle, Commode, Avidius Cassius, Pescennius Niger, Septime Sévère et Caracalla l’ont visité sans doute, en remplissant ainsi la prophétie de l’oracle d’Ammon citée par le Pseudo-Callisthène.

Après le massacre d’Alexandrie par Caracalla, aucune mention est faite de ce monument dans l’histoire d’Alexandrie. Septime Sévère en avait interdit la visite au public: Caracalla l’avait enrichi.

Le Synaxare, au jour 18 de Babah, donne le récit suivant sur des constructions faites à Kôm-ed-Démos (Alexandrie) par le patriarche Théophile :

« Et quand notre père Théophile était chez notre père Athanase, « il l’entendit parler un jour en levant les yeux et regardant les « collines qui étaient devant son palais, et dire : « Si j’ai le temps,

« je ferai enlever ces collines et j’y bâtirai une église au Saint Jean « le Baptiste et au Saint Elisée le prophète. »

Le patriarcat de Théophile va de l'an 385 au 412 après J. -C., on peut prendre note qu'en l’an 400 à Kom-ed-Demas s’étaient amoncellés les décombres. Il est aussi à noter la sympathie des Alexandrins de toute nationalité et religion pour les prophètes de la Sainte-Bible ; la grande synagogue des juifs est dédiée à Eliaho en-nabi ; la grande mosquée des arabes, à Daniel en-nebi ; l’église du patriarche Théophile, à Elisée le prophète.

Le Synaxare continue : « Lorsqu’il fut patriarche , il se rappela « ces collines. Or, il y avait à Rome une femme riche, dont le mari « était mort en lui laissant deux garçons ; elle les prit et prit sa « fortune; l’ange Raphaël (!l les conduisit : elle vint de Rome à « Alexandrie. Lorsqu'elle eut entendu le père Théophile parler des « collines de sable , elle devint active d’un zèle divin, elle dépensa « de l’argent et les enleva. »

Ce sont donc des déblayements en bonne règle : comme à partir de Caracalla mention n’est plus faite du tombeau d'Alexandre le Grand, (Caracalla étant mort en 217 de notre ère et le patriarcat de Théophile s’étant commencé en 385) l’ensablement se serait produit en 168 ans. Mais comme il n’est pas probable qu’avant le sac d’Alexandrie par les soldats d’Aurélien aucune atteinte ou dégradation fût portée au Mausoleum, l’ensablement se serait produit en 1 13 ans.

« En dessous de l’une d’elles apparut un trésor recouvert d’une « dalle de pierre, sur laquelle étaient gravés trois 0 ».

Dans l’intention de l’écrivain, on a voulu poser les fondations sur le roc ; c’e^t pour cela qu’on a déblayé la colline jusqu’au roc : de l’ensemble du récit il résulte qu’il s’agit d’un caveau funéraire scellé par une dalle.

« Et lorsque le père Théophile les eut vus, il connut le mystère, « grâce au Saint-Esprit ; il dit : « C’est le temps où le trésor devait « être découvert, parce que les trois 0 se trouvent réunis dans le « même temps ; à savoir OGOC (Dieu), Théodose l’empereur et « Théophile le patriarche ». Il voulait parler de lui-même. Il trouva

-Ad

(1) L’ange Raphaël avait son église dans l’île de Pharos.

« la date du trésor qui était du temps à’ Alexandre fils de Philippe « le roi macédonien : ce trésor datait d’environ sept cents ans ».

« Le père envoya apprendre au roi tout ce qui était arrivé et lui « demanda de venir voir la chose par lui-même ; le roi vint, vît le « trésor et le donna au saint Théophile, qui en fit bâtir des églises, « en commençant par l’église au nom de Saint Jean le Baptiste, « d’Élie et d’Elisée son disciple. 11 y transféra leurs corps, et elle est « connue maintenant sous le nom de Dîmos ». h)

Probablement il n’y eût pas occasion de déranger l’empereur Théodose, il aura suffi d’appeler le praefectus Augustalis, résident à Alexandrie, magistrat qu’on changea douze fois sous Théodose.

Ce récit, dans son ensemble, peut bien contenir des choses invraisemblables, ainsi que les 0 0 0 gravés sur la dalle qui bouchait la cachette du trésor ; la translation aussi des reliques de St Jean le Baptiste, d’Élie et d’Élisée peut nous faire sourire. Le récit cependant est fort ancien ; nous avons ici pour la première fois la mention d’une église bâtie à l’époque de la destruction du Sérapée, dans une localité orientale de la ville, localité qui avait été depuis longtemps abandonnée, à l’endroit appelé Kom-el-Demas où on a trouvé des souvenirs d’Alexandre-le-Grand et dans laquelle on a transféré les restes du prophète Élie et du prophète Élisée. S’il n’y avait pas cette différence de nom pour le prophète titulaire du lieu, on n’aurait pas grand peine chercher à la très ancienne mosquée de Daniel-en-Nabi la plus ancienne église d’Élie et d’Élisée prophètes.

(i) Le texte du Synaxare a été traduit par M. Amélineau d’après un ms. de la Bibliothèque nationale à Paris. Pour d’autres rédactions voir les mss. arabes LXI1, LX11I et LXIV, LXV à la Vaticaine. Pour des extraits, voir E. Amélineau , Géographie de l’Egypte, passim. •

Page 1