‹ Fouilles dans la nécropole de Vulci (volume 2)Chapitre 220 sur 343 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

n'a pas eu lieu, c'est que les Italiotes qui après avoir passé les Apennins s'établirent dans l'Italie centrale, en dehors de l'Etrurie, ne parlaient pas la même langue que les Etrusques, et qu'ils les considéraient comme des étrangers, presque comme des ennemis héréditaires \ L'hypothèse d'une domination italique ou, pour parler avec plus de précision, ombrienne en Etrurie avant la venue des Etrusques dans ce pays a pour elle plusieurs textes anciens et aussi la fréquence des noms de lieux de forme italique ^ Je serais assez disposé à l'accepter. — Elle soulève cependant une assez grave objection. D'une part, les Etrusques étaient, à notre avis, maîtres de la contrée h la fin de la période des tombes à puits. D'autre part, si l'on admet l'hypothèse d'une domination ombrienne antérieure à la leur, elle ne saurait être placée avant le commencement de la même période. Peut-être dans la série des tombes à puits de l'Etrurie ne connaissons-nous pas encore les plus anciennes, celles qui ne témoigneraient que dans une très faible mesure d'influences exercées par le commerce étranger, et qui se rattacheraient directement aux nécropoles des terramares. Mais les

^ Voir Schwegler, Rumische Geschichte, T. I, p. 267. — Pour les Ombriens, Strabon, V, 1, 10, et les Tables Eugubines, édition Bréal, p. XLVI sq.

^ Hérodote, I, 94. Selon M. Martha (L'Art étrusqiie, p. 23), ce texte ne serait pas concluant : le pays des Ombriens où auraient abordé les Etrusques pourrait aussi bien être le littoral de l'Adriatique. Cette conjecture est ingénieuse. Je ferai remarquer cependant que le texte d'Hérodote n'a pas été interprété ainsi dans l'antiquité. Denys d'Halicarnasse, I, 27: (une partie des Lydiens émigré) « ôpaïaay.s^ïiv s" ;7ri toT^ éaTrspioi? ij.s'pîffi T^î 'iTaXîa;, âv6' h 'Oy.êpi/.oT; r, oUnan; ». Cf. Scymnus de Chios, vers 220-221 et le contexte. — Pline l'Ancien, III, 50, intercale entre la domination des Ombriens et celle des Etrusques en Etrurie celle des Pélasges. Cf. peut-être aussi III, 112.

3 Pline, III, 51. (Cf. 0. Mûller, Die Etnisker, T. I, p. 96-97; les objections de Cuno, Vorgcschichte Roms^ T. II, p. 116 ne me paraissent pas fondées). — Cuno, l. c, p. 109 sq. — Je dis les noms de lieux, et non pas les noms de personnes, car la fréquence de ces derniers peut s'expliquer aussi bien si l'on admet qu'un bon nombre d'Italiotes sont entrés en Etrurie avec les Etrusques. Quant aux lieux, il est assez naturel d'admettre qu'ils ont reçu leur nom de ceux qui en ont été les propriétaires; or au temps de la domination étrusque, les Italiotes établis en Etrurie se trouvaient très probablement dans une condition inférieure (voir Lepsius, Ueber die tyrrenischen Pelasger, p. 38-34. Schwegler, Romische Geschichte, T. I, p. 269).

ÉTUDE DES FOUILLES

tombes en question ne doivent pas être bien nombreuses, car dans ce cas On en aurait déjà trouvé \ A une époque antérieure, rien ne témoigne du séjour des Italiotes dans l'Italie centrale. Elle était occupée par des populations alors en plein âge de pierre, et ne possédant que de très rares objets de bronze qui semblent avoir été apportés de pays plus civilisés ^. Dans cette hypothèse, les Etrusques auraient donc occupé l'Etrurie au milieu de la période des puits. Or rien n'indique qu'au cours de cette période (qui d'ailleurs n'est pas encore suffisamment connue) un aussi grave événement s'y soit passé : la civilisation de Villanova semble s'y développer avec régularité ; elle ne s'y déplace pas. On fera observer que, les Etrusques ayant adopté la civilisation des Italiotes, on ne doit pas s'étonner que le matériel des tombes ne nous apprenne rien sur un tel changement. Mais il n'est guère vraisemblable que les Etrusques aient imposé, sans une lutte très sérieuse, leur domination à un peuple qui leur était supérieur: Pline l'Ancien parle de trois cent villes ombriennes conquises par eux, sans dire du reste avec précision dans quelle partie de l'Italie ^. Or aucun des lieux où l'on a trouvé des tombes k puits en Etrurie ne paraît avoir été abandonné dès cette époque, et pour la plupart d'entre eux, il est certain que des villes étrusques très importantes s'y sont élevées : Corneto, Vulci, Cervetri, Chiusi, Vetulonia, C'est là, je le recon-

^ D'ailleurs il est bien possible qii'on n'en trouve pas, et que les nécropoles intermédiaires ne se rencontrent qu'au nord des Apennins. Voir p. 334, n. 8 et p. 337, n. 3.

^ Pigorini, Bidl. di palet, ital, T. VII, 1881, p. 88. Ibid., T. X, 1884, pl. VIII, fig. 1 (cf. Pigorini, ibid., T. VI, 1880, p. 12; T. XI, 1885, p. 192).

^ III, 112: « Trecenta eorum (Umbrorum) oppida Tuscî debellasse reperiuntur ». Cette pbrase est jetée au milieu d'un chapitre consacrée à l'Ombrie, sixième région d'Auguste, et peu après un passage dans lequel Pline dit que le littoral de l'Adriatique au sud de Rimini a été occupé par les Ombriens, qui en ont été ensuite chassés par les Etrusques. Il n'y a aucune raison de croire que Pline veuille parler spécialement de villes ombriennes de la vallée du Pô. D'autre part, Pline dit (III, 50) qu'en Etrurie les Ombriens ont été chassés par les Pélasges et ceux-ci par les Lydiens (Etrusques). Il est peut-être permis de se demander si le premier texte cité ne devrait pas s'appliquer en partie au moins à l'Etrurie.

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