‹ Fouilles dans la vallée du Formans (Ain) en 1862: documents pour servir à lChapitre 31 sur 39 · LETTRE DE M. THOMANN, DE ZURICH, A M. VALENTIN-SMITH · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. THOMANN, DE ZURICH, A M. VALENTIN-SMITH

Zurich, 28 décembre 1863.

Moksiëur,

Pardonncï le retardement trop long de ma réponse et perniétte^moî de vous écrire cette Tois en allemand.

n faut attribuer la cause de mon retard, à ce que cette année je suis singulièrement plus occupé dans notre gymnase que d'habitude. Toutefois j'ai employé les vacances d'octobre à la poursuite du vieil ours allemand Ariovist; votre lettre est arrivée ici pendant mon absence et voilà pourquoi je n'^i trouvé que maintenant le loisir de vous écrire.

M. le docteur Keller s'empresse avec plaisir de satisfaire à vos d&irs, (.■t voici les réponses aux questions que vous lui avez posées :

1° Les lacs suisses de l'Est ne renferment dans leurs constructions lacustres aucun objet de brome, et ceux d&ouverts dans les lacs de l'Ouest sont fort difficiles k se procurer, personne ne s'occupaitt de k-ur recherche pour en faire le commerce. Les personnes qui possèdent quelques-uns de ces objets les tiennent des pêcheurs qu'elles ont chargés d'explorations et qui sont payés A la journée, mais non à la pitce.

Aussi ne trouve-t-on d'ustensiles de bronze que dans les musées publics et dans quelques collections particulières. Au surplus, M. Keller a écrit d différentes personnes, pour obtenir â ce sujet des renseignements, ainsi qu'à l'égard d'ustensiles de fer.

20 On ne trouve d'objets en fet que dans très peu d'endroits;

5" Il existe des copies de divers ustenSles de bronze ;

40 Jusqu'à ce jour il n'a été découvert que de très petits poignards en silex; le silex dont ces iuMTunients sont fabriqués provient de France, disent les géognostes. M. le professeur Merlan, de Bàle, croit qu'ils sont faits de petits morceaux de silex qu'on trouve dans l'otiest du Jura suisse ;

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S" L'unique morceau de vecre recueilli jusqu'à présent dans les coi)5trucnaas lacustres consiste- en une petite perle de verre fondu de couleur bleuâtre, U se trouve décrit dans le troisième recueil des documents relatifs aux constructions lacustres p. 79, où il est figuré de grandeur naturelle.

(V. pi. II, fig. 16). 11 est possible qu'il soit d'origine phénicienne et qu'il ail été apporté jusqu'il par des marchands ;

6» Quant aui monnaies on n'en a pas encore trouvé de traces.

Les dépenses faites jusqu'à ce jour se montent â 390 fr.; elles ont été payées par M. Esclier sur la somme de 690 fr. qui lui avait été envoyée.

Veuillez paiÎL-nter jusqu'au printemps prochain pour recevoir notre nouvel envoi. M. Keller vous fait dire qu'il ne se composera qu'en partie de» objets que vous désirez et n'épuisera pas le crédit que vous lui avez ouvert.

Vous m'adressiez à U fin de votre lettre une série de questions, auxquelles pour le moment je ne suis pas en mesure de répondre convenablement. Par contre, je me fais un vrai plaisir de vous communiquer quelques-unes de mes observations de voyage.

1° Mes recherches sur ia gauche du Rhône se sont étendues depuis Aire-la-ViUe jusqu'à Chancy,

Entre ces deux points, la nature du terrain est telle, que le Murus construit par César, de Genève au Mont Vuache, ne devait pas être un ouvrage continu et qu'il ne faut pas l'entendre ainsi ; car pourquoi élever un mur de 16 pieds de hauteur dans les endroits oQ il existe une berge plus élevée et {on escarpée ? On ne devait naturellement fortifiet que les places où sans cela le passage devenait possible.

Ces endroits se trouvent au-dessous des trois ponts jetés aujourd'hui sur le Rhône, entre Genève et le Jura, savoir : (0) entre le pont d' Airela- Ville et Moulin-de-Vert ; (*) en face de la plaine ; (c) près de Chancy, Les traces du Murui peuvent Oire considérées comme tout à fait disparues. La berge en face de ia plaine m'a (rappé, la levée en ligne droite; derrière ce qu'on appelle le Champ -Genévrier, un peu au-dessous du pont d'Aire-la-Ville, semble bien d'origine nouvdie. Je crois que les gais' dont parte César, devaient être près du Moulin^ie-Vert et de Chancy. Il est difficile d'admettre qu'aujourd'hui, entre Genève et k Jura, le Rhône puisse être passé X gué; il faut que du temps de César

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106 FOUILLES DAKS LA VALLÉE DC FORMAKS

le fleuve ait été moins profond. (C'est ce qui avait lieu pour la Sambre i l'endroit ou près de Haumont s'est livrée la bataille cotuic les Ncrviens : cette rivière n'avait alors que trois pieds de profondeur, tandis que maintenant elle en a quatre au moins. En réunissant les différentes parties qui formaient la muraille, l'ouvrage avait au plus k moitié âe toute la ligne du RhAne en question. L'expression de Muras donne lieu i une question. Pourquoi César n'a-t-il pas comme ailleurs écrit : Vullum fossatnque ? Il est impossible d'admettre sérieusement qu'il ail eiisié un mut en pierre, car bien certainement il en resterait encore des vestiges.

D'après Varron, les digues ou levées de terre sans fossés s'appelaient : Mûri. Si donc et 1 raison de cette notice il est permis de considérer t'erpression Fossamqat autrement que comme une ïntercalatîon, il faudrait, dans le cas en question, ne donner au fossé qu'une importance subordonnée ; le fleuve figurait bien le fossé, et en bonne règle, il suffisait d'élever ses bords de i6 pieds. Mais 1 cette surélévation l'expression de Murut semble mieux s'appliquer que celle de Valtum;

2" En ce qui concerne le passage de la SaAne, je suis entièrement de l'avis de M. Cadot ;

)o Qjiant i Cussy-la-Colonne, je m'éloigne de plus en plus de l'opinion que 11 s'est trouvé le iliédire de la grande bataille de César contre les Helvétiens et plus j'examine attentivement le texte de César et le compare avec la i:arte de l'état-major français, plus ce qu'a écrit M. Cadot me semble se rapprocher de la vérité ;

4<> J'ai visité en octobre dernier les trois positions signalées par Gceler, Obliquerez et Rotcmann, comme étant celles oii aurait eu lieu la bataille de César contre Arioviste, ùi savoir : Cernay, Porentruy et Battenheim. 11 ne m'est pas possible d'admettre aucune des trois difTérentes manières de voir.

Pendant les fériés du nouvel an je ni'a^Lupcrai du Bibracic, d'Augustodununi et de Monl-Beuvray.

Je suis très cordialement votre tris dévoue.

Conrad Tiiomasx.

•■Kf?

LETTRE DE M. VALENTIN-SMITH A M. BOLLIOT, Président de la Société éduenne a Autux

Mo K SIEUR,

Dcf uîs notre course au MoDt-Beuvray qui, grice i vous, a été si complète et si agréable pour nvn, j'éprouve de plus en plus de plaiàr i reporter ma pensée vers cette iraposaute montagne.

Pénétré de l'excellent travail que vous lui avez consacré, je m'attendais bien à y trouver quelques matériaux d'études, mais j'étais loin de me douter qu'elle recélïi autant d'objets propres à jeter de vives lumières sur l'histoire et l'archéologie de l'époque gauloise.

Il ne saurait y avoir de doute que le Mont-Beuvray était bien le Bibracie de César, comme vous l^vez si bien établi.

Mais plus je m'attache i rechercher le lieu même où s'est donnée U bataille dans laquelle les Helvètes ont succombé, à 27 kilomètres de cet oppidum, et plus, en l'absence de preuves matérielles, les difficultés semblent se multiplier.

M. le Curé de Charbonnat m'a dit qu'on avait trouvé des ossements humains en quantité dans le territoire de sa paroisse, mais c'est très vague. Il serait à désirer qu'on Ht des fouilles en ce lieu, ce serait le seul moyen d'élucider la question.

Recevez l'cspression de mes meilleurs suntimcnis.

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