RAPPORT DE L'INGÉNIEUR ORDINAIRE
Mâcon, 1% avril 1862.
Di,-s le dûbut des courses et opérations relatives 3Vfi. recherches archéologiques dont le service de la Saône était chargé, nous avions été frappé de la concordance parfaite qui existait entre la topographie du champ de la bataille contre les Tigurins, tel que le rédt de César permettait de se le figurer, et celle du plateau de Riottiers séparant la Saône de la vallée du Formans.
Une étude plus approfondie de la question ne fît 'lue nous confirmer dans les idées nées de cette première intuition.
Les données lirées des Commentaires tendent, en effet, i faire placer  quelques kilomètres au nord de Trévoux le point où les Hgurins s'étaient massés. Comme dans cette hypothèse, la vallée du Forra-ins, qui remonte jusqu'au centre de la Dombes, était le chemin à la fois le plus facile et le plus direct qui s'ouvrait devant les émîgrants pour arriver à la SaAne, ces derniers durent naturellement s'y engager et furent ainsi amenés sur le plateau qui s'étend de la rive droite du Formans X la Saône, sur les communes de SAint-Didier, Jassans et Saint- Barnard. Ce vaste emplacement se prête d'ailleurs merveilletuement i l'assiette d'un camp a£i une multitude devait faire une longue
Station. L'eau abonde de toutes parts : le Formans au Sud, la Saône d l'Ouest, le ruisseau de Mormont au Nord l'enserTeat et servent i la fois de limites et de binières. Le pays découvert, bien exposé, ne présente aucun mouvement brusque de terrain. Il domine la rive opposée de la Saâne dont l'envahissement éiait projeté. Il est vrai que, par contre, il est dominé par la chaine de collines formant le flanc gauche de la vallée du Formans et !i l'extrémité desquelles a été bàtïe la ville de Trévoux; mais les émigrants, ignorant l'approche des Romains, n'ont pas dû se préoccuper de cette circonstamre qui explique n bien comment César put leur dérober sa marche, et ne se révéler i eux qu'en apparaissant au milieu de leur camp.
Le plateau de Riottiers réunit donc la triple condition de se trouver SUT la ligne de marche la plus probable des Tlgurins, d'offrir un excellent emplacement pour un campement et de se prêter très bien aux différentes phases d'une action comme celle dont César indique les prinâpales péripéties.
Mais, il y a plus, ce plateau est couvert de tumuli. — Un seul de ces tumnU situé sur l'extrême bord du plateau du c6té de la Saône est bien apparent.
La culture a, dans ces dernières années, effacé en partie le relief des autres, dispersés en grand nombre sur toute la surface du plateau. Les indications des gens du pays ont seules pu nous les faire retrouver. Les cultivateurs connaissent d'ailleurs tris bien l'emplacement que les priudpaun d'entre eux occupaient et qu'un peu d'attention permet de retrouver facilement.
Nous les avons figurés par des points rouges sur la carte ci-jointe, et nous avons indiqué par des numéros ceux dans lesquels antérieurement i la communication du 11 avril dernier, nous avions fait pratiquer des fouilles.
Le premier lumnlus ouvert (n» i du plan), est celui qui s'élève i côté de l'éminence artifidelle désignée sous le nom de poypc de Riottiers. Il ne parait pas avoir été jamais ni fouillé, ni cultivé. 11 a la forme d'un cône s'élevant de ; mètres de hauteur au-dessus du sol naturel, et dont la base a environ 100 mètres carrés de surface. Il recouvre une couche de cendres de o<b,o; i om.oS d'épaisseur, mélangée de débris de charbon et de poteries et occupant une surface de 45 mètres carrés. Un fer de flèche ois oxydé, brûlé avec le corps, en a été retiré.
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yS FOUILLES DANS LA VALLÉE DU FORMANS
Le tumulus n> 1 1 âl£ fouillé sur une surface de 25 mètres et jusqu'au terrain vierge situé i qikjo au-dessuS du sol. Au inilieu on a trouvé une quantité de petits fragtnetitj de poterie celtique, des cendres et quelques petits ossements liumaios.
Le tumulus n<> } ne présente guËre queo>B,jode relief au-dessus du sol ; sOD diamètre apparent est d'environ de 20 mètres, on y » trouvé :
i" Un plat ea terre très miuce de oOg^o de diamètre recouvrant des cendres, au milieu desquelles divers petits ornements en bronze ayant subi l'action du feu se trouvaient mClés; z" Un couvercle en poterie très mince recouvrant une couche de cendres de ob>,o2 d'épaisseur mélangé de fragments d'os humains. Au milieu de ces débris était placé un ornement eu bronze formé d'un anneau de sla centimètres de diamètre, entouré tui-méme d'une série de petits anneaux d'un centimètre et demi de diamètre. Un fragment de silex taillé avait été laissé dans les cendres.
Le tumulus a» 4 est en partie détruit par la culture et o'oifre presque plus de relief; U diarrue avait même enlevé une partie des objets qu'il renfermait. Nous y avons encore trouvé cependant les fragments d'un corps qui avait été enseveli avec ses ornements. Aussi, les os pénétrés d'oxyde de cuivre étaient-ils d'un vert foncé. De ces ornements en bronze très altérés et tombant presque en pousûère, on n'a pu retrouver intacts que la moitié d'un bracelet, un fragment de collier formé d'anneaux, et une espèce d'épingle de grosse dimension.
Le tumulus n" $, ne renfermait que des cendres, des débris de charbon et de fragments de silex.
Dans le tumulus n° 6, se trouvaient mélangés aux cendres des débris de charbon, de poterie celtique et de alex.
Des fragments d'os humains étaient mêlés aux débris de même nature trouvés dans les o"* 7, 8, 9 et 10. Le pOt celtique trouvé dans le tumulus n' 9 était entier, mais n'a pu être enlevé sans tomber en fragments, il avait 0'i>,4O de diamètre.
La présence de fragments de silex dans tous ces tumuli est très remarquable, la contrée ne fournissant aucun échantillon de cette pierre.
Ces tumuli présentent d'ailleurs les mêmes caractères d'une construction r3[Hde. Ils sont tous formés d'une aire en cailloux, établie sur
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le sol même, et sur laquelle Ict corps ont été brûlés. L'incinération a été faite au moyen de fascines et petit bois, comme le démontre l'eiamea des nombieui fragments de charbsn qui sont mélangés aux cendres. La terre environnante était ensuite rapponée sur le bûcher pour le couvrir, et on formait ainsi un tenre d'environ 2 1 j métrés d'élévation au-dessus du sol. Ce n'est que depuis une vingtaine d'années que ces tertres noraniés Tola par les habitants du pays, ont été détruits et i peu près nivelés. Tous les propriétaires que nous avons interrogés se souviennent parfaitement les avoir vus et conduisent sans hésiter 1 leur emplacement.
Les tumuli qui existaient sur des terrains plantés en vignes ont seuls complètement disparu, par suite du minage profond qu'esige cette culture ; mais tous, au dire des propriétaires, ont alors rendu les os, cendres, poteries, médailles et ornements de bronze qu'ils contenaient et qui, considérés comme sans valeur, ont été immédiatement dispersés.
L'ordre de discontinuer les rec|ierche£ archéologiques dont le service de la Saône était chargé, nous étant parvenu au moment où les premiers tumuli étalent ouverts, nous avons dû arrêter immédiatement les fouilles. 11 nous a semblé toutefois que les résultats déjA obtenus (d'^lleurs i très peu de frais) étaient assez importacts pour être signalés i l'administration. Ils sont du reste complétés par les indications fbumiis par les gens du pays et par la découverte relativement récente de vastes ossuaires dans toute la vallée du Formans, sunout aux points marqués F. C. sur le plan. Il a pu même être constaté que tous les ossements mis à nu par la culture et le minage du sol appartenaient i des hommes jeunes et de grande taille.
En résumé, il paratt démontré que le plateau de Rioitiers et des Bruyères de Sibt-Bamard a été, i l'époque Gauloise, le théâtre d'une lutte à la suite de laquelle une grande quantité de Celles ont été inhumés ou incinérés à la liite.
Rapproché des considérations développées plus haut, ce fait établît nettement, selon nous, que c'est sur le plateau de Riottiers que César surprit et anéantit les Tigurins.
LlnghtieuT des Ponts-et-Cbaussits, Ch. Cadot.
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SO FOUILLES DAKS LA VALLIîE DU FORMANS
'Kf 2;
LFTTBE DE M. VALENTIN-SMITH A M. ALFRED MAURY, Bibliothécaire de L'EMPERkUR
Lyon, 28 avril i86ï.
MoNsiECR ET Ami, ,
J'ai élé prévenu, par M. le Maréchal de Casiellane, qui m'a envoyé la copie d'une leiire de M. Mocquard, que les points sur lesquels devaient porter les renseignements demandas par l'Empereur, au sujet de la guerre des Helvètes étant établis, il n'y avait plus lieu de s'occuper de recherches i cet égard. M. le Ministre des travaux puUics a fait écrire dans le mËme sens à MM. les Ingénieurs de la SaAne, par M. le Directeur général des Ponts-et- Chaussées.
Eu répondant i M. Mocquatd, je lui signale ce que je veux vous faire coanatire aussi, c'est que, ces jours-ci, ce dont j'ai été témoin, pendant les fériés de Pâques, sur l'indication de M. Guigue, ancien élève fort distingué de l'école des Chartes, qui habite le pays, M. Cadot a fait faire des fouilles entre Trévoux et Riottiers. Dans neuf endroits, sur onze qui ont été fouilli^s, l'on a découvert des couches de cendres, quelques ossements, quelques débris de poteries noires, enfin, en certains points, de petits fragments de bronze, toutes choses qui semblent témoigner sûrement de sépultures celtiques.
Déji, il y a quelques années, en ce même lieu, l'on a trouvé une grande quantité de cendres tnSlées jk des ossements, avec quelques objets d'un caractère gaulois, que je possède dans mon petit musée d'antiquités locales.
La nouvelle découverte vient singulièrement fortifier ma pensée que très probablement la bataille de César contre les Tigurins, s'est livrée près de Trévoux.
J'ai le projet d'aller, dans quelques jours, i Paris. Si vous le désirez, je vous porterai un plan des lieux où les fouilles ont été faites.
Permettez-moi de vous prier d'être l'interprète de mes sentiments auprès de Messieurs vos Collègues de la Commission de la Carte des Gaules, en exprimant notamment i M. de Saulcy combien je lui garde ua souvenir
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PIÈCES JUSTinCATlVES
Mille fois merci de votre bonne lettre, et laissez-moi reporter v trous les paroles bienvei lia nies qui m'ont élé transmises. Veuillez agréer l'expression de mes mdlleurs seniînienis.
Valestin- Smith,
LETTRE DE M. VALENTIN-SMITH A M. TIIIOIXIÈRE Ikgékieur es chef de la Saône a Chalon-sur-Saône
Paiis, 21 mai i86}.
. MONSIEL'R,
Vous avez dû redevoir une lettre de M. de Fraoqueville, vous engageant 1 faire continuer les fouilles commencées i Saint-Barnard.
Il a élé convenu avec lui <jue je vous écrirais pour vous dire que vous pouvez, comme a fait M. Cadot, recourir k la complaisance de M. Guigue, sans l'aide duqueP-pn ne pourrait marcher qu'au hasard. Je crois même qu'il convient que, dans vos rapports, l'autorité de son nom apparaisse de quelque manJÈre. Dans ma'peosée, seul même il peut faire une espËce d'enquête pour justifier ce qui a paru trop vague dans le rapport de M: Cadot, et qui serait fon essentiel â constater, à savoir ce qu'il dit : « Les résultats obtenus sont complétés par •. Jes indications fournies par les gens du pays et par la découverte rêla-
■ liveroent récente de vastes ossuaires datis toute la vallé du For-
■ mans. a II aurait fallu énoncer quelques témoignages et quelques ;preuves. ...
. J'ai dîné hier chez le Ministre des travaux publics, en (amitié, et lui ai dit qu'avec M, de Franquevjlle, avec lequel il m'avait recommandé de
•m'entendre, cous ayons arrêté que je vous écrirais au sujet de
,14. Guigue.
. M. Rouber l'a parfaitement approuvé. II pense que ce qui a été découvert est un puissant indice que la bataille de César contre les
,Tigutins s'est livrée précisément dans les lieut signalés par la note de l'Empereur et qui avaient élé indiqués par Gixler ; mais il est aussi de votre avis lorsque vous dites que 1^ ;euls résultats .obtenus par les
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demièrss fouilles ne pennettem poi d'éne â cet égard aussi affirmatif que M. Odot.
Le Ministre dé^re, ce sont ses propres expres^oiis, qui sont Aussi celles de l'Empereur, que cette question soit examinée à fond par toutes Ici vérifications qui peuvent mettre sur les traces du fait, du reste si difficile à saisir en de telles choses, après tant de siècles écoulés et la grande divergence des auteurs â ce sujet.
Veuillez, Monsieur, agréer l'espresùon des sentiments de la haute considération avec laquelle je suis Voire tont diivoué serviteur.
VALENTra-Sunrii.
P. S. — Je suis i Paris jusqu'i dimanche prochain, jour où je partirai pour Londres. Si vous aviez quelques reoseigaeaienis à rae demander, je me mets de cceur à votre dispoûtioa.
Je suis logé rue et hAtel Montesquieu.
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KÉPON^ DE M. THIOLLIËRE A M. VALENTIN-SUrrH Châloa, Le )i bjû iS6^
MoilSIEUR,
Il iK m's pas été posslUe de répondre aiissitAt 1 h lettre que tous i^avcs îtàt l'honneut de m'éciire ât Paris le 31 de ce mon, car je vieas 4c teniicr, snat-hier, Ai dépanement de la L<rire.
M. de Franqueville m'a en <:fïet écrit, le 20 mai, de poursuivre ks fbuilUs de» tumuli n M. Cadot les reprendra 1 SOD reiooT de Rodiefoa, qui va avoïc lie» dias p«m de fOUis.
M. Guigoe a éit très bon pour nous et M. Cadot n'a pas manqoé sans doute de lui témoigner sa reconnaissance et la considération quil mérite; C'est Iiù d'aiUeurs qiù a, je croîs, suivi tes recherches faites par a. Cadoc dans ks tUMB&.
Ed annottçiai il H. de Franquevilk, k 11 «an dernier, que voos ei M. Mariio-Daussigny m'engagiez i fouiller les tumuli, je loi expliquai que ce irivail s'exécuterait sous les yeux et la conduite de M. Gnî-
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gue, votre élève ea arch£olc^<* et vérificateur des poids et mesures à Trévoux.
Si vous pensez qu'il convienne i M. Guigue d'être dlé plus amplement dans DOS rapports, oCi nous nous bornons en général au ùmple énoncé des faits, nous le ferons avec plaisir.
Qjjani au résultat définitif de nos recherches, je crains que nos ressources aient été gaspillées en panie et que nous ne trouvions que des débris d'ossements, accompagnés d'autres débris, auxquels nous ne saurons assigner une origine précise. Nous n'en poursuivrons pas moins notre tiche afin d'être i même de produire une démonsiratioa satisfaisante en faveur de la théorie de l'Empereur qui me paraît être ta plus vraisemblable.
Vous serez assez bon pour prier M. Guigue de nous continuer sa collaboration. 11 peut, mieux que tout autre, obtenir des propriétaires la permission de fouiller et diriger les ouvriers sur l'emplaceinent des tumuli, comme découvrir la valeur et l'origine des objets rencontrés.
Je ferai en sorte de causer encore de tout cela avec vous k Lyon, où la présente me parait devoir vous éire adressée, pour attendre votre retour de Londres, puisqu'il ne m'a pas été possible de vous écrire à Paris.
Veuillez, Monteur, agréer la nouvelle assurance de mes sentiments dévoués et respectueux.