‹ Fouilles à la colonne ThéodosienneChapitre 14 sur 29 · II. Ruffin · texte numérisé non relu

II. Ruffin

Comme je n’ai pas sous les yeux le texte de Ruffin, je suis forcé de transcrire ici la traduction que M. G. La Faye en a faite, f1) « Tout le monde a entendu parler du Sérapéum d’Alexandrie et « beaucoup de personnes le connaissent pour l’avoir vu. L’éléva- « tion sur laquelle il est bâti a été formée, non point par la nature « mais par la main de l’homme. Il se dresse au milieu des airs au « dessus d’une masse de constructions, et l’on y monte par plus « de cent degrés. Il s’étend de tous côtés en carré sur des grandes « dimensions. Toute la partie inférieure, jusqu’au niveau du pavé « de l’édifice est voûtée. Ce soubassement, qui reçoit la lumière « d’en haut par des vastes ouvertures, est divisé en vestibules se- « crets, séparés entre eux, qui servaient à diverses fonctions mysté- « rieuses. A l’étage supérieur, les extrémités de tout le contour de « la plate-forme sont occupées par des salles de conférences, des « cellules pour les pastophores et des corps de logis extrêmement « élevés qu 'habitaient ordinairement les gardiens du temple et les

(i) Le texte original se trouve dans l’Hist. Eccl., 11. 23. La version, dans La Faye: Histoire du culte des divinités d’Alexandrie. Paris, Thorin, 1884, p. 174-175.

« prêtres qui avaient fait vœu de chasteté. Derrière ces bâtiments, « en dedans, des portiques régnaient en carré tout autour du plan. « Au centre de la surface s'élevait le temple, orné de colonnes de « matières précieuses et construit en marbres magnifiques qu’on y « avait employés à profusion. Il contenait une statue de Sérapis de « proportions telles qu'elle effleurait un mur de la main droite et « l’autre de la gauche; des métaux et des bois de toute espèce en- « traient , à ce que l’on assure, dans la composition de ce colosse. « Les murs du sanctuaire passaient pour être revêtus à l’intérieur « de lames d’or que recouvraient des lames d’argent, et par-dessus « il y avait une troisième couche en bronze destinée à protéger les « autres deux etc. » (0 M. La Faye a soin d’ajouter: « Dans notre « traduction, nous avons respecté avec soin les changements de « temps: l’auteur employé le présent ou l’imparfait, suivant que ce « qu’il décrit subsiste ou non. » (*)

Comme le prêtre Ruffin a assisté à la destruction du Sérapée, on peut, à l’aide de ses imparfaits, dresser l’inventaire de ce qui avait été détruit en l’an 399. Ces sont :

a) le portique carré de la cour centrale ;

b) la statue de Sérapis ;

c) le sanctuaire de Sérapis.

Par contre, en l’an 400 subsistaient :

à) une masse de constructions enveloppant l’édifice principal ;

b) un escalier de plus que cent degrés ;

c) les voûtes de la partie inférieure (côté est) ;

d) les vestibules secrets, séparés entre eux ;

é) les salles de conférence (Musée) ;

f) le pastopborium (devenu chrétien) ;

g) le monastère, jadis des mélanophores.

Notes a la description de Ruffin.

a) L'élévation sur laquelle il est bâti a été formée, non point par la nature, mais par la main de l’homme. De la rue R 7 bis au plateau de la Colonne, (rocher nu) la différence du niveau était de 14 mètres : mais du dallage de la rue R 7 bis au sommet du péristyle,

(1) La Faye : toc. taud.

la différence arrivait à 25 mètres. Nous ne pouvons pas nous figurer à ce lieu des murs de fondation ayant une hauteur de 14 mètres ; mais nous pouvons bien croire qu’à droite et à gauche du grand escalier il y avait une masse de constructions en terrasses, sur une étendue de 66 mètres à droite et sur autant à gauche.

b) Il se dresse au milieu des airs, au-dessus d'une masse de constructions, et Von y monte par plus de cent degrés. Tout cela est parfaitement applicable à notre édifice; cela prouve aussi que Ruffin, pour décrire le Sérapée, se place sur le côté oriental et précisément à la naissance du grand escalier.

Une masse de constructions en terrasses, à droite, là où nous voyons la ruelle du cimetière et le cimetière actuel : en l’air, à 25 mètres sur la rue R 7 bis, le couronnement du péristyle. Aphthonius dit que l’escalier a cent degrés ; Ruffin en compte davantage. C'est une question de détail et par approximation. L’escalier existe et aucun auteur ne mentionne d’autre escalier semblable; les fouilles non plus.

c) Il s'étend de tous côtés en carré, sur de grandes dimensions. Mahmoud el Falaqui donne i8ometplus au côté du carré. Les auteurs arabes du Moyen Age ont, quelque part, mentionné un grand carré. A notre avis le carré aurait 1 85™ 1 85 de côté, dont moitié sur le plateau, et moitié en terrasses sur le flanc oriental, à partir de la Rue R 7 bis.

d) Toute la partie inférieure, jusqu'au niveau du pavé de l’édifice, est voûtée. M. Lafaye (Histoire du culte des divinités d’alexandrie etc. Paris Thorin, 1884; p. 174) dit que les voûtes ont été retrouvées. Mais il s’en rapporte à la Descr. de l’Eg., t.V, p.367). Dans nos fouilles on a trouvé dans le rocher même, des parties voûtées, qui sont au dessous du pavé de l’édifice, mais sous le péristyle. La partie voûtée dans le cimetière Hamoud-es-Saouari peut vraiement avoir servi à diverses fonctions mystérieuses ; il n’en est pas ainsi des autres galeries voûtées entre l’Est et le Sud, que nous avons dû forcer pour y pénétrer. De l’ensemble du récit de Ruffin, il semble qu’il a vu à l’Est deux étages superposés en terrasses. L’étage inférieur, lui seul, était voûté.

é) Ce soubassement, qui reçoit la lumière d'en haut par de vastes ouvertures, est divisé en vestibules secrets, séparés entre eux, qui servaient à diverses fonctions mystérieuses.

Le texte ici vient nous aider, au moment où les fouilles ne suffisent pas à la besogne. Cette partie, riche en matériaux à construction a été réduite en carrière, depuis sept siècles, au moins. Du texte de Ruffin on peut raisonnablement déduire que la terrasse inférieure était très vaste et que de grandes ouvertures éclairaient le rezde-chaussée, servant à diverses fonctions religieuses.

f) A l’étage supérieur les extrémités de tout le contour de la plate-forme sont occupés par des salles de conférences, des cellules pour les pastophores b) et des coips de logis extrêmement élevés qu’ habitaient ordinairement les gardiens du temple et les prêtres qui avaient fait vœu de chasteté. W Ici le texte se fait d’une précision étonnante. La deuxième terrasse avec ses bâtisses atteint presque la hauteur du péristyle et l’enveloppe solidement. Sur cette longueur

(1) On appellait pastophores ceux des prêtres qui dans les solennités publiques chargeaient sur leurs épaules et offraient à la vénération des fidèles des édicules portatives, contenant les statues des dieux. (Cf. La Faye, I. cit. 147. et Letronne , Inscr. gr. de l’Eg., t. I, p. 306). La partie des temples où ils avaient leurs cellules se disait pastopborium. Mais ils ne logeaient pas pendant toute la journée dans leur cellule à la Colonne : ils sacrifiaient, telle ou telle heure du jour, pour assister en pastophores à l’office divin et aux processions, bravant la raillerie des incrédules ; par contre, dans la vie commune, dans la profession journalière ils étaient hommes de qualité et associés redoutables. Ils avaient donc à l'Hamoud-es-Saouari des simple^cellules (Ruffin), des orjxo£.

La dignité de pastophore était le quatrième degré conféré aux initiés : il était commun aux hommes aussi bien qu’aux dames.

(2) Les agnoneuontes (ii qui mulierem non cognoverunt) forment une sorte de confrérie de moines voués à la chasteté et à la pratique du culte de Sérapis : il peut se faire que les tnélanéphores (les habillés en robes noires) en soient une section. On voit, d’après Ruffin, qu’ils avaient pour leur couvent un corps de logis très élevé sur un côté du Sérapéum. M. La Faye croit possible que les thérapeutes ( les serviteurs volontaires) menaient, eux aussi, en commun une vie ascétique et contemplative. Ce ne fut pas certainement le cas de Ptolémée de Glauciasdans le Sérapéum de Memphis ; il s’était obligé à une discipline claustrale plus sévère, ne quittant pas sa cellule et ne comuniquant avec le public qu’à l’aide d’une lucarne. Ces sont des motifs pour croire que le couvent des agnoneuontes fut placé sur le flanc méridional, près du Cirque et An faubourg Nécropolis, comme étant le plus écarté.

Ce couvent de Sérapiastes fut occupé, vers l’an 400 ap. J.-C., par des mélanéphores chrétiens ; c’est pourquoi le sérapiaste Eunape s’écrie avec indignation « en ce temps-là on pouvait tout se permettre, pourvu que Von portât une robe noire et que l’on s’affranchît en public de toutes les bienséances » xupavvixïjv yàp stxev è£oua£av tôte tî&ç <Xv0p(O7Toç péXaivav çopûv èaGfj^a xal ôyjpoofqc (3ouXépevoç àoxvjpoveTv. In vita Edesii. Note de La Faye — p. 147. ,

de 1 3 3 m3 une partie était donné aux salles de conférences , une autre partie (les angles peut-être) aux prêtres ayant fait vœu de chasteté. Nous y avons trouvé quelques fragments de statuettes en marbre et des dédicaces.

g) Derrière ces bâtiments, en dedans, (Ruffin pour décrire le Sérapée se place sur la R 7 bis), des portiques régnaient en carré tout autour du plan. Ici Ruffin concorde avec Aphthonius, qui du flanc oriental n’a décrit que l’escalier, tout en connaissant les détails omis par Ruffin et nous disant que : etaibvxi nocp’ aùx^jv x9jv àxp6x;oXiv xéxxapai nXsupcciç elç )(â)poç ènflpYjxar xal xo oyfuix raXafeiov xoy)(dcvst, xou p/qxav^paxoç* aoX'?] Sè xaxà jiéaov TCSplaxuXoç xxX. Ce sont les promenoirs (oxoal) des savants (ot cpiXorcovouvxsç çlXoooçsïv), ayant des salles pour la bibliothèque (xaps'a ysy£VY]|iévot, xaiç pfêXoïç), ainsi qu’ils avaient des salles à conférences.

b) zÂu centre de la surface s’élevait le temple, orné de colonnes de matières précieuses et construit en marbres magnifiques, qu’on y avait employé à profusion. Ruffin, à ce lieu, employé l’imparfait : il a donc écrit après la destruction du Sérapée.

ï) Il contenait une statue de S ér apis de proportions telles qu’elle effleurait un mur de la main droite et l’autre de la gauche ; des métaux et des bois de toute espèce entraient, à ce que l’on assure, dans la composition de ce colosse.

Cette statue chrysoéléphantine est aussi décrite par le pseudo- Callisthène : xbv 8è [3a)|xbv 6710 àp)(od(ov xa0tbpuv0évxa, xal OY]xbv xal Çbavov Ivbov 7ipoxa0sÇo|Jievov? xal xi g bs£ia )(£ipl xopiÇovxa 0Yjptov TioXujJiopcpov (le Cerbère), x'jj hs sowvujjup oxyj7ixpov xaxsyovm. (ch. 33.) On prétend que ce fut l’œuvre de Bryaxis, le sculpteur athénien qui travailla avec Scopas au Mausolée d’Halicarnasse. Mr La Faye (œuv. cit. p. 248) rappelle que d’après un témoignage antique (Athénodore, fils de Sandon, dans Clem. Alex., Protrept., IV, 48, p. 42 et suiv. — éd. Potter) cette statue aurait été un composé de métaux les plus précieux, et l’artiste, après l’avoir achevée, l'aurait recouverte d’un vernis noir.

La tête du dieu était surmontée du calathos ; s'il avait quelque tchose de la majesté de Jupiter, dans l’expression cependant de sa

physionomie il rappellait Pluton, mieux que Jupiter. On voit cette statue dans les médailles suivantes d’Alexandrie.

Trajan

An II. (Mionnet, 339 ; Feuardent, 945).

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