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Terre cuite rougeâtre. Coupe, sans ornements

9. Valves, mollusques et ossements carbonisés, de poissons et d’agneaux.

De ces objets on a pris note exacte au fur et à mesure qu’on venait de les trouver. Ils nous permettent de nous rapporter au déclin du règne de Soter ou au commencement de celui de Philadelphe. Je suis d’avis que c’est le puits d’un ancien hypogée de Rhacotis utilisé sous les premiers Lagides.

Restes de portes en granit, sur la deuxième terrasse de l’Est.

Les portes sont au nombre de trois ; d’abord une porte à gauche, dont on a trouvé une partie de l’entablement et les montants : ces restes gisent au pied de l’escalier latéral de gauche. Cette porte mesurait en hauteur 4m20 et en largeur 2m io. Quelques restes de la grande porte du milieu, restes splendides, ont été retrouvés sur la deuxième terrasse, presque au centre. Cette porte mesurait six mètres en hauteur, et quatre en largeur; mais, compte fait de la décoration, elle n’avait pas moins de dix mètres de hauteur. L’ornementation savante, quelque peu bizarre, peut se rapporter aux règnes de Trajan et d’Hadrien. Chose à noter: des grosses colonnes en granit, déclassées, ont été façonnées en montants de portes. J’en ai conclu que l’âge de ces portes est à rapporter à l’époque où la carrière d’Assouan était considérée comme épuisee (de Caligula à Séptime Sévère).

Un montant d’une troisième porte se voit à droite, près des substructions de l’escalier latéral. C’est un bloc de 3mio découpé dans un tronçon de grosse colonne. Nous pouvons en conséquence placer à cet endroit un édifice ayant trois portes : une médiane de 6m X 4m et deux latérales de 4m20 X 2m io chaque.

Trouvaille de squelettes sur la deuxième terrasse de l’Est (propylée).

Je ressens encore l’horreur des morts que j’ai retrouvés dans les fouilles près de la Colonne, et surtout à l’Est sur la deuxième terrasse. J’ai compté les squelettes presqu’à centaines au-dessous de la maçonnerie écroulée, ainsi qu’au-dessous des blocs de granit précipités sur la terrasse inférieure. Plus à droite, on avait pratiqué une longue tranchée; on l’avait comblée de cadavres amoncelés, les uns sur les autres, n’ayant pour pierre tombale que des dalles de calcaire provenant du pavé de l’édifice. A gauche et en descendant

le flanc de la colline, le lieu avait l'aspect d'un ustrinum. La Mort était passée par là ; le bûcher avait été embrasé sur une étendue considérable. La terre, à ce lieu, est noirâtre, onctueuse, pleine d’os calcinés et de charbons, de fragments de poteries romaines, de lampes. De même à l’Ouest, à soixante-dix mètres de la Colonne, les squelettes étaient entassés parmi les ruines d’une colonnade et dans les fondations de l’édifice du Sud-Ouest. Cette lugubre trouvaille est caractérisée par l'absence de tout indice d’époque byzantine ou arabe.

Les traces évidentes de crémation d’un côté, d’inhumation de l’autre, ce sont des faits simultanés qui ne peuvent être datés qu'après Théodose, puisque c’est Théodose qui a défendu la crémation. Dans le sous-sol d’Alexandrie j’ai compté par centaines, par milliers les squelettes, à partir des Lagides jusqu'au déclin de la domination byzantine. Jamais rien de semblable à ce désordre dans la mort. Ils ont été crémés ou inhumés à la surface d’un édifice déjà démoli avant que la loi théodosienne eût une sanction à Alexandrie. On peut conjecturer que ce soit une conséquence de l’émeute de l’an 362 ; mais rien de certain. On pourrait aussi y voir un épisode de carnage formant un tout avec la défaite finale des Sérapiastes et la prise du Sérapée. De sorte que si celà est, nous aurions de quelque façon assisté à une scène de l'écroulement de la forteresse des Sérapiastes. Et la commotion est d'autant plus forte, que nous sommes d’avis que le dogme de Sérapis en simplifiant la théologie nationale a frayé le chemin au Christianisme. On peut le dire sans crainte qu’on nous contredise; si le Christianisme n’avait pas été, le Grand Pontife de Sérapis siégerait aujourd’hui vis-à-vis du Quirinal.

Trouvaille de peintures sur stuc; troisième style pompéien. (Côté oriental). Le 8 juin 1896 on allait nettoyer Va rca de Vlstum, semblable à une citerne, lorsque parmi les cendres, les pommes de pin carbonisées, les ossements calcinés des victimes nous trouvâmes nombre de fragments de peintures sur stuc. Cette première trouvaille nous permit de reconnaître les motifs généraux de la décoration du portique oriental et de la rapporter au règne de Trajan. Une deuxième trouvaille de peintures a été faite le 19 juin suivant, au pied du troisième mur oriental. Ce furent des morceaux

détachés du troisième mur de l’Est, formant une couche blanchâtre sur 20 mètres de long par om 50 d’épaisseur et de ora 30 à om 40 en hauteur. Nous avions de haut en bas, et sur une profondeur de 7 mètres, les couches suivantes :

i° terre rapportée;

20 restes de crémation, charbons, fragments d’urnes ;

30 restes d’un entablement en calcaire ; fragments de peintures sur stuc;

40 atterrissements ;

50 pavé en calcaire.

Pour me servir des mêmes mots, par lesquels M. Louis Couve explique la technique des peintures de Délos (r), je dirai que nous avons trouvé une couche épaisse d’un stuc grossier et résistant, dont Vitruve (VIL 5) nous explique la composition, partout rayée de stries à lignes parallèles assez profondes, qui assuraient l’adhérence parfaite et la solidité de la couche supérieure faite d’un stuc plus fin, éclatant de blancheur. La couche supérieure a reçu des peintures. Les fragments monochromes sont en grand nombre; il en est autrement de la frise médiane et de la supérieure. Il y a des figures d’animaux, dont la teinte générale est jaunâtre, tout en ayant les naseaux ou la cornée du bec coloriés en rouge. On y voit aussi un épervier d’Horus, mitré, jaune clair. Une scène de chasse nous donne des beaux fragments où les chiens sont traités d’une façon toute à fait magistrale; il en est de même d’un cerf en fuite et d’un lion debout sur un monument. Des griffons affrontés, blanc sur fond jaunâtre, serrant entre les griffes une hydria, nous rappellent certains motifs de la Renaissance.

Nos peintures peuvent être classées comme ci-dessous :

a ) panneaux à teinte plate ;

b) motifs floraux ;

c) scènes de chasse, avec chiens, cerfs etc. ;

d) motifs d’architecture, avec perspective de l’intérieur. La planche ci-contre pourra en donner une idée; mais rien ne rendra la délicatesse exquise des teintes, leur gradation savante, la hardiesse de l’exécution.

(1) Bulletin de Corresp. Hellénique, XIX, 169.

L’examen de ces peintures ne laisse aucun doute sur lepoque à laquelle, on a décoré le portique oriental de l’édifice ; son âge ne peut être postérieur au Ier siècle de notre ère, et nous atteste qu’à cette époque reculée il y avait à Alexandrie des peintres de grande valeur.

Quant à la maçonnerie, à en juger par les restes que nous avons trouvé, on voit bien que les murs étaient formés par rangées de petits moëllons en calcaire, dont les intervalles étaient remplis de petites pierres. C'est bien la maçonnerie de l'époque à laquelle nous avons attribué ces peintures. Le calcaire lui-même avait été extrait des carrières d'Alexandrie au Mex.

Les marbres, dont on en trouve un grand nombre, sont de toutes nuances ; j’ai noté le blanc de Proconèse, le blanc de Luni, le jaune de Sienne. Parmi les ruines on trouve aussi l'albâtre oriental, le porphyre de la carrière de Gébel-Dokhan, dont on en commença l’exploitation sous le règne de Claude, la brèche verte, les bardigli de l’Italie, le calcaire numismale, le granit d'Assouan rouge et gris.

L’Acropole. A l’avis d’Aphthonius, l’Acropole ne commence qu’après les cent degrés ; ou à mieux dire, l’Acropole est le plateau lui-même (x&poç). Il dit: s laiovxt, 8s 7iap’ aùxYjv xy)v àxporcoXiv xsxxapai TtXsupatç s Tç x^P°S ^aatS 8nj)psxat, xal xo axvjpa TiXa taiov xt>yx^V£t tou jJLYjxavvjpaxoç. « Quand on entre dans l’a- « cropole (on ne trouve qu’) un seul plateau, lequel est divisé en « quatre ailes semblables et son ordonnance quadrilatère tient de la « figure d'un moule à briques ». Cette fois aussi les fouilles s’accordent avec Aphthonius. Par les fouilles on avait constaté que le grand escalier n’était pas sur l’axe de la Colonne ; il fallait en conséquence admettre que l'édifice sur le plateau avait été bâti à une époque différente ; que peut-être aussi, on l’avait coordonné à un édifice plus ancien compris dans la grande cour centrale. Le léger écartement de son axe, pour ce qui a trait à l’escalier, aurait lui aussi sa raison dans la coéxistence d’autres constructions à droite et à gauche de l’escalier. Les auteurs arabes ne s’occupent pas de l’escalier, mais de l’édifice sur le plateau ; Edrisi, d’autre part, dit que la Colonne n’est pas au milieu de l’édifice, mais rapprochée du Nord ; ce qui revient au même que si l’on disait que l’édifice s'étend davantage au Sud-Ouest.

Dimensions de l’Acropole. Comme d’après Aphthonius, l’Acropole est précédée du grand escalier (àvaj3a0pof), du propylée (ftpOTCuXaiov) et de Ycecus (ol xoç), comme aussi à l’aide des fouilles nous avons reconnu les restes de l’escalier, la terrasse du propylée et de l’œcus le long du flanc oriental, à partir de la rue R 7 bis et

jusqu'au plateau de la Colonne, il s’en suit qu’Aphthonius par le mot àxp&roXiç ne désigne que le plateau de la Colonne.

Cette constatation faite, le plan de l’Acropole devait, de vrai, ressembler à un moule à briques, prj/àvyjfia. L’espace disponible entre l'entrée de l’Acropole (elaocoç) et la rue R 8 bis mesure en largeur 130 mètres; de la Colonne à la rue L’ 6 on compte 1 10 mètres, de sorte qu’on peut donner à l’Acropole une surface maximum de 220m X 130™. La conformation naturelle du plateau, on le voit, est tout à fait rectangulaire. Mais Aphthonius semble donner au |iYj)(àvY]}ia, aussi bien qu’au péristyle, une forme carrée. D’après les fouilles, l’angle S. E. de l’acropole se trouve à 90 mètres du centre de la Colonne: l’angle N. O. s’en trouve distancé aussi de 90 mètres environ.

11 s’en suit que la partie bâtie de l’Acropole mesure en longueur 180 mètres environ; que si l’on tient compte de la détérioration inévitable des fondations à leurs extrémités, nous pourrons fixer cette longueur à 185™ 185 (un stade olympique, soit un tiers exact de la longueur du cirque qui longe le plateau au S. O. ). Nous avons vu que sa largeur ne pourrait pas dépasser les 1 30™, parce qu’après ces 130 mètres nous trouvons à l’ouest la R 8 bis. L’acropole gardait donc sa forme rectangulaire. Ses dimensions, d’après les fouilles, étaient :

en longueur, 1 8 5 M1 1 8 5 .

en largeur, 92™, environ.

J’ai observé que les fondations sur le flanc méridional baissent de niveau et cela d’une façon régulière, comme si l’on descendait au cirque. II en est de même sur le flanc septentrional, dès qu’on a dépassé les ruines de VI sium. C’est donc que le péristyle est carré : un avant-corps au N. O. et un autre au S.E. peuvent, à eux seuls, donner à ces ruines une forme rectangulaire. Cela concorde avec Ruffin, qui place sur l’un des flancs les moines noires zi sur l’autre les maisons des préposés à la garde et au maintien du Sérapée.

Dallage de l’Acropole. Il est encore visible sur le côté Nord- Est. Il est formé de dalles en calcaire numolitique. Les dalles mesurent im$2 de long, sur om75 de large et om02 5 d’épaisseur.

Ce qui choque d’abord le fouilleur au plateau de la Colonne ce sont les remaniements que le lieu a subi à l’époque romaine. D’abord

le plan de l’édifice nous rappelle de près le plan du Stoa d’Hadrien à Athènes. (L’enceinte du Stoa, de l’avis de Mr Leake, avait 1 1 de long sur 77111 de large. Le plan général en était un rectanglê entouré de portiques, avec un ou plusieurs bâtiments au centre, avec sa bibliothèque, son Panthéon, etc.) Les grandes murailles que l’on voit sur le côté oriental sont elles aussi d’époque romaine : le soubassement de la colonnade du N. O. est aussi d’époque romaine: ce n’est que sur le côté occidental que les fondations sont d’époque hellénique. Les fondations helléniques reposent immédiatement sur le rocher : après avoir nivelé le rocher on y étendait une première couche d’un ciment blanchâtre formé, paraît-il, de marbre broyé avec une quantité peu appréciable de briques pillées. On obtenait ainsi un nivellement parfait sur lequel on plaçait le premier bloc; on y ajoutait un petit strate de ciment, de l’épaisseur deom04, destiné à recevoir le deuxième bloc et ainsi de suite. Les dimensions des blocs variaient en raison de l’importance de la muraille et du poids à supporter.

11 nous ont, en conséquence, fourni ces dimensions :

111124 omÔ7 om52 (*)

1 m om55 om3o

im4o 0^30 —

om55 om25 —

Notes de la Colonne actuelle. Sans tenir compte des voyageurs plus anciens, nous savons que la Colonne a été mesurée par Fauvel, en 1789 ; il lui donne une hauteur de 86 pieds et 9 pouces. Cette mesure ne diffère que de trois pouces du chiffre admis par les savants delà Commission française. Ce fut le 30 août 1798 (15 fructidorde l’an VI) que Le-Père, Dutertre, Protain etNorry mesurèrent., eux aussi la Colonne, dont la hauteur fut déterminée à 86 pieds, 6 pouces = 27m75. Voici d’autres mesures supplémentaires : diamètre minimum 2m53 hauteur du fût 20m50

Encastrement au sommet du chapiteau. Il a été mesuré par les Membres de la Commission française; il donne im83 de diamètre, sur une profondeur de om076.

Chapiteau de la Colonne. Aphthonius dit que les àp)(al twv

(1) avec lettres d’assemblage.

ovtü)v zfj xfjç xfovoç y.op'jyrj TzapicJirjxocji. Que pouvons nous entendre par «les principes des êtres»? Si nous pouvions croire que la Colonne était surmontée du calathus de Déméter, par cette corbeille sacrée que nous voyons couronnant une colonne sur des médailles alexandrines de l’an 1 6 et de l’an 17 de Trajan empereur, il est évident que l’allusion du rhéteur syrien serait saisissable. De cette manière on pourrait se rendre compte de l’urne cinéraire de Pompée admise par Pétrarque et Morison, du sepiilcrum Pompei de l’anonyme du Vatican, de la Kobba d’Abdallatif. On dirait cependant qu’on a choisi à la hâte le chapiteau à donner à un fût qui est d’un fini admirable. Le chapiteau est trop fort, inachevé et dans sa mollesse rappelle quelque peu celui de la Colonne de Marcien à Constantinople: (450-456 après J. -C.). Peut-on y voir un chapiteau, dans l'encastrement duquel ( 1 *"83 de diam.;ora076 de profond.) on aurait logé un cippe de marbre, orné d’aigles en marbre (haut. ora7o), surmonté par une statue d’un empereur byzantin, statue en porphyre ou en airain? Ce sont des questions que je pose. Au pied de la Colonne, dans le puits du lavàcrum nous avons trouvé des aigles en marbre brisés.

Le fut de la Colonne. Ainsi qu’on l’a vu, ce superbe monolithe, qui pèse 289,869 kil. mesure 20m50 en hauteur et 2m53 en diamètre. Comme terme de comparaison je mettrai ci-dessous les mesures de quelques colonnes taillées en Egypte à l'époque romaine.

haut. diam.

Colonne de Burton (gr. gris) i8ra05 2m59

Colonne enterrée en partie ? 2m438

Colonne Mcnasce iom50 im2 5

Colonne de l'Hydreuma Trajanum 9mii imoi6

Colonne de Wilkinson (gr. gris) i6m26 2m438

Colonne de Montecitorio I4m784 —

Colonnes aux Thermes Dioclétiens 1 1 *«9 1 —

Colonne du péristyle, à l'Hamoud(gr. gris). 7mi 1 om99

Tronçon de colonne à l’Hamoud ? im20

La beauté de ce fût sans pareil avait fait concevoir le projet de le transporter en France, sous le règne de Louis XIV.(0///o///, à la Société nationale des Antiquaires de France, séance du 17 février 1892). Il ne sera pas hors de propos de rappeler le goût du colossal, suc-

cède à celui des proportions naturelles, à dater de Néron. De cette époque nous avons dans l’histoire de l’art des toiles colossales, (1 z portrait de Néron p. e.); des statues colossales, ainsi que la statue colossale du Soleil (Néron) et celle de la Lune (par Hadrien) ; des colonnes colossales (voir les Trajane , Automne). Cest l’époque où l’on commence à tailler des monolithes énormes en granit gris à Gébel Feetéreh ; mais le goût du colossal se perpétue jusqu’au déclin de l’empire byzantin.

Base et piédestal. La pureté du fût, qui diffère du chapiteau pour la teinte aussi de la matière, nous rapporte à la bonne époque de l’art. Il n’en est pas autant de la base et du piédestal. La base n’est pas faite pour ce fût.

La statue de l’empereur. Une tradition ecclésiastique, quelque peu tardive (elle ne se trouve qu’au siècle XVIlme; mais peut remonter à des sources plus anciennes), parle d’une idole placée au sommet de la Colonne : ceux qui se refusaient de l’adorer, étaient tués sur le champ. La colonne elle même aurait été érigée par Maxence, voir même par Maximin Daza.

Un auteur arabe, dont Norry n’a pas cité le nom, prétend que la Colonne était surmontée d’une statue d’airain tournée du côté de la mer et montrant du doigt Constantinople ; mais que par l’ordre d’un gouverneur d’Alexandrie cette statue fut abattue et convertie en petites pièces de monnaie. Si ce récit est exact, on aurait l’avantage de savoir :

i° que la Colonne fut érigée par un empereur byzantin ;

2° que la statue de l’empereur était soit en bronze, soit en airain ;

3° que la façade de l’édifice, à l’époque byzantine, ou qu’au moins, la face principale de la Colonne était au Nord-Ouest.

La statue en porphyre. Les carrières de porphyre ont été exploitées, la première fois, par Fitrasius Pollio, sous le règne de Claude Ier. Les statues qu’il en fit sculpter ne rencontrèrent pas la faveur des Romains : parum probata novitate. Il est vrai que Néron a été enseveli dans un sarcophage en porphyre, mais du vivant de Pline, personne ne sculptait plus le porphyre: nemo postea imitatus est. Les grands blocs pour statues colossales ne purent être transportés à Alexandrie qu’après le creusement du canal des deux mers par Trajan. Le canal aurait été curé par Hadrien. (Makrizy). Il

était encore navigable en 180 de J.-C. (Letronne). A l’époque de Septime Sévère le canal est obstrué et on fait retour au granit rose d’Assouan. Il s'en suit que le bloc pour une statue colossale couronnant la Colonne n’aurait pu être transporté à Alexandrie, qu’entre Trajan et Septime Sévère. A cette époque appartiennent

a) la statue Rotoli = Choiseul-Gouffier ; (France)

b) » Zogheb (Caire)

c) » Cassas —

Les statues Zogheb et Cassas n'ont pas été retrouvées à l'Hamoudes-Saouari.

D’après Mr Lumbroso , dans Sonnini, Voy. en Egypte, 1798 ; I, p. 135, on lit: Rotoli avait (avant 1778) découvert près delà Colonne des morceaux d’une statue, qui , à en juger par ses fragments, devait être prodigieuse. Ces fragments étaient du plus beau porphyre.

Mr Dubois ( Catalogue de la Collection Cboiseul Gonfler parle des fragments d'une statue en pôrphyre, dont les débris furent retrouvés au pied de la Colonne Pompée. Letronne donne à la statue une hauteur de 3m36, environ, et en fait venir le bloc de la carrière de Gébel-Dokhan, avant l’ensablement du canal des deux mers. La statue ayant 2\ de la hauteur totale du monument, peut avoir surmonté la Colonne. Nous ignorons le nom du personnage qui était représenté par cette statue.

Une tradition ecclésiastique, tardive, rapportée par frate Stefano Mantega{{a , (XVIP siècle), puisée probablement aux récits d’agiographes plus anciens, en attribuant l'érection de la Colonne à Maxence, ou à Maximin Daza, dit quelle était couronnée par une idole; lors de la persécution de Dioclétien, les chrétiens qui se seraient refusés d’adorer l'idole, étaient tués sur le champ.

Cette tradition, la seule qui soit concrète, la seule aussi qui s’accorde avec le caractère religieux de l’area où s’élevait la Colonne, nous porte nécessairement à la Colonne de Sèrapis.

La statue Rotoli-Cboiseul , vu ses proportions (haut. 3m36, d’après Letronne) suppose une colonne ayant une hauteur de ± 26m88. La Colonne d'Alexandrie a actuellement, dit-on, 27™ : il est donc bien possible que la statue Rotoli-Choiseul couronnât la Colonne.

La statue Cassas , qui aurait 7™ de hauteur, a été probablement

érigée sur un fort piédestal sur quelque place publique d’Alexandrie, voir même sur la place de l’Héptastade.

La statue Zogheb (haut. 2m66, non compris la tête qui manque) peut avoir couronné la colonne honoraire de l’un des empereurs byzantins. Mais ce ne fut pas à l’Hamoud-es-Saouari, parce que la statue Zogheb a été retrouvée près des Apostaseis.

Age des statues en porphyre. A l’époque pharaonique, malgré l’affirmation deMrJomard, on ne connaît ni des colonnes, ni les sculptures sur porphyre.

Et de même sous les Lagides. (Si nous en restons à Quatremère de Quincy, à Visconti, à Letronne, les passages qui parlent de cette exploitation se rapportent à des romans postérieurs.

Sous Claude Ier. Vitrasius Pollio, procurateur impérial, vient de découvrir une carrière de porphyre en Egypte. Il appelle des sculpteurs, il leur commande des statues. Les statues ébauchées sur place sont traînées à Alexandrie pour y être travaillées par les sculpteurs. Vitrasius est heureux d’avoir augmenté les recettes du fiscus impérial : il fait un choix des meilleures statues en porphyre et il les expédie à Rome. Mais Claude ne s’y laisse pas prendre. Ces statues taillées dans une pierre des plus difficiles à traiter, ces statues, dis-je, en tant que somme de travail, représentaient des objets de grand prix. Mais le coup d’œil était manqué. On avait oublié de distinguer la tête et les chairs par une autre matière. Pline s’empresse d’ajouter que : nemo postea imitatus est.

Il s’en suit que si à la Colonne il y eut une statue en porphyre couronnant ce monument, la statue en question n’appartint pas au règne de Claude, ni à ceux de Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien et Titus.

On nous a dit que Néron fut enseveli dans un sarcophage de porphyre, que Letronne suppose avoir été travaillé sous Vitrasius Pollio. A partir de cette époque les carrières de porphyre nous fournissent des colonnes, des sarcophages, des urnes, des mosaïques en opus sectile, des mortiers, des baignoires. Qu’on visite Rome, Ravenne, Constantinople; il n’y a que l’embarras du choix.

D’après les colonnades en porphyre on peut déterminer l’âge de quelques édifices publics d’Alexandrie. C’est le cas du palais d’Hadrien (près du Patriarcat gréco-orthodoxe) ; de la façade de

l’Emporium (boulevard de Ramleh, vis-à-vis des maisons Antoniadis); de l’édifice à 80 pas de la Colonne en direction du Sud, et aussi du temple attenant à la mosquée de Sidi-Gaber. Ce sont des édifices bâtis par les Romains.

Les statues en porphyre ne reparaissent que sous Philippe-le- Jeune. Mais descendre le buste de Sérapis et le remplacer par une statue d’un empereur, c’est un fait inadmissible à cette époque là où l’on aurait crié au sacrilège.

On serait tenté de croire que l’empereur Septime Sévère lui-même profitant des grandes colonnes qu'on taillait à Syène et qu’on transportait sur le Nil à Péluse et à Alexandrie, ordonna l’érection d’une colonne en l’honneur de Pompée. 11 est certain que si la Colonne fut amenée à Alexandrie pour la dresser en l’honneur de Sévère, voir même de Pompée, elle ne fut pas aussitôt érigée. La mort de .Septime Sévère en février 21 1 dût y entrer pour quelque chose.

Je suis d’avis aussi que la Colonne ne fut pas érigée sous Septime Sévère, parce qu’au commencement du IIIrae siècle l’architecture brillait encore d'un vif éclat, et, ainsi qu’il est très-bien dit par M. Bâtissier, c’est un des caractères qui distinguent les constructions de l'époque constantinienne l’emploi des matériaux enlevés à des bâtiments plus anciens, et ajustés sans goût et sans art. W La Colonne d’Alexandrie présente en effet ce caractère.

Saint-Génis nous a dit que le fût est d’un goût assez pur... d’après les dessins exacts qu’on en a donnés; qu’il est d’ordre dorique, tandis que le chapiteau reste entre le corinthien et le composite; qu’en tout cas le fût est antérieur à l’époque dioclétienne. Le socle de la base est trop élevé ; le piédestal est excessivement court. Le tronçon d’obélisque placé sous la Colonne en sens contraire à sa primitive destination provient d’un obélisque de Séti I.

Côté septentrional du péristyle. — Mahmoud el Falaqui a écrit: Nombre de colonnes brisées , de chapiteaux et de fûts entiers ont été découverts également par mes fouilles, le long de la colline, du côté Nord : ils sont dispersés sur une étendue de 1 5 à 20 mètres de largeur

(1) Bâtissier, Histoire de fart monumental.

(2) Description de l’Egypte; V, p. 514.

et sur plus de ioo mètres de longueur, parallèlement à la dernière rue longitudinale (L’ 4 bis) et à une trentaine de mètres d’elle S ^ Emin bey Sabbagh, ingénieur aux ordres de Mahmoud pacha et témoin oculaire de ces fouilles, m’a confirmé l’exactitude de ce qu* est dit plus haut. J’ai vu aussi plusieurs tronçons de colonnes et je suis convaincu qu’il en existe d’autres sous les caveaux des familles de S. E. Osman pacha Orphi et de S. E. Ahmed pacha Mazloum. Les indications de Mahmoud el Falaqui sont un bon point de repère :

à 1 10 mètres du centre de la Colonne, la rue L' 4 bis ;

» 80 » » » » limite N. des colonnes;

» 65 » » » » colonnes ;

» 60 » » » » colonnes.

Comme en 1865 ces colonnes gisaient encore là où elles étaient tombées lors de la destruction de l’édifice, nous sommes autorisés à admettre que les colonnes retrouvées de 60 à 55 mètres Nord, appartenaient au côté septentrional du péristyle ; et que les colonnes également retrouvées à 8om Nord faisaient partie de l’avant-corps du portique du Nord.

Côté occidental du péristyle. Toute reconstitution sur le côté S. O. est presque impossible par ces motifs :

i° Mahmoud el Falaqui, à une époque plus favorable, en 1865, a déclaré que «quant aux deux autres côtés de la colline, savoir « l’ouest et le sud, le sol ayant été déjà fouillé et les pierres des murs « des fondations complètement enlevées, il n’en a vu que quel- « ques traces toujours parallèles aux rues de la ville. »

20 Parce que, abusivement et en terrain du Gouvernement, sans aucune opposition de quoique ce soit, les indigènes ont bâti sur ce côté des maisonnettes malpropres, mal famées, presque sans fondations, qu’il faudrait racheter ;

30 Parce qu’une absolue symétrie du côté S. O. avec le côté N.E. n’était pas admissible (par le fait même de la colonne dioclétienne dont la dédicace a été gravée de façon à être vue par ceux qui viennent du S.E.), nous en sommes réduits à quelques restes de fondations,

(1) Mahmoud Pacha: L’Antique Alexandrie.

(2) Mahmoud Pacha : Loc. laud.

par-ci par-là, peu reconnaissables, dans un terrain depuis longtemps bouleversé, et, en grande partie rocailleux;

4° Parceque nos sondages à la pente occidentale de la colline, sur la route attenant à la Colonne, n’ont pas donné des résultats appréciables, quoique nous soyons descendus jusqu’au roc.

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