‹ Fouilles dans la nécropole de Vulci (volume 2)Chapitre 221 sur 343 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

nais, une difficulté assez sérieuse contre l'hypothèse d'une domination ombrienne en Etrurie.

' Par où les Etrusques sont-ils venus en Italie ? Naturellement, si l'on pense que leur arrivée au milieu des Italiotes a de beaucoup précédé, ou qu'elle a provoqué le passage des Apennins par ce peuple, on doit admettre qu'ils y sont entrés par le nord. Mais même si on place leur venue après l'établissement des Italiotes dans l'Italie centrale, il n'y a peut-être pas de raison suffisante pour écarter cette hypothèse d'une manière absolue. Il est très vrai que nul auteur ancien ne nous dit que les Etrusques aient pénétré en Italie par le nord^; qu Hérodote les y fait venir par la mer ~ ; que, s'il faut en croire plusieurs textes, ils auraient passé les Apennins pour conquérir la vallée du Pô ^. Mais les témoignages des anciens ont-ils une bien grande valeur quand il s'agit d'une époque aussi reculée et quand aucune découverte archéologique ne vient les confirmer?

Les Etrusques sont-ils venus d'Orient? Hérodote, et après lui beaucoup d'anciens l'ont affirmé; les Etrusques eux-mêmes l'ont cru'*. Quant aux arguments archéologiques que l'on a fait valoir en faveur

^ On ne peut guère citer à ce sujet Hellanicus (dans Benys d'Halicarnasse, I, 28) qui les fait arriver par mer à l'emboucliure du Pô. Quant à la population étrusque qui, d'après certains auteurs (Tite Live V, 33, 11: Justin, XX, 5; etc.), occupait la Rhétie, rien ne prouve qu'elle ait été une tribu demeurée dans cette région depuis l'époque où les Etrusques l'auraient traversée pour entrer en Italie.

3 Voir plus liant, p. 32G, n. 3. Cf. Diodore XIV, 113, 2. Tite-Live V, 33, 9.

* Voir les textes dans Noël des Vergers, 'UEtrurie et les Etrusques, T. I, p. 113, n. 2 ; Scliwegler, Eomîsche Geschîchte, T. I, p. 253, n. 3 ; Nissen, Italische Landeskunde, p. 497, n, 2. — Je ne puis adopter la théorie de M. Helbig (Ânnali deWInst., 1884, p. 149 sq. ; cf. Martlia, Li Art étrtisque, p. 23-24) sur l'origine de cette tradition. Comme, on le sait, il y voit une légende répandue par les Phocéens, qui, frappés des ressemblances des civilisations étrusque et lydienne, auraient pris les Etrusques pour un peuple venu d'Asie-Mineure. Une erreur aussi grossière me paraît inadmissible, d'autant plus que, si vers le sixième siècle les Etrusques ressemblaient par leur costume, leur mobilier, etc. aux Lydiens, c'était probablement surtout au commerce phocéen qu'ils le devaient.

ÉTUDE DES FOUILLES

de cette origine, ils sont sans valeur, comme l'a démontré M. Helbig ^ — Il est certain, que sous Séti I, Minépthah I, Ramsès III, les Egyptiens ont eu à combattre les Tourshâ dont le nom ressemble fort aux mots Tupajavot (Tupa|Y]voL, Tupp|7jvoL), Turs|ki, Tu(r)s|ci, Ejtrus|ci (E|trur|ia), employés par les Grecs, les Ombriens, les Latins pour désigner les Etrusques ~ ; et il serait bien possible que les Tourshâ eussent habité l'Asie-Mineure ^. D'autre part, Lemnos a été occupé avant la conquête athénienne, qui eut lieu vers 500 ^, par des Tyrrhéaiens dont quelques auteurs font des Pélasges ^ ; et une inscription que MM. Cousin et Durrbach y ont récemment trouvée prouve qu'ils parlaient une langue parente de l'étrusque Mais deux hypothèses sont possibles ^. 1" Les Tourshâ, les Tyrrhéniens, les Etrusques descendraient d'un peuple qui â une époque très reculée aurait habité je ne sais où, et qui se serait ensuite dispersé ; après bien des pérégrinations peut-être, une partie de ce peuple se serait établie sur le littoral de la mer Egée, une autre en Italie. — 2° Les Etrusques se rattacheraient directement aux Tourshâ et aux Tyrrhéniens ; ils seraient venus par conséquent

^ L. c, p. 142 sq.

2 Voir 0. Mûller, Die Etrusker, T. I, p. 65-66, n. 2-3.

^ Maspéro, Histoire ancienne des peuples de V Orient, quatrième édition, p. 219, 253, 256, 267, 315.

* Je n'ai pas été convaincu par les arguments de M. Meyer (Philologics, Neue Folge, T. I, 1889, p. 476), qui la fait remonter à une époque plus ancienne.

^ En particulier Thucydide, IV, 109. Cf. D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEurope, p. 79 sq. Martha, L! Art étrusque, p. 10.

^ Voir la bibliographie dans Martha, V Art étrusque, p. 18, n. 2. — Une stèle de Bologne, ingénieusement commentée par M. Gamurrini [Mitth. des areJi. Instituts, Rom. Abth., T. I, 1886, p. 183) et représentant la lutte légendaire des femmes de Lemnos contre leurs maris infidèles, ne saurait à mon avis servir d'argument pour soutenir la parenté des Tyrrhéniens de Lemnos et des Etrusques : le sujet était si insolite que, contre l'usage, l'artiste a cru nécessaire de l'accompagner d'une inscription pour l'expliquer. Les monuments attestant le culte des Cabires en Etrurie ne prouvent rien non pfus, car ils sont d'une époque récente (voir Lenormant dans Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités, p. 770, n. 298 sq.). •

]Vhypothèse qui fait venir d'Etrurie les Tyrrhéniens de la mer Egée est toutà-fait invraisemblable.

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