‹ Fouilles dans la vallée du Formans (Ain) en 1862: documents pour servir à lChapitre 21 sur 39 · RAPPORT DE L'INGÉNIEUR ORDINAIRE · texte numérisé non relu

RAPPORT DE L'INGÉNIEUR ORDINAIRE

25 oaobre 1863.

Les résultats des premières fouilles entreprises sur les plateaux de Rioitiers et de Saint-Barnard ont été consignés dans notre rapport du 27 avril i8é2. Ils ont paru assez importants pour que son Excellence, M. le Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, ait cru devoir ordonner ta continuation des recherches que le service de la Saône avait été entraîné i entreprendre sur ces points.

Ce travail n'a pu éire repris qu'après l'enlèvement des récoltes pendantes. Les résultats qu'il a donnés jusqu'à ce jour ont été assez suivb Et assez complets, pour que nous ayons cru devoir ne pas le pousser plus loin. Nous allons les résumer rapidement.

Soixante fouilles ont été pratiquées sur différents points du plateau,

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s'itendant du bois de Riottiers i la toute dépanementale de Trévoux, à Bâgé-le-Chàiel, et présentant une surface d'enviroa deux kilomètres carrés. (Quarante et une ont donné, en plus ou moins grande quantité, des cendres, des ossements, des poteries, des ornements de brome, silex, etc., révélant l'existence de sépultures antiques, dont la liste est' annexée au plan sur lequel sont indiqués les points où ils ont été trouvés. Or, dix ou douze parties explorées du plateau, présenuieni seules un rdief assez marqué pour faire supposer l'existence de tumuli.

Les autres ont été fouillées sur les indications assez vagues des gens du pays, ou sur celles encore plus incertaines que pouvait donner l'observation minutieuse d«s ondulations d'un sol presque partout nivelé par la culture. Le hasard a donc joué un grand r61e dans ces recherches, et, pour que la plupart d'entre elles aient été fructueuses, il a fallu que le nombre des points de ce vaste plateau sur lesqueb des inhumations ou incinérations ont eu lieu soit considérable.

En outre, tout le flanc droit de la valL^ du Formans qui forme le versant de ce plateau opposé i la SaAne, est planté en vignes, culture qui exige un minage profond; et a amené b dispersion de tous les objets que le sol renferni.iit. G:tie considération nous a empêché d'y faire des recherches; mais nous devons constater que des déclarations unanimes des propiiétaires, il résulte que le défon;age du sol a mis 1 jour une quantité considérable de cendres, d'ossements, d'ornements en bronze, de poteries en tout semblables A celles trouvées par oous dans les tumuli du plateau.

Nul doute donc que le champ déjà si vaste des inhumations, s'étendît dans toute la vallée du Formans.

Le rapport ci-joint de M. Guigue démontre suiîisamment, selon nous, que ces nombreuses sépultures sont d'origine celtique et galloromaine. La vaste étendue sut laquelle elles sont disséminées et les caractères de hâte et de négligence qu'elles présentent dans leur constru:tion, excluent toute idée d'un cimetière ordinaire. Elles n'ont pti servir qu'à recueillir les restes d'un grand nombre de combattants, appartenant à des nations diverses et inhumés à la place où ils sont tombés. Ainsi, se trouve justiiîée l'assertion suivante par laquelle nous terminions notre rapport du 2} avril derniet.

« Les plateaux de Riottiers et des Bruyères de Saint-Barnard ont été, ■ à l'époque gauloise, le ihéitre d'une lutte â [a suite de lat^uellc une

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■ grande quantité de Celtes et de soldats romains ont été inhumés ou

■ incinérés i la hâte. ■

Nous ne entons pas devoir reproduire ici tes considérations développées dans nos précédents rapports, et tendant à démontrer, apriori, par la comparaison du texte de César avec la topographie du pays, que le plateau de Biottlcn devait servir de campement aux Tigurins au moment ob ils ont été anéantis par les Romains.

Nous nous bornerons i rapprocher ces présomptions des conclusions auiiquelles les résultats des fouilles nous ont conduits.

Cet ensemble de données constituera, i l'appui de notre opinion, une preuve aussi complète que celle sur laquelle reposent les points les moins contestés de l'histoire de César.

Ch. Cadot.

NOTE SUR L'ORIGINE ET LE CARACTÈRE DES TU.MULI DE RIOTTIERS ET DE SAINT-BARNARD

PAR M. GtJIGUE (!)

Trévoux, 20 octobre t86z.

Ain^ que nous en étions chargé, nous avons suivi avec le plus grand soin les travaux de fouilles pratiquées depuis quelques mois sur les plateaux de la Bruyère de Saint-Barnard et de Riottiers. Ces travaux exécutés d'abord dans les lumuli encore apparents, puis sur les lieux, indiqués le plus souvent d'une manière très vague par les propriétaires

(1} ]'id couent ixai ituu un peu i'iBtnaa de ci nppan, l'ai défiaiiif et ah in net. qui fu[ vininiU k l'Empennr ; l'iulre prinliif, écrit de U nuin de M Gulfue et Humpa^é de ngtei nuufiiulei wa cn^n pmr U. Thiotliére. C'eiE celuL.cl que Yv cm devoir reproduire iseli eu iodiqiiMDt 1» nwJifiutiwu que l'auuor lui Gi ublr. La puufei «{frimii ob ■odifiéi loni es Itiliquo, De cette fiion le lecteur â loui lei ym Ici dnu rMutinu n de pliu la iDtii«uut« leBur^aei dt H. ThîgllitR. - V.' S,

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88 FOUILLES DAMS LA VALLÉE DU FORMANS

du sol, ont Tait reconnaître sur quarante et ua points diflërents les antiques sépultures que nous allons décrire en les groupant d'apràs leur

i» Sépultures par incinération; 20 Sépultures par inhumation;

Les lépuliures par incinération étaient les plus nombreuses. Nous en avons constaté irente-deux. Tantât ies cendres éiaicnt renfermées dans des vases, tantût laissées sur le point m£me où la crémation avait été faite. Daos ce dernier cas, elles reposaient ordinairement sur une aîre battue ou formée de cailloux roulés juxia-posés ; d'autres fois des cailloux roulés ou des pierres plates les protégeaient contre le contact immédiat des terres amoncelées dessus.

Dans le lumulus n° ], les pierres supérieures étaient remplacées par un vase très plat en leire rougeâtte, grossière et mal cuite, que l'on n'a pu recueillir qu'en fragmems. Son diamètre était deOB>,;o. Li superficie occupée pnr Us cendres était en moyenne de quatre mètres carrés sur une épaisseur de o^iOZ à o>>',03.

Celles du gros lumulus du bois de Riottiers couvraient une surface de 4; mètres carrés; l'épaisseur de la couche variait entre 0«,os et 0=1,08.

Ce dernier tumulus, le seul qui soit resté à peu près intact, avait trois mètres de hauteur et couvrait une surface de 100 mètres carrés.

Un fer de Aèclie très oxydé a été trouvé dans les cendres du lumulus n° 1 ;. Dans le lumulus □« 3, qui renfermait deux sépultures, on a retiré huit fragments d'un bracelet en bronze et Q3 ornement du même métal foimé d'un anneau central de 01^6 de diamètre, entouré lui-même d'une série de petits anneaux d'un centimètre et demi de diamètre.

Les dix-neuf vases, contenant des cendres et des ossements non complètement calcinés, étaient en terre noire et fermés par une sorte de couvercle aussi en terre de la même couleur, ou par une pierre pl.K.

Deux de ces vases, qui en contenaient im second plus petit, paraissent de fabrique romaine.

Les dix-sept autres, fabriqués avec une argile grossière et mal cuite, n'ont pu être retirés qu'en petits fragments. Leur forme rappelait celle des vases trouvés dans les tombes celtiques de l'Alsace, par M, de

PlfeCES JUSTinCATlVES 89

Ring. Leur plus grand diamètre variait entre obi,30 et 0'°,]0 i leur hauteur était de o<°,40. Aucun objet métallique n'a été recueilli parmi tes cendres enfermées dans les vases. Les cendres répandues autour des vases n'ont fourni qu'une épingle en brome, longue de o»,! i (lumulus n» 13], et un fragment de douille (lumulus a" 28).

Des éclats de silex ont été rencontrés dans presque toutes les sépultures par incinération. Dans le tumulus n" 19, les éclats étaient accompagnés d'un couteau tdillé dans la même pierre et placé i proximité dedeox vaset. Ce couteau, long de o",! II, épais de o" ,004 et large de o»,oi5, n'est tranchant que d'un seul cAté, et seulement sur une hauteur de 8 ccntiméites. Une très curieuse arme, sorte de poignard en silex, a été extraite du tumulus no jj.

Gnte arme, malheureusement cassée en deux, et dont une moitié a été trouvée i i",5o et l'autre, i 1 mètres d'un vase cinéraire, est lullée de manière à pouvoir servir à la fois de couteau à deux tranchants et de poignard: sa longueur est de dix-huit centimètres et demi, sa largeur au milieu de 33 millimètres.

Ce ûlex est plat d'un côté et en dos d'âne de l'autre ; la partie formant la lame de couteau il 0'°,09 de long et se termine en biseau, de manière à produire un troisième tranchant. La partie formant le poignard se termine par une pointe triangulaire. Deux antres tumuU ont encore fourni des fragments d'armes en silex ; l'un celui d'un couteau à deux tranchants, l'autre la pointe d'une lance.

Toutes les sépultures par incinération paraissent avoir été faites i la hâte (3), car nulle parc la crémation n'a été complète, et on reconnaît facilement aux charbons qu'elle a été opérée avec des tisanes de toutes

Les sépultures par inhtimation n'ont été rencontrées que dans les tumulî no* 4, 37, 19, ;o, j6. Quatre de ces séptiltures avaient déjà été endommagées par la charrue (j).

La tétc du cadavre enfermé dans lé n* 4 était tournée au Nord-Ouest et reposait sur de gros cailloux. Les ossements fortement pénétrés d'oxyde de cuivre annonçaient la présence de ce métal.

0«çiB4lt.ï-Th.

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Noos avons, en effet, trouvé parmi eux un fragment de collier formé d'anneaux et U moitié d'un bracelet m bronze.

Dans le n<> 37, la tète était tournée au sud ; aucun objet n'accompagnait le cadavre.

Le no ;o n'a fourni qu'un fragment de crine humain et cinq bracecelets en bronze, trois de ces bracelets ne sont formés que d'un fil de ce métal et n'ont pour tout ornement que de petites stries drculaires.

Les deux antres, formés d'une lame de bronze très mince, rendue convexe probablement par estampage, sont ornés de compartiments au trait remplis de stries parallèles.

Va seul de ces detniers bracelets a pu être retiré intact.

Dans le n° j6 il ne restait plus que quelques ossements.

Leiumulus n* 29 recouvrait une fosse commune. Cette fosse, longue de 6 mètres, large de ) et profonde de 3, au-dessous du niveau réel du sol, était divisée en deux companiments par de longues, larges et minces pierres brutes, posées sur champ. Des pierres identiques et placées de la même manière, garnissaient les parois inférieures de cette fosse. Le compartiment tourné au sud-est, long de ï",so, ne renfermait que des cendres, dont le volume a été évalué i un mètre cube. Elles étaient recouvertes par de très grosses pierres plates; d trois des angles de ce companinient on a retrouvé les restes carbonisés des pieux qui avaient soutenu te bûcher. Le grand compartiment était rempli de squelettes humains et de pierres. Le nombre des squelettes supputé d'après l'espace qu'occnpait chacun d'eux ne pouvait pas Être moindre de 150. De l'examen des ossements et de leur dispodtion, examen fait sur les lieux par un médecin, il résulte que les cadavres avaient été entassés pêle-mêle dans la fosse, qu'ils appartenaient pour la plupart k des hommes de haute stature et qu'aucun de ces hommes n'avait dépassé l'âge de 50 ans. Des os du bassin ont fait reconnaître les squelettes de deux femmes ; près d'eux se trouvait celui d'un enfant.

Aucun objet ni en métal, ni en silex, ni en terre cuite, n'a été rencontré dans ce tumulus.

Tels sont les résultats produits par les fouilles faites sur les plateaux de la Bruyère de Saint-Barnard, résultats qui établissent de la manière la plus positive l'existence sur ce point de nombreuses sépultures, les unes gallo-iomaines, les autres celtiques [iwt'r ia noie compUmeniairt) ; quelques-unes de ces dernières sont bien caractérisées par les ann«s en silex et'd«; ornçmtntï çn bropie,

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Les sépultures que nous venons de décrire, ne sont pas les seules consutées entre Riottiers et Trévoux. Aux pones de cette ville, au hameau de Beiuison et sur les rives du Formans, depuis le village de Saint-Didier jusqu'i son embouchure, on a rencontré et on rencontre encore Tréquemment des squelettes humains enterrés â une profondeur de ;o i 40 centimètres, au pied du coteau de Corcelles, distant de la Bruyère d'environ 1,200 m. Oa a mis au jour, il y a quelques années, une fosse commune semblable i celle du tumulus n" 29, des urnes ciuérùres, et de larges surfaces couvertes de cendres. En moins de trois ans, il a été recueilli dans les mêmes territoires, deux statuettes romaines, des monnaies consulaires des familles Julia-Pomponiana et Valéria, quelques pièces gauloises, une hache eu silex, trois autres en jade vert, un gros bracelet et une faucille en bronze (a).

Le magniSque glaive en bronze, conservé au Musée de Lyon, provient des environs de Trévous.

Le caractère si tranché des obicts celtiques et rotnaitis retrouvés dans les mêmes lieux, et en quelque sorte dans les mêmes sépultures, le nombre considérable de ces sépultures disséminées sur une surface d'environ 6 kilomètres carrés, la hîie avec laquelle toutes paraissent avoir été simultanément pratiquées, eiduent toute idée d'un cimetière ordinaire et impliquent conséquemment celle d'une lutte des soldats celtes et romains qui aufaient été inhumés ou indaérés i la place même où ils étaient tombés.

Cette déduction llrée de l'examen des tumuli de Saint-Barnard et des objets recueillis auprès d'eux, se trouve corroborée d'abord par le livre I des Commentaires de Cisar, ensuite par les fours de campagne qui jalonnent en quelque sorte ta route suivie par les troupes celtiques. Ces fours très communs aux pieds des coteaux abruptes de Trévoux, Saint- Didier, Frans, Jassans et Miiérieux se retrouvent sur la rive gauche de l'Ain et jusque dans le voisinage d'Ambronay, c'est-i-dire à proximité du lumuU de Qiiiron et du difiU qui conduit à Nantua. Les tumuli de Qttirott n'oiit pas encore iii interrogés, mais quelques-uns de ceux dt lu

nlIcmiDi cotR I» muât ie K. Vâlnlin-Saiiib. cqp- ». (SflW i<, M. Guigm.)

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plaine de Cormox situés m face du défiU d'Ambérieux en Sugty (4), nous ont montré, il y a peu Je jours seulement, des tombes, des poteries, des bracelets, des glaives, des ossements en brODze analogoes à ceux recueillis dans les fouilla du plateau de Saint-Bamard et dans la vallée du Fomians.

1 lapprhM,. De cet ensemble de faits, il résulte donc selon nous une forte prétomptio» pour admettre jiie its tumuli de SaiiU-Bumard el de RictUer marquent remplacement du champ de bataille où succombèrent les Tigurtns taillés M piéct par Us légionnaires de César (;}.

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