RÉPONSE DE M. VALENTIN-SMITH A M. THIOLLIÈBE
Lyon, 22 décembre iS6t.
Monsieur, Sans préambule, je réponds de }ulte 1 U bâte aux questions que TOUS me posez :
io Qji'étut Lyon i l'époque da commencement de la guerre an Gaules?
Dans mon opinion, Lyon, Lugdunum, n'existait pas au temps de Cbar comme ville.
Toute l'importance qu'il a prise posiétîeurement lui vient de la colonie qui y lut amenée, sur l'ordre donné par le Sénat, par Plancus, l'ati 7iode Itome, 44 avant J.-C., à la tin d'avril ou au commencement de mai; c'est-â-dire un mois et demi environ après la mon de César, qui fut assassiné le i $ mars de U même année. -
Lyon devait Être une sorte A'tmporium ou marché, vers lequel se rendaient les populations environnante, pour apporter leurs productions et faire des échanges, et un lieu de station de quelques nautonniers du Rhdne et de la Saâne.
L'inscription gallo-romaine du ftagiu Condali (trouvée rue de la Vieille), peut faire présumer, par son nom même celtique, que quelques hat»iations devaient exister, i l'époque gauloise, au confluent du Rh6né et de la Saâne ;
a» Lyon appanenalt-il ans Ségusiaves?
Ce n'est pas douteux, d'abord pour le Lugâaniim placé sur la rive droite de la Sadne où était la colonie : Stgutiavi libtri iii quorum agrp colonia Ltigduiittm (Pline, IV, ji).
Il en éuit de même du Condat, c'est-i-dire du confluent du Rhâne et de la SaAne. A cette partie s'appliquent ces paroles de César ; ■ Hi ■ {S^tiavi) lunl extra Prtmtieiam Iraiu lyxdanum primi (I, 10). >
Strabon corrobore cette preuve. Les peuples Gaulois, rarement limités par les fleuves ou les rivières, étaient dans l'usage d'en occuper les deux rives i
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$•> Commeat peut-on supposer que César place son camp il Lyon chei les Ségusiaves?
Les Siigusîavcs étaient clients des ÉJuens (Vil, 75), — César, indépendamment des forces dont il disposait, pouvait occuper sur leur territoire, sans crainte d'fire inquiété par eux. Il dit qu'il a entrepris la guerre contre les Helvètes à la prière des Éduens (I, i6};
4» Si l'Empereur place le camp de César i Lyon, n'aJmet-îl pas que César traverse le Rhône en amont de cette ville ?
Il est évident que l'Empereur paraît admettre que César a passé le Rhône i Lyon et non k Vienne. C'est aussi l'opinion du général Goéler, qui place égaicmeni le camp de César â Lyon, et suivant lequel les Heivètes ont passé la Sadne dans la pioximité de Trévoux, tout au moins entre cette ville et Villefranche ;
;o Peut-on supposer qu'il existât un pont i Lyon ?
En aucune manière, suivant moi, dès L'instant que ce lieu n'avait i l'époque celtique aucune importance réelle.
Vous me demandez, après cela, pourquoi j'admets le point de Montmerle pour le lieu probable de la bataille livrée par César aux Tigurins,
C'est que je pense qu'une roule celtique existait de la rivière d'Ain i la SaAne où elle aboutissait i Montmerle et qu'ensuite une autre route celtique, panant de Bcllevillc, reliait la SaAne et la Loire.
Je n'en ai toutefois d'autre preuve que les traces encore subsistantes de deux routes romaines sur ces deux points, et les probabilités que les routes romaines, sauf quelques modifications, ont été généralement substituées aux rouies celtiques.
En ces clioses insaisissables d'une manière directe, l'on ne peut raisonner que du connu 1 l'inconnu, et sur ce qui parait le plus probable, le plus vraisemblable.
On pourrait peut-être aussi parler des forêts qui, comme le prouvent de nombreux titres, couvraient le territoire de Montmerie, dont le nom même implique l'idée de bois. Mais de telles inductions, qui se reproduisent en tant d'autres endroits des bords de la Sadne, sont tiop faibles pour en induire que les bois de Montmerk sont ceux où, au dire de César, se seraient enfuis les Tigurins échappés à la mort.
Je n'ai d'autre raison pour placer le camp de César i Trévoux ou à Neuville, que de le mettre dans un lieu assez rapproché des Tigurins * pour qu'en partant entre minuit et trois heures du matin César ait pu
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les surprendre, i:ommc il l'a fait, non seulement dans la même journife, mais même de bonne heure.
Au reste, comme je vous l'exprimais dans ma demitre lettre, je suis très loin d'avoir une opinion parfaitement arrêtée sur tomes ces choses qui sont dans le trouble, et oCi peut-être le hasard de la drague ou des fouilles nous amènera quelques découvenes propies i nous éclairer tous.
La question des fours de Trévoux est i étudier.
A bien approfondit le texte des Commentaires, il est difficile de placer le camp de César i Trévoux, parce qu'il résulte de ce texte, comme je vous le disais dans ma dernière lettre, que César, du pays des Allôbroges, conduisit son armée cheï les Ségusiaves : Ab AUohrogibus in Stgiisiavos txtrcitum iueit (I, § lo).
Après quoi il fait arriver les plaintes qui se produisirent auprès de lui, de la part des Éduens, des Ambarres et des Allobroges trans- Rboianum.
Évidemment ces plaintes furent ponées dans le territoire des Séguâavcs où se trouviùt le camp de G^sar.
Or, Trévoux dépendait des Ambarres. Il est entre deux Ambérieux, Ambérieux près d'Anse et Ambérieux en Dombcs. Je crois que les Ségusiaves de la rive gauche de la Saône ne s'étendaient que jusqu'à Neuville et comprenaient sur cette rive le territoire qui fait aujourd'hui partie du département du Rhûne. On voit parfois de ces longues per- MStances de division territoriale.
II pourrait bien se faire que César eût, après avoir passé le Rhône, placé son camp au Nord de Lyon, comme le dit Napoléon 111, ce qui le rapprochait des Helvètes, peut-être vers Sathonay ou Neuville.
Maintenant, il ne faut pas perdre de vue surtout, qu'avec de nombreux chariots les Helvètes devaient se déployer sur une espace de plus peut-être de lo kilomètres, avant d'avoir commeoeé à passer la Saune.
Un point capital, c'est de bien étudier le lieu où s'est donné l.i bataille définitive i 27 kilom. de Bibracle.
Bibracte est-il Auiun ou Beuvrayî Ced est à bien examiner pour se fixer sur la distance des 2$ kilomètres. Blanzy parait réunir cette condition dans les deux cas.
Veuillez agréer. Monsieur, les sentiments de mx haute conûdération. Valentin-Smith.
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