DEUXIÈME PARTIE
Dans ces fosses récentes, comme dans les plus anciennes, les deux modes de sépulture ont été en usage \
La tombe XXXVII (n" 1) renfermait un ossuaire dont la forme dérive de celle de l'ossuaire de Villanova. J'aurai a parler plus loin de la décoration géométrique qui couvre sa surface. — Dans les tombes XX (n° 2) et XXII (n° 1), les ossuaires sont des jarres de terre rougeàtre : l'une d'elles (t. XX) avait été probablement placée sur un support de la forme 6 ^. — Au lieu de l'ossuaire, nous avons trouvé parfois un bassin hémisphérique de bronze contenant les cendres : XIX, 1; XXXVIII, 17; LVIII, 13 (l); LXXII, 7; LXXVII, 20. Le même mode de sépulture a été constaté dans la nécropole de Fusco près de Syracuse^. — Dans la tombe XXI (n° 1), le bassin hémisphérique dans lequel étaient déposés les restes du mort est en argile : je pense que c'est une imitation d'un modèle métallique
^ Il n'est pas toujours très facile de faire des observations précises à ce sujet, car toutes les fosses que nous avons visitées se trouvaient pleines de terre à cause de la rupture du couvercle par les voleurs antiques ; de plus, comme je l'ai déjà fait remarquer (p. IG, n. 1), les ossements se sont en général mal conservés à Vulci; enfin il se peut que l'on confonde des os d'animaux avec des restes humains. Cependant, quand on ne trouve aucune trace du mort, l'inliumation est assez vraisemblable. En effet, pas plus que dans les puits, l'incinération n'a été complète à l'époque des fosses et des chambres. Quand on a pratiqué ce mode de sépulture, on a déposé dans la tombe les ossements calcinés, mais non réduits en un tas de cendres fines qui naturellement se distingueraient assez mal au milieu de la terre. Par suite de l'action du feu qu'ils ont subie, ces os résistent mieux aux influences de l'humidité et de l'air que ceux des cadavres inhumés. En outre, ils n'ont jamais été, à ma connaissance, déposés comme les squelettes sur le sol même de la tombe ; on les plaçait dans des récipients dont la présence éveille l'attention des fouilleurs.
^ M. Helbig indique aussi dans des tombes de Vulci des jarres d'argile ayant servi d'ossuaires (Bull. dell'Inst., 1884, p. 162). — Dans la tombe Campana, à Véies, de grandes urnes sans anses contenaient des restes humains (Dennis, The cities and cerneteries of Etruria, troisième édition, T. I, p. 39).
3 Mauceri, Annali deWinst., 1877, p. 39, 41, 56, n° 46, pl. AB, fig. 24. — On a trouvé dans des nécropoles illja-iennes des bassins hémisphériques de bronze, dont plusieurs ont certainement servi d'ossuaires (voir Orsi, Bull, di palet, ital., T. XI, 1885, p. 46, pl. I, fig. 3; p. 76-77. Amoroso, Atti e Memorie délia società istriana di archeol. e storia patria, T. V, 1889, p. 228; p. 238, n° 2; p. 239, n" 4; pl. VI, fig. 12), mais ils sont d'une époque postérieure.
^ Voir aussi plus loin aux tombes à chambre, chapitre IV, § 2 : les ossuaires d'argile y ont des formes qui imitent des vases de bronze.
ÉTUDE DES FOUILLES
Les autres fosses semblent avoir contenu des corps inhumés. Le fait est certain pour les tombes XXXIX, XL, XLIII, LXIII, LXXI, LXXIV, LXXVI, LXXVIII, CXVIL
Je n'ai pas constaté de règles fixes pour la déposition des squelettes : on sait que dans d'autres nécropoles les têtes sont placées de manière à regarder l'orient ^
Il est donc établi qu'à Vulci les fosses, qui par leur forme sont plutôt propres à l'inhumation, ont reçu soit des cadavres non brûlés, soit des ossements calcinés ^. A Corneto les fosses sont presque exclusivement à inhumation; cependant on cite un exemple d'incinération ^.
Dans la tombe XXXVIII (n° 15), il y avait à l'intérieur d'une coupe de bronze montée sur trois pieds des os d'animal (chèvre?); peut-être aussi dans la tombe XXII (n° 10). Déjà dans des tombes à puits, j'ai cru reconnaître des restes semblables — Cet usage de déposer des aliments dans les tombes a été très répandu dans l'antiquité, non-seulement en Etrurie, mais dans toute l'Italie, en Sicile, en Grèce ^, en Tauride, en Cjrénaïque
^ A Bologne (Zannoni, Gli scavi délia Certosa, p. 422 sq.). A Civita-Castellana (Cozza et Pasqui, Not. d. Scavi, 1887, p. 171). A Terni (Pasqui, Urkl, 1886, p. 254 sq.). A Cesi, en Ombrie (Bellucci, JStill. delVInst., 1881, p. 211-212). A Monteroberto, près de lesi, dans le Picenum (Cliiappetti, Not. d. Scavi, 1880, p. 344). A Sybaris (Pasqui, ihid., 1888, p. 591). — De même à Cumes (Stevens, ibid., 1879, p. 347; Sogliano, ihid., 1888, p. 196; mais cette règle n'y est pas constante).
^ Le fait a du reste été déjà constaté par M. Helbig, Bull. deU'Inst., 1884, p. 162 (cf. 1881, p. 243-244).
3 Helbig, l. c, n. 1 ; cf. Not. d. Scavi, 1888, p. 183.
* Voir plus haut, p. 253.
Dès l'époque de Mycènes: voir Helbig, Das homerische Epos, p. 52.
" Voir d'une manière générale Raoul-Rocliette, Mémoires de V Académie des Inscriptions, T. XIII, 1838, p. 676 sq. ; Pottier et Reinacli, La nécropole de Myrina, p. 75, n. 1. — Kôrte, Annali deU'Inst., 1877, p. 108; Helbig, Bull. delVInst., 1881, p. 264 (Etrurie). Gozzadini, La nécropole de Villanova, p. 20; Intorno agli scavi fatti dal Sig. Arnoaldi- Veli, p. ê6; Zannoni, Gli scavi délia Certosa, p. 149, 425 (Bologne). Prosdocimi, Not. d. Scavi, 1882, p. 21 (Este). Pasqui, ibid., 1886, p. 263, t. 3, n" g (Terni). Bellucci, Bull, deirinst, 1882, p. 214, n° 13 (Cesi). Silveri-Gentiloni, Not. d. Scavi, 1880, p. 376;
Dans les fosses h incinération comme dans celles à inhumation, le mort n'a jamais été déposé seul au fond de la fosse. On trouve toujours des vases et autres objets que nous étudierons dans les paragraphes suivants.
Je ne crois pas qu'il y ait eu de règle fixe pour la place de ces objets dans les tombes. Cependant j'ai observé quelques coïncidences qui méritent d'être signalées. Dans les fosses à incinération, le vase contenant les cendres se trouve en général vers le milieu : XIX, 1 ; XXII, 1; XXXVII, 1; XXXVIII, 17; LYIII, 13; LXXVII, 20. Dans la tombe XX (n°' 1 et 2), il était à l'est, dans un coin. Les jarres sont d'ordinaire ensemble, à l'ouest dans beaucoup de tombes: XIX, XXII, XXXVIII, XL, XLT, XLIII, LVIII, LXXVII. Mais il y a des exceptions: dans la tombe XXXVII elles étaient disposées aux quatre coins ; dans les tombes XX et LXXVIII sur un des côtés longs au nord. Les objets de parure ont été le plus souvent déposés au milieu : XXXVI, XLI, XLIII, LVIII, LXXVII, quand ils n'ont pas été placés sur le corps même du mort. La plupart des petits vases accessoires et les objets de ménage en métal, trépieds, coupes, chaudron, métiers (?), tisonniers, se trouvent d'ordinaire du côté opposé aux jarres (XXXVIII, XLIII, LVIII).
Bnll. di palet ital, T. VI, 1880, p. 159, 160, 162 (Tolentino). Dressel, Annali delVInsL, 1884, p. 226; Von Duhn, Mitth. des arch. Instituts, Rom. Abth., T. II, 1887, p. 248 (Campanie). Mauceri, Annali deWInst., 1877, p. 39 (Syracuse). — Cf. à ce sujet le chapitre premier de la Cité antique de Fustel de Coulanges, en particulier, p. 13 (deuxième édition).
ÉTUDE DES FOUILLES