DU « JOURNAL DE LA FOUILLE
Surface a fouiller. Un carré ayant 216 mètres de côté, limité au Sud par le Lagium, à l'Ouest par la R. 8 bis, au Nord par la L'6, à l'Est par la R. 7 bis de Mahmoud el Falaqui.
Le Lagium est connu. Il a son axe principal entre N.N.E. et S. S. O. Sa longueur étant de (trois stades olympiques) sur une
largeur de 5im6o, la distance de son axe principal au centre de la Colonne est donnée en i7yn8o, et en 278 mètres, environ, de cet
axe principal à l’angle Nord-Ouest de l’édifice.
On a en effet: Axe principal du Lagium mètres o
extrémité des praecinctioues » 25,80
surface bâtié ou pas encore fouillée » 83,20
au centre de la Colonne » 175,80
au cimetière de l’Hamoud, angle N. N. O. -N.N.E. . . » 268,40
à déduire mètres 42,60
Niveau du sol primitif, sur les basses mers.
de N.N.E. àS.S.O.
Petite vallée ;
2me acqueduc, rue R. 7 ;
bis
enceinte extérieure ;
de
mur de fondation, à 54™
de la Colonne
de
l IOm
mur de fondation, à i im de la Colonne: de i2m à i6m
Colonne
à la rue R. 8 bis.
de 20m à i6m
de N. O. à S.E.
Rue longitunale L’6 enceinte extérieure Colonne
8m, iom, 1 2m 1 2m, I0m, 8m 20m
ire muraille
enceinte extérieure
En conséquence le maximum de fondation doit se retrouver sur le flanc oriental, ou la différence de niveau peut être de douze mètres. L’escalier à cent degrés doit être cherché de ce côté.
Terrains ou la fo.uille était possible. Au N. O. sur une longueur de 38 mètres à partir de la Colonne; 38 mètres sur les 108 qu’il nous fallait.
au N.E. sur une longueur de 77 mètres sur 108.
au S.E. les 108 mètres.
au S. O. dans une section je n’avais que 64 mètres à prendre sur les 108 qu’il me fallait; dans une deuxième section et sur une largeur de quatorze mètres je pouvais fouiller sur une longueur de 150, à l’aide de puits de sondage.
Système de fouille. M. Hoggarth nous avait conseillé de perforer la colline par un tunnel. J’étais de l’avis contraire: il me semblait que de larges tranchées de haut en bas, et des diagonales menées à travers du plateau feraient notre affaire. Ma constante préoccupation a toujours été de vous soumettre d’une façon tout à fait minutieuse et scrupuleuse tous les faits qui peuvent nous conduire à la solution des problèmes historiques qu’on se propose au sujet de la Colonne et de l’édifice dans lequel elle était comprise. M. Flinder Petrie, l’éminent explorateur anglais, dont on connaît les superbes fouilles à Daphnœ, Naucratis et Meïdoun, avait bien voulu me donner les conseils suivants :
a) Il faut disposer d’une somme de 200 à 300 L. Eg.
b) Il faut choisir un endroit, où selon toute probabilité ont existé des grands bâtiments.
c) Parmi ces endroits il faut choisir celui dont la surface est plus basse, parce qu'il y a moins de matériaux à charrier et aussi parce qu’il y a plus de chance d’y trouver des restes de bâtiments publics. Ces édifices publics, en effet, une fois qu’on les a bâtis, on ne les rebâtit pas, comme l’on fait pour les habitations des particuliers. Bâtis en matériaux de choix, on les rase pour en exploiter le matériel à- construction.
d) Descendez d’abord jusqu’au rocher, sauf le cas d’empêchement par filtration des eaux du sous-sol. Dépensez-y le dixième de la somme disponible.
e) Si l’on doit choisir, que l’on fouille de préférence là où l’on rencontre des éclats de statues ou d’autre chose d’un travail fini.
f) Qu’on rejette ensuite le remblai mauvais sur la surface déjà explorée; le remblai moins bon sur le mauvais, le bon sur le moins bon, et ainsi de suite.
Rien à observer sur la justesse et l’opportunité de ces conseils, dont nous sommes bien reconnaissants au grand explorateur anglais. Maintenant à nos fouilles. C’est en 1896 que nous avons eu 200 livres égyptiennes, avec le mandat d’opérer sur une surface de 13,200 mètres carrés, et sur une hauteur de fouille pouvant varier de om=;oà iom. L’édifice était public: par ses dimensions il était un des plus considérables de l’ancienne Alexandrie. Situé sur un terrain du Gouvernement, nous n’avions, sauf quelques empiétements des indigènes, aucune difficulté d’ordre administratif à craindre.
Nous avions la certitude qu’un édifice détruit de fond en comble en 1167 étayant servi de carrière aux habitants du faubourg pendant sept siècles, ne pouvait nous donner que des fondations et des souterrains. Mais que de problèmes historiques à résoudre au sujet de cet édifice au double point de vue historique et topographique ! Et aussi que de terre à remuer! Nous en avons entrepris la tâche sans méconnaître ce qu’il y avait de difficultés et ce qui pouvait nous arriver de désagréments. La fouille est inachevée. Ce que nous y avons trouvé est consigné dans les notes suivantes.
On a procédé en partie par tranchées, en partie par sondages. Le plateau près de la Colonne est rasé jusqu’au rocher. A la sonde on pouvait là haut faire bonne besogne. Celà nous a emmenés à la découverte du lavacrum , des galeries de l’Ouest, de l'édifice du
Sud. Une tranchée de haut en bas nous a donné la configuration du rocher sur le côté oriental : une deuxième nous a fait reconnaître le grand escalier de l’Est et le propylée. Par des puits de sondage à quinconce nous avons procédé sur l’Ouest, le Sud et l’Est, en dehors de notre chantier.
Le grand escalier. II donne sur la rue R 7 bis, de laquelle il semble être séparé par une petite place. Des puits creusés par nous ù gauche de 1’ « Avenue Kharmoûz » parallèlement à la rue et presque sur l’axe de la Colonne nous ont fait rencontrer à 97m6 Est le mur droit qui flanquait l’escalier du côté du Lagium, Ce mur droit, à son commencement, n’a qu’une épaisseur de im2o: à 94 mètres son épaisseur est doublée : Il y avait probablement une statue, parce que le mur reprend aussitôt son épaisseur de im20. Nous y avions trouvé en 1894 deux statues de la XIXme dynastie, un énorme scarabée et deux sphinx. L’ouverture de l’escalier serait de 44 mètres, divisée en trois sections. A 94™ nous avons reconnu aussi des marches en calcaire numismale très usé. L'escalier passe sous la route de Kharmoûz en se dirigeant aux terrasses de l’Est. Dans la planche A ci-jointe l’escalier n’est visible qu’à 31 mètres de sa naissance, et comme la différence de niveau est de quatre mètres, la hauteur des marches étant de om22 environ on doit compter vingt ou vingt et un degrés à prendre entre le point où l’escalier est visible dans notre planche et son commencement à gauche de l’avenue Kharmoyz. D’après les substructions il semble aussi que quelques fois dans le même bloc on avait taillé deux marches. Un premier palier à repos se trouve compris entre deux édicules, dont les ruines sont encore visibles. Il est probable que les édicules étaient réunies par un arc à trois portes, ou par une légère colonnade. Dans la suite, l’emmarchement est réduit à *7 mètres et ses substructions sont parfaitement visibles jusqu’à 48 mètres du centre de la Colonne. A ce point on peut voir que les substructions d’un deuxième palier d’arrêt ont été arrachées, bien que la cage de l’escalier soit nettement déterminée. C’est ainsi que les ruines ont l’aspect de trois terrasses superposées en forme de pyramide à degrés. Cette brisure a cependant à nos yeux son importance, parce qu’elle fait voir qu’on avait rehaussé graduellement le niveau du terrain avec des matériaux de toute espèce qu’on y avait charrié, en comblant des anciens puits funéraires et un ustrinum aussi. Dans la maçonnerie de renforcement nous trouvâmes des autels en forme de pyramide tronquée et d’obélisques tronqués.
J'ai dit « deuxième palier » ; mais ce n’est pas le mot. Les fondations à ce point sont énormes et couvrent une largeur de 22 mè-
très, jonquée de grands blocs en granit. Nous sommes donc au propylée (deuxième terrasse de l’Est) et l’escalier se continue par deux branches latérales ayant une ouverture de 4m4, appuyées en dedans aux fondations de la première terrasse et au dehors à un mur droit de imu, flanqué d’un puissant redan, dont les entailles sont encore visibles dans le rocher qui commence à paraître. A droite, où les entailles sont mieux conservées elles donnent les mesures suivantes :
a) giron —
haut, de la marche omÔ2
b) giron im24
haut, de la marche om3 1
c) giron om62
haut, de la marche om93
d) giron im86
Un gros bloc en calcaire numismale, encore sur place, mesurant im24 X omô2 X om8i, a évidemment fait partie de ce mur à redans. La profondeur du 2me palier (propylée) est de 1 5m9 et la brisure, dont ci-dessus, ne pourrait être attribuée qu’à l’enlèvement des obélisques.
La première terrasse se trouve engagée dans les deux rampes latérales, et mesure i imi i en largeur ; de sorte que la coupe du Sud
au Nord se présente comme ci-dessous :
mur de rampe, à gauche im40
escalier de gauche (murs droits y compris) 6ra66
première terrasse 1 1 m 1 1
escalier de droite (ut supra) 6m66
mur de rampe à droite im40
Plus loin je parlerai des squelettes que nous avons retrouvés sur ce grand palier, au-dessous et à côté des restes de trois portes en granit rose. Je tiens à dire un mot de la première terrasse. Le monument qui couronnait la première terrasse était visible du bas du grand escalier, aussi bien que de la R. 7 bis. Il était par conséquent un monument d’une certaine importance dans le plan de l’édifice, un grand monolithe dont les fondations en béton avaient
une profondeur de cinq mètres, environ. Je crois que c’était là, sous Trajan et sous Hadrien, la colonne de Sérapis. Si nous voulons nous en rapporter aux plus récents nivellements exécutés par mon savant ami L. Dietrich bey, qui donnent à l’axe de l’avenue Kharmoûz une quote actuelle de iom96 sur le niveau des basses marées, et au plateau nu de la Colonne une hauteur de 22 mètres, la Colonne de Sérapis placée sur la première terrasse, vue de la rue R 7 bis, a dû produire un effet extraordinaire, ainsi qu’on le voit par le tableau suivant.
Sur les plus hautes eaux, Sur les basses mers d’après Arnaud bey
Rue R 7 bis
1 rc terrasse
hauteur du péristyle
hauteur de la colonne (non
compris la statue
avec la statue
6mÔ2
2 I mÔ2
3 Im29
Le niveau général des collines d'Alexandrie ne surpassant pas, même aujourd'hui, les 2s mètres, on peut se faire une idée du coup d'œil que présentait cette imposante colonne, vue soit de la rue R 7 bis, soit de la Méditerranée, ou bien du Maréotis.
L’admiration d’Aphthonius était donc bien légitime, et nous ne pour! ions pas nous en étonner ; parce que c’est avec les mêmes mots d’admiration que les voyageurs du Moyen âge et les membres de la Commission Française de l’Egypte nous parlent de l'actuelle Colonne d’Alexandrie.
A droite et à gauche de l’escalier monumental il reste une grande surface libre, qui fut bâtie. Si le grand escalier n’était pas flanqué de constructions, il aurait manqué son effet, attendu que son emmarchement n’arrivait qu’aux du côté de l’édifice. Les fouilles font reconnaître à gauche du grand escalier d’autres constructions moins importantes. Le rocher était assez bas, pour y devoir fonder et alligner convenablement des bâtiments faisant front à la rue R 7 bis, sans nuire pour cela à l’effet des constructions bâties sur le plateau de l’Hamoud. Le temple devait bien avoir des prêtres, des desservants, des gardiens. Le stoa devait avoir, lui aussi, des gardiens et des employés pour son entretien ; la bibliothèque en devait avoir,
elle aussi. Une grande partie du personnel logeait sans doute dans les dépendances du monument, au côtés de l’escalier monumental. Nous avons déjà vu les renseignements de Ruffin à ce sujet.
Les piyapa de l’Est. Ces sont des cryptes où l’on célébrait les mystères. Rufin qui les a vues, les place à l’étage inférieur du flanc oriental. De ce côté la profondeur du rocher ne permettait pas de creuser les cryptes dans le sous-sol ; où si cela fut, il faudra s’attendre à trouver des galeries en sous fondation (comme au Nord, dans le cimetière indigène). Par leur faible hauteur, ainsi que par la difficulté de l’éclairage et de la circulation, elles pourront avoir servi à quelques ministères sacrés, (xeXsar^pia), mais pas à héberger les particuliers qui venaient des pays les plus éloignés, y faire leurs dévotions ou y chercher une guérison. Les megara étaient, semble-t-il, des rez-de-chaussées, des salles voûtées éclairées d’en haut par des vastes ouvertures ; des salles destinées à être le vrai caravansérail du temple, l’auberge des étrangers, l’hôpital aussi et l’antichambre de la crypte des incubations.
L’emplacement était très bien choisi, s’il était pris à droite et à gauchedu grand escalier. Par l’escalier en effet il pouvait communiquer avec le stoa et le naos, tout en donnant sur la rue R. 7 bis, ce qui en facilitait l’accès. Dans la place précédant l’escalier et la grande enceinte se tenaient, je crois, les marchands d’objets sacrés et de comestibles. Nos puits de sondage ont laissé voir que le dallage de cette place était en calcaire numismale très usé. Des restes de voûtes en briques romaines ont été reconnus à gauche du grand escalier ; les quelques colonnes que Mahmoud el Falaqui a retrouvées à 80 mètres du centre de la Colonne (sous l’avenue de Kharmoûz) appartiennent en toute probabilité à ce premier étage que Rufin nous décrit avec beaucoup de détails. Des tronçons de colonnes en marbre blanc et en granit rose ont été retrouvés de même en 1895 à droite et à gauche de l’avenue de Kharmouz: des restes de murailles énormes ont été reconnus par nous mêmes au dessous de la dite avenue, à une faible profondeur, et à 80 mètres au $. E. de la Colonne.
Statues etc., retrouvées a la naissance du grand escalier, du côté de l’Est :
1. Pierre des carrières de Silsileh. Statue de Sokhit assise: cette statuerait affreusement martelée.
2. Granit gris : à la base, om92 X om50 : hauteur actuelle, o“59. La statue est brisée à la ceinture, de sorte que la partie supérieure manque : mais ce qui reste, atteste le beau travail de la XIXme dyn. Le roi Ramsès II agenouillé embrasse un dieu canopiforme, acéphale. Légendes :
Entre les mains du roi — (Râ usor Mâ) sotep en (Râ).
Sur la panse du dieu — a) Le seigneur des couronnes , Ramessu Meiamoun. b) Le maître des deux terres Râ usor Mâ sotep en Râ, celui qui aime Toum seigneur d' Héliopolis : c) le dieu gracieux Râ usor Mâ qui aime Pt ah; d) Ramessu Meiamoun Râ usor Mâ sotep en Râ (dans un seul cartouche).
Côté droit — Le roi de la Haute et de la Basse Egypte Râ usor Mâ sotep en Râ, fils du soleil , %imessu Meiamoun, qui aime Râ Hor.
Côté gauche — Le roi de la Haute et de la Basse Egypte Râ usor Ma sotep en Râ, fils du soleil. Ramessu Meiamoun, qui aime Toum.
3. Grand Scarabée en granit rose pâle. II mesure à la base om89 x omÔ2. (XIX™’ dyn.)
4. Sphiny acéphale en granit gris, sans inscriptions. (XIXmodyn.)
5. Sphinx acéphale en spath calcaire, au nom du roi Ahmès si Neïth. (XXVImc dyn.). L'inscription hiéroglyphique a été martelée avec acharnement.
Autels en forme de pyramide tronquée et d’obélisques tronqués. (Flanc oriental de la colline). Je n'aurais pas à mentionner ici ces autels, qui sont d’un travail très grossier, si ce n’était leur forme assez curieuse et aussi cette particularité qu’on trouve qu’à l’Hamoud-es-Saouari. Partout où les pyramides et les obélisques de très-petites dimensions apparaissent ou il y a des tombes. Il y a donc des tombes aussi à l’Hamoud-es-Saouari ; des tombes fort anciennes et, en tout cas, antérieures à la fondation d’Alexandrie. Les autels en question mesurent
base
om;
om
en hauteur
om
om
om
O'ii
om
om
Les obélisques mesurent, pour la plupart, à la base, omi 15 X omi 1 sur omi97 de hauteur. Tous ces autels sont en calcaire du Mex.
E. Schiaparelli, dans sa brochure «Il significato simbolico delle piramidi egiziane — Roma, Lœscher, 1884» dit: Il concetto simbolico, che ispiro la piramide tronca, dovette essere assai affine se non
del tntto identico a quello délia piramide intiera / piccoli
amuleti ne riproducono le linee. ... La piramide tronca fu, corne la piramide intiera, il simbolo del sole raggiante, sia cbe illumini la superficie terrestre 0 faccia risplendere il mondo sotterraneo. Quello ne fu sen^a dubbio il significato primitivo e fondamentale : ma alla stesso guisa che dalV antico concetto monoteistico, concretato nel sole ( Ra-Oro ) si sviluppô il concetto secondario di una divinità femminile (Hatbor) cbe rappresentava l’ambiente in cui il sole dava vit a a se stessa, cos'i accanto al significato originario délia piramide tronca se ne sviluppô successivamente un secondo, che senffi distruggere il primo divento nondimeno prédominante, e quella (la piramide ) rimanendo sempre un simbolo essenfialmente sol are, assunse a poco a poco un significato piü definitivo e venue a simboleggiare in modo spéciale la dea Hatbor, madré o dimora del sole. Il n’y a pas de doute que ces petits monuments appartiennent à l’ancienne petite bourgade de Rhacotis, à la montagne de Voccident de Rhacotis, à la nécropole attenant à l’ancien temple d’Isis-Hathor.
A noter que les statues en bois ou en calcaire des serdabs, à partir de la XVIIIme dynastie, sont remplacées par des ousbabti (répondantes) : il en fut de même pour les mastabes et les obélisques funéraires, remplacés à Rhacotis par des autels en forme de pyramides et obélisques tronqués. C’était de la misère ; mais l’idée religieuse en restait toujours sans changements.
Vases a dessin géométrique. La planche ci-contre donne une idée assez exacte de la décoration de plusieurs fragments de vases trouvés avec des autels en forme de pyramides et d’obélisques, à droite de la première terrasse de l’Est. Dans mon rapport du 17 août 1895 j’avais attiré l’attention des savants sur cette trouvaille de poteries antérieures à la fondation d’Alexandrie. Je crois nécessaire d’insister sur cette trouvaille, laquelle confirme ma première induction : que la colline Hamoud-es-Saouari est vraiment le noyau de Rachotis, qui fut à son tour le noyau d’Alexandrie macédonienne. Qu’on lise le Pseudo-Callisthène, et qu’on tienne bien compte de ce qu’il a emprunté à des « Descriptions d’Alexandrie » plus anciennes.
Il en résulte que le Conquérant vit à Rhacotis des habitants qui depuis trois générations au moins, n’avaient rien à voir avec les Egyptiens, dont il ignoraient jusqu'à la religion. Ils habitaient autour du temple d’Isis et Osiris, probablement parce qu’ils avaient occupé la place des soldats égyptiens rappelés ailleurs.
C’est dire que Rhacotis pendant l’occupation persane fut habitée par des gens qui n’étaient pas Egyptiens. Les vases en question sont, sans contredit, antérieurs à l'invasion persane. Ils peuvent par
conséquent faire foi de l’existence de bons rapports commerciaux entre la Grèce et l’Egypte avant l’invasion persane : ce qui veut dire que ces vases ne sont pas postérieurs à la XXVIme dynastie, et que l’existence d’une petite colonie rhodienne, phénicienne (hellénique peut-être) à Rhacotis dès la XXVIme dynastie n’est pas tout à fait improbable, Ou je me trompe, ou c’est de cette manière que se révèle l’histoire de Rhacotis.
Le dessin géométrique de cette famille de vases est assez connu par la science à la suite de la trouvaille des vases du Dipylon (Athènes). Ce style se place à la suite du style mycénien ou êgéen et immédiatement avant le pr oto-cor y nthien. On devrait donc donner à nos vases un état civil daté du huitième siècle avant J. -C.
La disposition générale de cette décoration nous rappelle les vases exhumés en 1891 dans le Céramique extérieur (route du Pirée) à Athènes ; dont j’ai sous les yeux une description très nourrie, par M. G. Perrot (Bulletin de Correspondance Hellénique , XIXme année, page 273 et suiv.)
Je ne dirai pas que le vase de Rhacotis représente le style du Dipylon dans ce qu’il y a de plus sévère et de plus rigoureusement limité au dessin géométrique : nous avons bien des zones, des damiers, des triangles ; mais l’élément végétal, à Rhacotis comme à Ormidia, succède au plus pur dessin géométrique par des guirlandes de lierre et des boutons de lotus. Les damiers paraissent dans un large bandeau divisé en compartiments, comme dans la frise de quelques monuments égyptiens. L’argile cependant de cette poterie n’est pas égyptienne et ces fragments forment tout à fait une exception dans la poterie qu’on a trouvée, jusqu’à présent, dans les fouilles d’Alexandrie. A quel atelier pourrait-on les attribuer ? Sans doute à un atelier qui a subi de même l’influence hellénique et l’influence égyptienne : il faudra choisir entre les ateliers de Naukratis et ceux de Cypre, si ce ne fut aussi de la Cyrénaïque.
Il ne faut pas croire que des vases de ce genre aient pu être fabriqués à Rhacotis ; est-il possible que ce fut une production d’une fabrique grecque à Daphnae (Tell Defenneh) ou de la Cyrénaïque ? Certes, on y voit un grand progrès du céramiste par rapport aux vases en vrai style du Dipylon; mais c’est ce caractère gréco-égyptien qui en fait l’intérêt, en nous obligeant à choisir parmis les ateliers
qui pour des raisons historiques ont produit des vases égypti santés. Ce sont, avant tous, les ateliers de la Cyrénaïque, de Rhodes, et de Daphnæ. Le sol d’Alexandrie n’a restitué jusqu’à présent que des rares fragments de Naucratis, en tombeaux d’époque ptolémaïque. Mais ce vase qui fait une exception dans la série monotone des vases qu’on trouve à Alexandrie, si l’on ne peut le reculer à l’âge des vases du Dipylon, on ne peut aussi le faire descendre jusqu’à la fondation d’Alexandrie. Il est en conséquence pré-alexandrin et la Nécropole dont il est issu est pré-alexandrine. Après l’étude de l’argile plastique on pourra faire le nom de l’atelier dont ces vases sont la production. Je ne me dissimule pas que les chances au point de vue historique sont pour la Cyrénaïque ; au point de vue commercial, pour Rhodes et Cypre.
Le vase en question est une heureuse exception dans la série monotone du mobilier funéraire à Alexandrie : aussi ce sont des exceptions, la statuette de Baal Hammon, les autels à forme de pyramides tronquées et d'obélisques tronqués. Mais ce vase ne pouvant être daté plus tard que le règne dePsamétik I (6so av.J.-C.), la nécropole à l*Hamoud-es-Saouari était, de son origine, la nécropole de l’ancienne bourgade de Rhacotis. La portée de cette conclusion est considérable. On verra plus loin que cette nécropole abandonnée à l’époque persane fut utilisée par les premiers Ptolémées.
Nous y avons également découvert un beau fragment de poterie à émail verdâtre pâle : à l’extérieur, une frise circulaire à dents de scie; le champ est festonné de fleurs et de boutons de lotus dans une combinaison ingénieuse du style grec et égyptien à une époque antérieure à la fondation d’Alexandrie.
Un fragment de tasse en émail blanc et noir appartient aussi à la décoration géométrique : une première zone en blanc uni ; une deuxième à dents de scie sur fond noir ; une troisième en blanc uni ; une quatrième à damiers en blanc sur fond noir.
D’autres fragments sont en émail jaune clair avec feuilles d'acanthus en relief ; en terre cuite à vernis noir avec zones ornées de pséudo-méandres, ou lamellée de feuilles en forme de palmettes.
Le procédé de la glaçure émaillée est égyptien : l'émail bleuâtre se décompose avec toute facilité à Alexandrie : le verdâtre offre plus de résistance.
M. Perrot se demande : Faut-il croire, comme on l’a quelque fois pensé, que les Grecs eux-mêmes ont quelquefois fait usage de l’émail, qu’ils on eu des ateliers ou l’on a fabriqué des terres émaillés ? M. Perrot passe en revue les trouvailles faites à Camiros, à Athènes, en Etrurie, en Egypte. Il en arrive à conclure que le célèbre vase de Camiros travaillé en style grec très élégant, et portant autour du goulot une inscription grecque, est une rareté dans son genre et qu’il peut avoir été commandé en Egypte, pour le rapporter comme un souvenir. Il se fonde sur ce fait : que sur la nombreuse poterie émaillée on ne rencontre jamais que des motifs familiers à l’art oriental.
En Egypte l’art de l’émail déjà très florissant à la XXIIme dynastie (trouvaille de Deïr el Bahari) se maintient prospère sous les Psamétiques et jusque sous Philadelphie, (trouvaille de Tell el Yahoudi) ; mais sans mélange de style grec. Les Phéniciens à l’époque saïte avaient emporté de l’Egypte les secrets de l’émail et leurs ateliers travaillaient à la confection des poteries émaillées, en variant la décoration selon les exigences de leur commerce.
Le procédé de l’émail dans la décoration à bandes formées de postes et des damiers n’est pas tout à fait égyptien. Ou* mieux, le procédé en est le même; mais les motifs de la décoration sont grecs. Est-ce que nous y devons voir de la pacotille phénicienne? Je ne crois pas. A l’aspect, cette poterie est le produit de céramistes grecs d’une époque qui a suivie immédiatement l’invasion dorienne. Ces poteries nous rappellent les trouvailles de Camiros et de Ialysos (île de Rhodes). L’égémonie de Rhodes sur l’île de Pharos, vaguement attestée par Ammien Marcelin, s’explique par soi-même, si l’on veut admettre que des établissements rhodiens s’installèrent sur la côte d’Egypte à une époque assez reculée.
Personne ne voudra pas, je crois, trouver extraordinaire qu’en dedans des remparts de la ville ptolémaïque il y eut des tombeaux. Le mausolée d’Alexandre-le-Grand, les mausolées des Lagides étaient en dedans de la ville ptolémaïque : le cimetière des étrangers (Elâdra et Chatby) l’était aussi. Pourquoi donc se refuserait-on de croire qu’il y eut des tombes et des hypogées à la droite du Cirque,
(i) Perrot, Histoire de fart. III, page 680.
sur le plateau et sur le flanc oriental de la colline Hamoud-el- Saouari, si, ainsi que je crois l’avoir établi, c’était précisément là qu’était la nécropole de Rhacotis? Mais, réplique-t-on, des tombeaux près du temple et des prêtres de Sérapis ? î Voyons d’abord la portée historique de ce qu’on oppose. L’ancien temple d’Osiris et Isis à Rhacotis ne fut pas d’abord grand' chose ; parce que Rhacotis n’était qu’une bourgade. Temple, forteresse et nécropole ne durent former qu’une unité comprise dans une seule enceinte.
Mais plus tard les Ptolémées ont certainement agrandi et anobli ce lieu ; bien qu’il est difficile, à l’état actuel, de s’imaginer ce qu'il fût à l'époque ptolémaïque, vu le peu qu’il en reste. Strabon même n’en dit pas d'avantage lorsqu’il nous apprend qu'en deçà du canal faisant communiquer le Mariout avec le bassin Kibotos ou voit le Sérapéum et autres enclos sacrés tout aussi anciens, niais, pour ainsi dire, abandonnés
Puits funéraire au dessous du grand escalier. Le grand palier de l'escalier surplombe sur un puits rectangulaire (2m X im6o), creusé dans le rocher. Nous le trouvâmes rempli de sable très fin, que nous avons extrait jusqu’à la profondeur de dix mètres, où nous fûmes arrêtés par les eaux de filtration. C’est donc au moment où l’on devait rencontrer la porte latérale conduisant aux caveaux, que, faute de pompes suffisantes, nous avons dû suspendre les travaux.
Dans le sable, dont le puits était comblé, nous avons trouvé les objets suivants :
1 . Calcaire de Cyprc, haut. om 17. Statuette du dieu Baal-Hammon.
La statuette garde des traces de peinture. Le dieu est barbu ; il
repose sur son trône, entre deux béliers.
2. Calcaire du Me x. (om24 x om24). Table d’offrandes, en bon style égyptien, sans inscriptions.